Beyond The Pines - Micro

The Fear Of Letting Go

What’s the point? I don’t know
Find myself in another fucking hole
Call it fate, all I know
Is there’s no shame in the fear of letting go

I know I’m not well, if you couldn’t tell, I lost all I had, it puts me through hell

I guess I let myself go
Thought I could cope, but it’s all a waste
I let myself go
Losing all, hope it’ll go my way

Caught in place far from home
Where I blame every loss, I’ve ever known
Call it hate, all I know
Is vacant eyes leave me sinking like a stone

I can’t catch my breath, and I’ve got nothing left

I guess I let myself go
Thought I could cope, but it’s all a waste
I let myself go
Losing all, hope it’ll go my way

What’s the point of letting go?
Wilt away when it takes control
When my thoughts break through my bones
I’m afraid it’s me I’ve never known

I know I’m not well, if you couldn’t tell

I guess I let myself go
Thought I could cope, but it’s all a waste
I let myself go
Losing all, hope it’ll go my way

What’s the point of letting go?
Wilt away when it takes control
When my thoughts break through my bones
I’m afraid it’s me I’ve never known

Chapitre 1 : La découverte

Mon nom est Ethan et lorsque l’on me croise dans la rue, j’ai l’air d’une personne tout à fait normale. Pourtant, lorsque l’on me connait vraiment, j’en suis très loin. Je n’ai pas un style vestimentaire très atypique, plutôt comme tout le monde, rien de dérangeant en tout cas. J’ai dix-huit ans et bien sûr, je vis encore chez mes parents. Lycéen parce qu’il le faut, j’y vais par contrainte, pas par envie.

Pour essayer de comprendre, je vais revenir à ce qui s’est passé bien avant. Je n’ai jamais réellement eu de copine, seulement quelques-unes, avec lesquelles je ne suis resté qu’une ou deux semaines. Pas non plus des centaines d’amis, uniquement quelques-uns que je connaissais depuis des années. Ensuite sont arrivées mes deux premières années de lycée, celles-ci m’ont surtout changé, plus mature, plus mûr, plus sérieux, moins énervé et plus calme. C’est lors de ma troisième année, que tout a commencé à changer. J’ai changé de lycée, d’habitudes et presque de vie aussi. Je n’avais plus mes amis, je devais me débrouiller seul, j’ai réussi à m’en faire de nouveau, là n’est pas le problème, ce dernier était ailleurs. Depuis le collège, j’avais un certain attrait pour une personne et l’année d’avant j’avais eu l’opportunité de tenter ma chance. Malheureusement, j’en ai découvert qu’elle s’intéressait à mon meilleur ami. Ils m’ont même caché tout ce qui s’est passé entre eux de peur de me blesser. Je ne sais toujours pas, ce qui m’a fait le plus mal, mais j’ai fini dans une sorte de dépression. Je m’en voulais de ne pas avoir réussi ce que je voulais obtenir. J’ai continué à m’en vouloir jusqu’à penser que je ne serais plus capable de trouver une copine, ou que personne ne voulait de moi. J’ai mis du temps, environ un an, à changer toutes ces pensées sombres et irréelles.

Seconde année dans mon lycée, j’étais bien décidé à faire changer les choses, j’avais deux personnes pour me tenir compagnie. Un grand, les cheveux châtains, au nom de Ryan. Un second plus déjanté, à ma taille. Il s’appelait Lucas. On était tous les trois célibataires, comme ça, aucun ne pouvait rendre jaloux les autres. Pourtant c’est ce que je voulais faire. Je passais souvent mon temps à regarder les personnes dans le lycée pendant la pause, chercher ceux que j’allais adorer détester ou celles qui attiraient mon regard. J’en avais déjà trouvé quelques-unes le premier jour de cours, il me suffisait d’un peu de temps pour faire le tri.

Lundi 10 septembre 2012.

Presque une semaine que l’on avait commencé les cours. J’avais toujours cette idée de trouver une petite amie, dans tous mes déplacements je regardais autour de moi, pour trouver une personne qui m’intéresserait.

« Qui tu cherches comme ça ?

– Une jolie demoiselle où poser mes yeux, répondis-je.

– Oh ! D’accord.

– Non, attends. Qu’est-ce que ton esprit déjanté pensait, Lucas ?

– Rien ! Je sais que tu ne vas pas aller chercher un boudin. Mais je me pose la question quand même.

– Légitime. Bon, je vais faire un tour aux toilettes. »

Ces derniers se trouvaient au bout du préau. Comme toujours, j’ai fait mon chemin en cherchant quelqu’un sur qui m’arrêter. J’arrivais à côté des portes, en face de la porte d’entrée, emplacement toujours bondé de monde. Quelqu’un venait vers moi, je ne l’ai pas vu en premier lieu. Je ne l’ai remarquée qu’après.

« Bonjour, me dit-elle en passant sa main sur mon torse.

– Euh… » fis-je étonné et amusé, la regardant partir.

Cette fille, c’était Élise, la plus jolie fille de ma classe. Après tout, nous n’étions que neuf, dont trois filles. Ce n’était pas un grand concours non plus. N’empêche que ce qui venait de m’arriver m’étonnait, pourquoi avait-elle fait ça ? Y’aurait-il quelque chose à creuser là-dedans ?

Lundi 17 septembre 2012.

Un jour tout à fait normal, comme tous les autres, avant celui-ci, sauf que nous avions un cours en moins et donc, une heure à ne rien faire. Avec Ryan et Lucas, on s’est installé sous le préau avec ceux qui étaient déjà là.

« Ils n’ont jamais cours ceux-là ou quoi ?

– Ils sont en seconde Ryan, c’est normal, fis-je m’installant à la table.

– Ouais, tu n’as pas tort. J’ai l’impression que tu ne t’en plains pas l’ami.

– T’es sérieux là ? répondis-je le regardant avec un air étrange.

– Tu sais, t’es vieux, elles sont trop jeunes pour toi.

– Non, mais est-ce qu’il est sérieux celui-là ?

– Ne l’écoute pas Ethan, il passe son temps à dire des conneries, répondit Lucas.

– Ça s’appelle de la pédophilie !

– Non Ryan, ça en serait si elles étaient beaucoup plus jeunes. En plus, je ne fais qu’observer, je n’ai jamais dit que je tenterais quoi que ce soit.

– Pourquoi ? Tente ta chance, ça ne coute rien.

– Beaucoup trop timide pour ça. Je vais me ramasser.

– Mais non, je suis certain que t’as toutes tes chances, peut-être même que certaines s’intéressent à toi, me fit Lucas.

– Pas si confiant que toi. Même si je veux bien essayer de te croire.

– Laisse-toi du temps, tu arriveras bien à aller en voir une.

– J’espère. »

Voilà l’un de mes pires défauts, je suis extrêmement timide. S’en est même maladif, j’en arrive à ne pas vouloir, m’obliger à ne pas aller voir quelqu’un ou faire quelque chose uniquement parce que je suis intimidé par cette personne. C’est une horreur et ma petite dépression m’a fait perdre toute confiance en moi, dans les sentiments que je peux éprouver pour quelqu’un. Bien heureusement, j’avais mon cousin dans l’un des autres lycées où j’habitais, c’était l’un des seuls qui m’avait toujours soutenu et qui pouvait m’aider. Je passais le voir tous les mardis après-midi, du moins deux heures avec lui. On s’installait sur le parking à côté du lycée.

« Toujours pas de copine ? demanda mon cousin.

– Ne commence pas à me presser. Pas encore.

– Comment ça pas encore ?

– C’est de début de l’année, j’ai encore du temps.

– Mais je ne te le laisserais pas jeune.

– Ne m’énerve pas, je n’ai pas envie d’éprouver ma patience avec toi. »

Les personnes qui sont dans mon lycée viennent souvent des villes aux alentours, même si ce n’est pas une grande ville, les autres sont plus des villages. Ceci impliquant que ces personnes prennent un car pour rentrer chez eux. Certains le prenaient là où l’on se trouvait, dont certaines que j’observais ce matin. Je n’avais aucun nom, je les reconnaissais à des traits, la corpulence, le visage, les cheveux. Une de celles qui nous sont passées à côté était dans celles qui me plaisaient, je l’ai remarquée assez vite, et j’avais l’impression qu’elle aussi. Elle m’a regardé avec un petit sourire, assez timide.

« Je t’en prie, dis-moi que tu l’as remarqué ! me fit mon cousin.

– Quoi ? Son petit sourire en coin qu’elle m’a jeté ? Je veux oui !

– Tu me rassures. Tu sais ce que tu as à faire.

– Si ! Tu me laisses le temps de le faire moi-même !

– Mais je te laisse le temps, pas de problèmes. Tu ne sais pas son nom ?

– Je vais le trouver. C’est un détail, la manière c’est mon souci, mais je vais le trouver.

– Je peux te faire confiance ?

– Tu dois l’ami. Tu dois. »

Si pour lui, ce qui venait d’arriver signifiait quelque chose, je n’en étais pas aussi convaincu. Oui, je doutais de tout, j’avais toujours peur et je ne voulais pas me faire trop d’illusions trop vite. À quoi bon penser que j’ai toutes mes chances si effectivement je n’en ai aucune ? J’ai passé la fin de la journée à me demander comment je pouvais me renseigner sur elle, connaitre son nom, où elle habite, sans que ça soit flagrant. J’ai eu quelques petites idées sans pouvoir être certain.

J’en reviens à moi. On me caractérise souvent de mélomane, seulement un mélomane est fan de musique classique. Je me dirais plutôt musicophile. Je passe mon temps à écouter de la musique, principalement du rock, mais j’en écoute constamment. Par exemple, le matin, je vais au lycée, la musique sur les oreilles, pareil le soir en rentrant chez moi. Même lorsque je suis seul sous le préau par exemple, il me faut ma musique.

Lundi 24 septembre 2012.

On avait des entretiens par groupe pour une épreuve de fin d’année. Je me retrouvais seul sous le préau, avant qu’une fille de mon groupe vienne me rejoindre. Elle s’appelait Ariel, elle était arrivée en milieu d’année l’année dernière et je m’étais bien attachée à elle.

« T’as vraiment besoin de ta musique ?

– Non, je deviens fou sans.

– Pourtant je sais que tu ne fais pas qu’écouter ta musique. Qui est-ce que tu regardes ?

– Comment ça qui ?

– Arrête, je te connais. Dis-moi, je veux juste savoir qui c’est.

– Je dirais qu’elle est en première, elle est arrivée cette année. Elle est brune, un peu plus petite que moi, les yeux marron…

– Tout ça ! Comment t’arrives à retenir autant de choses et à en voir autant ?

– C’est tout un art, c’est mon art.

– Ça me suffit, je ne vais pas chercher plus loin. Donc tu t’intéresses à elle. Qu’est-ce qui te plait chez elle ?

– Si je te dis sa personnalité alors que je ne la connais pas, tu ne me croiras pas ?

– Aucune chance.

– Bon. Alors, sa façon d’être, son image de petite fille innocente.

– Et pas ses jolies petites fesses ?

– Ariel !

– Quoi ? Ne me dis pas que ce n’est pas la première chose que tu as remarquée chez elle !

– Ses yeux, autour de ses pupilles ses yeux sont rouges.

– Whoa. Comment tu arrives à voir ça ?

– Tu n’as jamais remarqué que je passe mon temps à regarder autour de moi, tout le temps. Seules certaines personnes arrivent à attirer mon regard. Elle en fait partie.

– Parce qu’il y en a d’autres ?

– Au moins une. En seconde, elle.

– Faut vraiment que je te surveille toi.

– Quoi ? Qu’est-ce que j’ai fait encore ?

– Rien, reste comme tu es, tu es génial. »

Je n’étais toujours pas avancé sur qui elle était, pourtant j’avais quelques idées pour me renseigner. D’abord savoir si d’autres personnes ne la connaissent pas. Onze heures, j’étais en maths avec Lucas. Il était le seul qui savait que je m’intéressais à elle.

« Elle est dans le bus de Sylvo.

– Sylvo…

– Oui, je n’en connais qu’un seul. Je peux peut-être essayer de lui demander s’il la connait ou s’il peut savoir quelque chose.

– Non, ne le mêle pas à ça, si tu peux lui demander d’où elle vient, ça par contre.

– Hey les deux au fond ? De quoi vous parlez ? demanda notre prof de maths.

– De sa future copine, répondit Lucas me désignant.

– Oh ! Continuez alors.

– Vous êtes sérieux ? Vous les laissez parce qu’ils parlent d’une fille ? fit Élise.

– Je les laisse parce qu’ils discutent de la future copine d’Ethan oui, aussi parce qu’eux suivent en général en cours.

– Il est génial ce prof, repris-je.

– Bien vrai, répondit Lucas, donc c’est elle que tu veux essayer d’avoir.

– L’une, je vais faire le tri et trouves celles qui me plaisent le plus.

– Celles ?

– Et toutes les passer pour voir avec laquelle je reste.

– Tu veux leur passer dessus oui !

– Je m’en serais passé de celle-là, répondis-je me tournant vers lui.

– Désolé, j’étais obligé.

– Non ! T’aurais pu me l’épargner.

– Et tu veux commencer par elle ? Ou par les autres ?

– Je ne pense pas commencer par elle, je vais la garder pour la fin.

– Comme tu voudras »

Lorsque je suis rentré chez moi, je me suis demandé si je n’étais pas en train de changer. Il y a quelque temps, environ six mois, je ne serai jamais allé jusqu’à demander tout ça à quelqu’un pour une fille. Ce qui me perturbait le plus c’est de savoir si avant que je ne plonge, je l’aurais fait. C’était tellement anormal pour moi que je m’étonnais de rêver d’une personne pour qui je commençais à porter un attrait grandissant.

Mardi 25 septembre 2012.

J’attendais Lucas au lycée avec d’autres de ma classe et Ryan. Notre premier cours était physique, avec un prof certaines fois un peu dérangé.

« Elle habite dans le village après le mien. Si tu sais où j’habite.

– Oui, d’accord. Merci pour l’info, j’en ferais bon usage.

– Bon ! fit notre prof. J’ai une annonce à vous faire. Cet après-midi, certains de cette classe vont présenter votre section aux secondes A. Pour ça, je vais en prendre deux aujourd’hui, deux la semaine prochaine pour les B et deux autres pour les C. Je vais commencer par Ethan…

– Ben voyons…

– Et… dit-il me regardant. Ariel. Ça sera de treize heures trente à quinze heures trente.

– Ça ne fait pas un peu beaucoup pour présenter juste la section ?

– Alors, oui, mais non, la seconde heure, ceux qui sont intéressés pourront venir vous voir, tous les deux et discuter avec vous.

– Bon, s’il faut le faire. »

Quelque chose m’intriguait dans cette histoire, il y avait une personne qui m’intéressait dans une des classes de secondes, mais je ne savais pas laquelle. Il y en avait trois, chacune composée d’environ trente personnes. Il me fallait savoir. Je savais qu’à onze heures, elle sortait de la salle dans laquelle on avait cours après. D’habitude, notre prof est déjà présent dans la salle, mais cette fois-ci, il est arrivé plus tard. Sur toutes les portes des salles de classe, l’emploi du temps y était affiché, le cours, le prof et la classe. Celle qui s’y trouvait était la 2GTA, la seconde générale et technologique A, soit celle où l’on devait faire la présentation l’après-midi. J’ai laissé passer ce moment un peu facilement, négligeant ce que je voulais y faire. L’heure est passée, puis nous nous sommes installés sur deux tables différentes, quelques-uns étaient déjà venus, tous ont parlé à Ariel. Allez savoir pourquoi. Moi j’étais assis sur ma chaise, les pieds sur la table jusqu’à une nouvelle personne se décident à venir me voir.

« Désolé, on est fermé !

– Tu ne te moquerais pas un petit peu de moi ? dit-elle.

– Y’a des chances… répondis-je ouvrant l’œil gauche pour la voir. Bon », repris-je en prenant une posture différente, appuyé contre le dossier, les bars croisés. « Qu’est-ce que je peux faire pour toi ?

– Ton nom déjà.

– Pourquoi il t’intéresse ?

– S’il me faut plus d’informations, je m’adresserai à toi.

– Ethan. À qui ai-je l’honneur ?

– Flora.

– Ça va te paraitre con, mais t’es vraiment là pour la section ?

– Pas trop. J’avais juste envie de parler.

– Pourquoi moi alors ? Il y a des tas d’autres personnes dans le lycée.

– Je ne sais pas. Je te trouve sympa, tu m’as l’air plutôt calme, sérieux, détendu, quoiqu’un peu arrogant. Tu me plais bien, dit-elle en posant ses mains sur la table.

– Tu n’es pas un spécimen tout à fait normal non plus, tu sais.

– Oui, je sais… dit-elle avec un petit sourire timide. Est-ce que je peux te faire confiance ?

– Oh ! Eh bien, normalement oui, pourquoi ?

– Pour savoir, je peux vraiment te faire confiance ?

– Tu peux. Tu m’intrigues quand même.

– Ne t’en fais pas. Tu sauras bientôt ce que je te veux. »

Elle est répartie, au même moment que celui qui était avec Ariel. On s’est regardé, avec un air étonné. Qu’est-ce qu’elle me voulait ? Pourquoi moi ? J’ai gardé ce questionnement jusqu’à la fin de la journée, même toute la nuit. À partir de ce jour-là, deux personnes m’obsédaient. Seulement aucune des deux pour la même raison. J’avais le nom de la seconde, mais pas de celle qui me plaisait le plus. Flora était blonde, assez mince avec des yeux bleu brillant.

Vendredi 28 septembre 2012.

On avait deux heures de libres tous les vendredis, entre dix heures et midi. Là encore, je n’avais pas prévu de faire grand-chose. Installé avec Ryan et Lucas sur une table en train de discuter, ou plutôt débiter des conneries plus débiles les unes que les autres. Une demi-heure plus tard, un groupe de personnes est arrivé sous le préau, je ne savais pas qui parce que la porte d’entrée se trouvait derrière moi. Je ne savais pas que quelqu’un venait vers moi avant qu’une personne n’enroule ses bras autour de mon cou.

« Qui c’est ?

– Si je me fie à ton parfum et à ce que tu portes aux poignets. Flora ?

– T’es pas drôle, je ne m’attendais pas à ce que tu me trouves si vite, dit-elle s’asseyant à côté de moi.

– Toujours plus fort que tout le monde. T’as fini les cours ?

– Ouais, comme toi apparemment. Pourquoi cette question ?

– Je n’ai pas l’intention de manger ici, ça te tente d’aller bouffer au resto ?

– Carrément ouais, si tu m’invites ?

– Pas de problèmes.

– Oh ! Ça va là ? On ne vous dérange pas trop ? fit Ryan.

– Désolé. Flora. Te présente les deux qui me tiennent compagnie. Ryan, le grand qui vient de m’agresser et Lucas. Les mecs, Flora, elle est en seconde.

– Je vous laisse cinq minutes, faut que j’aille aux toilettes.

– Tu ne veux plus t’intéresser à l’autre ? demanda Lucas.

– Si, mais c’est elle qui s’intéresse plus à moi. J’ai l’impression qu’elle cherche quelque chose en moi et je j’ai juste envie de l’aider.

– Et plus !

– Ryan ! Trouve t’en une plutôt que de me les briser.

– Tu paries que j’en trouve une avant toi ?

– Non, je parierais plutôt sur combien de temps tu vas rester avec. Je ferais toujours mieux que toi.

– D’accord, je prends le pari.

– Bon, on y va ? demanda Flora qui revenait.

– Je te suis, mademoiselle.

– Bon courage ! fit Ryan.

– Je n’en aurais pas besoin ! »

Le restaurant était juste en dessous du lycée, il se trouvait au deuxième étage de la piscine de la ville. Je l’ai toujours bien aimé, les serveurs sont sympathiques, surtout le vendredi. Il était midi lorsque nous avons commencé à manger. Gros mangeur que je suis, j’avais opté pour la spécialité, le grand burger-frites avec salade et une bière.

« Tu vas vraiment manger tout ça ?

– Tu ne m’en crois pas capable ?

– Tu n’es pas très gros, tu sais.

– Je ne prends pas de poids. Je peux manger autant que je veux !

– T’es marrant, tu sais.

– Pourquoi ça ?

– Je ne sais pas si c’est une impression de ma part, mais j’ai l’impression que tu ne prends rien au sérieux.

– Pourquoi tu dis ça ? Je suis quelqu’un de tout à fait sérieux moi.

– Rien qu’avec ça, tu me prouves le contraire.

– Ouais, tu n’as pas tort sur ce coup-là. Je n’ai pas envie de prendre au sérieux quelque chose qui ne le mérite pas. On n’a qu’une vie, autant en faire ce que l’on veut.

– T’es adorable. Je ne sais toujours pas ce que je te trouve, mais t’es génial.

– C’est gentil, mademoiselle. T’es pas mal non plus.

– Tu t’avances moins que moi.

– Je ne te connais pas assez pour savoir si tu es à ma hauteur ou non.

– T’es bête. Mais je t’aime bien.

– Quand tu m’as demandé hier si tu pouvais me faire confiance. À quoi tu faisais allusion ?

– À quelque chose d’assez personnel, je n’en ai jamais parlé à personne. J’espère juste que tu sauras garder ça pour toi si je te le dis.

– Je ferais de mon mieux.

– Tu restes avec moi après ? Je ne peux rentrer chez moi qu’après quatre heures.

– Où est-ce que tu habites ?

– Aumont.

– Tes parents ne peuvent pas venir te chercher avant ?

– Ils travaillent tous les deux… dit-elle baissant les yeux sur son assiette.

– J’ai l’impression que j’ai touché un point sensible…

– Non, je… Un peu oui…

– Désolé. Je ne savais pas. T’es décidée à ne plus sourire, ou ? Parce que je vais me faire chier sinon.

– Ethan ! T’es bête.

– Je te préfère comme ça, je te trouve plus jolie que quand tu es triste.

– T’es pas drôle, je ne suis pas aussi jolie que ça.

– Bien sûr que si. »

Aumont était l’un des villages ou petites communes aux alentours de Saint Chély, la ville dans laquelle j’habitais. Elle se situait à un peu plus de dix kilomètres d’ici, seulement pas faisable à pied. Après avoir mangé, nous nous sommes installés dans le parc à côté du lycée, il entourait une petite marre occupée par des canards et des cygnes. On avait encore du soleil à cette époque, mais nous nous étions mis sous les saules pleureurs.

« J’ai une question Ethan.

– J’essaierais d’y répondre.

– Je veux vraiment que tu me dises la vérité, dit-elle se tournant vers moi, je peux te faire confiance, si je te dis quelque chose, tu ne le répèteras pas ?

– Je te promets que je garderais ça pour moi. Je tiens toujours mes promesses.

– D’accord, dit-elle se relevant, je… je ne sais pas comment dire ça.

– Dit le franchement, je ne suis pas du genre chiant, du moins pas tout le temps.

– Et bien, j’aime les filles… »

L’annonce m’a quelque peu déstabilisé. Je n’ai pas su quoi répondre. Je suis resté environ trente secondes allongé, bouche bée, puis je me suis relevé, perturbé.

« Ça te dérange c’est ça ? demanda-t-elle.

– Non, non. Je n’ai aucun problème avec ça, c’est juste que je ne m’y attendais pas. Donc, si je comprends bien, je suis le seul à savoir ça ?

– Oui et je ne veux surtout pas que tu le dises.

– Je ne dirais pas un mot.

– Je te plaisais c’est ça ? C’est pour ça que ça t’a tant choqué ?

– Un peu oui, mais…

– Désolé alors.

– Ce n’est pas grave. J’en ai vu d’autres.

– J’ai un autre service à te demander, en revanche là c’est seulement si tu veux.

– Dit toujours.

– Je ne me sens pas prête à ce que tout le monde le sache. J’aimerais que tu te fasses passer pour mon petit copain.

– Combien de temps ?

– Quelques mois. Deux, trois.

– D’accord, répondis-je presque aussitôt.

– Vraiment ?

– Ouais, je n’ai rien contre ça, si ça peut t’aider.

– Mais…

– Mais ? Y’a autre chose ?

– Tu penses que tu pourrais m’aider à me trouver une copine si jamais j’en trouve une qui me plait ?

– Je dois pouvoir faire ça. Au moins pour toi.

– T’es génial Ethan. Je ne saurais pas comment te remercier.

– Je ne te demande rien, je le fais juste parce que ça me fait plaisir. »

Elle était vraiment adorable, pleine de vie. On aurait dit que tout allait bien pour elle, qu’aucun souci ne pouvait intervenir dans sa vie. Une jolie princesse aux cheveux dorés, les yeux plus bleus que l’océan. Elle était radieuse et je continuais à m’attacher à elle parce qu’elle respirait quelque chose que je ne trouvais chez personne. Une sorte d’envie de vivre qui la poussait à être différente des autres. Je la trouvais géniale.

On devait attendre sa mère au parking à côté du lycée de mon cousin, nous y sommes arrivés environ quinze minutes avant qu’elle n’arrive. J’étais appuyé contre un mur et elle s’était serrée contre moi.

« Je suis aussi obligé de jouer ce rôle avec tes parents ?

– Non, mais comme tu ne les verras pas souvent…

– OK, j’ai compris, ça marche petite peste.

– Quoi ? Je ne t’ai rien fait !

– Je sais, je plaisante.

– Dit, fit-elle quelques minutes plus tard, je pense que tu dois t’en douter, mais je n’ai jamais embrassé un garçon.

– Tu n’es pas sérieuse ?

– Quoi ?

– Et tu penses que je vais te dire oui ?

– Ben je, euh…

– T’es folle. Complètement déjanté.

– Mais, au moins toi je te connais et je peux toujours te dire comment c’est, pour t’aider si tu veux te trouver une copine.

– Quel argument !

– Je n’ai pas trouvé mieux. S’il te plait, je ne te demanderais rien de plus, enfin j’espère.

– D’accord. »

Elle s’est empressée de se jeter sur moi. C’était différent. Je ne suis certainement pas un bourreau des cœurs, mais j’avais quand même embrassé plusieurs filles. Mais cette fois-ci, c’était totalement différent. Je n’avais aucun mot pour décrire ce que je ressentais. « À lundi beau-gosse. » Pour la deuxième fois de la journée, j’étais quelque peu, perturbé. Je ne savais pas trop quoi penser en fait. J’ai gardé tout ça en tête tout le weekend, sans faire partager les informations et encore moins mon état quelque peu, non indifférent à ce qui venait de se passer.

La semaine suivante a été plutôt calme. Même si elle passait son temps avec moi, j’en ai profité pour mieux apprendre à la connaitre, parce que je savais que je devrais continuer à passer beaucoup de temps à ses côtés. Hormis ceci, rien n’était anormal et mes idées farfelues commençaient à s’effacer.

Mercredi 3 octobre 2012.

C’était une journée atroce. Seules les deux premières heures de cours m’avaient suffi pour me vider de mon énergie, moi qui suis en général trop énergique. J’étais fatigué, autant physiquement que mentalement. J’ai enfin fini les cours à cinq heures et suis arrivé sous le préau. J’ai vu qu’à côté d’une table il restait une chaise. J’ai jeté mon sac dans à côté des casiers et m’y suis avancé. Il y avait trois filles à cette table, mais j’étais trop crevé pour faire attention à qui elles étaient.

« Est-ce que je peux ?

– Euh, oui, répondit l’une d’entre elles.

– Merci ! répliquais-je m’affalant sur la chaise et posant ma tête sur mes bars posés sur la table.

– OK ! Tu m’expliques ? fit celle qui se trouvait à ma droite.

– J’ai eu une journée de merde ! Alors si tu pouvais juste me laisser me reposer. Merci d’avance.

– Euh… Bon. »

On se met souvent à penser à beaucoup de choses lorsqu’on se repose. Un sens se désactive, la vue pour pousser les autres et laisser libres nos pensées, non influencées par notre vue, mais seulement notre ouïe. Je me suis mis à réfléchir sur les personnes qu’il y avait autour de moi. Je connaissais les voix des deux à ma gauche et à ma droite. Je savais, d’après mes souvenirs visuels, que celle qui était en face de moi et qui n’avait d’ailleurs plus trop envie de parler était celle dont je parlais avec Ariel. J’écoutais ce qu’elles disaient, pour essayer de savoir comment elle s’appelait. Son nom était Mélissa et elle était plutôt timide, puisque ma présence seule la dérangeait. Je suis resté presque une heure, jusqu’à ce que retente la sonnerie de dix-huit heures. J’ai relevé la tête et ai regardé vers la porte. Elle était juste devant et elle m’a fait un signe de la main avant de sortir. C’est la deuxième fois qu’elle portait attention à moi, si elle ne l’a pas fait lorsque j’étais en train de dormir. Je commençais à croire mon cousin, j’avais finalement peut-être une chance avec elle.

Jeudi 4 octobre 2012.

Dix heures, à la pause. J’étais avec Lucas dans la cour, appuyé sur la rambarde.

« Qu’est-ce qui nécessite que tu me pousses à sortir ?

– Elle s’appelle Mélissa et j’ai l’impression que l’une de ses copines ne m’aime pas.

– Qu’est-ce que t’as fait comme connerie encore ?

– Tu te souviens de mon état hier, avant de partir j’ai pris la seule chaise qui restait, à sa table. J’ai dérangé l’une des deux qui étaient avec elle par ma présence assoupie sur la table.

– T’es sérieux ? Tu t’es incrusté comme ça ?

– Bah ouais, carrément.

– T’es un putain de génie.

– Ce qui me dérange par contre, c’est Flora. Je ne l’ai pas vue ce matin.

– Pourquoi ? Tu t’en fais pour elle ?

– Non, enfin si un peu. J’ai l’impression qu’elle a une histoire un peu plus complexe que ce qu’elle veut me dire.

– Du genre ?

– Lorsque j’ai parlé de ses parents avec elle au resto, elle a changé de sujet assez vite, comme si ça la dérangeait de parler d’eux.

– Il doit forcément y avoir quelque chose. Tu veux creuser ?

– Je voudrais la voir avant. Elle m’intrigue, mais vraiment.

– Elle n’a pas l’air, très spéciale peut-être un peu différente.

– C’est ce peu que je veux découvrir. Ça m’a l’air d’être un problème plus grave que ce qu’elle veut bien le prétendre.

– Ça sera sans moi alors.

– Ne t’en fais pas, je m’en occupe. »

Tout ce que je voulais c’est l’aider, ou au moins essayer. Je sais j’en faisais déjà beaucoup pour elle, mais ça ne me posait aucun problème, un de plus ou un de moins. C’est à la pause de l’après-midi que j’ai revu Flora, assise toute seule dans un coin du préau. J’ai lancé une chaise vers elle, assez fort pour l’atteindre sans la toucher puis j’y ai pris place, devant elle.

« Qu’est-ce qui t’arrive ? Tu m’as l’air toute triste ? demandais-je

– Non, ça va.

– Je vois bien que ça ne va pas. Si tu allais bien, tu m’aurais déjà sauté dessus.

– Mon père n’a pas apprécié nous voir ensemble.

– Tu veux dire, le jour où ta mère est venue te chercher ?

– Oui.

– Bah, suffit de plus se faire voir par tes parents.

– T’es marrant toi, comment on fait ?

– Quand l’un des deux vient te chercher, je disparais, comme par magie, comme ça, Pouf !

– Pouf ?

– Pouf ! Plus grand, tu ne fais pas !

– T’es bête Ethan.

– J’essaie de te redonner le sourire, mademoiselle.

– D’accord, t’as gagné. Je commençais à m’ennuyer sans toi.

– C’est donc que je réussis mon travail.

– Je crois que quelqu’un s’intéresse à toi. Regarde, dit-elle me montrant Mélissa.

– T’es certaine ? Je n’irais pas si loin.

– Moi si, à chaque fois que tu te retournes vers moi, elle te regarde. Et moi aussi, avec une certaine jalousie.

– Jalouse de toi ?

– Je suis ta copine quand même, c’est normal.

– Oh ! répondis-je en riant. Effectivement.

– Qu’est-ce qu’il y a ? Pourquoi tu me regardes comme ça ?

– Tu m’intrigues, j’ai l’impression que tu me caches quelque chose.

– Comme quoi ?

– Je ne sais pas, une face de ta personnalité que tu ne veux pas me montrer.

Arriva celle que j’avais dérangée de ma présence hier, sans que je l’aperçoive

– Ne t’avise pas de t’approcher d’Emily, sinon tu auras affaire à moi !

Elle s’en alla aussitôt.

– Elle n’est pas sérieuse ? fis-je en riant.

– Continue de chercher alors, tu trouveras peut-être, dit Flora s’en allant à son tour.

– Cette fille n’est pas pour toi Ethan, me fit Ryan derrière moi.

– Je sais.

– Alors pourquoi ?

– Ne cherches pas, ça ne regarde que moi.

– Bon.

– Je n’ai pas l’intention de me rapprocher d’Emily, fis-je à Lynn après l’avoir retrouvée, je ne sais même pas qui est cette Emily, continuai-je la fixant dans les yeux.

– Je…

– Au plaisir ! repris-je m’en allant. »

Tout commençait à devenir assez étrange. Flora et ses problèmes, Lynn qui me reproche de vouloir Emily alors que ça serait plutôt Mélissa. Qu’est-ce qui ne va pas cher eux ? D’un autre côté, je me demandais ce qui m’attirait le plus chez Mélissa. Pas que je m’ennuyais en cours, quoi que. Elle avait tout pour me plaire, et tout pour plaire à tout le monde. C’était le genre de fille que lorsque l’on croise son regard, ou sa silhouette, on se dit tout de suite qu’elle a déjà un petit ami. Elle était radieuse, toujours souriante. Elle était un peu plus petite que moi, brune avec quelques reflets rouges. Ses cheveux lui descendaient jusqu’aux épaules quand elle ne les avait pas d’attache en queue de cheval. Les yeux marrons, avec ce reflet rouge que je j’avais fait remarquer à Ariel. Elle était plutôt mince. Pas anorexique, mais fluette. Une silhouette faite de jolies formes. Habillée simplement, pourtant avec un style vestimentaire très sophistiqué. Tout ça n’empêche que je ne sais toujours pas ce que je préfère chez elle, peut-être ses réactions timides lorsqu’elle croise mon regard.

Vendredi 5 octobre 2012.

Toujours à la pause. Je suis parti en direction des toilettes après m’être extirpé des griffes de Flora lorsque j’ai remarqué quelque chose. J’avais quelques amis dans le lycée et un « ennemi », une personne que je ne pouvais pas supporter et c’était réciproque. Zack. C’était le genre de mec que je hais, le beau-gosse qui drague tout le monde. Le genre qui se croit plus beau que tout le monde et qui se fait remballer par tout le monde, sauf celles qui changent de mecs tous les jours.

« Lâche-là Zack, tu vois bien qu’elle ne veut pas.

– De quoi tu te mêles ? Ce n’est pas ta sœur.

– Non, mais rien que de voir ta sale gueule ça me répugne.

– Tu me cherches, c’est ça ?

– T’as déjà oublié comment t’as fini la dernière fois ? Une humiliation, ça suffit, non ? Enfin si t’en veux une deuxième, je suis preneur.

– On se reverra.

– Je n’espère pas.

– Merci, il ne voulait pas me lâcher. Je m’appelle Mélissa.

– Ethan, n’hésite pas à m’appeler s’il revient comme une sangsue.

– J’y penserais. »

J’aimais bien sa voix, elle était toute douce, sans accrocs, elle passait comme un morceau de musique classique. Je crois que je venais de trouver ce qui me plaisait le plus chez elle. Sa petite voix de princesse.

« Un jour faudra que tu arrêtes de rêver Ethan. Ça va te jouer des tours, me fit Lucas une fois en cours.

– Comment ça ? Moi je rêve, toi tu bug ! Chacun sa technique.

– Vu comme ça. Dans un sens, c’est la même chose, c’est juste moins, enfin tu vois.

– Ouais, je vois. N’empêche que j’ai le droit. Elle va me rendre dingue.

– Alors, deviens dingue. T’arriveras à te la faire !

– Lucas ! T’es complètement con, je te jure.

– Quoi ? Ne me dis pas que tu n’en as pas envie ?

– Si, bien sûr que si. Mais tu vois, même si j’arrive à sortir avec, ça ne sera pas aujourd’hui quoi.

– Bonne chance quand même. »

Comme toujours, je préférais parler avec Lucas en cours que suivre, quelle importance, ça ne me baissait pas ma moyenne pour autant alors il fallait que j’en profite. Je savais ce que je voulais, qui je voulais, mais pas quand. Je me disais que je devais prendre un certain temps, au moins assez pour que Flora soit prête et que je puisse la laisser. Je ne savais pas combien de temps ça lui prendrait, mais j’essayais de le faire le plus vite possible.

Vendredi 19 octobre 2012.

Les vacances commençaient le lendemain. Il était presque une heure et j’étais adossé à un casier, Flora serrée contre moi. Lucas est venu nous voir.

« Je peux m’incruster ? demanda-t-il.

– Bien sûr, je ne t’en empêche pas, répondit Flora.

– Je crois que tu vas avoir un problème Ethan.

– Comment ça ? demandais-je.

– Tu te souviens de la foi quand on était en maths, on parlait de savoir où habitait Mélissa et le prof nous a coupés. Tracy a trouvé le moyen de nous faire chier parce qu’il nous a laissé faire alors qu’on parlait de Mélissa.

– Oui, bon ça je sais, où tu veux en venir ?

– J’en viens à ce que j’ai entendu en passant. C’était de la jalousie.

– Non, t’es sérieux ?

– Si je te le dis, je l’ai entendu le dire, après tu me crois, tu ne me crois pas.

– Je vais te croire, enfin…

– Ça te pose un problème Ethan ? demanda Flora.

– Ouais, dans le genre où elle va commencer à agir lorsque je vais m’approcher de ma copine, de Mélissa si c’est elle.

– Et pourquoi pas moi ? C’est vrai, je peux aussi bien la déranger par mon comportement avec toi ?

– Ouais, mais peut-être elle ne voit pas une menace, ou elle ne te voit pas comme ma copine, plus comme une amie.

– Pas très logique.

– Non, le plus illogique c’est qu’il y en a d’autres, fit Lucas. D’autres filles sont dérangées par toi qui colles Ethan, dit-il à Flora.

– Je vais te lâcher un peu alors, à plus tard.

– Maintenant, explique-moi. Mélissa ou Flora ?

– Oh ! répliquais-je en riant. C’est assez drôle. On va dire Mélissa, Flora c’est un rôle, elle m’a demandé de paraitre au rôle de son petit ami. Tu comprends ?

– Je comprends, bon courage quand même, je sens que ça va devenir la merde ! dit Lucas.

– Tu l’as dit l’ami. »

Je commençais à voir la réalité, j’étais plus apprécié que ce que je ne voulais pas le croire. J’avais confiance en Lucas et quand il me disait que d’autres filles étaient dérangées par la présence de Flora à mes côtés, je le croyais totalement. Je devais faire face à un problème, celui qui me pousserait à choisir entre celle que je voulais et celles qui se présenteraient à moi. Ça allait devenir l’une des plus difficiles affaires que j’avais à affronter, sans même savoir comment j’allais pouvoir m’en sortir pour faire ce dont j’avais envie.

Chapitre 2 : Des larmes et du courage.

J’ai passé les deux semaines de vacances avec Flora, presque tous les jours. Parce que oui, j’avais le permis de conduire, forcément ça m’aidait. J’adorais passer du temps avec elle, la chaleur humaine qu’elle dégageait était déconcertante. Elle était adorable, touchante, drôle, un peu folle, mais je n’étais pas mieux. Je savais presque tout d’elle et elle de moi. Elle avait toujours eu une vie calme, sans jamais de problèmes, du moins pas de gros problèmes. Enfin, c’est ce qu’elle me disait, pourtant elle ne me disait pas tout. Il y avait quelque chose qu’elle me cachait, à propos de ses parents.

Lundi 5 novembre 2012.

Il était dix heures, on sortait de cours avec Lucas. Dès le début de la journée, je sentais que quelque chose n’allait pas, simplement à la musique que j’avais choisie pour venir au lycée.

« Mais non, tu vois je verrais plutôt un truc du genre : dès que je serai “libre”, elle va, même les autres vont me sauter dessus, dis-je à Lucas.

– Te sauter dessus, ose me dire que tu t’en plaindras ! répondit-il.

– Ahah, non, certainement pas… »

L’attroupement devant la porte m’intriguait, qu’est-ce qu’ils voulaient ? J’ai fait mon chemin dans le préau puis j’ai vu qu’il y avait un trou dans la masse, avec quelqu’un au centre. C’était Flora qui était à genoux, en train de pleurer. J’ai lâché brutalement mon sac puis suis parti la rejoindre, m’asseyant en tailleur devant elle. Elle avait les yeux rouges, le visage marqué par ces larmes.

« Maintenant n’ose pas me dire que tout va bien, lui dis-je.

– Ethan, reste avec moi, s’il te plait, dit-elle sanglotant encore.

– Bien sûr, tout ce que tu voudras. »

La sonnerie a retenti, puis tous les autres lycéens sont sortis. Au bout de dix minutes, mon prof est venu, étonné du fait que je ne sois pas en cours.

« Ethan ? Qu’est-ce que tu fais ici ?

– Rien qui ne vous regarde, répondis-je d’un ton sec.

– En cours ! Tout de suite !

– Jamais. Je n’ai pas l’intention de venir.

– Tu le regretteras.

– Aucune chance. »

Sur le coup, tout ce qui m’importait c’était Flora. Qu’est-ce qui lui était arrivée pour qu’elle craque comme ça, au milieu du préau ? Une fois remise, je l’ai prise avec moi et l’on est sorti dans la cour, on est installé sur un banc, elle est assise sur mes genoux.

« Tu veux me raconter ou est-ce encore trop dur pour toi ? demandais-je.

– Tu me jures de toujours garder ça pour toi ?

– Promis.

– Bon. Déjà oui, quelque chose ne va pas, même si je te parais toujours heureuse j’en suis loin. J’ai juste craqué, je n’en pouvais plus et j’ai de la chance de pouvoir compter sur toi.

– Je le serais pour longtemps encore.

– Ensuite, quand on était au resto, tu as parlé de mes parents. Oui, quelque chose m’a dérangé lorsque tu les as évoqués. La première raison c’est mon père, ce n’est pas facile à dire et j’ai du mal avec ça, mais il frappe ma mère.

– Génial, un connard de plus. Désolé. Quelquefois, j’ai un côté très violent contre les hommes.

– Non, tu n’as pas à t’excuser… Je le déteste aussi, mais pas que pour ça.

– Il y a quelque chose de pire c’est ça ?

– Exact.

– Il te bat toi aussi ?

– Et bien… Tu sais, j’ai une certaine attirance pour les filles. Mais ce n’est pas sans raison.

– Où tu veux en venir ?

– J’avais huit ans, dit-elle sentant les larmes remonter, un soir, il est revenu saoul et il est monté à l’étage des chambres. Il a ouvert la porte de sa chambre doucement pour s’assurer que ma mère dormait puis il est venu dans ma chambre et… »

Je m’étais perdu, le regard vide, à imaginer ce que cette ordure avait pu faire. Je ne savais pas laquelle de mon idée tordue était la pire, mais je ne voulais accepter aucune d’elle.

« Attends, tu es en train de me dire ? Ce n’est pas ce que je pense ? dis-je la voix tremblante.

– Tu comprends pourquoi le corps d’un garçon me fait peur… dit-elle doucement.

– Mais attends, ne t’en as jamais parlé à personne ?

– Non.

– Même pas à ta mère ?

– Non, personne sauf toi.

– Mais pourquoi moi, pourquoi…

– Parce que tu es quelqu’un de confiance. Quelqu’un en qui j’ai confiance.

– Mais on ne peut pas laisser ça comme ça, faut le faire enfermer ce type !

– Mais si l’on parle, il va être encore pire.

– Je m’en charge s’il le faut.

– Non, s’il te plait, dit-elle inquiète. S’il le sait, il va s’en prendre à nous.

– Qu’est-ce que je peux faire alors ? Je ne peux pas rester comme ça en sachant tout ça.

– Je t’en prie Ethan.

– Laisse-moi au moins te protéger petite princesse.

– Me protéger de qui ?

– Te protéger de ton père.

– Mais comment ?

– Oublie-le, disparais de sa vie, éloigne-toi de lui. Une amie de ma mère a toujours cherché à accueillir des enfants. Tu pourrais rester chez elle pendant un certain temps.

– Et qu’est-ce qu’on dirait à ma mère ?

– La vérité, je pense qu’elle le comprendrait.

– Tu crois ?

– Je le sais. Je veux juste te protéger Flora.

– Alors, promets-moi une chose.

– Tout ce que tu voudras, dans la mesure de mon possible.

– Je veux que tu me promettes, même si ça prend du temps, que tu tenteras ta chance avec Mélissa.

– Flora !

– Promets-le-moi !

– D’accord. »

Je n’ai pas dormi ce jour-là, je suis resté perturbé, même si le mot est faible, par ce qu’elle venait de me dire. Comment est-ce possible ? Je sais que ça existe, mais quand bien même ? La chose en est pire lorsque ça nous touche vraiment. Que devais-je faire ? Agir, ou bien rester là, sans rien dire à savoir une chose aussi horrible que celle-là. Toutes ces questions, sans réponses utiles, toutes futiles et inapplicables. J’ai quand même permis à Flora de s’isoler de lui, au risque d’attiser sa colère.

Mardi 6 novembre 2012.

Je me suis rendu chez Flora après les cours, elle avec moi. Je devais expliquer à sa mère ce qu’il s’était passé et essayer de trouver un moyen de faire changer ceci. Sa mère nous avait laissés prendre place dans le canapé du salon.

« J’ai quelque chose d’assez délicat à vous dire.

– Vas-y, je t’écoute, me dit-elle.

– Je sais qu’apparemment, je ne devrais pas savoir ce dont je vais vous parler. Et même si j’ai promis de ne rien dire à personne d’autre à votre fille, mon éthique ne me permet pas de laisser ceci de cette manière.

– Tu commences à me faire peur, dit-elle.

– Je sais que son père, votre mari n’est pas forcément le meilleur qu’il puisse exister, je dirais même qu’il en est loin. La première chose est que je veux protéger Flora de ce monstre.

– Avec plaisir, mais comment ?

– Vous, vous n’avez aucun problème avec ça ?

– Non, au contraire, si tu peux trouver un moyen de l’éloigner.

– Une amie de ma mère peut l’héberger, du moins le temps que l’on s’occupe de lui.

– S’occuper de lui ?

– Je sais qu’elle n’est pas la seule à souffrir de son père. Je n’ai pas l’intention de laisser une ordure comme lui faire de mal à Flora et je ne veux pas que vous ne souffriez encore plus.

– Ne t’en fais pas pour moi, je n’ai pas besoin de ton aide…

– Je sais que si, des ordures comme lui il ne devrait pas en exister. Je veux l’arrêter.

– Qu’est-ce que tu comptes faire ?

– D’abord, je crains les répercussions que peut avoir le fait que je sois au courant alors j’aimerais que ça reste entre nous. Ensuite, il me faudra trouver quelque chose pour prouver l’accusation, et vos plaintes, évidemment. »

Je me trouvais quelque peu dépourvu, je savais que je devais faire changer ça, mais comment ? Après les questions sur pourquoi il avait agi de la sorte, c’est comment le lui faire payer qui me torturait la tête. Je gardais quelques idées en tête alors que je me mettais à penser à autre chose, Mélissa. C’est elle qui m’intéressait depuis le début et je sais que la manière dont je me comportais avec Flora tous les jours ne laissait pas croire que je n’avais pas de copine, et pourtant. Je ne savais ni comment j’allais faire, ni ce qui se passerait autour, avant, après, entre temps. J’avais envie de me laisser faire, sans pour autant perdre ma chance.

Never made it as a wise man
I couldn't cut it as a poor man stealing
Tired of living like a blind man
I'm sick inside without a sense of feeling

This is how you remind me
This is how you remind me of what I really am

It’s not like you to say sorry, I was waiting on a different story
This time I'm mistaken, For handing you a heart worth breaking
And I've been wrong, I've been down, Into the bottom of every bottle
These five words in my head
Scream, "Are we having fun yet ?", "Are we having fun yet ?"

It’s not like you didn't know that
I said I loved you and I swear I still do
It must've been so bad
'Cause living with me must've damn near killed you
This is how you remind me (you remind me)
This is how you remind me of what I really am

It’s not like you to say sorry
I was waiting on a different story
This time I'm mistaken, For handing you a heart worth breaking
And I've been wrong, I've been down
Into the bottom of every bottle
These five words in my head
Scream, "Are we having fun yet ?"

This is how you remind me (you remind me)
This is how you remind me of what I really am

It’s not like you to say sorry, I was waiting on a different story
This time I'm mistaken
For handing you a heart worth breaking
And I've been wrong, I've been down, Into the bottom of every bottle
These five words in my head
Scream, "Are we having fun yet ?",
"Are we having fun yet ?"
-- Avril Lavigne | How You Remind Me --

Mercredi 21 novembre 2012.

Dès le moment où je suis entré dans le lycée j’ai senti quelque chose d’étrange, comme si j’avais tous les regards sur moi pourtant ce n’était pas différent. Comme tous les jours, je me suis installé la table où était Ryan et quelqu’un est venu s’installer à côté de moi.

« J’ai compris, j’ai repensé à ce que tu as dit.

– C’est-à-dire ? Qu’est-ce que ton esprit bizarre a compris Lynn ?

– C’est de moi que tu es amoureux ! »

Je me suis brutalement tourné vers elle, d’un air effrayé et amusé. Comment elle avait pu penser ça ?

« Vraiment ? dis-je étonné.

– Ouais, peut-être que tu ne sais pas qui est Emily, OK. Mais c’est à moi que tu es venu parler.

– Parce que c’est toi qui es venue m’agresser. Ça ne t’est pas venu à l’esprit ? Effectivement, il y aurait bien une personne qui me plait dans ton groupe d’amies, mais pas toi.

– Mais…

– T’as pas compris ce qu’il t’a dit ? fit Ryan. Il ne t’aime pas ! »

Elle s’en alla attristée et énervée, brutalement sans prêter attention à ceux qu’il y avait autour d’elle.

« Merci l’ami, je ne m’en serais jamais sorti sans toi, repris-je.

– Je suis là pour ça. N’empêche que tu t’attires des ennuis avec cette fille !

– Et alors, qu’est-ce que ça peut te faire ? C’est moi qui vais finir avec ces problèmes, pas toi.

– Je dis ça pour ton bien.

– Mon bien, ce sera elle, Ryan.

– OK ! Mais ne tarde pas trop. »

Dans un sens, il avait raison. Si je finissais par trop tarder, je la verrais comme une fille parfaite, sans aucun défaut et lorsque je serais avec elle, ce « mythe » s’effondrerait. Quelques minutes plus tard, Lucas arriva et me donna un papier.

« Qui t’a donné ça ? lui demandais-je.

– Un mec de notre classe.

– Et de qui ça vient ?

– Il n’a pas voulu me le dire. À toi de trouver.

– Bon, pas trop le choix. »

C’était une fille qui l’avait écrit, ça se voyait, rien qu’à la forme des lettres. Une écriture douce et mignonne, espérons que la personne qui l’a écrit soit pareille.

Tu ne prêtes peut-être pas attention à moi, mais moi si, et je sais que tu t’en es aperçu. Je ne veux pas que tu essaies de me chercher, je me dévoilerais le moment venu. À bientôt…

« Tu as une idée de qui ça peut-être ?

– Non, mais je vais respecter ce qu’elle veut, je ne vais pas la chercher. »

Depuis le début de la journée, je savais que quelque chose à un moment n’irait pas, mais aucun moyen de déterminer quoi. Il était presque une heure et je devais aller en cours, j’étais les bras croisés, appuyé contre un mur pour attendre Flora. Puis, alors que j’écoutais ce qui se passait aux alentours, j’ai entendu Zack.

« Vas-y dégage ! Tu me fais chier.

– Je ne t’ai rien fait, ne m’agresse pas, répondit la fille.

– Je t’agresse comme je veux ! T’as qu’as pas te foutre sur mon chemin, dit-il en commençant à la bousculer.

– Hey, on se calme d’accord. Zack tu dégages elle ne t’a rien fait.

– Ouais, ben c’est toi qui vas payer pour ça.

– La violence ne résout rien, puis tu sais que tu vas perdre.

– Essaie, on va voir.

– Ça ne sert à rien !

– Tu vas voir si ça ne sert à rien ! »

Concrètement, je ne savais pas me battre, lui non plus d’ailleurs, mais je savais esquiver les coups, surtout les siens. Il s’était souvent affronté à moi, mais à chaque fois il se faisait laminer et cette fois-ci ça n’allait pas changer. Ce n’est que cinq minutes plus tard, une arcade cassée et la mâchoire déboitée, qu’un des surveillants nous a envoyés chez le proviseur. Contrairement à Zack, je n’avais pas récidivé, c’était bien la première fois que je rentrais dans ce bureau. J’avais repris la même position que tout à l’heure sous le préau pendant qu’on interrogeait Zack et celle à qui il s’en était pris. J’attendais mon tour, patiemment alors que quelqu’un d’autre entrait dans le bureau. C’était Mélissa. J’ai attendu quelques minutes que ses sanglots cessent et lui permettent de parler. Zack était une nouvelle fois derrière tout ça. Je n’ai pas attendu mon tour, je suis sorti du bureau, ma colère me faisait battre le cœur à une vitesse phénoménale. J’ai attrapé ce que je pouvais sur le chemin pour le frapper avec. Je n’avais pas remarqué le surveillant qui était avec nous dans le bureau qui m’a arrêté après le premier coup. Il a emporté Zack et je suis pari dans la cour, dans le froid qui commençait à s’installer chez nous. J’étais dans un endroit assez spécial, c’est le toit d’une partie du bâtiment qui était plat. Cet endroit me rappelait une autre zone où l’on se mettait avec mon meilleur ami à l’époque du collège. J’y suis resté dix minutes avant que Lucas vienne.

« Tu sais qu’on te cherche partout ?

– Non, mais après tout ça ne m’importe que peu, répondis-je.

– Bah ! On veut ta vision des faits apparemment. Va les voir, ça ne coute rien, reprit Lucas.

– S’ils veulent bien la croire.

– Je pense que oui.

– T’as raison. Ne m’attends pas, retourne en cours, fis-je.

– Je n’avais pas l’intention de poireauter pour toi.

– Je m’en doutais. »

Je suis retourné dans le bureau du proviseur. J’y ai pris place en attendant qu’il revienne.

« Ah, vous voilà. Vous étiez retourné en cours ?

– Pas exactement.

– Bon. Je vous expose ma vision des choses. J’admets et comprends que ce n’est pas la première fois qu’il s’amuse à déranger tout le monde pour ne pas dire autre chose. C’est noté dans son dossier et dans celui de ce lycée. La chose que je veux savoir c’est si j’ai raison d’écouter les témoins de la scène. Expliquez-moi comment ça s’est passé.

– Il s’en est pris à cette fille, je ne sais même pas pourquoi. Est-ce qu’elle l’a bousculé ou juste gêné sur son passage ? Ce n’est pas important. J’ai le malheur de le connaitre, alors lorsque j’ai entendu qu’il s’en prenait à elle sans trop de raisons, je suis allé les voir pour le calmer et il a voulu s’en prendre à moi, parce que je me suis interposé. Mon visage témoigne de la suite.

– Bien, je vous crois. Votre version n’est pas différente de celles des autres.

– Qu’est-ce que vous allez faire de Zack ?

– Lui, le virer dans l’heure, violence verbale et physique, tentative de viol. L’envoyer en prison s’il était majeur, l’envoyer en cour pour juger sa tentative.

– Sa tentative… sur qui ?

– Une seconde. Une certaine Mélissa.

– Mais qui, qui l’a aidée ?

– Deux amis à vous, je crois, Ryan et Flora. Ça vous étonne ?

– Oui, mais ça me fait plaisir.

– Vous pouvez y aller.

– Merci. Bonne journée.

– C’est plutôt à moi de vous le souhaiter. »

Cette fois-ci, j’amorçais la remontée. J’avais réussi à éliminer le seul danger du lycée, pour moi et tous les autres.

Samedi 1er décembre 2012.

J’ai été convié par les parents de Flora à manger chez eux. En un sens, c’était compréhensible. Nombreuses fois, ils m’avaient vu avec elle, dans ses bras. Mais cette situation me paraissait malsaine. Encore plus quand j’ai aperçu la mère de Flora avec un coquard. J’ai essayé de lui demander si le fautif était son mari, sans lui parler et elle me l’a confirmé. Ma haine contre cet homme venait de prendre encore plus de place. Plus tard, pendant le repas, il me demanda un service.

« J’ai entendu dire que tu étais un peu geek, me dit-il. Tu crois que tu pourrais me réparer mon ordinateur ? Tu le prendras chez toi si tu n’as pas le temps.

– D’accord, je verrai ce que je peux faire. »

Le repas passa, non pas sans une certaine gêne chez moi. J’avais toujours l’envie de le dénoncer pour ce qu’il n’avait fait, mais je n’avais aucune preuve de ce que j’avançais. Après avoir aidé la mère de Flora à débarrasser la table, je suis allé dans le bureau, et me suis installé devant l’ordinateur de son père. Il n’avait pas vraiment de problème, il voulait simplement faire une vérification de disque et son propriétaire l’avait certainement empêché la première fois. J’ai validé la vérification, et je suis resté quelque temps devant l’ordinateur pour m’assurer qu’il n’y avait pas de souci. Mes yeux oscillaient entre mon téléphone et les messages qu’ils s’envoyaient sur des groupes Facebook et l’écran de l’ordinateur pour voir l’état d’avancement. Dans la liste des fichiers, j’ai aperçu une racine de fichier qui s’appelait Flora. Évidemment, ma curiosité avait été piquée. J’ai attendu la fin de la vérification et accédé à Windows. Sa session ne possédait pas de mot de passe, alors je me suis permis de fouiller, trouver ce dossier nommé au prénom de sa fille. J’y ai trouvé une vidéo, parmi toute une série de photos qui ressemblaient à des photos prises en vacances de sa fille. Cependant… « Oh, non… »

Je crois que je n’avais jamais vu Ethan se liquéfier de la sorte. J’avais vu ce qu’il avait vu, et personne n’aurait jamais dû trouver cette chose…

« C’est bon, votre ordinateur est en service, fis-je après avoir rejoint la famille dans le salon.

– C’est vrai ? Génial. Tu as vraiment de l’or au bout des doigts, me répondit-il.

– On me le dit souvent, repris-je.

– Ça, je n’en doute pas !

– Vous ne m’en voudrez pas, mais il va falloir que je rentre. J’ai encore des choses à faire.

– Non, pas de soucis, répondit la mère de Flora. Merci d’être venu.

– Je te raccompagne ? demanda Flora me tendant son bras.

– D’accord, répondis-je en souriant. »

Nous avons rejoint ma voiture, sans un mot. Je n’étais pas tranquille, et je sais que Flora l’avait senti.

« Je sais que tu ne portes pas mon père dans ton cœur, même à moi tu n’as presque pas adressé un mot. Qu’est-ce qu’il t’arrive ? »

Je me suis retourné, appuyé contre ma voiture, puis ai relevé mon regard vers Flora.

« J’ai trouvé quelque chose, dans l’ordinateur de ton père, lui dis-je.

– Quelque chose ? Quelque chose genre…

– Une vidéo, que je n’aurais jamais dû trouver, je crois… »

Elle mit ses mains devant son visage, effrayé et attristé. J’ai vu ses larmes monter et faire rougir ses yeux. Je lui ai tendu mes bras pour essayer de la réconforter.

« Je suis désolée… me dit-elle.

– Ne le sois pas, c’est moi qui le suis pour ce qu’il t’a fait subir. J’ai une vraie preuve maintenant, je vais aller porter plainte contre lui.

– Ne fais pas ça s’il te plait.

– Si ce n’est pas la justice qui le fera payer, c’est moi qui m’occuperai de lui.

– Ethan…

– Ne t’en fais pas, je vais vous sortir de là. »

Wake to see your true emancipation is a fantasy
Policies have risen up and overcome the brave

Greatness dies, unsung and lost, invisible to history
Embedded spies brainwashing our children to be mean

You don't have long
I am on to you
The time, it has come to destroy
Your supremacy

You don't have long
I am on to you
The time, it has come to destroy
Your supremacy

Your supremacy
-- Muse | Supremacy –

Lundi 3 décembre 2012.

Je n’avais pas cours cet après-midi. Pourtant, ma mère m’interpella à me voir prendre mes affaires pour m’en aller.

« Où est-ce que tu vas ? Tu ne m’avais pas dit que tu n’avais pas cours ?

– Je vais porter plainte, lui répondis-je.

– Quoi ? Mais comment ça ? On t’a agressé ?

– Ce n’est pas pour moi maman. Je… »

Il était toujours difficile pour moi d’en parler. Ça me paraissait surréaliste.

« Le père de Flora l’a violée quand elle était petite, et il bat sa femme. »

Ma mère connaissait étrangement ce regard empli de haine que j’essayais de lui cacher. Pourtant, rien n’arrivait à empêcher ma colère de me ronger un peu plus chaque jour.

« Et tu veux qu’il paie pour ce qu’il a fait. Promets-moi au moins que ça ne t’attirera pas d’ennui.

– Je crois que c’est pas possible ça. S’il sait que je l’ai dénoncé, moi comme Flora pensons qu’il s’en prendra à toutes les personnes qu’il pourra suspecter d’être au courant. Mais c’est pas grave. J’aurais fait ce qu’il fallait, ce qu’il me semblait bon. »

J’ai pris ma voiture pour rejoindre la gendarmerie. J’ai demandé à poser une plainte contre une personne. Et lorsque j’ai dit à la personne qui s’occupait de l’enregistrement des plaintes la raison de ma venue. Elle m’a dit de patienter, et d’attendre quelqu’un d’autre. Arriva un homme, portant tout l’uniforme de gendarme, mais une tenue noire.

« Enchanté, Matt Sundwall. Je vous prierai de me suivre s’il vous plait.

– D’accord, répondis-je. »

Il m’amena plus loin dans les bureaux, dans une salle fermée, presque un interrogatoire. Il me fit signe de m’asseoir, appuya une sur une série de boutons au mur et vint s’installer devant moi.

« Vous savez, dit-il en posant son porte-document devant lui, ce genre de plainte n’est pas à prendre à la légère. Vous pourrez avoir des ennuis à accuser quelqu’un.

– Je sais, mais j’ai une preuve, fis-je.

– Une preuve ? Quel genre de preuve ?

– Une vidéo.

– D’accord. Ai-je le droit de savoir comment vous l’avez obtenu ?

– Il m’a demandé de lui réparer son ordinateur. Dans le processus de vérification de fichier, j’ai aperçu un dossier portant le nom de sa fille. Une fois l’ordinateur allumé, il n’avait aucun mot de passe, alors j’ai cherché le dossier en question et je suis tombé sur la vidéo.

– Vous avez cette vidéo ? me demanda-t-il écrivant des choses sur sa feuille.

– Oui. »

J’ai sorti une clé USB de ma poche et l’ai posée sur la table. Il releva les yeux sur la clé, puis reprit son écriture jusqu’à ce qu’une personne lui amène un ordinateur.

« Vous enregistrez tout ce que l’on dit, n’est-ce pas ? demandais-je.

– Je pense que vous comprenez pourquoi je fais ça, dit-il prenant la clé et la connectant au PC.

– Je comprends oui. »

Il laissa quelques minutes de blanc. Le temps de regarder le fichier que je venais de lui fournir. Il me regarda ensuite, écris quelque chose sur sa feuille, puis tourna l’écran de l’ordinateur entre nous deux.

« Très bien monsieur. Je vais vous demander de faire votre plainte à haute voix. Je veux que vous donniez votre nom complet, la raison de votre plainte, contre qui elle est tournée, qui en est la victime. Et que vous indiquiez à la fin si votre nom devra être mis sous X sur le rapport. Allez-y.

– Je déclare, moi, Ethan Sanders, porter plainte contre Antoine Mercier pour viol sur sa fille, Flora Mercier et pour violences conjugales envers sa femme Sylvie Mercier. Je souhaite que mon nom reste anonyme sur le rapport.

– Très bien monsieur Sanders. Il faut que je rédige ce rapport, ensuite je contacterai les victimes de vos plaintes pour recueillir leur version. Vous pouvez y aller. Bonne journée, monsieur Sanders. »

Cet instant m’a paru quelque peu surréaliste, je savais pertinemment que je devais le faire pourtant, quelque chose semblait étrange. Patrick m’appela à peine sorti de la gendarmerie.

« Salut Couz’. T’es dispo pour dans trente minutes ?

– T’as encore une heure à rien glander ?

– Ouais.

– OK, je serai là quand tu sortiras.

– À tout alors. »

J’ai redescendu la ville, rejoindre mon cousin pour qu’on passe du temps ensemble. J’ai aussi envoyé un message à Flora, lui disant que j’étais allé porter plainte contre son père et que les gendarmes prendrez contact avec elles pour avoir leurs témoignages.

« Tu crois que ça suffira ? me demanda-t-elle au téléphone.

– Il faudra. J’ai bien l’intention qu’il paie pour tout ce qu’il vous a fait.

– Je trouve ça toujours aussi étrange que cette histoire te tienne autant à cœur…

– Peut-être parce que tu as pris trop de place dans ma vie ? demandais-je.

– T’essaies de me dire que je suis envahissante ? »

J’apercevais au loin Patrick sortir de son atelier.

« Rassure-toi, même si t’es envahissante, je n’ai aucune envie que tu libères toute la place que tu prends. Je te laisse, on m’attend. On se voit demain ?

– Évidemment. À demain.

– Envahissante ? s’étonna Patrick.

– Est-ce que ça fait presque quatre mois que je te cache l’existence de Flora ? C’est très possible, oui. Allez, viens.

– Comment ça quatre mois ? Flora ? Ça fait quatre mois que tu me caches que tu dragues une fille sans que je le sache ?

– Je ne la drague pas Pat. Flora est lesbienne. Mais je t’ai quand même caché que je passe beaucoup de temps avec elle depuis que je la connais.

– Et après tu t’étonnes que je t’engueule parce que tu ne te bouges pas le cul. Mais merde, dis-moi les choses aussi.

– Y’a que les personnes de mon lycée qui la connaissent parce qu’ils me voient trainer avec. Personne d’autre. C’est une fille compliquée qui a une histoire compliquée.

– Comme toutes les filles quoi, me dit-il avant d’entrer dans le magasin.

– Non, pas comme toutes les filles. »

À notre habitude, nous sommes sortis du supermarché avec notre canette de Monster et une boite de génoise à la cerise. Nous sommes partis nous isoler dans un coin qui est un peu singulier où nous avions l’habitude d’aller.

« Pourquoi tu me l’as caché ? demanda Patrick.

– Parce que tu m’aurais martelé de question, de pourquoi je veux pas sortir avec elle, de comment elle est, pourquoi si, pourquoi ça.

– Je vois pas de quoi tu parles, reprit-il fuyant mon regard.

– Elle s’est fait violer par son père, repris-je quelques secondes plus tard. Et je sortais de la gendarmerie quand tu m’as appelé.

– Tu as porté plainte contre lui ?

– J’ai l’intention de le faire coffrer.

– D’accord. Tu as raison, peut-être que ça ne me regarde pas.

– C’est une histoire compliquée. Mais ne t’en fais pas, je te la présenterai un jour. »

Lundi 24 décembre 2012.

Quelqu’un frappa à la porte des Mercier. Quelqu’un que cette famille n’attendait pas si tôt. Sylvie vint ouvrir la porte, observa cet homme à la veste noire qui attendait sous la neige que quelqu’un vienne. Derrière lui, elle vit des voitures de police, trois pour être précis.

« Madame Mercier, votre mari est-il ici ? demanda l’homme en noir.

– Oui, il est dans le salon, répondit-elle hésitante.

L’homme fit signe à d’autres personnes de le suivre. Ils se rendirent dans le salon, alors que Flora sortait de sa chambre après avoir entendu quelqu’un entrer dans la maison.

« Monsieur Antoine Mercier ? demanda l’homme en noir.

– Oui, qu’est-ce que… Que se passe-t-il ?

– Vous êtes en état d’arrestation pour le viol de votre fille et violence conjugale. Je vous prierai de me suivre ou je devrai vous passer les menottes.

– Mais, je ne comprends pas… fit Antoine.

– Monsieur Mercier, fit le policier lui montrant la sortie. »

L’homme s’exécuta, prit le chemin de la porte, apercevant dans le couloir sa femme et sa fille. Flora était en sanglot, voyant son père partir avec les gendarmes, monter dans la voiture et s’en aller.

« Ethan ?

– Flora ? Est-ce que tout va bien ? »

La fille m’appelait, alors que j’entendais dans sa voix les sanglots qui coupaient encore sa gorge.

« Ils l’ont embarqué, me dit-elle.

– Comment ça ? Ils sont venu chercher ton père ?

– Oui, ils sont partis il y a dix minutes. On a réussi Ethan ! Tu as réussi Ethan. »

J’ai lâché un gros « YES » alors que j’étais encore dans ma chambre.

« C’est incroyable, repris-je.

– Je ne sais pas, on ne sait pas comment te remercier Ethan. Tu as réussi ça changer ma vie encore une fois.

– Profite de tes fêtes. Profite de ta famille. Prends soin de toi. Tout sera très différent maintenant.

– Encore merci Ethan… Tu ne veux pas venir passer les fêtes avec nous ?

– Non, je vais rester avec ma famille. Mais merci de me l’avoir proposé.

– Alors on se revoit à la rentrée ?

– Ouais. Prends soin de toi, princesse, dis-je. »

Samedi 5 janvier 2013.

Flora m’avait demandé de venir chez elle. Elle avait envie de me voir. La fille me sauta dans les bras après m’avoir ouvert la porte. Elle me serrait fort, je sentais que quelque chose avait changé, hormis ses cheveux noirs. J’ai pris une photo d’elle ce jour-là, c’était certainement la seule fois que je l’ai fait d’ailleurs. Si à son habitude, je l’avais toujours vu sourire, cette fois, le bonheur qu’elle respirait était très différent. Très vrai.

There's no more wind to be found
In the sails
Hands full of falling stars
And comet tails

Rivers of sand
All entwined through my hands
To know what they've seen
Well my burden's all pale

I'll make an hourglass from my fingers
I know I'm only passing through

I don't want to pretend
That I'm stronger for it all
I don't want to pretend
That the sadness is gone
'Cause I want to know that I'm steady on my feet
I don't want to pretend
So peace will be real to me

There's no respite to be found
In the waves
Each rise and retreat will scrub the blood away

I'll make an hourglass from my fingers
I know I'm only passing through

I don't want to pretend
That I'm stronger for it all
I don't want to pretend
That the sadness is gone
'Cause I want to know that I'm steady on my feet
I don't want to pretend
So peace will be real to me
-- Hands Like Houses | Oceandust --

Chapitre 3 : Presque la fin

Vendredi 15 mars 2013.

Ryan m’avait apporté un autre message, écrit de la même main que celui que j’avais reçu il y a quelques mois. Il me disait d’attendre cette personne dans le préau après les cours. Je finissais à seize heures et je me suis installé sur l’une des tables pour attendre.

« Tu te motives vraiment pour rien, me fit Lucas.

– Mais si t’es jaloux, dis-le directement. Au moins, je serai fixé.

– Jaloux ? Tss. Jamais.

– Alors, lâche-moi.

– Très bien. Mais n’oublie pas de me dire si t’as perdu ton temps.

– J’y penserai. »

Je me suis coupé du monde autour de moi avec mes écouteurs, la tête posée sur la table. À défaut, si une personne devait venir me voir, elle me réveillerait. À cette époque, j’écoutais beaucoup Icon for Hire. Je crois que c’était le groupe que j’écoutais le plus à ce moment.

I don't want your sugar and spice, sugar and spice
I don't want your sugar and spice, sugar and spice

Ooh whoa-uh-woh, Ooh whoa-uh-woh, Ooh
Ooh whoa-uh-woh, Ooh whoa-uh-woh, Ooh
Ooh whoa-uh-woh, Ooh whoa-uh-woh, Ooh

Sometimes I say really dumb things 'cause it's hard to talk and at the same time think
At the same time, I feel like I should have that down
I should've figured out the conversation by now
There's a lot of time wasted hating the way I act
Social skills I'm not sure I have
The list of what's wrong runs way too long and I had no idea 'till you came along

Over and over (Over and over)
Track on repeat (Track on repeat)
There's something wrong with me
There's something wrong with me

They got me, they got me, they got me hooked so good
High fructose Hollywood

I don't want your sugar and spice, sugar and spice
Sugar and spice and everything nice I poured down the drain of my life last night
I don't want your sugar and spice, sugar and spice
Sugar and spice and everything nice I poured down the drain of my life last night
-- Icon for Hire | Sugar and Spice --

Un temps plus tard, une heure pour être exact. Une personne vint s’installer à côté de moi. Je l’ai entendu parce que je n’avais qu’un seul écouteur. J’ai relevé la tête pour voir Melissa qui me souriait timidement.

« Ça t’arrive souvent de dormir sur les tables comme ça ? me demanda-t-elle.

– C’est souvent que je me pose sur une table et que je m’endors oui. Pourquoi ? »

Elle me regardait, toujours avec le sourire. Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi elle était venue me voir, alors qu’il n’y avait plus personne dans le préau. J’étais encore à moitié endormi.

« Ça me fait plaisir de voir que tu m’as attendu… dit-elle.

– Attends, c’est toi qui m’as écrit ces deux messages ?

– Oui, pourquoi ? Ça te choque ?

– Je… Je ne m’y attendais pas vraiment oui.

– Tu me raccompagnes ? Je prends mon car au Péchaud. Ça nous laissera du temps pour discuter.

– Oui, avec plaisir. »

Quelques fois, je me suis dit qu’aucune des personnes à qui je prêtais attention ne m’en prêtait en retour. Melissa réussit à me prouver le contraire. Elle prêtait attention à moi et malgré tous les regards que j’avais tournés vers elle. Je n’avais jamais réussi à remarquer qu’elle en faisait de même. Nous avons donc pris le chemin pour redescendre devant mon ancien lycée, passant par le parc où j’ai passé des heures avec Flora. Il était dix-sept heures trente et nous attendions le bus de Melissa. Mon regard croisa celui d’une personne qui sortait du tunnel qui rejoignait le Sacré-Cœur. C’était Patrick, qui me faisait un clin d’œil m’apercevant accompagné d’une demoiselle. Lui aussi venait rejoindre son bus. Il est vrai que je ne lui avais jamais présenté Flora. Seuls ceux de mon lycée la connaissaient. Mais cette fois-ci, ce n’était pas Flora. Nos conversations n’avaient pas été très intéressantes. J’étais toujours très réservé et timide. Même si je venais de me faire approcher par la fille à qui je pensais presque tous les jours, je n’en étais pas moins incompétent socialement.

« On se revoit lundi ? demanda-t-elle avant de rejoindre son bus.

– Tu es sûre de vouloir t’intégrer à ma bande de potes ? Ils sont pas faciles à supporter.

– Ce n’est pas grave. L’important c’est que je sois avec toi.

– Très bien, à lundi alors. »

On passait presque tous nos vendredis ensemble. À se balader, discuter, rire, elle réussissait à m’ouvrir alors que je n’avais aucune confiance en ce que je faisais. Évidemment que je faisais ça par intérêt, et elle aussi. Mais j’avais toujours cette crainte, de penser que quelqu’un à qui je m’intéressais ne s’intéressait pas à moi. Pourtant, après tout ce temps, elle a su me prouver le contraire.

Jeudi 23 mai 2013.

Il était vingt-trois heures passées, j’étais plutôt désarmé par toutes mes tentatives ratées durant la journée alors pour me laisser une dernière chance, j’avais demandé à Mélissa de venir me rejoindre dans le parc sous le lycée. À ce moment, j’y étais avec Ryan, le seul qui était venu. Je me demandais comment je pouvais faire pour que ma tentative soit un minimum fructueux.

« C’est ma dernière chance, si je rate celle-là j’abandonne définitivement.

– Mais non, même si tu te plantes tu ne peux pas t’arrêter maintenant, pas si près du but.

– Puisque tu as l’air de savoir comment faire, dit moi grand sage.

– Faut que tu sois genre, je veux bien, mais aussi genre, je ne sais pas trop. Tu vois.

– Ouais, répondis-je hésitant.

– Je t’explique, tu te rapproches, tu la regardes dans les yeux, t’y fais comprendre que t’es chaud, mais que tu ne sais pas trop, si elle le veut elle s’avancera aussi, et là tu hack.

– OK, je vois le truc. Je vais essayer.

– Ben dit donc, vous êtes toujours ensemble vous, que ce soit lui ou Lucas. Vous deviez penser au pacse les mecs, fit Mélissa nous rejoignant.

– Euh, ouais non, non. Ça va toi ? demandais-je.

– Ça va.

– Bon aller, bonne soirée Ryan.

– Bonne soirée, répondit-il regardant l’étendue d’eau.

– Bien cette fête ?

– Pas trop mal, mais t’aurais dû venir. Je me serais mieux amusé avec toi.

– Ouais, mais tu vois les fêtes comme ça avec tous ces gens, trop de monde. Puis une fête sans alcool, pour moi, pas trop.

– Tant pis, dit-elle regardant Ryan qui était toujours là.

– Euh… dis-je me tournant vers lui.

– Ah pardon, oui c’est moi qui pars en fait.

– Et oui.

– Ah oui, pardon je n’avais pas… En fait juste, il veut t’embrasser, mais il ne savait pas comment faire, dit-il, se levant et s’adressant à Mélissa qui avait un air étonné. Allez ciao les amoureux, dit-il en partant

– Il est sérieux ton pote là ? demanda-t-elle d’un air amusé. Tu m’obliges à venir ici et à faire patienter ma mère juste pour qu’on se roule des pelles sur un banc comme des gamins ?

– Ben euh… »

Elle s’est rapprochée de moi pendant que je commençais à bégayer et perdre mes mots à cause de mon stress. Elle n’attendit pas la fin de ma phrase, j’étais en train de me perdre alors qu’elle posa ses petits doigts sur ma joue pour me tourner vers elle, puis elle posa ses lèvres sur les miennes pour m’embrasser. Je ne disais toujours rien alors qu’elle me regardait avec son beau sourire dans mes yeux béats. « Tu me fais craquer », me dit-elle alors que je perdais encore mes mots. J’avais toujours mes yeux rivés sur elle alors qu’elle s’est décidée à partir. « Bon, je vais y aller, je n’ai pas envie de faire patienter plus ma mère. À demain », dit-elle en partant vers le parking. Je ne savais pas comment réagir, j’étais tellement heureux que j’avais envie de sauter dans l’eau.

Mais cette petite histoire ne s’est pas terminée comme j’aurais aimé. Deux semaines plus tard. J’avais les résultats de mes demandes d’études supérieures. Et, non pas qu’elles étaient mauvaises, mais elles n’allaient pas dans le sens que ma vie prenait actuellement.

Jeudi 6 juin 2013.

Je retrouvais Melissa dans le préau après mes cours, ayant consulté déjà mes mails qui contenaient les informations de mes demandes d’études.

« J’ai été pris à Clermont, lui dis-je.

– Vraiment ? Mais c’est trop bien ! je suis super contente pour toi !

– Le seul inconvénient, c’est que ça sera plus difficile pour se voir.

– Tu viendras me voir tous les weekends ?

– Peut-être, je ne sais pas si j’aurais l’envie de revenir tout le temps…

– Je ne t’intéresse pas assez pour ça c’est ça ? demanda-t-elle.

– Non ! C’est juste que ma vie va certainement être très différente dès que je serai là-bas. Je ne sais pas comment ça se passera et je ne sais pas si j’aurais envie de revenir tout le temps.

– On se séparera quand tu partiras, c’est ça ?

– J’aimerais que ça ne soit pas le cas… répondis-je. »

Chapitre 4 : D'un Espoir.

Le son des pas sur les pavés résonnait dans la ville. L’animation autour ne suffisait pas à les couvrir entièrement. C’était un jeudi soir, où toute la ville s’enflamme au gré des adolescents et étudiants fêtards qui profitent de leur jeunesse. Ethan n’était pas de la ville, pas d’une grande ville comme celle-ci tout du moins. Depuis sa première année ici il sortait, faisait des soirées plus alcoolisées les unes que les autres. Tout lui paraissait étrange la première fois. Une si grande ville, si peuplée. Tous ces étudiants qui y trônent, plus nombreux chaque jour. C’était un jeudi soir, comme il en avait déjà fait des dizaines depuis un an. Une soirée de prévue, de l’alcool, des potes et des copines. Tout pour passer encore une bonne soirée. Le quartier qu’il devait rejoindre s’appelait Delille et à part le trajet en voiture à faire pour rejoindre la ville, il avait quelques mètres à traverser pour rejoindre l’appartement où se déroulait la beuverie. Comme depuis des années, il ne pouvait passer du temps à marcher seul sans sa musique, sans son casque ou ses écouteurs sur les oreilles.

I saw you, yeah you, you’re breaking down
I hope you, yeah you, you come around
Now don’t you shut this down ooh no don’t you give this up
I took all this love I found and I hope that it’s enough
Is it enough ?

If we don’t bend then this might break
Please don’t give into this pain
Just keep on counting down the days
And dream of me to keep you safe

-- Pvris | Only Love --

Il croisait de nouveaux visages, des hommes et des femmes qu’il n’avait jamais vus et qu’il ne reverra certainement jamais. Dix minutes plus tard, il passait devant l’appartement de Dylan, il se disait que lui aussi devait être parti dans l’une des multiples soirées qui se déroulaient dans la ville. Quelques mètres plus loin se trouvait l’appartement où il était convié. C’était un de ses nouveaux amis qui les invitaient, parce qu’il connaissait celle qui faisait la soirée. On lui avait dit que c’était une soirée entre filles, pas qu’elles étaient dix. C’est la seule chose qui l’a surpris lorsqu’il est entré dans l’appartement, après avoir fait la bise à presque toute.

Jeudi 16 octobre 2014.

« Il en reste encore une, elle est dans la salle de bain.

– Ça devient bizarre tout ça, répliquais-je »

Malgré mes problèmes cardiaques, je ne m’étais jamais empêché de faire ces soirées et de subir le rythme cardiaque important du lendemain. Après tout, ça ne m’avait toujours pas tué. J’avais commencé à boire, Jager et boissons énergisante, c’était un bon mélange, surtout quand cette boisson est celle qui partait le plus vite. Installé avec Noa à la fenêtre pendant que ce dernier était en train de fumer, je continuais à puiser dans mon verre trop plein.

« Alors, tu as fait ton choix ? demanda-t-il.

– On ne doit pas toucher à Audrey c’est ça ?

– Et c’est bien dommage.

– Bah, je ne sais pas, répondis-je.

– Roh, tu ne vas pas commencer à faire ton chiant !

– Non, mais, il me faut un peu de temps… »

La dernière personne de la soirée venait de sortir de la salle de bain. Elle regarda les nouveaux venus pour enfin se diriger vers moi et me faire la bise en me disant « Contente de te revoir. » Elle a continué sa ronde alors que j’étais presque tétanisé, troublé et heureux à la fois.

« Je crois que tu as trouvé la bonne !

– Je… Je, pourquoi faut-il que ça soit aussi chiant, répliquais-je exaspéré

– Quoi ? Elle n’est pas mal non ?

– Elle s’appelle Mélissa.

– Et ? Oh ! Tu la connais déjà !

– Ouais, et j’aurais dû déjà être avec elle.

– Merde. Ce n’est pas grave, je vais t’aider à te la faire.

– Noa…

– Arrête, je sais que tu en meurs d’envie. »

Pertinemment, il venait de toucher quelque chose, j’avais effectivement éprouvé des sentiments pour elle. Pire encore, j’en éprouvais toujours, plus qu’avant. À part ça, la soirée se déroulait correctement, comme le monde l’avait prévu. Même si j’avais du mal à me sentir vraiment à l’aise. Quelques heures plus tard, presque toutes les filles partaient, simplement parce qu’elles avaient un petit ami bien sûr. Les autres voulaient sortir en boite, parce que c’est en général comme ça que finissent les soirées. Cependant, Noa essaya de retenir Mélissa, en vain.

« Même pas pour moi ? lui demandais-je.

– J’hésite…

– Rien qu’une heure, s’il te plait ?

– C’est vraiment parce que c’est toi. »

Noa a passé l’heure à apprendre à la connaitre, et moi à l’admirer. Mes sentiments pour elle n’avaient pas changé et je la trouvais toujours aussi belle. Un peu après son départ, le reste de la populace se décida à sortir, parce qu’il voulait prendre l’air et se changer les idées. En chemin, Noa vint me rejoindre.

« Il faut que tu me racontes.

– Il n’y a rien à raconter, tu m’as bien vu devant elle, répliquais-je.

– Oui, mais je veux savoir ce qu’il s’est passé. Tout !

– Je crois que je suis amoureux d’elle depuis le jour où je l’ai aperçu, à l’époque, je passais mon temps à chercher des gens, peu importe qui. D’abord, j’ai rencontré Flora, je le te la présenterais un jour. C’est une fille géniale. Elle m’a comme qui dirait aidé à avancer vers Mélissa alors que j’étais le mec le plus coincé de la Terre. Ensuite, est venu le moment où elle s’est décidée à m’embrasser et me faire comprendre que c’était réciproque. C’était vers la fin de l’année. Après je devais partir, mais elle ne pouvait pas, du coup on s’est décidé à ne rien commencer du fait que les relations à distances sont une horreur. On a un peu perdu contact après, faute à qui, va savoir.

– Et maintenant ? demanda Noa.

– Je regrette de ne pas avoir essayé. J’imagine qu’elle m’a déjà remplacé.

– Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

– Ça tombe sous le sens.

– Et tu ne veux rien tenter ?

– Si, bien sûr que si, mais peut-être pas maintenant. »

Pourquoi enchainer les soirées, enfin pas jour après jour, mais chaque semaine ? Pour l’amusement ? Pour moi c’était plutôt pour se vider la tête, ne plus penser à ce que qui pouvait me tracasser. Les mêmes personnes, dans un appartement différent. Mais pourquoi me diriez-vous, tout simplement parce que celui qui les invitait s’intéressait à celle qui programmait la soirée. Encore les mêmes boissons, encore les mêmes verres qui se vidaient plus vite qu’ils n’étaient remplis.

Jeudi 23 octobre 2014.

Environ une demi-heure après le début de la soirée, les retardataires vinrent sonner à la porte. C’était Mélissa qui passa devant toutes les autres filles pour venir se jeter dans mes bras. « Qu’est-ce que tu as fait encore ? me demanda Audrey ? » J’ai esquissé un vague mouvement des épaules pour indiquer que je ne savais pas. Quelques secondes plus tard, elle me prit par la main et me mena sur le canapé.

« Qu’est-ce qu’il se passe entre eux ? demanda Audrey.

– Moi je sais, fit Noa avec le sourire, mais je n’ai pas le droit de le dire.

– Même pas elle vient vers nous alors qu’elle arrive en larmes. Pourquoi ?

– On ne commande pas l’amour. »

On était tous les deux sur le canapé, Mélissa avait posé sa tête sur mon épaule et j’avais mes bras autour d’elle pour la réconforter.

« Ethan, dit-elle après avoir calmé ses sanglots, pourquoi faut-il que tous les mecs soient des connards ?

– C’est gentil merci, répliquais-je.

– Arête ! dit-elle avec un léger sourire.

– Je commence comprendre maintenant.

– Comprendre quoi ?

– Tes larmes quand tu es arrivée.

– Je sais que tu t’en fous, mais j’ai su ça quand je suis arrivé, sur le trajet. Alors que je devais le retrouver tout à l’heure.

– Je suis navré.

– Tu veux bien m’apporter quelque chose à boire ?

– Une préférence ?

– Je te laisse choisir.

– Bien, tu commences bien gros, me fit Noa alors que je m’étais rapproché de la table.

– Lâche cette bouteille de Jager.

– Pourquoi ?

– Il faut que j’y apporte à boire.

– Tiens, si ça peut te permettre de la mettre dans ton lit.

– Tu sais que je t’aime sérieux !

– Ouais, je m’en doute. Aller dégage, je veux te voir avec avant demain matin.

– Mademoiselle, fis-je en lui tendant le verre.

– T’es un ange.

– Je sais.

– J’avais oublié ça.

– Quoi ?

– Ton côté un peu dérangé, ça m’avait manqué, dit-elle reposant sa tête sur mon épaule.

– Y’a que ça qui t’avais manqué ?

– Non, tu m’as manqué. Je n’aurais pas dû essayer de t’oublier.

– Je…

– Je n’aurais pas dû te le dire. J’avais du mal à t’imaginer loin de moi alors j’ai tout fait pour t’oublier. Je suis désolé.

– Non, je comprends tout à fait, on ne s’était jamais dit que l’on devait rester seul.

– Ouais, mais tous ceux que j’ai rencontrés m’ont dégagée comme une merde. »

Un silence s’installait entre nous, alors que les autres restaient joyeux au possible. Noa était presque toujours tourné vers nous, comme s’il voulait à tout prix que ça marche.

« Tu crois que ça va marcher ? demanda Jared.

– Mais oui, c’est obligé, répondit Noa.

– Il va encore lui briser le cœur, comme ils ont tous fait, reprit Audrey.

– Je n’en serais pas aussi certain à ta place. »

On avait fini nos verres, j’avais plus l’habitude de l’alcool qu’elle. Elle paraissait se perdre dans ses pensées et commençait à réfléchir à des choses.

« J’aimerais me rattraper.

– Comment ça ?

– J’ai commis une erreur et j’aimerais que tu me laisses une chance. Mais je doute que tu veuilles me la laisser.

– Tu es certaine que ce n’est pas l’alcool qui parle à ta place ? fis-je en me levant.

– Peut-être. »

Je suis resté cinq secondes dos à elle, puis je me suis retourné pour lui tendre la main.

« Viens avec moi.

– Mais…

– S’il te plait. C’est moi qui te le demande cette fois-ci. »

Elle a pris ma main et je l’ai amenée dehors, on a marché quelques minutes pour rejoindre un parc et s’installer sur un banc.

« Tu ne serais pas nostalgique par hasard ? demanda-t-elle.

– Je vois, mais non ce n’est pas mon intérêt.

– Je sais que tu l’attendais depuis un moment, et moi aussi.

– Tu veux vraiment qu’on parle de ça maintenant ?

– Tu as une meilleure idée ? Monsieur le romantique.

– Pourquoi être revenu ?

– Ma mère a décidé de quitter mon beau-père et elle est revenue ici, là où habitaient ses parents.

– Alors, pourquoi ne m’avoir rien dit ?

– J’aurais pensé que tu aurais trouvé une nouvelle copine et que tu m’avais définitivement oublié.

– Je comprends. »

Un silence s’était installé alors que Mélissa m’avait avoué l’origine de son retour. Quelques instants plus tard, elle s’est rapprochée de moi pour s’assoir sur mes genoux et s’accrocher à mon cou.

« Je ne sais pas comment j’ai fait pour me passer de toi. Ta présence seule me rend différente.

– Et l’alcool te fait tout avouer, fis-je.

– C’est vrai, dit-elle avec le sourire, pour ton plus grand plaisir. Qu’est-ce que tu crois qu’ils pensent de nous là-haut ?

– Ça dépend qui ?

– Comment ça ?

– Noa sait tout de nous, il s’est posé la question la semaine dernière et je lui ai raconté notre histoire.

– Du coup, il doit de demander où tu en es ?

– C’est ça.

– Alors je sais comment lui faire plaisir et toi aussi. »

Elle lâcha le lacet qui pendait de ma veste pour poser ses mains sur mes joues et m’embrasser. Noa avait lâché un petit cri de joie derrière sa fenêtre.

Chapitre 5 : Les choses qui arrivent

L’hésitation, toujours choisir entre ce qui est le meilleur et ce qui sera le meilleur. Ou comment choisir entre celle avec qui l’on passera sa vie ou celle avec qui l’on passera une nuit. La vie est étrange, étrangement plus lorsque tout nous arrive par hasard, ou presque.

Six mois, cela faisait six mois que j’étais avec Mélissa, six mois que j’avais passés à être heureux comme jamais. Je n’étais presque plus chez moi, toujours dehors, avec mes amis, avec elle. Il y avait quelque chose de magique, quelque chose que j’avais attendu longtemps auprès de Flora, longtemps loin de Mélissa et aujourd’hui, je l’avais. Vous savez, j’ai passé des années à chercher quelqu’un qui me rendrait heureux, qui me donnerait le sourire. Une personne qui me donnerait envie de me lever le matin, avec qui me je me sentais bien en permanence. Une personne avec qui je discutais tout le temps, avec qui je ne m’ennuyais pas une seule seconde. Seulement…

À cette période de l’année, des grèves commençaient à surgir, contre une loi sur le travail jugée abusive par beaucoup. Cette fois-ci, Noa était invité par une de ses amies à une soirée au Meltdown, un bar dédié à l’eSport et aux jeux vidéos. Il avait convié Ethan à le joindre qui n’avait forcément pas dit non. Avantage à Noa qu’Ethan possédait une voiture, expliquant certainement le pourquoi de la demande.

Jeudi 9 avril 2015.

Encore un jeudi soir, vous allez me dire. Oui, encore un jeudi où Noa pouvait sortir de l’internat.

Je nous ai amenés à Clermont, dans un quartier que ne connaissait pas trop, avec ma 206. C’était là où habitait sa pote, qu’on devait passer chercher puisqu’elle non plus, n’avait pas de voiture, et chez qui l’on devait dormir.

« Mais je suis pas prête ! Je m’attendais pas à ce que vous arriviez si tôt, dit-elle au téléphone.

– On s’en fous, ouvre-nous la porte, on t’attendra, répondit Noa.

– Bon, j’arrive.

– Vingt minutes ! me fit Noa plus tard.

– Les femmes se font désirer, comme toujours.

– Ah, je crois que je l’entends. »

La chose qu’avait omis de me dire Noa, c’était le physique de la demoiselle. On est tous d’accord pour dire que je trouve Mélissa magnifique, mais elle. Elle s’appelait Helena, avait des origines algériennes, de magnifiques cheveux noirs, et des yeux marron absolument incroyables.

« Faut que j’aille faire des courses, messieurs, si vous voulez manger avant d’y aller, dit-elle en sortant de l’immeuble.

– Faut qu’on t’y amène ? demanda Noa avant de lui faire la bise.

– Non, il y a un supermarché à trois cents mètres. Salut, Helena, me dit-elle, venant me faire la bise.

– Ethan, enchanté.

– C’est toi le chauffeur alors ?

– Chauffeur officiel de Noa ? Ouais, ça y ressemble.

– On y va ? demanda-t-elle. »

Quelque chose m’avait perturbé chez elle. Je ne sais pas si c’est son style, ou le regard qu’elle avait posé sur moi. Nous sommes partis faire nos courses, de quoi faire des pattes carbonara, puis nous sommes retournés chez elle.

« Vous verrez, le bar est super sympa, et il y a même moyen que vous y trouviez une copine.

– Je suis déjà pris, répondis-je.

– Au moins pour Noa quoi, reprit-elle. »

Elle a passé tout le long de la soirée à me regarder. Entre les parties, entre les verres qu’elle m’a payés, toutes les fois où je suis allé au bar et qu’elle venait me rejoindre pour commander elle aussi. Les moments où l’on sortait pour fumer. Moi je ne fumais pas, ça faisait quelques années que j’avais arrêté. Les deux autres oui. Mais pourquoi ce regard, est-ce que je l’intéressais ? Puis arriva la nuit chez elle, où j’ai dormi sur un matelas par terre. Le lendemain, on repartait en cours avec Noa. J’avais oublié mon casque chez elle, j’ai demandé à Noa qu’il me donne son numéro. Outre le fait qu’on se soit accordé pour se revoir la semaine suivante, on s’est mis à discuter, beaucoup, trop peut-être. C’était étrange. Alors arriva cette soirée, une semaine plus tard.

Jeudi 16 avril 2015.

J’avais déjà beaucoup appris sur elle à discuter pendant que j’étais en cours. Elle m’avouait qu’elle faisait des crises d’angoisse ce soir-là.

« Ça va ? demanda Ethan.

– Ça va aller, laisse-moi un peu de temps. J’ai du mal avec les gens que je ne connais pas, répondit la demoiselle.

– Pourtant au Meltdown tu t’en sortais bien, non ?

– Ouais, parce que j’étais avec toi, et que je buvais.

– Et t’a pas envie de passer ton temps à t’alcooliser ?

– Pas vraiment… »

Elle me prit par la main pour sortir sur la terrasse et aller fumer. L’arrière de la résidence donnait sur une petite cour, un endroit qui paraissait très sympa, même de nuit.

« Toi je t’aime bien, me dit-elle. T’as rien à voir avec les autres mecs qui forcent à croire que tu es belle. Ou qui te courent après parce qu’ils pensent que t’es une chaudasse, alors que tu essaies juste de te mettre en valeur pour eux.

– C’est vraiment l’impression que je te laisse ? Quelqu’un de si différent des autres ?

– Évidemment, tu ne trouves pas ? demanda-t-elle.

– Personne n’est vraiment différent. Tout est une question de perception. De ce que l’on choisit de voir chez l’autre.

– Alors ça serait que ma perception qui me fait penser que tu fais partie de ces garçons géniaux ?

– Mecs géniaux que toutes les filles finissent par friendzonner. Parce que l’on est “trop gentil”.

– C’est dans ta tête ça. répondit-elle avec dédain.

– Bien sûr que c’est dans nos têtes. Comme le fait qu’on vous traite mal.

– Évidemment que vous nous traitez mal ! Comme si c’était toute notre faute ! On en parle de la répression masculine ?

– La bonne blague, tu veux pas te faire féministe extrémiste ? Je ne sais pas quelle idée tu te fais du monde, reprit-il quelques minutes plus tard, mais tu es très loin du compte. »

Il s’en déroula d’autres des soirées comme celle-ci, des soirées où tout nous mettait en désaccord, pourtant il se passait quelque chose entre nous. C’était malsain, trop étrange pour être réel, pour trouver une fin « normale ».

Chapitre 6 : Jamais au bon moment.

Je sortais de la fac ce jour-là. Il ne me restait qu’une semaine et je partais en stage, habiter chez mes parents à nouveau par la même occasion. Mais ça ne pouvait pas se dérouler simplement. Cette fois non plus. Audrey m’appelait alors que je sortais de cours.

« Ethan, il faut que tu viennes vite ! s’exclama-t-elle.

– Doucement mademoiselle, où je viens et pourquoi ?

– À l’hôpital, c’est pour Mélissa… »

Je ne lui ai pas laissé le temps de finir sa phrase, j’avais raccroché, accouru à ma voiture pour foncer à l’hôpital. Je n’en étais pas loin de la fac, mais le temps du trajet j’imaginais des choses, encore et encore.

« Qu’est-ce qu’il se passe ? demandais-je à Audrey.

– Je ne sais pas comment t’annoncer ça…

– Qu’est-ce qu’il se passe ? demandais-je haussant la voix.

– Elle… S’est fait renversée par un chauffard. Elle est gravement blessée et je n’ai aucune idée de son état depuis qu’elle est rentée, depuis que j’ai appelé… »

Je n’avais pas conscience de la tête que l’annonce avait mise sur mon visage. Mais le médecin qui sortait de la chambre n’avait pas arrangé les choses. Je n’ai pas eu à attendre ses mots pour comprendre. Ma rage et mes larmes venaient déjà. Je suis parti avant qu’il ne finisse, Audrey essaya de me retenir, mais je ne voulais pas. Mélissa était partie.

On l’a enterré hier.

Mardi 9 février 2016.

Je suis rentré chez mes parents juste après, juste après avoir démissionné de ma License. Plus grand-chose n’avait d’importance. J’ai rappelé Flora, j’avais envie de la voir. On s’est retrouvé dans le parc en dessous du lycée. Je paraissais vidé et elle toujours pleine de vie.

« Qu’est-ce qui t’a changé comme ça ? Ça ne va pas ? demanda Flora.

– Je crois qu’on ne se connaît pas pour ce qu’il y a de bien chez nous Flora.

– Raconte-moi.

– Mélissa est morte, renversée par une voiture.

– Je suis désolée… Tu tiens le choc ?

– Ouais…

– Comme tu peux quoi.

– J’en ai marre de me battre Flora, j’en ai marre de me battre contre moi même. »

J’en ai marre de me battre.

So, answer me, how am I supposed to deal with this ?
Why did she die, when I’m the one deserving it ?
And what the hell am I to tell my little sisters
To ease their tears when they tell me that they miss her ?
And what about my mother and my father ?
They lost a child and deep inside they wither
God, I’d do anything to ease the pain
That ripped through the chest of my brothers that day
She was mine she was mine
What did we do to make you take her from our lives ?
She was mine she was mine
Oh God, oh what did we do ?

Take me instead, you only loved, I only consume
I’m worthless to the world
You’re innocent and pure
God why didn’t you choose me ?

Take me instead, you only loved, I only consume
I’m worthless to the world
You’re innocent and pure
God, I question your judgment

You’re innocent and pure
I’m worthless to the world
Tell me why you picked me over her
-- Too Close to Touch | Eiley --

Chapitre 7 : It all fall down

Vendredi 26 janvier 2018.

Ça faisait plus d’un an qu’Ethan s’était séparé de son copain, et sa vie n’allait pas vraiment mieux.

Je devrais peut-être situer l’histoire un peu mieux. Il est arrivé cet homme, qu’il connaissait depuis environ deux ans. Ils se sont mis ensemble, parce que ce dernier arrivait à faire parler Ethan sur toutes les choses qui lui pesaient sur le cœur. Mais cette personne était trop manipulatrice, elle essaya de le modeler pour qu’Ethan l’aime autant qu’il aimait Ethan. Mais cela n’a jamais marché dans son sens, il en arriva à l’évincer de sa vie, après une violente dispute ou Ethan eut des envies de meurtres, dans une colère qu’il ne maîtrisait plus.

Aujourd’hui, Ethan n’a plus envie d’avancer avec un homme, mais il y a un problème. Il n’a jamais couché avec une femme.

Il est quinze heures, Ethan et John se trouvent dans un bar où ils ont l’habitude d’aller, près de là où ils habitent.

« Mais quelle serveuse ! s’exclama John.

– Soit un peu sérieux mec, je te rappelle que t’as une copine.

– Ça ne change rien. »

Les deux amis étaient en train de siroter une bière, à leur habitude encore.

« Alors, ces sites de rencontres, ça donne quoi ?

– À part les pompes à fric, ce sont des putains de vitrines à marchandise, répliqua Ethan. Chacun ne se juge que par le physique.

– Et pourtant c’est pareil dans la vraie vie !

– Ouais, mais tu paies pas pour aller lui parler. »

John esquissa un oui de la tête en buvant sa bière.

« Si on connaissait pas la serveuse, j’aurais pas été contre, reprit Ethan.

– Un peu que tu aurais pas été contre. T’inquiètes ma poule, ça viendra.

– Ça viendra quand j’arrêterai d’attirer toutes les pédales du pays ouais !

– Qu’est-ce que tu veux, peut être que tu as un aimant.

– Ouais ben je vais leur couper la bite aux aimants.

– Attention, n’en profite pas pour laisser ta colère passer dessus.

– Ouais, je sais. J’essaie de faire attention. »

Les deux meilleurs amis travaillaient à des horaires particuliers, ce jour-là, tous les deux le matin, tôt. D’où l’aspect des deux alcooliques dans le bar un vendredi à quinze heures.

Ethan est contrôleur. Pas contrôleur de train, il contrôle des armoires électriques destinées à des trains et des tramways. Un boulot un peu complexe, mais très gratifiant pour lui. Il travaillait en 2/8, une semaine des horaires du matin, une semaine du soir, et là, il était du soir.

Mardi 30 janvier 2018.

La veille, il avait contrôlé un faisceau qu’il n’avait pas pu tester, car il n’était pas conforme. Dans ce genre de cas, il y a des tas de papiers à remplir pour faire un suivi de tout ce qui est fait sur un produit. Précisément un document où sont remplies les retouches, ou modifications à faire. Ce matin, Ethan reçoit un mail de son chef, l’incendiant qu’il n’a pas rempli ce document.

« Il me casse les couilles ce mec, dit-il à John par Messenger.

– Laisse-le faire. Tu vois bien qu’il est con.

– C’est pas une putain de raison pour incendier les gens alors que je l’ai fait mon taf.

– Bah, quand il vient te voir pour te faire “Ouais t’a pas rempli la feuille de retouche, tu l’oublies à chaque fois, nianiania” Tu restes calme, et tu lui fous le nez dans la merde en lui montrant qu’il se fout de la gueule du monde.

– Ouais, mais tu sais que quand ça m’énerve trop je suis plus diplomate.

– C’est pas faux. Mais essaie, tu verras c’est gratifiant.

– J’en doute pas. »

Ethan commençait le travail à treize heures trente, mais il aimait bien arriver en avance, une heure moins le quart souvent. Histoire de passer dire bonjour à tout le monde, boire un café avec ses collègues qui étaient en pause.

Il fit alors son tour de l’atelier, passa dire bonjour à ses habitudes, finissant par son frère, puis Cédric. Cédric qui avait à tester le fameux faisceau au document pas rempli. Ethan prit alors les papiers, vérifia la présence de ce fameux document et fit à Cédric :

« Je vais y dévisser la tête à ce mec. J’en ai marre de me faire accuser systématiquement alors que je sais que j’ai fait mon taf.

– Je te l’ai déjà dit Ethan, c’est un connard, répliqua Cédric. »

Puis arriva le moment, quelques minutes plus tard, où le chef passa voir Ethan pour son erreur.

« T’as encore oublié de remplir ta feuille de retouche, ça fait la troisième fois, ça commence à gonfler… »

Ethan lui mit alors devant les yeux la fameuse feuille, remplie comme elle devrait l’être.

« Elle est avec les papiers depuis hier soir. Ça fait la troisième fois que tu m’en fous plein la gueule parce que t’es pas capable de regarder les choses correctement. Moi aussi ça commence à me gonfler, et crois-moi le mot est faible. »

Le chef n’a pas su quoi répondre, il se tut et répartit aussi tôt.

« Bah voilà, on commence à lui rentrer dans le lard, ça, ça me plait ! fit Cédric à côté.

– J’aurais aimé qu’il surenchérisse. Je lui aurais collé mon poing dans la tronche, et j’me serais fait virer. »

Ethan était plutôt calme, tranquille et gentil avec ses collègues, jamais à leur balancer leurs erreurs dans la gueule. Il préférait les prévenir gentiment, avec toute l’image bienfaisante qu’il représentait chez les autres. Mais, sa colère avait quelque chose de mauvais, très destructeur. Meurtrière parfois.

Sauf que le meurtrier, ce n’était pas Ethan. Quelques heures après, il reçut un appel de sa mère, lui annonçant que son père était mort, sa voiture s’était fait renverser par un poids lourd. Quelqu’un passait au moment où il apprit la nouvelle, vit le visage d’Ethan se décomposer, devenir vide, sans espoir.

I miss, I mi —, I miss you
Eh, fuck it!

This might be the hardest song I’ve ever had to write
Yeah, I dreamt about you last night
I only see you when I close my eyes tight
Yeah, I wish I told you how I felt before you left
But it just never felt right
Yeah, crying
I wish I told you everything before you left
I won’t forget the day that they found the growth in your chest
The cancer took ahold of your body and then it spread
I talk to you more now than I ever did—I’m a mess
This song will never capture the pain that I could express
I learned from you that nothin’ is perfect, but try your best
I know you had your demons a younger me didn’t get
And out of all our demons, our biggest might be regret
Relate more than ever, remember back when I would only see you every other week
And every other Wednesday, you would take us out to eat
Mom and you had split, so we’re livin’ in between
Looking up the word “divorce” to understand what it could mean
But I don’t understand, Mom is with another man
You been drinkin’ heavier, to me was just another can
Culture full of broken homes, we were just another fam
Coulda left like other dads, you, you had another plan
So, you stuck around, dealt a life that you probably would never choose
You bottled it inside, and that bottle turned into booze
The Jäger took ahold and your body took the abuse
But finally found sobriety, cried when I got the news
I know, been hurtin’ more than I show
Inspired by your story, couple things you should know
I met this girl at my show, teared up by what I was told
She said, “I’m sober because of you, you do way more than you know”
And I said—

And I said, “Ohh, please grant me the serenity
To accept everything, I cannot change”
You, you always told me that
Do anything to have you back, see you one day
I, I wonder if you see me when I fall, yeah
I wonder if you hear me now at all
Maybe if the world plays this through speakers
I’ll be loud enough to reach you, and you’ll hear
My last letter for you

And I don’t understand how you would stay so optimistic
You started chemo, fought the battle, never quit
That really left an imprint
And we would talk about our lives and after this
How we would live ’em different
See, Mom and you would put your differences aside
Every day she would visit, see the love and your vision
See the hurt in your smile, your wisdom is what I’m missin’ the most
I’ll never be ready to let you go
I’ve never felt so helpless, it’s outta both our control
You told me how you wanted to travel, next year you’ll go
And your body had become fragile, not once did you lose your soul
We were told, it was progressin’ and you had less than a week
True love is every tear when we told you we had to leave
And how we would converse, and not once did we need to speak
Then, one day in late October you passed away in your sleep
I been cryin’ when I think about it
I miss your smile, I miss your laugh, and now I live without it
I told you music was my passion, and you never doubted
And people tell me they relate, but nah, I truly doubt it
Remember cryin’ on your grave and yellin’ up to you, “How did I lose my way?”
I won’t forget that summer were some of my darkest days
Was asking for a sign, sat in my tears and prayed
When I saw the sign, you sent me that day, was forever changed
I know, I know, I shoulda been a better me
Would blame me when we argue, I said things I didn’t mean
Me and you are who our issues should have always been between
So, I’m sorry for the lack of communication from me
I just wish that you were here, so you could watch me win a Grammy
But more importantly to build a family
I hope I make you proud and become everything I can be
I hope they play it loud and send this letter where I can’t reach
Sincerely, Mark

And I said, “Ohh, please grant me the serenity
To accept everything, I cannot change”
You, you always told me that
Do anything to have you back, see you one day
I, I wonder if you see me when I fall, yeah
I wonder if you hear me now at all
Maybe if the world plays this through speakers
I’ll be loud enough to reach you, and you’ll hear
My last letter for you
-- Witt Lowry | Last Letter --

Marika lui dit alors de rentrer chez lui, ils se débrouilleraient sans lui.

Quelques heures sombres, quelques jours sans lumière. L’Ethan que tout le monde connaissait venait de se faire oublier, perdu dans des pensées impossibles à freiner.

Puis l’enterrement passa, et notre héros revint, doucement.

Lundi 5 février 2018.

Ethan restait toujours perdu dans ses pensées au travail, mais pas que dans ses pensées.

« Tu sais que je te vois d’ici à mater Ludivine. »

Ah, Lionel, en voilà un drôle d’énergumène très franc et brut de décoffrage. Rarement il gardera pour lui ce qu’il pense.

« J’arrive pas à me concentrer, répondit Ethan.

– Sur ses fesses, si apparemment.

Ethan se retourna vers son collègue.

– Quoi ? lui demanda Lionel. »

Ethan ne répondit pas, il esquissa un dépit avec ses yeux. Puis il se décida à aller la voir pour lui demander de l’aide sur ses retouches. Il se remit au travail, puis elle arriva. Il se passa quelques minutes, puis quelque chose avait changé.

« Qu’est-ce qu’il t’arrive ? Où est passé ta bonne humeur et son sourire ? demanda-t-elle.

– Effacés, avec mon père.

– Oh, je suis désolé.

– Ça me prendra juste un peu de temps.

– Tu sais quoi ?

– Dit toujours.

– Je te parie ce que tu veux que demain tu feras une rencontre. Quelqu’un qui va changer ta vie.

– Impossible.

– OK, si c’est le cas tu me devras un pack de bière. »

Un étrange sourire se dessina sur les lèvres d’Ethan. Amusé par la bêtise de sa collègue.

« D’accord, répondit-il

– Tu ne me crois pas, n’est-ce pas ?

– Pas vraiment non.

– Tu verras, j’ai toujours raison. »

Sa dernière phrase fit rire Ethan. Il n’y croyait pas, ni à la rencontre ni au fait qu’elle avait toujours raison. Mais après tout, pourquoi pas ?

Une fois rentré chez lui, il posa ses affaires et alla s’affaler sur son lit. Au même moment John appela son ami, comme tous les soirs.

« Salut ma poule, comment ça va ?

– Ah bah, je viens de m’écrouler sur mon lit, à part ça, ça va. Et toi ?

– Nickel, comme toujours.

– Je reviens, je vais me faire à bouffer. »

Trois repas par jour, c’est à peu près le nombre de fois où Ethan faisait un « Gros repas ». En plus des nombreuses fois où il grignotait.

« Ça va toujours le taf ? demanda John après que son ami soit revenu.

– Ça va, comme toujours. J’ai une de mes collègues qui est persuadée que demain je vais faire une rencontre.

– Et toi tu ne la crois pas ?

– C’est plutôt elle que je voudrai rencontrer !

– Tu m’étonnes.

– Elle m’a fait parier un pack de bière.

– Ah ! Là ça me plait.

– Je m’en doutais.

– Demain je veux toutes les infos.

– Quelles infos ?

– Sur ta rencontre ! s’exclama John.

– Tu vas pas t’y mettre toi aussi ?

– Et pourquoi pas ? Je l’aime bien l’idée de ta collègue là…

– Ludivine, répondit-il avec dépit.

– Ludivine voilà. »

Lolita Lempicka. Il y a une histoire amusante avec ce parfum et Ethan. Dans ses années lycée, il avait une amie qu’il appréciait beaucoup. Une amie qui portait ce parfum depuis qu’il la connaissait. Elle n’en a jamais porté un autre, du moins du temps qu’il la côtoyait. Plus tard, il rencontra une autre demoiselle avec le même parfum. Une personne qu’il n’appréciait pas forcément beaucoup, mais dont la relation qu’il avait avec elle était particulière. Cependant, comment vous expliquer la raison pour laquelle ce parfum le dérange tant ? Eh bien, j’oserai dire que tout le monde se cherche quelque peu en un temps de sa vie. Il y a eu une période de la vie d’Ethan, avant celle que je narre, où il se posait des questions sur son homosexualité. Il éprouvait sans condition des sentiments pour ces personnes. La première naturellement, la seconde peut-être juste à cause de ce parfum. Mais là n’est pas notre question.

Plus tard, il y a une autre altercation avec ce parfum, un autre bout d’histoire qui nous rapproche de la raison pour laquelle je narre.

Mardi 6 février 2018.

Ethan, toujours à bosser du soir, sortait faire ses courses le matin tôt, à l’heure d’ouverture du magasin environ. Ce jour-là, il fit son tour du supermarché pour faire ses courses, passa à la caisse puis s’en alla. Il n’y avait rien d’étrange ici, sauf, ceci. Une demoiselle croisa son chemin, portant le fameux parfum. Ethan oublia complètement ce qu’il était en train de faire pour se concentrer sur elle. Mais il continua d’avancer, comme si de rien n’était. Mais il n’y avait pas qu’elle.

Le magasin où il allait faisait partie d’une galerie marchande. Un grand hypermarché avec des tas d’autres dedans. Et une cafétéria, qui était là depuis la construction du supermarché. En face de notre grand étourdi se trouvait une autre personne, avec un café dans les mains. Ethan la percuta et renversa son café. Avec chance, aucun des deux ne fut éclaboussé.

« Oh merde ! s’exclama Ethan. Je suis désolé, je regardais tellement pas ou j’allais.

– C’est pas grave, je dois avouer que je t’ai pas vraiment vu non plus… »

C’est comme si, ce moment avait été écrit, ou prédit.

« Tu sais quoi, va-t’en chercher un autre, je te le paie. Je vais poser mes courses dans ma voiture et j’arrive.

– D’accord, répondit-elle avec le sourire. »

Il descendit dans le parking souterrain, rejoindre sa voiture pour poser ses sacs, puis il remonta à la cafétéria.

« Un latte macchiato, demanda-t-il au serveur, et vous mettrez le café de la demoiselle sur ma note.

– Oh ! Monsieur est galant ! fit l’homme derrière le comptoir.

– On va plutôt dire que je lui ai renversé le sien.

– Je vous apporte ça tout de suite. »

C’était un endroit assez fréquenté, un peu plus que les bars où allaient Ethan et John, simplement par le fait qu’elle se situait dans la seule galerie marchande de la ville.

« Alors ? Qu’est-ce qu’un jeune homme fait à cette heure-là dans un magasin ?

– Je pourrai te poser la même question ! lui répondit-il. Puis je ne suis pas certain que tu sois bien plus âgé que moi. »

Il y avait quelque chose d’étrange, comme si notre Ethan venait d’oublier toute la noirceur de la perte de son père en quelques minutes.

« Je suis caissière, c’est mon jour de repos.

– Ça explique bien des choses.

– Mais toujours pas ta présence ! répliqua-t-elle.

– Je suis contrôleur. »

Elle le regarda étrangement, comme si le mot qu’il venait de prononcer lui déplaisait.

« Pas contrôleur de train hein ! Je bosse dans le ferroviaire oui, mais je teste des armoires électriques qui vont dans des trains.

– Oula ! Ça m’a l’air encore plus chiant que ce que j’imaginais au début, répondit-elle.

– Enchanté, je m’appelle Ethan.

– Clara, répondit-elle avec un petit sourire gêné.

– Votre latte macchiato, fit le serveur apportant le café à Ethan.

– Merci.

– Un latte ! Le café seul ne te suffit pas où tu n’aimes pas ça ?

– J’adore le café, mais j’ai un petit faible pour les cafés spéciaux, surtout quand tu peux en avoir un qui n’est pas juste du café avec toi qui rajoute du lait. »

Ils passèrent quelque temps à discuter, d’un peu de tout et surtout de rien. Nous approchions les onze heures, le temps passe vite.

« Bah alors cette rencontre, lui fit John par Messenger.

– Je te raconte quand j’ai un peu de temps.

– Je reviens, je vais faire un tour aux toilettes. »

Et là, mesdames, messieurs, c’est le drame ! Pas du tout. Par contre, pendant que monsieur était au petit coin, il se passa des choses. Ethan revint, voire la demoiselle, quelque peu gênée, puis elle se mit à rire, bêtement.

« Qu’est-ce que tu as fait encore comme bêtise ?

– Tu vas te moquer de moi, répondit-elle.

– Dit toujours.

– Tu avais laissé ton téléphone déverrouillé. Je me suis dit, je vais le lui prendre et m’envoyer un message avec, comme ça j’aurais son numéro. Mais j’ai tellement hésité qu’il s’est reverrouillé. Et je me suis senti bête.

– Bah tient, donne-moi ton téléphone. »

Elle lui tendit son appareil, déverrouillé par contre. Il alla dans les messages, créa une nouvelle conversation, rentra son numéro. Il s’envoya ce message : « Je me permets de m’envoyer un message, ça serait bête de te donner mon numéro sans récupérer le tient ».

Puis il créa le contact, en se nommant « L’idiot qui a renversé ton café »

« Voilà pour vous, mademoiselle.

– Merci… répondit-elle un peu gênée. Il va falloir que j’y aille, j’ai encore des choses à faire.

– Vas-y, je ne te retiens pas.

– Je t’envoie un message, j’ai vraiment envie qu’on se revoie. »

Et elle s’en alla, laissant Ethan dans une étrange joie, et la vague impression qu’il devait rentrer lui aussi. En partant travailler, il appela John, pour lui raconter ses aventures avec ses rencontres.

« Bah alors ma poule, qu’est-ce qui t’a pris tant de temps ? lui demanda John en rigolant.

– Non, mais attends, c’est juste une vaste blague.

– Raconte !

– Je suis sorti faire mes courses, quand j’allais partir, je me suis fait emporter par une bombasse qui portait le parfum Lolita Lempicka.

– Ouais en gros elle t’a littéralement mis en orbite quoi.

– Ça y ressemble. Pis, y’a eu autre chose. Moi complètement à côté qui percute une autre demoiselle, et qui renverse son café.

– Tu lui as pas noyé son clavier ? demanda John plié de rire.

– Qu’est-ce que tu peux être con ! Non, je lui ai dit va-t’en chercher un autre, je te le paie. Je suis allé poser mes courses et je suis allé la rejoindre.

– Vous avez discuté, tout ça. D’où le fait que ça t’ait pris mille ans.

– Pis y’a eu un moment drôle. Après que je t’ai répondu, je suis allé aux chiottes. En revenant, je la vois se tordre de rire. Je lui demande ce qu’elle a, elle me répond j’ai voulu prendre ton téléphone et prendre ton numéro pendant qu’il était encore déverrouillé, mais j’ai trop hésité et j’me suis senti con.

– Haha, j’avoue l’idée était pas mal.

– Je lui ai demandé le sien, j’me suis envoyé un message et j’ai enregistré le contact en “l’idiot qui a renversé ton café”, reprit Ethan.

– Ah ! Là tu me plais. Monsieur a le numéro d’une fille.

– Elle s’appelle Clara.

– J’veux des photos ! lui fit John.

– Quand je l’aurais trouvé sur Facebook ou Instagram.

– Magne, je veux voir qui tu vas te sauter !

– Pas si vite la poule, répliqua Ethan. Y’a le time. Mais t’inquiètes, je sens que ça vient. »

Il arriva au travail, toujours en avance. Quelques heures passèrent, puis quelques minutes après la pause de l’après-midi, il partit voir une personne.

« Hep ! Reviens ici toi !

– Je suis pas là, tu m’as pas vu ! dit-elle allant se cacher derrière son coffre. »

Il était parti chercher Ludivine pour ses retouches. Il se posa sur un tabouret à côté d’elle.

« Ils t’ont laissée toute seule aujourd’hui. Je viens te demander de l’aide pour des retouches et en plus je t’offre ma compagnie. C’est pas beau ça ?

– À une condition ! dit-elle.

– Il est dans mon coffre le pack de bière.

– Ah ! Tu vois que j’avais raison !

– Ça me fait mal de le dire, mais oui, répondit Ethan. »

Un peu de temps passa, puis vint le chef d’Ethan, alors qu’il était encore en train de faire ses retouches avec Ludivine.

« T’avances pas là Ethan, arrêtes de discuter.

– J’avance pas ? Tu te fous de ma gueule ? Tu veux venir les faire les milliards de retouches du Maroc ?

– Euh…

– Alors, lâche-moi. Je viens pas te péter les couilles quand tu tournes dans l’atelier à rien glander. »

Son chef s’en alla, quelque peu frustré et perturbé par l’altercation qu’il venait d’avoir avec son collègue. Ethan s’imagina une étrange personne sauter sur son chef et le trancher en deux. Un peu comme s’il connaissait se personnage depuis très longtemps.

« Il est toujours aussi chiant ton chef ? demanda Ludivine.

– En général avec moi non. C’est bien la première fois et j’espère que ça sera la dernière.

– Et toi ? Tu tiens avec la mort de ton père ?

– J’essaie. C’est compliqué, y’a des jours où j’ai envie de passer à travers tout et tout le monde, mais j’arrive à me contenir.

– J’aimerai pas être à ta place… Je suis beaucoup trop proche de mon père.

– Les choses deviennent toujours plus compliquées quand tu n’as pas le temps d’anticiper.

– Ça, je veux bien te croire, répondit-elle avec le sourire. Et sinon ? Cette rencontre ?

– Ahah, ça restera un secret.

– Ah non ! Je veux tout savoir.

– Plus tard petite impatiente, plus tard, répondit-il se déplaçant pour aller quitter son pull.

– C’est peut-être indiscret, mais, tu as quoi de tatoué sans le dos ?

– Parce qu’en plus tu étais en train de me mater, ah bah bravo !

– Non, enfin… »

Il avait réussi à la gêner, parce qu’effectivement elle s’est bien intéressée à lui quand il se déshabillait.

« Slaves, répondit-il. »

Typographié en gras, majuscule et barré : SLAVES

« J’ai le même que mon meilleur ami, c’est juste le nom de notre groupe préféré, reprit Ethan.

– Ça a l’air d’avoir une grosse symbolique pour toi.

– Ouais, c’est un peu comme s’il n’y avait rien de mieux niveaux musique qu’eux. »

Ethan vivait à trente minutes de son travail, dans une ancienne ferme rénovée en deux appartements, bien perdu dans la campagne. Il y a des tas de choses intéressantes dans sa maison, notamment dans sa décoration.

Bon, mis à part le fait qu’il vivait avec quatre chats, la maison est bien assez grande pour lui tout seul. Il y a bien un moment où il faudra y greffer quelqu’un d’autre.

Dans le salon il y avait deux choses qui sortaient de sa décoration. Le tableau avec la couverture de Beautiful Death de Slaves, et ces phrases écrites à côté du canapé.

Like a Poet without Pain
Like a Beauty without Rage
Like an Innocence without a Life to Save
Like a Hope without a Slave
Like your Eyes without a Face
Like an Instinct with no other Life to Take
It’s Beauty and Rage!

Ces paroles sortent du morceau The Ever de Red. Il y en avait d’autres dans la maison, au-dessus de son bureau dans sa chambre, à côté de son panneau de LED. Witt Lowry, cette fois-ci.

So, who am I when the world tells me who I should be?
Look around, you’ll see ideas are essential as air and sleep
Everything you see, it came from the mind of a human being
That’s mind-blowing’, you’re not your mistakes or the fears you think
And I think, I need to pray and take care of myself more
Deep hidden in my mind’s where you’ll find Piece of Mind 4

C’était toujours une recherche d’inspiration, tout ce qui pouvait faire la décoration de son appartement sortait de quelque chose qui l’inspirait, ou qui l’avait inspiré.

A peine devant sa télé à regarder Netflix que John l’appelait déjà.

« Les photos ma poule ! s’exclama John.

– Ah merde, j’ai pas pris le temps de chercher.

– Tu veux que je te bute c’est ça ? Déjà que tu glandes rien au taf, en plus tu fais même pas ce que je te demande.

– On va se calmer hein, on en parle après mon épisode et ma bouffe.

– Mon Dieu ta bouffe. Arrête de manger gros sac.

– Non, j’ai faim. »

Il se passa des journées, des semaines, des mois. Ethan et Clara en couple, des heures de bonheur, de beuverie avec John. Des histoires quelque peu magiques. Mais, je ne suis pas ici pour vous raconter cela. Pas encore.

Quatre mois, et ceci arriva.

Mercredi 13 juin 2018.

Ethan reçut un appel de son meilleur ami, vers sept heures du soir.

« Faut que tu viennes à Mende tout de suite, j’ai besoin de toi !

– Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda Ethan.

– Je t’expliquerai, mais viens, s’il te plait.

– Je vais m’arranger. Patrice ? »

Patrice, c’était un des anciens de la boite, Ethan parti le voir pour lui demander une faveur.

« Faut absolument que j’y aille, il y aurait moyen que je te laisse mon badge, tu me pointes ?

– Ouais, vas-y je m’en occupe.

– Merci Patoche, je te revaudrai ça. »

Puis il débarqua à une vitesse assez affolante à Mende, à l’hôpital.

« Qu’est-ce qu’il s’est passé ? demanda Ethan.

– Chloé a eu un accident. Elle n’est pas vraiment blessée, mais elle est dans le coma.

– Merde, je peux faire quelque chose pour toi ?

– Non, le simple fait que tu sois là, ça me suffit. »

Certaines fois, on se demande si le sors ne s’acharne pas sur certaines personnes. Ça faisait presque trois semaines que Clara était partie, et bientôt deux mois que la copine de John était dans le coma.

Vendredi 24 août 2018.

« Salut, John, comment ça va ?

– Ça fait, répondit-il. Je t’appelle pour te demander une faveur.

– Dit toujours.

– Je vais être obligé de m’absenter ce soir, et tu sais…

– Que tu ne veux pas qu’elle passe une journée seule.

– Tu pourrais ?

– Aller la voir ? Bien sûr, dès que je sors du taf.

– Merci ma poule, je te revaudrai ça mille fois.

– C’est un plaisir. »

La journée passa, puis Ethan décolla de son travail pour rejoindre l’hôpital de Mende. L’avantage, c’est de rouler avec une grosse voiture. Il avait tendance à rouler quelque peu vite. Mais juste un peu.

« Bonjour, je viens rendre visite à Chloé, je pense que son copain a dû vous mettre au courant.

– Oh, oui. Chambre 406. »

Ethan n’avait jamais vu son meilleur ami aussi perdu que depuis l’accident de sa copine.

Il s’était installé dans un fauteuil à côté du lit, avec de la musique sur son téléphone. Il écoutait de tout comme musique, du rock, du rap, de l’électro, de la pop. Il s’était posé avec l’album Synthesis d’Evanescence.

Oh, un autre détail que j’oubliais à propos de notre héros. Il passait beaucoup de temps à écrire. Alors pour s’occuper pendant qu’il surveillait Chloé, il tenait son téléphone et avançait une de ses nombreuses histoires. Allez savoir laquelle.

Puis il arriva au morceau Imperfection. Il posa son téléphone pour se mettre à écrire les paroles sur un carnet.

The more you try to fight it
The more you try to hide it
The more infected, rejected, you feel alone inside it
You know you can’t deny it
The world’s a little more fucked up everyday

I’m gonna save you from it
Together we’ll outrun it
Just don’t give into the fear
So many things I would’ve told you If I knew that I was never gonna see you again

Il écrivait d’une manière assez particulière, à la fois très jolie et dérangée.

I wanna lift you up into the light that you deserve
I wanna take your pain into myself so you won’t hurt

Puis il se mit à mettre des annotations, souligner certains mots.

Don’t you dare surrender
Don’t leave me here without you
Cause I could never
Replace your perfect imperfection

The way you look us over
Your counterfeit composure
Pushing again and again and sinking lower and lower
The world is on our shoulders
Do you really know the weight of the words you say?

Ses mots devinrent énervés, comme s’il devait se battre contre quelque chose, que ce morceau lui évoquait une étrange sensation.

You want a little of it
You just can’t let go of it
You’ve got an ego to feed
Too late to rise above it
Don’t look now but the little girls got a grenade

I’m gonna lift you up into the light you deserve
I’m gonna take you down to the real world so you can watch it burn

Il souligna plusieurs fois le mot Burn.

Don’t you dare surrender
Don’t leave me here without you
Cause I would never
Replace your perfect imperfection

We stand undefined
Can’t be drawn with a straight line
This will not be our ending
We are alive, we are alive

Puis, pendant qu’Ethan était concentré sur ses paroles, il se passa quelque chose de magique.

Don’t you dare surrender
Don’t leave me here without you
Cause I could never
Replace your perfect imperfection

Arrivé à cette partie des paroles, une autre voix vint s’ajouter à celle d’Ethan qui chantonnait.

Don’t you dare surrender
I’m still right beside you
And I could never
Replace your perfect imperfection

« Tu chantes toujours aussi mal, lui fit Chloé qui venait d’ouvrir les yeux.

– Je suis content de te voir réveillé. J’appelle un médecin pour faire ton examen. »

Malgré ses yeux chargés de larmes, il sortit de la chambre, appela un médecin dans le couloir pour venir vérifier son état. Il passa une heure avec la demoiselle pendant qu’Ethan restait dans un coin de la chambre. Puis il prit Ethan à part pour lui faire un résumé de son état.

« Alors ?

– Elle s’en sort bien, lui répondit le docteur. Ses blessures devraient cicatriser un peu plus vite maintenant qu’elle est réveillée. Faites juste attention à ne pas trop la brusquer, son cerveau pourrait réagir de manière assez particulière. »

Ethan retourna s’installer à côté de la demoiselle.

« Qu’est-ce qu’il t’arrive ? demanda Chloé. Tu m’as l’air tout effacé. Ça ne te ressemble pas.

– Tu ne devrais pas te soucier de ton état avant le mien ?

– Mais je vais très bien, répondit-elle avec le sourire. »

Elle ne réussit pas à tirer un sourire ce son ami, trop perdu dans ses pensées.

« Ta copine t’a lâché ? Il ne faut pas te mettre dans tous ces états, juste parce qu’elle t’a quitté.

– Elle est morte, répondit-il.

– Oh, je…

– Tu ne pouvais pas vraiment savoir.

– Qu’est-ce qu’il s’est passé ?

– Elle a fait une rupture d’anévrisme. Elle avait déjà eu des problèmes cardiaques, mais tout s’était stabilisé…

– Je suis désolée.

– Ça fait trois semaines que je tourne en rond. Je sais pas comment j’aurais tourné si toi aussi tu avais dû partir.

– Pourtant j’ai pas l’impression que tu le vis si mal que ça. Si ?

– J’ai juste appris à masquer tout ce qui ne va pas, tout ce qui peut t’apporter la haine des autres, ou leur fausse pitié.

– C’est un peu…

– Cru ? Ouais, j’ai perdu foi en l’humanité il y a bien longtemps. Et ce n’est pas contre toi, mais ça ne changera pas demain.

– Je crois que cette fois-ci tu as construit le dernier rempart.

– Et personne n’y rentrera… »

Quelques minutes plus tard, Rémi rentra dans la chambre, accourant vers sa copine qu’il voyait enfin éveillée.

« C’est bon de te voir enfin réveillée.

– Moi aussi je suis contente de te voir, lui répondit-elle. »

Ethan avait commencé à ramasser ses affaires.

« Je peux te parler une minute ? demanda John.

– Bien sûr. »

Les deux sortirent de la chambre.

« Merci, merci pour tout.

– C’est toujours un plaisir, tu le sais bien, répondit Ethan.

– Tu ne veux pas rester avec nous ?

– Non, j’ai encore certaines personnes à tuer.

– Alors, va, mais épargne-moi les détails.

– À la prochaine ma poule. »

Une semaine de plus, dans la terreur des ténèbres, puis un autre jour au travail, un autre vendredi comme les autres. Pas tout à fait en fait. Vous savez, je vous ai déjà raconté l’amour d’Ethan pour son chef. Ce jour-là, il était en train de travailler sur son coffre, et son chef faisait le con à côté de lui. Évidemment, c’était son dernier jour. Mais tout ne se passa pas comme prévu. Le chef trébucha, et s’en alla s’écraser sur Ethan, qui s’écorcha violemment sur les arrêtes saillantes du coffre. Il sortit son bras presque couvert de sang du produit, puis alla décrocher une droite à son chef, avec son poing ensanglanté. Il s’arrêta quelques secondes pour observer ce qui venait de se produire, puis il alla aux toilettes pour se laver le bras. Il se passa des choses pendant qu’il partit se laver le bras, mais il n’y prêtait pas attention, seule sa colère prenait de la place. Puis, arriva Lionel.

« Bien joué, lui fit son collègue.

– C’est ironique ?

– Non, c’est sincère, répondit Lionel. J’ai dit au chef d’aller à la direction pour dire que c’était sa faute. Qu’il faisait le con, qu’il a trébuché et t’as arraché le bras ! Et toi de colère pour ton bras tu lui en as collé une.

– Depuis quand t’es attentionné comme ça Lionel ?

– Depuis que je déteste ce connard.

– Ethan ? Je peux te parler une minute ? »

Lionel s’en alla lorsque Marika arriva. Marika c’est la DRH, une personne très sympathique et très agréable.

« Ton chef est venu me voir pour ce qu’il s’est passé. Ça va ?

– Ouais, j’ai juste le bras déchiré, mais ça se fait.

– Va à l’infirmerie, au moins pour te bander et t’aider à cicatriser.

– Oh ! Pardon, fit Fred qui allait rentrer dans les toilettes.

– Ça va encore faire courir des rumeurs, dit-elle.

– Tout le monde pense que je suis gay, répliqua Ethan.

– Pourtant j’ai vu comme tu regardes Ludivine, ou comment tu es avec elle.

– Apparemment, la discrétion c’est pas mon fort.

– Enfin, quand les chefs seront partis, passe à mon bureau boire une bière.

– T’en fais pas je n’oublierai pas.

– J’y compte bien. »

Il alla à l’infirmerie nettoyer et bander sa plaie. Puis il revint au bureau du contrôle visuel.

« Ça va ton bras ? Pas trop mal ? demanda Aurore.

– Pas du tout. Trop d’adrénaline.

– T’aurais dû te taper Julie en fait, fit Lionel.

– Mais d’où est-ce que tu… Oh ! Merci Fred ! dit-il en poussant sa voix.

– C’est un plaisir, répliqua-t-il.

– Je crois qu’on le reverra pas le chef, reprit Lionel.

– Si je le revois, je le fais passer sous sa savonnette, puis sous ma Mégane.

– Pourquoi tant de violence ? demanda Aurore.

– Tu sais très bien pourquoi tant de violence Aurore. La différence avec moi, c’est que ce n’est pas un peu plus tous les jours. C’est rien jusqu’à sa mort. »

Encore une semaine, une semaine faite de cauchemar.

Vendredi 7 septembre 2018.

Encore vendredi, sans un chef, sans toutes ses règles et ses mauvaises décisions.

« J’en connais un qui a passé sa vie sur la nouvelle forteresse.

– Même pas Cédric, j’ai juste pas dormi de la semaine. J’enchaînais cauchemar sur cauchemar. À chaque fois que je voulais dormir.

– Oh, ça, c’est la merde.

– Je te le fais pas dire.

– T’en fais pas, ça va revenir, ça finit toujours par revenir. »

Chapitre 8 : For the Best of Me.

Certaines fois, on ne voit que le mal dans le monde, ce qui ne veut pas aller correctement. Et l’on a du mal à accepter ce qui pourrait s’améliorer. Certaines personnes se laissent engloutir dans ce sentiment. D’autres passent à côté et cherche à trouver tout ce qui a de bon chez les autres.

Le monde ne s’arrangeait pas. Le moral d’Ethan non plus. Même s’il parvenait à dormir un peu plus, ça n’était toujours pas terminé.

Lundi 10 septembre 2018.

Depuis quelques mois, Ethan avait perdu une habitude, celle de porter tous les bijoux qu’il portait normalement. Deux bagues, une offerte par une ancienne amie, l’autre qui portait les inscriptions de l’anneau de pouvoir du Seigneur des Anneaux. Un bracelet de force avec l’œil d’Horus, et un second bracelet en acier. Ça en faisait du bordel, ça lui permettait de se sentir lui-même. Ce jour-là, il avait tout repris, juste par envie. Ethan était toujours du soir, et ce jour-là, il s’était dit avec John qu’ils iraient manger un kebab après le travail. Donc à dix-huit heures, l’heure de la pause du soir, Ethan alla se poser sur le banc d’une table alors qu’il faisait encore bien assez bon pour manger dehors. Le casque sur les oreilles, la musique à fond. En gros, personne ne pouvait venir le faire chier, même pas Patoche. Personne, ou presque.

Pour expliquer les choses, depuis le départ du chef, il s’était tramé que son remplaçant allait être un ancien contrôleur, qui s’occupait aujourd’hui des programmes de test. Ça n’y a pas manqué. C’était bien Loic, le frère de Lionel qui prenait la place de celui qui s’était pris une droite à son dernier jour. Aussi, pour le remplacer, parce qu’il fallait remplacer Loic, l’entreprise n’avait pas tardé. Au même jour, du changement y avait déjà un remplaçant, spécialiste des testeurs de la marque qu’utilisait Ethan à ce qu’il avait entendu.

« Imagine Dragons ! fit une voix féminine qui venait de lui enlever le casque des oreilles.

– On peut vraiment pas être tranquille ici. Qu’est-ce que tu fais encore ici ? »

Ethan avait encore les yeux fermés, et n’a donc pas fait attention à qui appartenait cette voix. Oh, et la remarque que fait Ethan vient du fait que la fin des horaires de travail normal c’est seize heures dix-huit, pas dix-huit.

« Je viens d’arriver, j’essaie de me familiariser avec l’entreprise. »

Cette phrase dit rire d’Ethan.

« Qu’est-ce qu’il y a de si drôle ? demanda la voix féminine.

– T’as de la chance si la boite te paie les heures sup alors que tu es nouvelle.

– Ne t’en fais pas pour ça, je me débrouillerai.

– Je n’en doute pas, fit Ethan. »

La fille s’en alla quelque temps après. Ethan rentra de sa pause, et questionna son collègue sur cette étrange personne.

– Une fille qui vient d’arriver ? lui fit Patrice. Non, ça me dit rien.

– Eh bah tu sais pas ? Moi non plus, répliqua Ethan. Ça fait longtemps qu’il n’y a pas eu de nouveau.

– À part le nouveau méthode test, que j’ai pas encore croisé, j’ai pas la moindre idée de qui ça peut être.

– Laisse tomber. Pour l’importance que ça a. »

Pour l’importance que ça a.

Cette nuit-là encore, il y avait des traces du passé. Des bribes d’un temps où plus rien n’avait d’importance, à part elle.

Altar n°1 : Le silence

Les moments dont il se souvenait du temps passé avec Clara étaient bien souvent les moments où il se sentait le plus heureux, où tous les problèmes du monde avaient disparu pour ne laisser place qu’à la jolie demoiselle.

Il n’avait aucune conscience des dates dans ses rêves, puisque ce sont des rêves. Cette fois-ci, il se souvenait du moment où il revenait du Maroc pour le travail. Elle était venue le chercher à l’aéroport, lorsqu’il sortait du bâtiment, elle s’approcha de lui pour se jeter dans ses bras. Il n’y avait jamais eu aucun mot, juste le son des passants autour d’eux. Et puis le réveil en sueur, comme à chaque fois. C’était le moment où le souvenir devenait le plus important qu’il en sortait violemment.

Quand on s’intéresse à la date, c’est deux semaines avant son décès, environ.

Le lendemain, c’était l’heure de l’arrache cheveux.

« Premier Article Rabat ! lui fit son frère.

– Génial, manquait plus que ça, répliqua Ethan. »

Ah oui, j’ai omis une petite chose dans cette histoire. Ethan a un frère, qui travaille lui aussi dans la même entreprise. Il n’y avait jamais eu de grands soucis à ce que les deux travaillent ensemble. À part se charrier un peu, ils s’entendaient très bien.

« Je suppose que je reprends à seize heures dix-huit.

– Tu devrais avoir toutes les interfaces branchées et la table de brochage calée, lui répondit son nouveau chef.

– J’en attends pas mieux Loic, reprit Ethan. »

Puis le temps avança, Ethan passait sur du contrôle visuel, de finitions pour être précis. C’est la dernière étape de contrôle avant départ d’un produit. Un coffre Caen, encore des retouches. C’est Céline qu’il appelait maintenant, Ludivine était partie consacrer sa vie à quelque chose qui lui plaisait plus.

« Tu vas me détester.

– À force de te voir venir que pour des retouches finitions chiantes, y’a moyen oui. J’arrive, répondit-elle. »

Puis, vint l’étape drôle de la journée, qui vaudra un gros fou rire à Ethan lorsqu’il y repensera plus tard dans la soirée.

« Je t’ai trouvé sur AdopteUnMec, dit-elle à Ethan.

– Oh, ouais, ça doit faire plus de six mois que j’y suis pas allé. J’ai désactivé l’application, mais pas mon compte.

– Ah bah bravo. Mais je vais désinstaller l’application aussi, tu te fais harceler par des dizaines de personnes. Faudrait faire le tri dans tout ce que tu reçois.

– Tu m’étonnes que tu te fasses harceler, reprit Ethan.

– Pourquoi ?

– Quand tu vois qu’on est obligé de payer pour accéder à l’application.

– T’es sérieux ? Combien ça vous coûte ?

– Trente euros par mois.

– Ah ouais je comprends un peu mieux. Pourquoi tu ne l’utilises plus ? demanda-t-elle.

– Si tu veux que ce soit rentable, il faudrait passer son temps dessus, à toujours regarder, trier les gens qui t’envoient des choses. Je suis du genre un peu pessimiste avec mes relations amoureuses. Lorsque je m’investis pour que ça marche, je suis toujours déçu de voir que ce n’était pas le cas. Et je me sens encore plus mal que de rester célibataire.

– Tu préfères faire des rencontres avec des vrais gens quoi.

– Y’a un peu de ça, répliqua Ethan.

– Tu t’es jamais intéressé aux personnes de cette boite ?

– Je vais finir par me poser des questions sur un sens caché aux tiennes, tu sais.

– Je vois pas de quoi tu parles.

– Ouais, c’est ça. Je vais faire mes papiers, avant de me faire découper par l’expé.

– Fuis mes questions, petit lâche.

– Exactement !

– T’es en train de te faire draguer ! lui fit Aurore.

– Merci Captain Obvious. »

Vers seize heures et quart, alors qu’Ethan allait reprendre la suite de son frère sur le coffre, Loic lui apportait quelque chose d’un peu particulier.

« Tu vas bosser avec ma remplaçante. Elle est spécialiste de Ceetis et elle veut s’habituer avec nos méthodes de travail.

– D’accord, répondit Ethan.

– Je lui ai déjà expliqué comment on branchait les produits et comment on calait les tables avec les interfaces. Tu auras juste à lui expliquer le verrouillage des tests de continuité et des résistances et diodes, reprit Loic.

– Ça marche.

– Sylar, fit une voix arrivant près de lui.

– Qu’est-ce que ?

– Enchantée, moi c’est Hortense. »

Ethan reconnut la voix, qui lui avait fait la remarque qu’il écoutait Imagine Dragons.

« Tu me stalk c’est pas possible… Oh ! T’avais raison, Patoche, s’écria Ethan.

– C’était évident, répondit-il.

– Pas forcément. »

Ils passèrent les deux heures ensemble, Ethan à expliquer tout l’intérêt de son travail, comment il déroulait ses tests. Tout était resté bien professionnel, quoi que.

Dimanche 16 septembre 2018.

Encore un saut dans le temps ! Ouais, parce que dans cette période, il ne se passa pas grand-chose d’intéressant. Ethan s’était mis en couple avec Céline, et ça rendait certaines personnes jalouses dans l’entreprise. Mais ce jour-là, il y avait encore une histoire, pas si drôle que ça.

« Va-t’en. »

La demoiselle venait d’arriver chez Ethan, mais déjà elle n’était pas bien reçue.

« N’imagine pas que je ne sais rien. Je ne veux plus te voir, sors de chez moi.

– Non, Ethan je peux t’expliquer… »

Elle se sentait un peu perdue, elle savait de quoi il parlait, mais pas comment il avait su.

« Je n’aurais pas dû, je sais, je m’en veux tellement…

– Sors de chez moi. Avant que ma colère n’en vienne à vouloir te tuer.

– Ethan…

– Va-t’en ! »

La maison venait de perdre son agitation, la hausse de voix d’Ethan avait effrayé tous ceux qui vivaient avec lui.

« Je suis désolée… dit-elle en passant la porte. »

Pendant le peu de temps de leur dispute, cette chanson passait sur sa télévision. Doubt Me de Sylar.

Seasons change just like hearts do
Can’t seem to have it all, gotta push through
Yeah, feel the cold on my fingertips
Guess I’m standing too still, that’s how time slips
Fuck it
So many reasons I should pack it all up and quit
Move somewhere different, far from all this shit
But I’ve got a purpose, and I’ve got a calling
No one said it would be easy but it’s not for nothing (not for nothing)

Go, go if you wanna go on
Doubt me like the rest of them lately I know I’m strong enough
When I feel like caving in
Go, go if you wanna go on
Doubt me like the rest of them lately I know I’m strong enough
When I feel like caving in

Ethan se sentait dévasté et trahi. Il laissa s’en aller la demoiselle, puis il alla s’écrouler dans son fauteuil. La vie reprenait alors chez lui, mais la compagnie qu’il avait ne suffisait pas à l’empêcher de pleurer. Il n’avait pas pleuré depuis la mort de son père. Il n’avait pas pleuré pour la mort de son père.

Dans le temps :

– Je ne t’ai pas vu pleurer lors de la cérémonie. Je te trouve très courageux.

– Ce n’est pas du courage, il est juste antipathique, répliqua un de ses oncles. Depuis quand on ne pleure pas la mort de son père ?

– Laissez-le tranquille putain ! Il vous a pas demandé votre avis !

Et voici Patrick, le cousin d’Ethan. Ils se côtoyaient régulièrement depuis quelques années, ils s’entendent très bien les deux. Ça n’a choqué personne qu’il prenne sa défense, encore moins Ethan.

Puis un petit crème était venu se poser sur ses genoux, essayant d’essuyer ses larmes sur son visage. C’était Olias, le plus petit des quatre chats qu’avait Ethan. C’était son préféré malgré qu’il ne soit pas le plus câlin de tous.

Il dessina un sourire sur le visage de son propriétaire, puis il se coucha sur ses genoux.

Dial 1, 2, 3
I keep checking my phone in hopes that you’re calling me
And I just can’t believe
I keep picking the scabs and revealing what’s underneath
Now I’m stuck in the darkness
Living with the fact I can’t finish what I start with
After all these years I’ve become so heartless
And I’m so sick

And I’ll wait for you
If you wait for me
Through the longest night
I’m still on your side
And I’ll wait for you
If you wait for us
Till we both collide
On the other side
I’m not giving up, up, up on you
Say you won’t give up, up, up on me

Sick, sick
I’m so sick
Sick
I’m so…
-- Sylar | Wait for You –

Le chaton se mit à ronronner, et Ethan s’assoupit dans son fauteuil. Quelques heures plus tard, son meilleur ami le sortit de son sommeil.

« Bah alors ma poule comment ça va ? demanda John au téléphone.

– Ça va… répondit Ethan.

– Oh ! Céline est passée c’est ça ?

– Ça y ressemble ouais.

– Tu veux que je débarque avec Chloé, avec un kebab et des bières ?

– Pourquoi pas ?

– Aller, vendu. »

Ils passèrent la journée ensemble, à jouer, à déconner, à faire jouer les chatons et à boire. Ça avait bien remonté le moral d’Ethan, mais il manquait encore quelque chose. Quelque chose qui passait inaperçu à ses yeux.

Lundi 17 septembre 2018.

Cela faisait trois semaines qu’Ethan bossait en journée, toute l’équipe d’ailleurs. À faire du contrôle visuel et pas du test. Ce jour-là, il se passa une seconde étrange, d’inattention, puis de rêve. Puis Lionel qui le réveilla en claquant des doigts devant ses yeux.

« Va te la faire plutôt que passer ton temps à la mater.

– Qu’est-ce que tu racontes ? répliqua Ethan.

– Tu sais très bien de quoi je parle. À chaque fois qu’elle passe, t’as tes yeux qui se dispersent sur son cul.

– T’exagères. »

Il se tourna vers Aurore qui était en face lui. Elle lui retourna un regard un peu détourné, son fameux regard d’acquiescement sans paroles.

« Bien ! Vu que vous avez l’air de plus le voir que moi. Vous avez raison.

– Attache-la et kidnappe là.

– Non merci, Cédric, tes idées farfelues je m’en passerai, répondit-il.

– C’est pas farfelu, regarde la mienne est encore avec moi. J’ai même deux gamines.

– Non Cédric, ça n’arrivera pas.

– Pourtant tu y penses.

– Autant que toi avec Ludivine les cheveux lissés ? fit Ethan se retournant vers son collègue.

– Carrément ! »

Ethan explosa de rire, et Aurore s’en alla, totalement désespérée. Après manger, la demoiselle vint voir Ethan pour une demande quelque peu particulière.

« J’ai quelque chose d’un peu spécial à te demander.

– C’est pour un kidnapping ? demanda Lionel. »

Les deux se mirent à rire, sans qu’Hortense ne comprenne pourquoi.

« On m’a dit que tu étais spécialiste de Lint, reprit Hortense.

– Moi et Cédric oui, pourquoi ?

– On va reprendre une affaire et j’ai besoin d’aide sur le produit.

– En gros, tu veux que je te fasse toute la merde !

– C’est un peu ça, répondit-elle.

– J’en sais rien.

– Je ferai tout ce que tu voudras. »

Cette phrase fit rire Lionel, étrangement.

« Pourquoi tu le demandes à moi du coup ? Et pas à Cédric ?

– Parce que je suis sûre que je m’entendrai mieux avec toi, reprit la femme. »

Ethan se laissa alors quelques secondes de réflexions.

« Un resto. Tu choisis le resto, la date et l’heure, et je te dis oui, fit Ethan.

– Vendu.

– Je te laisse mon numéro ?

– Te tracasse pas pour ça je l’ai déjà, répondit-elle en s’en allant.

– Elle a déjà ton numéro ? s’étonna sa collègue en face de lui.

– Ça te choque tant que ça Aurore ? Je suis populaire c’est tout !

– Ouais, c’est ça ! répondit-elle.

– Je suis sûr que Dimitri est dans le coup.

– Pas possible, il est de l’autre bord, fit Lionel. T’aurais pas essayé de te le taper d’ailleurs ? »

Ethan se mit à rire, il y avait une petite anecdote sur cette histoire.

« Tu poseras la question à Emilie, répliqua Ethan. »

Vendredi 21 septembre 2018.

Ethan avait décidé de manger dehors, mais pas le reste de son équipe ni de l’entreprise d’ailleurs. Il n’avait pas changé ses habitudes, le casque sur les oreilles, pour que personne ne vienne le perturber. Il arriva sur un morceau de sa playlist, qu’il se mit à chantonner.

Well, when you’re sitting there in your silk upholstered chair
Talking to some rich folk that you know
Well, I hope you won’t see me in my ragged company
Well, you know I could never be alone

Take me down little Susie, take me down
I know you think you’re the queen of the underground

Puis quelqu’un vint finalement le rejoindre, et s’assoir à côté de lui.

And you can send me dead flowers every morning
Send me dead flowers by the mail
Send me dead flowers to my wedding
And I won’t forget to put roses on your grave

Elle se mit à chanter avec lui, et ça le fit sourire.

Well, you’re sitting back
In your rose-pink Cadillac
Making bets on Kentucky Derby Day
I’ll be in my basement room
With a needle and a spoon
And another girl can take my pain away

Take me down little Susie, take me down
I know you think you’re the Queen of the Underground
And you can send me dead flowers every morning
Send me dead flower by the mail
Send me dead flowers to my wedding
And I won’t forget to put roses on your grave

Take me down little Susie, take me down
I know you think you’re the Queen of the Underground
And you can send me dead flowers every morning
Send me dead flower by the US mail
Say it with dead flowers at my wedding
And I won’t forget to put roses on your grave
No, I won’t forget to put roses on your grave

« Les Rolling Stones, lui fit Aurore.

– J’adore ce morceau.

– C’est quand même sacrément glauque Dead Flowers. Mais à en juger à tes yeux, il veut dire beaucoup.

– J’ai perdu deux de mes copines. J’écoute ce morceau depuis que j’ai perdu Mélissa. Ça fait plus de deux ans maintenant.

– Je suis désolé…

– Ce n’est pas grave. Après tout, ce n’est pas toi qui les as tuées ? »

Les deux se mirent à discuter musique. Ils n’arrivaient jamais à tomber d’accord, il y avait un plus d’une décennie d’écart entre les deux.

« Où l’as-tu caché ? demanda-t-elle.

– De quoi tu parles ?

– De ta carapace. »

Ethan avait l’impression qu’elle avait lu quelque chose en lui, quelque chose qu’il s’efforçait de cacher, en vain.

« Martelée de couteaux, répliqua-t-il.

– Tu n’as jamais pensé à la porter à nouveau ?

– Pour que le monde voie que je suis détruit par mon passé ? Laisse-la là où elle est. Laisse-la avec celui qui m’a obligé à la casser.

– Alors c’est un homme qui t’a obligé à la quitter ? Tous des connards, ces mecs de toute façon.

– Ça me fait rire, répondit-il en riant.

– Et tu as une jolie fausse blonde qui n’attend qu’une chose c’est votre premier rendez-vous, dit-elle regardant Hortense sortir du bâtiment. Je suis persuadé que tu es quelqu’un de génial, pour qu’il y ait eu des prétendantes avant elle à qui tu tenais autant.

– Et pourtant…

– Ne pense pas à Céline, c’est elle qui a été stupide à te tromper comme une pétasse. »

Ethan explosa de rire, il voyait les choses de la même manière, mais l’aisance des mots qu’avait Aurore l’empêchait de rester sérieux.

« Bonne chance pour ton rendez-vous, dit-elle avant de partir »

C’était pour ce genre de choses qu’Ethan avait gardé ce travail, les personnes avec qui il travaillait le faisaient toujours rire. Il ne passait que rarement une mauvaise journée, en presque deux ans de travail. Il repartit dans le bâtiment, dans le hall où se tiennent les machines à café. Il y croisa la demoiselle, qui attendait que la sonnerie retentisse pour retourner travailler.

« Prends le temps de te poser. Ça sert à rien de passer ton temps la tête dans ton travail, dit-il à Hortense.

– C’est toi qui me dis ça ?

– Ça fait bien longtemps que j’ai arrêté, la boite ne te le rendra pas. Ça sert à rien, à part te rendre fou, et fatigué. Un café ?

– Pourquoi pas. »

Les gens se battaient presque pour accéder aux machines café. Non, ça c’était seulement quand il y avait une cinquantaine d’intérimaires en plus dans l’entreprise, plus maintenant. Mais il y avait toujours quelqu’un dans les environs. La demoiselle attendit qu’il n’y ait plus personne pour lui annoncer.

« Demain, à l’Hôtel de France.

– Dit donc, tu vas me ruiner ! répliqua-t-il.

– T’es sérieux ? Je suis persuadé que tu gagnes plus que moi.

– Crois-moi, l’ancienneté ne joue pas beaucoup ici.

– De toute façon, j’avais pas prévu de te faire payer !

– Ah ben d’accord, répondit-il en riant. Quelle heure ?

– Dix-neuf ?

– Ne demande pas, impose. Moi je m’adapte.

– Va pour dix-neuf heures. Sois pas en retard ! s’exclama-t-elle avant de passer la porte.

– Je n’y compte pas. »

Je ne vous l’ai peut-être déjà dit, mais John à un double des clés de chez Ethan, pour pouvoir venir s’occuper de ses chats quand il est absent. Le soir, ils s’étaient donné rendez-vous chez lui pour une petite soirée entre potes. Mais il y avait un peu plus qu’un pote.

« J’ai fait rentrer quelqu’un, fit John quelques minutes après qu’Ethan soit rentré.

– Tant qu’il ne ressemble pas à cette… Chose !

– Ça m’avait l’air plutôt féminin n’empêche.

– Féminin ? s’interrogeât Ethan. »

L’intrus, sorti des toilettes, remonta les quelques marches qui menaient au salon, puis vint se lancer dans les bras d’Ethan. L’intruse, c’était Flora.

« Je suis tellement contente de te voir !

– Et moi donc princesse, qu’est-ce que tu viens faire ici ? demanda-t-il.

– C’est moi qui devrais te demander ça !

– Pas vraiment non.

– C’est vrai. J’ai décroché un job à Mende tout à l’heure. Alors je me suis dit que, vu que je me suis donné de la peine pour savoir où tu habitais sans te demander, je pouvais passer te voir.

– Et je parie que le tricheur il se tient derrière moi ?

– Exactement, répliqua-t-elle.

– Mais attend, comment tu as su pour John, je ne t’ai jamais parlé de lui.

– J’ai quelque peu triché moi aussi.

– Tu me déçois beaucoup Flora, fit Ethan se dirigeant vers le frigo.

– Dit-moi que tu as pris de la despé ? demanda John.

– Évidemment ma poule, tu m’as pris pour qui ?

– T’es devenu alcoolique ? demanda Flora.

– Euh… Ouais ! répliqua Ethan. Les choses ont fait que c’est devenu compliqué. »

Puis il arriva presque minuit, John repartit, lui aussi il avait quelqu’un dont il devait s’occuper chez lui.

« Tu lui passeras le bonjour ! fit Ethan.

– Avec plaisir, répliqua John. »

Ethan et Flora étaient installés l’un à côté de l’autre, peut-être un peu trop proche.

« Tu ne l’as toujours pas remplacé ? demanda la fille.

– Trois fois.

– J’ai le droit de savoir ?

– La première fois par un homme.

– Ah bon ? s’étonna Flora.

– Ne te choque pas, tu m’as déjà vu mater des culs de mec des dizaines de fois.

– Mais de là à sortir avec.

– Il fallait que j’essaie, reprit-il.

– Comment ça s’est fini ?

– Ma colère, à l’écraser parce qu’il pensait mieux savoir ce qui était bien pour moi que moi-même.

– Je suis la seule à avoir ce droit-là ! Heureusement que je ne l’ai pas connu !

– T’es toujours aussi dérangé dans ta tête ! répliqua-t-il.

– Quelque peu.

– La seconde s’appelait Clara.

– Et elle t’a quitté comme une vieille chaussette ! s’exclama-t-elle en riant.

– Rupture d’anévrisme. »

Le sourire sur le visage de la demoiselle s’effaça, d’une manière très étrange.

« Tu te souviens ? On ne se connait pas pour ce que l’on a de bien chez nous.

– Tu as raison, répondit-elle.

– Et enfin Céline. Elle m’a trompé. T’as de la chance, je l’ai quitté le weekend dernier, je crois.

– Tu crois, la bonne blague.

– Qu’est-ce qu’il ne va pas ?

– Tu me fais rire avec tes bêtises.

– J’espère bien ouais !

– Et l’autre ?

– Comment-ça l’autre ? demanda-t-il.

– John parlait d’une autre. Et de demain, je crois.

– Oh oui, Hortense. J’ai un rencard avec elle demain, dit-il en allant poser les bouteilles vides à la poubelle.

– Et tu me l’as même pas dit ?

– Je ne suis pas certain que ça soit très intéressant tant que j’ai pas tout foiré au premier rencard, tu vois.

– Tu aurais quand même dû me le dire !

– Je te rappelle que c’est toi qui as arrêté de me parler, dit-il s’installant à nouveau sur le canapé.

– Je, j’ai pensé que je devais te laisser du temps, après Mélissa. J’ai bien fait, je pense, mais je suis peut-être resté trop longtemps.

– Tu crois ? »

Puis quelque chose se répéta, comme si certaines fois, cela devenait inévitable. Flora se rapprocha d’Ethan et l’embrassa. Mais ils furent interrompus par une petite créature qui se mit à miauler sur les genoux de la demoiselle.

« Qu’est-ce qu’il y a Orchidée, tu es jalouse ?

– Miaou !

– Je crois que oui ! répondit Flora. C’était juste pour m’assurer que tu embrassais toujours aussi bien. Tu sais, pour Hortense.

– C’est toujours aussi bizarre… reprit Ethan.

– Je sais que ne veux pas être avec un homme, pourtant j’ai toujours autant envie de t’embrasser. Qu’est-ce que tu m’as jeté comme sort ?

– Rien du tout, répondit Ethan.

– Alors pourquoi cette étrange attirance ?

– Parfois il y a des choses que l’on ne sait pas expliquer.

– Parle-moi d’elle, demanda Flora. Je parie que tu l’as rencontrée sur un site.

– Au taf.

– T’es sérieux ? Tu pourrais pas me donner raison, rien que pour une fois ?

– Elle est méthode test, elle fait les programmes pour les produits qu’on teste.

– Et toi ?

– Je contrôle les produits, visuellement ou électriquement.

– Ouais, rien de très spécial en somme votre rencontre en fait, dit-elle déçu.

– Elle est venue me voir quand j’étais en pause. Je travaillais de treize heures à vingt-et-une heures et j’étais en pause à dix-huit.

– Elle est venue te voir, tu lui plaisais déjà.

– Ça parlait de kidnapping quand je lui ai proposé le rencard.

– Quoi ? s’étonna-t-elle.

– Je te raconterai plus tard. Elle était venue me voir pour me demander un gros service, j’acceptais seulement si elle acceptait le rencard.

– Et elle a dit oui !

– Je veux qu’elle a dit oui ! répliqua-t-il.

– Elle est comment ? Physiquement.

– À peine plus petite que moi, les cheveux châtain clair, les yeux marrons.

– Elle ressemble à Mélissa quoi.

– Pas vraiment, répondit-il. Elle te ressemble plus que ce qu’elle lui ressemble.

– J’espère que ça va marcher. Il me manque l’Ethan qui était avec Mélissa, qui l’aimait.

– Moi aussi j’espère. Et toi ?

– J’ai quitté Laura, dit-elle. Elle devenait folle, jalouse, possessive au possible. Elle me faisait vivre un enfer.

– Je suis désolé.

– Ce n’est pas grave, je suis contente d’être partie. Tout ce qu’elle m’a fait subir m’a fait oublier les sentiments que j’avais pour elle.

– Tant mieux, si tu le vis aussi bien.

– Ça reviendra, dit-elle en souriant. »

It’s been a few years since you been gone
There’s been a few tears, but that was years and years ago
Yeah, I grew up to be exactly what you wanted
Yeah, I’ve been living out the dream that you dreamt up
It’s been a few years with more to come
It’s been a few years since I’ve felt sure of what I want
And I woke up today and found that you were waiting here for me and I thought
Woah, old friend, it’s bittersweet
But how could you do this to me?
How could you do this to me?
Yeah
– EDEN |crash --

C’était le premier rendez-vous, le plus important, n’est-ce pas ? Hortense lui avait donné l’adresse d’un resto qu’elle appréciait particulièrement. C’était un samedi et il pleuvait.

22 septembre 2018.

Ethan arriva vers le parking où ils s’étaient donné rendez-vous, et aperçu la demoiselle avec son parapluie. Il sortit de sa voiture et alla se précipiter sous le parapluie de la demoiselle.

« Ça ne te dérange pas si je prends un peu de place ?

– Bien sûr que non, répondit-elle un peu timidement.

– On y va ? demanda-t-il lui tendant son bras.

– Avec plaisir. »

Le restaurant était de l’autre côté de la ville, à côté du cinéma. Les deux devaient traverser tout le centre-ville pour y accéder.

« J’avais oublié que tu roulais avec une aussi grosse voiture, dit-elle

– C’est un peu plus imposant que ta 206 oui.

– J’ai encore une voiture d’étudiante, j’ai pas les moyens de changer. Mais c’est plutôt plaisant de te voir avec ça.

– Ça fait un peu vénal ? Non ?

– Peut-être, répondit-elle timidement. »

Elle se présentait de dos, les jambes croisées, lorsqu’Ethan était arrivé sur le parking. Mais il n’eut pas de mal à la reconnaître à sa silhouette, et à sa coiffure. Elle avait cette habitude de coiffer ses cheveux longs avec une tresse, qu’elle laissait descendre devant son épaule gauche. Elle portait une longue veste gris et noir, un jean bordeaux et des petites bottes à talons.

L’Hotel de France, c’était sympa comme nom. Il était plutôt bien placé, mais il manquait d’une chose, une vue. Le paysage alentour est magnifique, c’est dommage qu’aucun restaurant n’en profite vraiment. Les deux amoureux, si je peux les appeler comme ça, s’arrêtèrent devant le restaurant, avec cette petite hésitation de la demoiselle.

« Je ne m’attendais pas à te voir débarquer habillé comme ça. Je te trouve très beau, dit-elle en rougissant. »

L’Ethan, qui ne sortait pas du lot, avait changé en quelques années. Chemise rouge et noire, jean gris, chaussure et veste en cuir. Ça, c’était les traces du style qu’il avait pris depuis ces années, ce style que Mélissa lui avait donné. Style qui n’avait pas laissé Hortense indifférente apparemment. Ethan ouvrit alors la porte à sa compagnie, il lui fit : « Toi aussi t’es plutôt jolie sous ton parapluie » avant qu’elle ne passe la porte. Si quelque chose n’avait pas vraiment changé chez lui, c’était sa timidité, qui était plus facilement cachée qu’au paravent. Ils entrèrent dans le restaurant, la demoiselle s’avança vers l’accueil pour demander la table qu’elle avait réservée. L’hôtesse les amena vers le salon, mais Ethan se fit interpeller par une connaissance.

« Ethan ! Ça fait longtemps dit donc.

– David ! Ça fait longtemps en effet, répondit-il en lui serrant la main. Tu t’es fait embauché dans un trois étoiles !

– T’as vu ça ? Même toi t’y aurais pas cru à l’époque.

– C’est bien vrai ça. »

Il y a une époque, bien loin de celle que je vous raconte maintenant, où Ethan étudiait dans un lycée qui se tenait à côté d’un lycée hôtelier. Il avait eu quelques amis là-bas, dont David qui devenait serveur.

« À quelle table vous êtes, toi et ta jolie compagne ?

– Vingt-sept, répliqua Ethan.

– OK, je prends votre table alors. À tout de suite. »

Il s’en alla vers la table, découvrant le haut noir à motif floral que portait la demoiselle. Il quitta alors sa veste et remonta les manches de sa chemise, à son habitude, avant de s’installer devant elle. Laissant alors apparaitre tous ses accessoires et le tatouage sur son avant-bras droit, que la demoiselle n’avait jamais remarqués.

I don't mind, what's the use ?
It doesn't matter if I win of lose
I'd trade it all, I would give it back
To be a decent human being
If I don't belong here, then neither do you
It doesn't matter if I make it through, I don't mind

« Dit donc, tu as l’air d’être un habitué, lui dit-elle une fois qu’il était assis.

– Pas vraiment, c’est juste une très vieille connaissance. Jamais de la vie j’aurais imaginé le croiser ici.

– Tu es déjà venu ?

– Il y a longtemps oui, pour un repas du Nouvel An, avec mon ex-belle-sœur.

– Ton ex-belle-sœur ? demanda-t-elle intriguée.

– Ouais, je suis pas certain que j’ai envie de t’embarrasser de ces histoires tout de suite, dit-il avec le sourire. »

Il commençait à s’installer une étrange relation entre les deux, quelque chose que les deux avaient voulu cacher, et qu’ils essayaient encore d’ailleurs.

« Vous prendrez un apéritif ? leur demanda David quelques minutes plus tard. »

Ethan fit signe à sa compagne de choisir en première, peut-être pour se laisser le temps de choisir.

« Un birlou, dit-elle.

– Et une Affligem Triple pour moi, fit Ethan. »

Le Birlou, c’est un alcool créé dans le Cantal, un mélange de crème de châtaigne et de sirop de pomme, additionné de bière. C’est très agréable, mais ça tape un peu fort.

« Tout de suite, messieurs dames, répliqua David.

– Tu préfères le local ? demanda Ethan.

– Ouais, j’aime bien le birlou, puis au pire je peux me faire ramener, répliqua-t-elle.

– Tout ça parce que j’ai une grosse voiture !

– Mais non… répondit-elle en rougissant.

– Vos apéritifs messieurs dames, je reviens plus tard pour la carte, dit David.

– À notre collaboration, dit-il levant son verre. Et à nos heures de galère sur Lint !

– À notre galère ! dit-elle en trinquant avec lui. Et à tous les bons moments qu’on va passer. »

Quelques minutes s’écoulèrent, les gens autour qui tournaient, les serveurs, les clients. Ils les passèrent à discuter boulot. David leur amena la carte, Ethan commanda une entrée, spécialité de saumon, et elle un plat de charcuterie.

« J’aime beaucoup ton haut, le style vintage ça te va bien, dit-il après avoir reçu leurs entrées.

– Merci, répondit-elle, j’aime bien tout ce que tu portes aussi, ça te donne un style très bizarre que tu portes super bien.

– Merci, ça me fait très plaisir, dit-il.

– Mais bientôt je rentrerai plus dedans, dit-elle lui volant une tranche de saumon.

– Ah carrément ! T’es comme ça ! répliqua Ethan.

– J’adore le saumon fumé, dit-elle. Prends dans mon assiette, ça te fera pas de mal.

– Ah ben d’accord, je le prends bien.

– T’es tout maigre ! s’exclama-t-elle.

– Je prends pas de poids, je mange déjà comme quinze.

– T’as bien de la chance, moi j’en suis très loin…

– Tu es surtout très loin d’être grosse, répliqua-t-il. »

Ses mots réussirent à gêner la demoiselle, il venait de toucher quelque chose, sensible ou pas, c’est une très bonne question.

« J’ai l’impression d’avoir touché quelque chose. »

La partie amusante dans le rendez-vous, c’est qu’Ethan savait qu’il essayait d’en obtenir quelque chose, mais en jouait comme s’il n’y avait rien, dans le cas où la demoiselle avait juste accepté par principe.

« Ce n’est pas ça, j’ai pas vraiment l’habitude que les autres me flattent…

– Tu devrais leur dire de le faire plus souvent alors, répondit-il en souriant.

– Tu me dis ça juste par principe ? Ou parce que tout ça ressemble étrangement à un rendez-vous galant ?

– J’aurais pu, mais si je te le dis c’est parce que je le pense vraiment. Je te trouve vraiment jolie. Tu n’es pas très sophistiquée, mais les quelques ajouts que tu portes te mettent en valeur. Tes bagues, ton collier, ton maquillage. »

Un Ouroboros, voilà ce que représentait le collier que portait Hortense, quant à sa signification pour elle…

« Parle-moi un peu de toi, lui dit-elle.

– C’est un peu vaste comme question ça, répondit-il.

– Comment tu es arrivé dans notre entreprise ?

– Par une boite d’intérim. Je déconne pas ! reprit-il, voyant la demoiselle étonnée.

– Sérieusement ?

– C’est leur politique tu le sais, je suis arrivé au moment où le rachat avait forcé notre site à augmenter la cadence, et les effectifs avec.

– Et tu es resté.

– Va reformer un contrôleur, deux mois pour qu’il soit un minimum efficace. Puis j’aime bien ce que je fais, je ne m’ennuie jamais.

– J’imagine que les erreurs du Maroc, c’est jamais vraiment ennuyant, répliqua-t-elle.

– Voulez-vous du vin pour le repas ? leur demanda David.

– Je ne suis pas contre, répondit Hortense.

– Un faugères ? demanda Ethan.

– Je dois pouvoir avoir ça, répondit David.

– Une bonne année, un peu sucré mais pas trop alcoolisé.

– 2012 ? demanda David plutôt confiant.

– Ça m’a l’air bien ça. Vendu, reprit Ethan.

– Je vous apporte ceci, choisissez votre plat.

– Et en plus, il s’y connait en vin ! fit la demoiselle.

– Pas vraiment, on va dire que mon père m’a inculqué deux, trois petites choses. Je suis plutôt amateur de bières que de vin.

– Parle-moi un peu de toi, lui demanda la demoiselle.

– C’est la deuxième fois, tu sais ?

– Ouais, mais dis-moi ce que tu aimes, que tu aimes faire, ou pas d’ailleurs.

– Je suis un grand amateur de musique.

– J’ai cru comprendre au fait que tu portais toujours un casque autour du cou, répondit-elle.

– Moi ce qui me fait plaisir, c’est que tu connaisses une partie de ce que j’écoute.

– Je connais vraiment que les deux que j’ai cités, je suis pas certaine que j’écoute le reste.

– Quoi d’autre ? Je passe pas mal de temps à jouer aux jeux vidéo avec mon meilleur ami, j’écris quand j’ai un peu de temps. Je bricole pas mal avec mon frangin.

– Tu écris ?

– J’ai une trilogie pas finie, et deux grosses histoires, pas finies non plus.

– Quand as-tu commencé ?

– Oula… répondit-il »

Ethan a commencé à « écrire » lorsqu’il était au collège, mais il n’a jamais vraiment concrétisé les histoires qu’il imaginait à l’époque. C’était surtout une sorte d’échappatoire pour lui, pour dissiper l’imaginaire et le cerveau trop grand pour les cours qu’il suivait.

Les histoires dont il parlait, elles dataient de sa première année de Bac, c’est cette année là où il se décida vraiment à poser les idées qu’il avait, et en a fait une trilogie en premier lieu.

« 2011, il me semble, fit Ethan.

– Si longtemps que ça ?

– Si longtemps oui. L’inspiration n’est pas quelque chose qui nait dans ma tête comme une fleur avec un peu d’eau.

– Ton imagination préfère l’alcool, dit-elle en riant.

– Ouais moques-toi de moi. Mais ce n’est pas vraiment faux. Il est dommage qu’il me faille que je confine mon cerveau dans un cadre. Si je me laisse divaguer, je sais pas avancer ce que j’écris.

– Comme ?

– Avez-vous choisi ? demanda David les interrompant.

– Pas du tout. Je n’ai même pas l’idée ce que je j’aimerai, répondit Hortense.

– Quelque chose pour nous guider ? demanda le jeune homme.

– La spécialité du chef ? Elle devrait vous plaire.

– Tu peux détailler ?

– Un canard laqué, avec ses légumes. Et ce n’est pas un petit bout de canard et deux légumes. On fait de la cuisine fine, mais pas du gastronomique.

– Ça à l’air bien ! dit-il regardant sa compagne qui acquiesçait. Ça a l’air très bien.

– Je vous apporte ça.

– Je n’ai pas eu ta réponse du coup, reprit la demoiselle.

– Je ne peux pas écrire avec quelqu’un qui regarde ce que j’écris, ou pire, qui commente. J’ai besoin d’être dans mon monde, dans le monde que j’écris.

– Je pense que je comprends, répondit-elle. »

David leur amena les assiettes, deux demi-canards avec leurs légumes. La présentation était tout de même très soignée, sans que la cuisine n’en devienne gastronomique avec rien à manger.

« Et toi alors ? Pourquoi être devenue spécialiste des bancs de test et de l’automatisme, pourquoi pas serveuse ?

– T’es sérieux ? Tu me vois dans une de leurs tuniques ? »

Ethan venait de faire un bond presque dix ans en arrière. Je reviens à l’époque du lycée hôtelier où étudiait David. Régulièrement, les étudiants avaient des « simulations » de situation réelle. En gros, le lycée prévoyait de vrais repas où ils invitaient les élèves du groupe scolaire, collège et lycée. C’étaient des travaux pratiques, les serveurs devaient servir les élèves et les cuistots faire leurs plats. Dans les souvenirs d’Ethan, il partait souvent avec ses collègues, plus souvent pour profiter des étudiantes serveuses, que du repas gratuit. De plus, que les étudiants avaient tous les tuniques obligatoires.

Le jeune homme se mit à rire, un peu gêné et amusé à la fois.

« Tu veux vraiment ce que je pense ? demanda-t-il.

– Bien sûr.

– Je ne risque pas que tu allonges ta main pour que tu me mettes une grande claque au nom du féminisme ?

– Mais non, qu’est-ce que tu es bête ! répliqua-t-elle. »

Il se tourna vers une des serveuses qui tournaient dans la salle, elles portaient le même genre de tunique que celles que portaient les étudiantes du lycée, la jupe et un chemisier.

« Je dois avouer que la jupe, ça a un certain charme, je pense pas que j’ai besoin d’être plus explicite que ça.

– Tu ne réponds pas vraiment à ma question.

– J’aimerais bien te voir avec, je suis persuadé que ça t’irait bien. »

Cette fois-ci, il avait vraiment fait rougir Hortense, mais ça ne l’a pas choqué, il s’y attendait, étrangement.

« Ça fait un peu trop de flatterie c’est ça ? demanda-t-il d’un air amusé.

– Je ne me vois pas porter ça, ça dévoile beaucoup trop. Je n’ai pas assez confiance en moi pour ça.

– Ça ne dévoile pas, ça montre les formes. Tu peux trouver des tenues qui vont dévoiler et montrer les formes. Imagine-toi un mec super musclé avec une chemise très serrée. Ça fait le même effet.

– Un peu comme toi, répliqua-t-elle

– Oh, pas tant. Je sais que je porte presque que des vêtements serrés, mais de là à être musclé.

– Mais ça te met bien valeur, j’aime bien.

– Merci. »

Puis il y eut quelque chose d’étrange, comme si les deux étaient allés déjà trop loin, ou pas assez. Ils se mirent à discuter boulot. Jusqu’à la fin du repas.

« Je dois aller aux toilettes, tu m’attends pour payer ?

– Je paie et je t’attends dehors tu veux dire ? demanda Ethan.

– Je refuse que tu paies tout ! répliqua-t-elle.

– OK ! Ne m’engueule pas ! »

Ethan se dirigea vers l’accueil pour payer le repas, David vint le réceptionner.

« Tu vas quand même pas payer ton repas ? lui demanda David.

– T’es pas sérieux là ? s’étonna Ethan.

– C’est la maison qui paie, pour vous deux. Je te la dois bien celle-là.

– OK chef, au plaisir de te revoir !

– Repasse quand tu veux. »

Ethan prit le chemin de la porte, puis le parapluie pour aller prendre l’air. Quelques minutes plus tard, Hortense passa à l’accueil pour payer sa part, mais David lui annonça que l’homme avec qui elle était avait déjà tout réglé.

« T’as vraiment tout payé ? demanda la demoiselle. »

Il ne put s’empêcher de sourire, même s’il n’avait pas vraiment payé, c’était quand même lui qui avait invité, en quelque sorte.

« Tu m’as fait passer une super soirée, lui dit-il en tendant son bras, il fallait bien que je sois un minimum galant.

– Tu ne pouvais pas être galant juste pour regarder mes fesses ?

– Aller vient, dit-il en riant, plutôt que de dire des bêtises. »

Ils passèrent devant une sorte de minuscule parc en repartant vers le parking, il se situait en face de la Mairie. Hortense prit Ethan par la main, l’amena sur un des bancs en pierre et s’assit sur ses genoux.

« Et tu m’affirmes que tu n’as pas trop bu, lui dit-il.

– Je tiens mal l’alcool, je sais, mais je m’en fiche, tu me ramèneras.

– Évidemment, répondit-il. »

Elle posa sa tête sur son épaule. Elle lui semblait heureuse et lui, perdu dans ses pensées, comme toujours.

« Tu ne m’as pas parlé de tes ex, lui fit Hortense. »

Ethan se mit à rire, c’était à la fois amusant pour lui, mais très nerveux aussi.

« Pourquoi tu voudrais que je te parle de mes ex ? demanda-t-il.

– Je ne sais pas, pourquoi pas ?

– Il n’y a rien d’intéressant à tirer de passages de nos vies où l’on fait que se battre pour ce que l’on croit, et ceux que l’on aime. Et où l’on finit toujours pas être déçu à trop attendre d’un monde qui fait que nous faire survivre.

– C’est très fataliste ce que tu racontes, dit-elle.

– C’est très moi, répondit-il. »

Son visage laissait apparaitre un faux sourire, l’acceptation de ce que son passé avait fait de lui.

« Qu’est-ce qui t’a rendu comme ça ? demanda-t-elle.

– Je ne sais pas trop, mes expériences du passé, la mort de mon père.

– Oh, je suis désolé.

– J’ai appris à faire avec maintenant.

– Et tout le reste ?

– J’étais un garçon timide il y a quelques années. J’ai réussi à passer au-delà de ce qui me gênait chez moi grâce à une amie, que j’aime certainement autant que mon meilleur ami. Elle m’a aidé à me rapprocher d’une fille que j’appréciais, pour laquelle je suis tombé amoureux. Elle s’appelait Mélissa.

– Mais cela ne t’a pas rendu meilleur ? demanda-t-elle.

– Cette fille m’a rendu meilleur, elle m’a rendu heureux. Elle a su me montrer que je pouvais être beau, que je pouvais plaire, parce que c’était ce qu’elle me montrait. Elle a bouché tous les trous de ma carapace avec ses petits doigts, dit-il en attrapant la main droite de la demoiselle.

– Et elle est partie ? »

Le sourire d’Ethan revenait sur ses lèvres, ce sourire que Mélissa lui avait dessiné. Les quelques mots qu’il avait dits à Hortense avaient suffi pour raviver les meilleurs souvenirs avec la demoiselle. Puis elle lui demanda pourquoi cela avait changé. Il lâcha alors le regard de la fille, effaçant son sourire. Les sanglots revenaient presque, cela s’est entendu dans sa réponse.

« Elle est morte, répondit-il. »

Hortense ne sut quoi répondre, elle commençait à comprendre cette sombre part de la personne qu’elle avait en face d’elle.

« Après sa mort, il y a eu trois autres personnes, dit-il, reprenant sa voix. Un homme qui a essayé de rattraper les péchés de sa vie en donnant tout son amour, à en devenir destructeur. Il me tirait vers le bas, rejetant toutes ses fautes sur moi. Il m’a éveillé une colère qui aurait presque des envies de meurtre. Puis il y a eu Clara, qui savait sa vie terminée avant que l’on se mette ensemble. Enfin une collègue de travail qui m’a trompé. »

Hortense embrassa le garçon sur la joue, puis reposa sa tête sur son épaule.

« J’espère que la prochaine sera la bonne, qu’elle ne te fera pas souffrir comme les précédents. Tu étais tellement plus beau avec ton sourire quand tu me parlais de Mélissa.

– Ce n’est pas le même que celui que tu as vu toute la soirée. Ce n’est pas le même bonheur. »

La pluie s’était arrêtée pendant leur repas, mais commença à revenir un peu après la fin de leur discussion. La demoiselle se releva, reprit la main d’Ethan et déploya son parapluie.

« Je m’attendais à ce que tu me parles un peu de toi, lui dit-il.

– La prochaine fois ? lui demanda-t-elle se tournant vers lui avec le sourire.

– D’accord, répondit-il en riant, la prochaine fois. »

Ils retournèrent au parking, dans le silence qui régnait à presque dix heures du soir dans cette ville. Animé seulement par le bruit sourd des pas d’Ethan et les claquements des talons d’Hortense. Ils s’installèrent dans la voiture du jeune homme, Hortense fut amusée de la différence avec sa petite voiture.

« Où dois-je vous emmener ? demanda Ethan.

– Chez mon père, à Marvejols. Et oui, j’habite encore chez mon père…

– Je n’y vois pas d’inconvénient, j’ai des amis qui habitent chez leurs parents encore. Au contraire, c’est une bonne planque, dit-il amusé.

– Je viens de me rendre compte que je ne t’ai même pas demandé ton âge, dit-elle.

– Vingt-quatre ans, répondit-il.

– Vraiment ? Je t’imaginais un peu plus vieux. Tu ne me demandes pas le mien ? demanda-t-elle un peu plus tard.

– On ne demande pas son âge à une dame, ça ne se fait pas, répondit-il toujours concentré sur sa conduite.

– Tu t’es arrêté dans les années soixante ? demanda-t-elle en riant.

– Peut-être ouais. »

Les deux restèrent silencieux le reste du trajet, Ethan concentré et Hortense à regarder le ciel qui se dégageait à travers la fenêtre.

Oh, hush, my dear, it’s been a difficult year
And terrors don’t prey on innocent victims
Trust me, darlin’, trust me darlin’
It’s been a loveless year
I’m a man of three fears:
Integrity, faith, and crocodile tears
Trust me, darlin’, trust me, darlin’

So, look me in the eyes (Eyes), tell me what you see (You see)
Perfect paradise (— Dise), tearin’ at the seams (Seams)
I wish I could escape it (Escape), I don’t wanna fake it
Wish I could erase it (Erase), make your heart believe

But I’m a bad liar, bad liar
Now you know, now you know
I’m a bad liar, bad liar
Now you know, you’re free to go
-- Imagine Dragons | Bad Liar –

Il déposa la demoiselle vers l’une des entrées de la ville, devant une maison aux murs en pierre. Il l’accompagna jusque sous la terrasse, devant la porte.

« Merci pour cette soirée, lui dit-elle, c’était génial.

– Moi aussi, j’ai passé une super soirée. »

Il y avait une étrange hésitation entre les deux. L’une qui ne savait pas si elle avait trop bu ou si elle pouvait se permettre ce qu’elle voulait vraiment faire pour finir cette soirée. L’autre qui n’avait pas la certitude de lire dans les envies de sa compagne à cause de son état.

« Il faut que je rentre, mon père va m’en vouloir si je rentre trop tard, encore plus dans cet état.

– D’accord, répondit-il.

– On se revoit demain ?

– Pour récupérer ta voiture ? À quelle heure je passe te chercher ?

– Me chercher ? J’aurais pu demander à mon père de m’amener.

– Ah non, comme ça, ça aura l’air d’un vrai rencard.

– D’accord, répondit-elle en riant, viens me chercher à quatorze heures alors.

– Alors à demain.

– À demain, dit-elle passant la porte. »

Il retourna dans sa voiture avec un grand sourire aux lèvres. Mais il avait oublié quelque chose.

« Ok Google, appelle John.

– Tout de suite. »

Comme toujours, il avait promis à son meilleur ami de tout lui raconter, alors il l’appela pour rentrer chez lui.

« Bah putain, ça t’a pris mille ans ! s’exclama John.

– Ouais, mais ça en valait la peine aussi.

– De quoi ?

– D’attendre mille ans, connard ! »

Puis il lui raconta toute sa soirée, en détail, sans en oublier une seule seconde.

Chapitre 9 : The Throne

Tout commence avec une tasse de thé. Non ? Pourtant c’est vrai, tout commence avec, ou comme une tasse de thé. Il nous offre cette robe colorée, enivrante et puissante. Puis on le goute, fait briller les papilles de son sucre et de ses saveurs d’ailleurs. Puis la douceur devient amère, prend un air de mauvaise boisson, trop âpre. Pourtant ce gout si particulier ne nous laisse pas indifférents, jamais. Alors on y revient, encore et encore. Jusqu’à toujours trouver mieux la fois d’après.

Remember the moment you left me alone and
Broke every promise you ever made
I was an ocean, lost in the open
Nothing could take the pain away

So you can throw me to the wolves
Tomorrow I will come back
Leader of the whole pack
Beat me black and blue
Every wound will shape me
Every scar will build my throne

The sticks and the stones that
You used to throw have
Built me an empire
So don’t even try
To cry me a river
Cause I forgive you
You are the reason I still fight

So you can throw me to the wolves
Tomorrow I will come back
Leader of the whole pack
Beat me black and blue
Every wound will shape me
Every scar will build my throne

I’ll leave you choking
On every word you left unspoken
Rebuild all that you’ve broken
And now you know

Every wound will shape me
Every scar will build my throne

So you can throw me to the wolves
Tomorrow I will come back
Leader of the whole pack
Beat me black and blue
Every wound will shape me
Every scar will build my throne

-- Bring Me the Horizon | Throne --

Encore un jour de plus, dans un monde qui ne veut pas de nous. Quoi ? Ouais, il m’arrive de raconter des bêtises. Je suis quelque peu déstabilisé parfois.

23 septembre 2018.

Encore un dimanche, de retour chez le père de la demoiselle. Elle lui avait donné rendez-vous en début d’après-midi. Il se gara devant chez lui, puis alla s’installer sur le capot de sa voiture. Il vit arriver une jeune fille quelques minutes plus tard, qui avait enfilée une longue veste en jean et une écharpe. Il avait trouvé sa compagne très élégante la veille, et il la trouvait très charmante cette fois-ci. Ils retournèrent à Mende pour aller chercher la voiture, mais pas seulement. Ils allèrent passer du temps dans un parc accompagné d’un cours d’eau.

« Tu vas peut-être m’engueuler, mais j’ai le droit de m’installer sur tes genoux comme hier ?

– Je dois t’autoriser même si tu n’es pas bourrée ? »

Il lui répondit en éclatant de rire, sa question avait eu un effet très particulier chez lui, un côté très amusant. Elle n’attendit pas vraiment sa réponse pour s’installer quand même dans la même position que la veille.

« Si l’on croise quelqu’un qu’on connait, y’a moyen qu’ils se posent des questions.

– Je m’en fiche, répondit-elle.

– Dit comme ça, je pourrais croire que tu es en train de tomber amoureuse de moi.

– Je me sens bien à côté de toi, je me sens rassurée.

– Rassurée ? Comment ça ? demanda le jeune homme.

– J’avais l’impression que tout le monde me laissait tomber, mais toi tu es gentil avec moi, tu es attentionné. J’ai même l’impression que tu te comportes comme mon petit ami quelquefois.

– Comme ton vrai petit ami ? Ou comme un petit ami ?

– Je n’ai pas de copain, depuis bien longtemps.

– J’en suis désolé.

– Tu es désolé que je n’aie pas de copain ? demanda-t-elle amusée.

– Ce n’est jamais plaisant de se retrouver célibataire. C’est même parfois pesant de l’être pendant trop longtemps.

– Avoue que ça t’intéresse maintenant que tu sais que je suis seule ! »

Ethan se mit à rire, détournant son regard de celui de la demoiselle. Puis il reposa ses yeux sur son visage, sur lequel venait d’apparaitre un sourire quelque peu gêné.

« Tu en joues n’est-ce pas ? Tu ne crois pas le fait que ceux qui peuvent te convoiter le veulent vraiment.

– Comment tu vois ça ? demanda-t-elle doucement.

– Nous ne savons pas cacher toutes nos émotions. On a beau porter un masque, pour cacher ce que l’on ne veut pas montrer aux autres, il y a des choses que l’on ne peut pas éloigner. Quand tu apprends à décrypter les manies des autres, les raccourcis qu’ils font pour se protéger. Mais aussi la fausse confiance qu’ils mettent dans un humour qui les gêne eux-mêmes. Tu arrives à interpréter les personnes qui sont en face de toi, comme si tu les connaissais depuis des années. J’arrive à voir ces choses parce que je les fais, ou je les faisais. J’ai appris à les voir chez les autres pour aider l’ado qui n’avait pas confiance en lui. Puis à les cacher pour me rendre invulnérable aux autres.

– Moi qui pensais avoir un de ces garçons parfaits, qui faisait tomber toutes les filles.

– Que préfères-tu ? Quelqu’un qui court après toutes les nanas, qui va te tromper le lendemain ? Ou quelqu’un qui va essayer d’en faire rire qu’une seule ?

– La deuxième, je dois avouer que tu as plutôt bien réussi hier soir, répondit-elle.

– Ouais, avec un peu d’alcool tu les fais toutes rire !

– Toi aussi t’en joues ? Tu joues de ton humour pour cacher quelque chose ?

– C’est à toi de me le dire ! dit-il en riant.

– T’es même pas drôle ! s’exclama-t-elle.

– Peut-être que nous sommes tous les deux devant quelque chose de crypté. Le jour où l’un trouvera la solution pour passer derrière…

– Le jour où je trouverai la solution, je t’embrasserai, lui dit-elle.

– Je m’en souviendrai, répliqua-t-il. »

La demoiselle se releva, se mit à regarder le parc et son environ arboré. Ethan était plutôt concentré sur la demoiselle, autant à contempler le bonheur qu’elle irradiait, autant à regarder la demoiselle qu’il trouvait de plus en plus attirante.

« Comment est-ce que tu me trouves aujourd’hui ? lui demanda-telle se tournant vers lui.

– J’ai déjà vu cette veste quelque part, répondit-il.

– Ludivine a la même.

– Tu l’as déjà vu la porter au taf ? s’étonna Ethan.

– Non, mais ça fait quelques années que je la connais.

– Et tu me l’as jamais dit ? s’exclama-t-il.

– Tu ne me l’as jamais demandé.

– J’ai aucun intérêt à te le demander aussi.

– C’est vrai que tu lui tournes autour ? demanda-t-elle.

– Qui t’a raconté ça ?

– Fred.

– Ça m’étonne pas, répliqua-t-il. Tu penses vraiment que j’ai envie de faire exploser son couple ?

– Certains le font, encore plus pour une fille comme elle.

– Je m’en fiche, je te demande si tu m’en crois capable.

– Je ne pense pas, répondit-elle. Mais tu n’as pas répondu à ma question !

– Je te trouve très jolie, répondit-il.

– Tu le penses vraiment ?

– Comme hier, évidemment. Tu sais particulièrement bien te mettre en valeur pour quelqu’un qui ne s’aime pas.

– J’essaie surtout de me mettre en valeur pour toi.

– Parce que tu essaies de me plaire ?

– Évidemment ! C’est ce que toute personne devrait faire lorsqu’elle est invitée à un rencard.

– Ah oui, le vrai rencard, répondit-il.

– Toi aussi tu essaies de me plaire ? demanda-t-elle se rapprochant de lui.

– Y’a moyen ouais. »

Il se releva, prit la demoiselle dans ses bras. Elle posa sa tête sur son torse, juste en dessous de son épaule. Elle devait faire dans les, un mètre soixante-dix, quand lui en faisait un soixante-quinze. Ils restèrent environ cinq minutes dans les bras l’un de l’autre, jusqu’à cette remarque.

« J’ai envie d’attraper quelque chose dans ton pantalon, dit-elle en éclatant de rire.

– Ça peut devenir très bizarre, tu sais ?

– Je sais, je parlais de ton téléphone. Mais lorsque j’ai pensé à la phrase, je me suis dit que ça pouvait devenir très déplacé, mais j’avais quand même envie de le dire.

– Fait donc. »

Elle prit son téléphone de sa poche pour y noter son numéro, et se fit sonner pour avoir celui du jeune homme. Cette scène avait comme un gout de déjà vu pour Ethan, il savait exactement où.

« Il va falloir que je rentre… lui dit-elle. Mais j’ai pas envie.

– Tu sais qu’on se revoit demain ?

– Ouais, mais ça n’a rien à voir. Je peux être avec toi, mais pas profiter de toi, pouvoir être toute mignonne avec toi.

– Je comprends, dit-il.

– Tu me ramènes ? dit-elle le serrant contre elle.

– J’ai plutôt l’impression que tu as envie de passer la soirée avec moi, répliqua-t-il.

– Mon père me tuerait si je faisais ça.

– Pourquoi ?

– J’habite encore chez lui, du coup je me plie à ses règles. Puis il me protège encore beaucoup. »

Elle se pointa sur les orteils pour s’élever et lui embrasser la joue comme la veille. Ethan lui tendit son bras pour la raccompagner.

Chapitre 9.1 : Anchor of the Past.

Vous vous souvenez de cette époque ? Celle ou Ethan vivait à Clermont-Ferrand, ses presque trois années d’études qu’il y a fait, le retour de Mélissa…

Il avait encore des amis là-bas, qui sont restés chez eux. Ce weekend-là, Ethan et John s’étaient dit qu’ils monteraient voir ces personnes, puis pour repasser du temps comme à l’époque.

Vendredi 5 octobre 2018.

« Toujours aussi lent ma poule !

– Je t’emmerde John. »

John avait rejoint son ami chez lui pour partir, juste après qu’Ethan ait fini sa journée de travail. Ils avaient une très étrange habitude, celle de ne jamais être gentil l’un avec l’autre. Toujours à se lancer des piques, des insultes. Ça sortait de nulle part, mais c’est parce que l’un et l’autre n’en avaient rien à faire que cela marchait, et qu’ils s’entendaient aussi bien.

« On prend ta caisse ? demanda John.

– Évidemment qu’on prend ma caisse. Quelle question !

– On prend Hortense aussi ? »

Ethan s’arrêta pour regarder son ami, d’un air dépité, mais un peu déçu.

« Ben quoi ? s’interrogeât John.

– On en reparlera quand j’aurai avancé un peu plus.

– Plutôt quand tu aurais avancé, reculé, avancé… »

John éclata de rire, sa connerie l’avait dépassé, comme toujours. Ethan se sentait désarmé face à son meilleur ami, pourtant, il ne put s’empêcher de rire.

« Aller viens mon salaud, on se casse, reprit Ethan »

Deux heures de route environ, pour rejoindre Clermont-Ferrand, un peu plus loin d’ailleurs vu que leur pote habitait dans une commune qui s’appelait Mozac. Ils arrivaient dans la ville quand Ethan se décida à détourner son trajet.

« Où est-ce que tu vas ? demanda John.

– Il y a un truc que j’ai envie de faire, à venir ici. »

Il fit le tour de la ville, pour partir un peu plus au sud. Il arrêta la Mégane devant un cimetière. Ethan hésita quelques secondes, puis sortit de sa voiture, prit sa veste et y pénétra.

Cet endroit avait laissé le pire sentiment de toute sa vie à Ethan, et il se sentait encore oppressé à venir ici. Rien dans sa tête ne se passait comme cette scène se déroulait aujourd’hui, pas les mêmes habits, pas le même jour. Toujours ses pas sur les gravillons, il imaginait encore tous ceux qu’il y avait ce jour-là, tous ceux qui était venu pour elle, tous ceux qui ont essayé de le réconforter, tous ceux qui ont pensé qu’il arriverait à se raccrocher.

« Ça fait tellement longtemps… »

Il s’arrêta devant la tombe Mélissa, les larmes revenaient petit à petit, impossibles à retenir.

« Je suis désolé de n’être jamais revenu… J’ai jamais réussi. »

Dans sa vie, il n’y avait jamais eu de personnes à qui il s’était attaché autant qu’à elle, il n’y avait jamais eu de personne qu’il avait aimée comme elle.

« Par quoi je commence ? Je suis reparti d’ici après que tu nous aies quittés, je pouvais pas me dire que j’arriverai à vivre dans cette ville après ton départ. Je me suis installé à côté de Mende, j’ai trouvé un travail dans le ferroviaire. Tu dois te demander si j’ai réussi à te remplacer. J’avais réussi à passer au-dessus de ton départ, à trouver une autre fille, qui est partie elle aussi. J’ai eu l’impression que j’étais voué à ça, laisser partir toutes les personnes que j’ai aimées… »

John venait de rejoindre son ami, qu’il n’avait jamais vu comme ça, qu’il n’avait jamais vu devant la tombe de Mélissa. Ethan se retourna vers lui, avec un sourire qui ne faisait que retenir ses larmes.

« J’ai remplacé toutes les personnes qui m’entouraient par John, même toi.

– J’avais presque oublié cette partie de ta vie, fit John. Je suis arrivé après faut se le dire. »

John pris la seule photo avec Ethan qu’il y avait sur la tombe, une vieille photo prise avec Mélissa et Flora, quelques jours avait qu’ils ne s’embrassent pour la première fois.

« Derrière la photo, il y a un texte qui s’appelle “The Pact”. Un texte qui nous faisait promettre tous les trois de ne jamais se laisser arrêter par qui que ce soit, par quoi que ce soit. »

John sortit la photo du cadre, pour lire le message. Puis il arriva sur un texte qui avait été écrit plus tard. Le léger sourire qu’il avait s’effaça. Qu’est-ce qu’il avait pu lire ?

« Mais aujourd’hui, tu as Hortense, lui fit John.

– J’ai rencontré une fille au travail, elle s’appelle Hortense. Elle te ressemble quelque peu, étrangement. Je m’entends vraiment bien avec elle. Elle a des tas de choses qui me rappellent toi, et qui me rassure. »

Ils restèrent quelques minutes de plus, silencieux. La pluie fit son retour, les forçant presque à retourner à la voiture.

« Ça va ? lui demanda John.

– Ouais, c’était étrange, mais j’en avais besoin.

– Bon, kébab ou Bowling ?

– Kébab en premier mon gars. »

I always felt that you won’t understand, so I bled out quietly
The medicine held my hand and made me feel like I can stand up
The toll it’s taking on my chest now
Bridges burning and chances left out
List of things that I regret now
Build up this resentment

The longer I stay numb, the longer I don’t have to think much
Never have to think about my father and how he walked out on us
How I barely know my mother, for that I’m ashamed
Afraid of what they think of me, so I stay away

You keep your hopes up that I can change
Well, I stay honest, you do the same
I’ll keep my purpose, you keep your faith
That we can get through this, these tougher days

Listen, let’s make a pact right here, right now
Let’s make a pact right here, right now
-- Slaves | The Pact --

Les trois compères avaient une étrange tradition à l’époque où Ethan était à Clermont. C’était le kébab et le ciné. Après ça, lorsqu’il est parti, ils ont rajouté ces séances au bowling. Alors ce soir-là, ils avaient prévu le kébab puis le bowling.

« Ça fait tellement longtemps qu’on est pas venu, fit Ethan.

– Ouais, mais t’es toujours aussi nul, lui fit John.

– Observez ! »

Le troisième, c’était Alex, le mec le plus je-m’en-foutiste de la Terre. Mais très radin.

« Je suis sûr que ce qu’on manque c’est le saut de cabri, fit Ethan. »

Ethan tira, sans le talent d’Alex évidemment. Mais avec un talent certain.

– Mais mec ! Regarde-moi ça ! Tu tires au pif et tu fais un strike, c’est une blague, s’exclama John.

– Le skill niggerman, répliqua Ethan.

– Contente de le savoir 😊, lui fit Hortense par Messenger.

– On est passé voir la tombe de Mélissa avant d’aller manger

– Et alors, ça va ? T’es pas trop déboussolé ?

– C’est à ton tour Ethan.

– Ouais, pour ma deuxième boule, reprit Ethan. »

Ethan était loin d’être excellent, encore plus depuis le jour où son pouce à commencé à prendre cette rigidité qu’il avait au niveau des doigts et du poignet, à cause du bowling. Mais ça lui arrivait tout de même de faire quelque lancés plutôt probants.

« Toujours Hortense qui t’agresse ? demanda John.

– Évidemment, répliqua Ethan.

– Ouais, ça va, ça m’a fait du bien. Et toi ? Ça va pas être trop dur un weekend sans moi ? 😂

– Tu plaisante ? Je m’ennuie déjà 😥

– Pauvre choupette

– Et encore un strike, fit John, mais quel bâtard !

– Trop de talent, répliqua Alex.

– Attends, je te fais une démo. »

John non plus n’était pas vraiment excellent, il faisait des tirs plutôt pas mal, mais soit très bon, soit très mauvais. Et au final, il s’en sortait toujours avec son dos qui lui faisait mal. À son grand désarroi. John fit un spare, en tapant un strike à sa deuxième boule. Ethan, reprit son tour, fit un spare lui aussi.

« Lâche ton téléphone, lui fit John.

– Le jour où elle me tiendra la bite, répondit Ethan. »

Et là, je sens venir les gens me dire : oh là-là, Ethan n’a jamais été aussi vulgaire ! Eh bien, comme il a souvent été souligné, Ethan a quelque peu changé. Alors oui, il y a certaines faces de sa personne qu’il n’a jamais dévoilées avant, d’autres qui se sont créés par la force des choses. Ce comportement est devenu encore plus présent depuis John. Non pas que cela soit sa faute, Ethan n’a jamais laissé l’impression de s’en plaindre.

« Mon ex, essai de revenir 😶

– Ah merde, il est si casse couille que ça ? demanda Ethan.

– J’ai pas envie de lui parler 😭 Tu veux pas revenir ? Pour me réconforter ?

– Ahah, j’aimerai bien, mais ça me fait du bien d’être avec mes potes 😊

😥

– Promis je rentre vite. »

Comme d’habitude, les deux meilleurs amis se firent écraser par le saut de cabri. Peu importe, aucun des deux n’était là que pour gagner, seulement pour passer un bon moment. Et c’est ce qu’il se passait, pendant les parties, entre les bières qu’ils commandaient à la suite. Mais Ethan avait toujours ces moments d’absence, moments qu’il avait quand il n’était pas en bonne santé mentale et qu’il sortait pour se changer les idées. Mais ils n’ont pas la même signification aujourd’hui.

« T’es amoureux mon gars, lui fit John.

– Évidemment, que je suis amoureux, cette fille est tellement géniale, lui fit Ethan.

– Alors qu’est-ce que tu attends pour lui dire ? Ou l’embrasser ?

– Qu’elle ait confiance. Qu’elle n’ait pas l’impression d’être amoureuse de moi et que moi non. Alors je passe du temps avec elle, je lui montre que je l’apprécie, un peu plus que ça d’ailleurs.

– Elle a déjà essayé de t’embrasser tu m’avais dit ? demanda John.

– C’est quand vous voulez les connards, nous fit Alex après son tir.

– Tu aurais dû la faire venir avec toi, lui dit John.

– Et tu l’aurais fait dormir où ? Grand con, s’exclama Ethan.

– Sur le canapé avec toi, répondit-il après son tir. »

Ethan s’imagina une étrange situation, qui ne lui aurait certainement pas déplu, mais qui aurait certainement mis mal à l’aise Hortense aussitôt. Arriva ensuite l’éternel moment, Ethan et John, chez les parents de ce dernier. Cela donnait toujours des moments très intéressants, intrigants. Des discussions qui ne voulaient rien dire, ou qui dévoilaient tout ce qui existait des deux meilleurs amis.

« Pourquoi tu t’es attaché à elle ?

– Si tu pouvais développer, peut-être que je pourrais arriver à te suivre, répondit Ethan.

– T’as parlé avec des tas de filles, t’en as vu quelques-unes. Pourquoi une de tes collègues de taf, qui arrive comme une fleur t’intrigue plus que les autres ?

– Parce qu’on m’a dit de la kidnapper, répliqua Ethan se tournant vers son ami.

– Oui, mais… arrête d’être con !

– Difficile ça, tu le sais, reprit Ethan.

– Qu’est-ce que tu lui trouves ?

– Elle me rappelle Mélissa. En presque tous les points. Elle est belle, intrigante, amusante. Elle est instable, elle manque de confiance en elle. Elle joue d’un charme absolu qu’elle ne voit pas elle-même. Elle joue de tout ce qu’elle a pour elle sans voir qu’elle peut être la bombasse qui fait retourner tous les mecs dans la rue.

– Et tu veux étendre ton étreinte sombre et monstrueuse pour que le jour où elle s’en rend compte, tu l’aies d’enfermée dans ta cave ?

– T’es pire que Cédric mon gars !

– Je m’entends pas parler, je crois, répondit-il en riant.

– Elle pense que rien ne peut changer ce qu’elle pense d’elle. J’essaie de lui montrer qu’avec quelqu’un qui a battu ses aprioris, elle peut voir tout ce qu’elle a pour elle.

– Genre son joli petit cul !

– Ou ses fossettes, ses superbes yeux bleus. Ou sa putain de pair de boobs !

– Ben, voilà ! J’attendais que tu m’en parles ! s’exclama John.

– Mais j’ai du mal, j’ai du mal à parler de cette manière d’elle.

– Parce que tu es amoureux !

– Ouais, faut croire.

– Je me suis demandé si un jour ça t’arriverait à nouveau.

– Tu veux dire après Mélissa et Clara ?

– J’avais l’impression que tu t’étais enfermé, mais Hortense a réussi à prouver le contraire !

– Maintenant, c’est à moi de lui montrer qu’elle a raison de vouloir être prétendante.

– T’inquiètes, t’es déjà en bonne voie, lui répondit John. »

Avant de se coucher, Hortense lui envoya un message :

« Tu veux pas m’envoyer une chanson, un truc qui me fera penser à toi ? 😊

– Eden, love; not wrong

– Merci ! Bonne nuit 😘

– Bonne nuit ma belle 😊 »

And I know I’ve been closing myself off, unsure
I know I’ve been real hard to reach, harder to love
And I know it’s tiring, this shit is getting old

But please, just hold on to me
I’ve slayed these demons, they’re old to me
Recurring dreams, this is happening
Tearing my seams; lucid reality

And I just want you to feel love (love!)
Before it disappears (not!)
’Cause we are more than we’re not (wrong!)
So never fear to feel (brave!)
Good when everything’s wrong (love!)
And find some beauty there (not!)
’Cause all we ever are is brave (brave!)
And your world’s not ending, ooh

So, I won’t go
I’m still living in the middle of a one-way war
I can’t fight it but I’m trying to be what you want, yeah
You can’t sing but you’re singing this anyway
And anyway, so please just hold on to me
This is no end, we’re not finished here
Finding our way, we’re just changing
Becoming more than I think of me, yeah
These fears in my head, dreams in my bed
They won’t get the best of me, yeah
’Cause I chase dreams ’till the end
These nightmares all bend, Silver linings are all I need
-- EDEN | love; not wrong (brave) --

Chapitre 10 : Of a King who ran away.

« Tu crois qu’elle porte des push-ups ? »

Hortense et Ethan sortaient de l’atelier pour aller manger. La demoiselle posa la question à son collègue. Question qu’il trouva quelque peu étrange, et qui le fit rire.

« De qui est-ce que tu parles ? demanda Ethan.

– De Ludivine.

– Mon Dieu, dit-il en riant.

– Mais quoi ? J’imagine bien que j’ai pas la même poitrine qu’elle, mais quand même.

– Il y a grandement moyen oui. »

Cela faisait trois semaines que Hortense et Ethan travaillaient ensemble sur le projet. À cette époque-là, il commençait à faire trop froid pour manger dehors alors, ils mangeaient dans un Algeco en face de l’atelier.

Mardi 30 octobre 2018.

Lionel, Cédric, Dimitri, Guillaume et le frère d’Ethan mangeaient sur les tables du fond, quant aux deux intéressés, ils mangeaient sur la table juste avant, là où s’installait l’ancien chef.

« Tu crois que ça m’irait bien le push-up ? »

Lionel se mit à rire, et ses collègues aussi. Ce n’est pas comme s’ils entendaient tout, pour ne pas dire qu’ils écoutaient tout.

« Ça va ? Pour une fille qui n’a pas confiance en son corps, je te trouve plutôt ouverte avec moi.

– C’est juste que…

– Ça a un certain charme c’est vrai. Mais tu peux pas te permettre de porter ça avec tous tes habits, répondit Ethan. Je ne suis pas certain que ça irait à tout le monde non plus.

– Tu crois ?

– Tu vois, supposons que Ludivine en porte bien. En général, elle porte toujours quelque chose qui va avec.

– Même si elle en a pas besoin, dit-elle.

– Je pense pas qu’elle en ait vraiment besoin. C’est plutôt pour compenser quelque chose.

– Compenser quelque chose… fit Lionel.

– À quoi tu penses ? demanda Hortense.

– À travailler avec elle depuis quelque temps, c’est certainement pas la fille la plus intelligente de l’atelier. Même si elle sait se montrer maligne, très maligne d’ailleurs. Je pense qu’elle en a conscience et qu’elle compense par son physique.

– Comment ça maligne ?

– Elle joue des choses. Elle essaie de tricher sur les choses que tu lui demandes, de plaisanter pour obtenir ce qu’elle veut. Elle a certaines mimiques, certains mots qui font qu’elle essaie de tourner les choses en sa faveur. Quand tu la connais pas, tu te fais facilement avoir.

– Cela n’empêche que tu n’as pas répondu à ma question, dit-elle.

– Je pense que ça t’irait bien, lui dit-il finalement.

– Tu veux un café ?

– Je veux bien.

– Je vais les chercher, je t’attends dehors.

– Tu m’étonnes que ça lui ira bien, fit Guillaume une fois qu’elle était dehors.

– Tais-toi Guillaume. Si tu voulais pas que ça se passe, fallait tout faire pour garder Julie.

– On a essayé, mais apparemment on ne juge pas qu’au physique ici.

– Laisse-moi rire ! »

Dans toute cette histoire, j’ai omis un détail. Ethan stipule qu’il a arrêté les sites de rencontres, mais ce n’est pas totalement vrai. Il a gardé ses comptes, et ses applications. Il ignore juste toutes les notifications. Puis il arriva ce jour, encore un rendez-vous avec la jolie demoiselle qui laissait paraitre des taches de rousseur parfois. Elle lui avait pris son téléphone pour aller sur internet, parce que le sien n’avait plus de batterie.

Jeudi 8 novembre 2018.

« T’es toujours sur les sites de rencontre ? lui demanda-t-elle. »

Cette phrase résonna comme sa petite amie qui lui faisait une mauvaise remarque, et pour elle comme une question bizarre à son copain. Ils se considéraient ensemble, sans vraiment l’être, et surtout, chacun de son côté. Ça avait quelque peu gêné Ethan, mais au fond il n’en avait plus rien à faire. Il pencha sa tête en arrière, puis lui répondit.

« Ouais, j’ai jamais désinstallé les applis. C’est autant de la flemme que de me dire que peut-être un jour ça me servira.

– Il y a des personnes qui se sont intéressées à toi récemment ? demanda-t-elle.

– Très peu, répondit-il, la dernière était un peu, comment dire. Perdue.

– Perdue ? J’ai le droit de savoir ? Ou c’est trop indiscret ? demanda-t-elle timidement.

– J’ai croisé une fille qui m’appréciait, que j’ai commencé à apprendre à connaitre. Tu sais, quand on arrive à ce genre de moment, tu discutes, l’un avec l’autre. Quand ça marche bien et qu’il y’a de l’intérêt, ça discute dans les deux sens.

– Puis c’est devenu à sens unique.

– Elle m’a donné l’impression qu’elle en avait rien à battre, à prendre beaucoup de temps pour me répondre. Ou à ne pas répondre à des questions tout ce qu’il y a de plus basique.

– Et ça t’a gonflé, dit-elle en riant.

– Presque. On devait se voir, puis ça s’est annulé parce que le temps était bien merdique. C’était juste avant que je parte au Maroc. Quoi ? dit-il, exaspéré.

– Ça me fait rire, répondit-elle.

– Et elle n’a pas vraiment fait d’effort pour que l’on continue à se parler ni qu’on se voit.

– Alors tu l’as laissée.

– Exactement, répondit-il.

– Et moi ? J’en fais assez des efforts ? »

Hortense se plaça devant Ethan, se rapprochant de son visage en montant sur ses chaussures de sécurité.

« Tu serais monté sur mes pompes en cuir, je te jure que je t’aurais tué !

– J’en doute pas ! répliqua-t-elle avec un grand sourire. »

Il y avait encore cette attraction étrange, mais qui devint autre chose cette fois-ci.

Personnellement, j’ai toujours narré en externe, presque omniscient sur les pensées d’Ethan quelques fois. J’en venais plus à être un narrateur qui connait parfaitement son personnage et qui se présente toujours à côté de lui pour interpréter ses réactions. Mais, si cette fois, on changeait tout ? Même à changer de narrateur ?

Altar n°2 : In the eyes

« Je ne suis pas certaine que tout ceci soit normal. C’est vrai, je l’adore, j’ai l’impression qu’il me montre qu’il m’apprécie vraiment, mais j’y crois pas.

– Parce que tu es bête, lui répondit-elle.

– Je suis en train de tomber amoureuse de lui… reprit Hortense.

– C’est une blague ? Toi amoureuse ? demanda Raphaëlle.

– Ouais ! Même moi j’y crois pas.

– Pourtant ça l’est ! »

Je me suis souvenu de cette conversation que j’ai eu avec Raphaëlle, lorsque je suis monté sur ses chaussures de sécurité. J’avais qu’une seule envie, l’embrasser. Mais pourquoi à chaque fois j’hésite ? J’ai l’impression que mon cerveau laisse trop de place à ce manque de confiance, ou à la réflexion…

Mais je ne l’ai pas embrassé, je suis gênée et j’ai tourné mon regard, posant ma tête sur ses épaules. Je me sens nulle. Quelques secondes après, il glissa sa main dans mon dos, elle était glacée ! J’ai relevé ma tête vers lui. J’étais étrangement près de son visage, avec toujours cette envie mordante de l’embrasser, mais cette peur de pas le faire au bon moment me bloquait tellement. J’adorais son sourire, j’adorais la manière qu’il avait de me regarder. Il m’avait parlé de Mélissa, de l’attache qu’il avait, de l’attention qu’il lui portait. Vous pensez que tout ce qu’il me montre, c’est aussi prenant, aussi vrai que ce qu’il avait avec elle ? J’aimerais tellement. J’aimerais tellement que ça soit réciproque. Mais j’arrive pas à y croire, j’arrive jamais à y croire.

J’ai envie de briser l’étrange chose cryptée qu’il y a entre nous, découvrir qui il est, si je suis quelqu’un de bien. En même temps, n’est-ce pas plus intrigant de pas savoir ce qui nous lie ? De ne pas comprendre pourquoi en si peu de temps, en ses quelques regards, ses longs sourires qui deviennent souvent gênés pour moi. N’est-ce pas mieux de nous laisser porter par ses moments ?

Vous vous demandez pourquoi j’ai autant de réserve ? Pourquoi j’ai si peu confiance ? Je ne suis pas prête à en parler, même pas à Ethan…

Chapitre 11 : Under the Skin

Le chef d’Ethan avait eu une merveilleuse idée pour tester les nouvelles armoires Lint, et ne pas couper le test et les sorties de la semaine. Faire des nuits.

« T’es sérieux là ? s’exclama Ethan.

– C’est la meilleure des solutions Ethan, et tu le sais, lui dit Loic.

– Et si le programme est merdique, faut que je me fasse aussi programmateur.

– Tu auras un méthode test avec toi.

– Tu m’imposes ?

– Non, mais je pense qu’il serait mieux que tu aies la personne qui a fait le programme. Tu l’as aidé en plus, je crois ?

– Tu crois bien, répliqua Ethan agacé.

– Et bien, voilà. On va essayer de te brancher l’armoire pour que demain soir, tu n’aies qu’à la tester.

– OK. On fait comme ça. »

Nous sommes le lendemain. Incroyable les ellipses non ?

Mercredi 21 novembre 2018.

Ethan arrivait déjà à vingt-deux heures, quelques minutes avant l’heure à laquelle il était prévu. Puis la demoiselle vint la rejoindre.

« C’est quand même vachement dur de se lever si tard, dit-elle.

– Dis pas bonjour surtout, répondit-il.

– Bonsoir, cher collègue, dit-elle pointant son nez. J’arrive. »

Elle s’en alla vers son bureau, Ethan lâcha son ordinateur pour se déplacer et regarder la demoiselle s’en aller. Il avait aperçu le pantalon qu’elle portait. Un legging dégradé, bleu sur les fesses qui devenait rouge aux chevilles. Ça l’avait quelque peu, perturbé.

« Qu’est-ce qu’il y a ? lui demanda Hortense.

– C’est la première fois que tu viens au boulot en legging, je crois.

– T’en as pas marre de mater mes fesses ?

– Euh, je pense que le jour où j’en aurais marre, j’arrêterai de te proposer des kébabs.

– C’est une invitation ?

– C’est possible, répondit-il

– Tu passes me chercher demain ?

– Tu pourrais pas venir me chercher pour une fois ?

– Tu veux vraiment qu’on se traine dans ma deux six ?

– Petite vénale.

– Non ! s’exclama-t-elle. Seulement avec toi.

– Je m’en fiche de la voiture que tu as perso.

– Par contre, tu te fiches pas de ce avec quoi toi tu roules.

– J’ai des principes, répondit-il légèrement hautain.

– Des principes ? Tu trouves que c’est un bon principe que de me regarder tout le temps les fesses ?

– C’est quelque peu incontrôlé. »

Ethan se retourna vers son ordinateur. Le petit plaisir qu’ils avaient dans leur atelier, c’est les chaises de bureaux ou tabourets à roulettes. Chacun trouvait toujours des situations amusantes à créer avec.

« Tu regardes toutes les filles ? Ou c’est que moi ?

– Je trouve que je te regarde beaucoup, mais je regarde les autres aussi.

– Ça fait tout de suite un peu moins voyeur, répondit-elle.

– Tu trouves ? Si je ne regardais que toi, tu te dirais que je m’intéresse à toi. Là, tu sais que je te regarde, mais je regarde aussi les autres. Tu peux hésiter sur le fait que je m’intéresse à toi.

– Je crois que tu te perds là, lui dit-elle.

– Faut dire que, mon intérêt pour les autres a toujours été faiblard. Mais c’est vrai que je regarde les filles. Je suis célibataire, j’essaie de m’intéresser à elles et pas perdre mon attrait. »

Il glissa un élément subtil dans sa phrase, qu’Hortense ne sut comprendre parce que ce n’était pas assez explicite. Après tout, c’était recherché.

Quelques heures plus tard, quelques cheveux en moins pour les deux collègues. On avait changé de journée.

Jeudi 22 novembre 2018.

Leur produit s’approchait de la fin, Ethan attaquait les phases où tout son test reposait sur sa mémoire du produit, pendant que la demoiselle avançait sur les prochains programmes.

« T’as toujours autant retourné les regards comme ça ?

– Qu’est-ce que tu racontes encore ? demanda Ethan.

– Depuis tout à l’heure, je me détourne de mon écran pour te regarder. J’sais que c’est un peu bizarre…

– Si effectivement je retournais les regards, crois-moi je ne le savais pas. Je ne suscite pas vraiment l’intérêt de la foule. J’ai toujours été effacé, celui qui ne fait chier personne. Jusqu’à ce que je trouve les bonnes personnes à intégrer à ma vie.

– À qui tu penses ?

– À John, entre autres. Ou Flora.

– Flora ? demanda-t-elle.

– Tu t’inquiètes pour ta place ?

– Quoi ? Non ! Je… C’est que tu ne m’as jamais parlé d’elle.

– Ça fait cinq ou six ans que je la connais. C’est ma meilleure amie, elle est lesbienne.

– Oh, ça fait un peu moins de concurrence, répondit-elle tout bas.

– Comment ça de la concurrence ?

– Je te demandais si tu détournais les regards. Parce que quand je passe dans l’atelier, avec toi ou seule, j’en vois des personnes qui se laissent intriguer par ta personne. Ou d’autres qui me jettent des regards jaloux parce que l’on passe beaucoup de temps ensemble.

– Et ça te pose un problème ? demanda Ethan.

– Je… Peut-être.

– Alors, j’ai une seule question pour toi. »

Il arrêta son test, s’appuya contre la porte de l’armoire qui se tenait entre lui et Hortense. Il tenait son clavier dans la main gauche, puis il tourna la tête, regardant la jeune femme.

« Dans tous les weekends que l’on passe ensemble, quand aurais-je le temps d’en consacrer à une autre que toi ?

– Le soir après le travail, répondit-elle.

– Et mes chats ? Ils s’occupent d’eux tous seuls ?

– Tu as peut-être raison… »

Il était presque cinq heures du matin, l’heure à laquelle ils allaient finir. Ethan lança le dernier test de son armoire, se rapprocha de sa collègue.

« Crois-moi si tu le souhaites, mais je n’ai pas le temps pour d’autres. Je ne passe pas de temps avec d’autres filles que toi. Un peu avec Flora, mais c’est compliqué de se séparer d’elle.

– Tu veux dire que malgré toutes celles qui te regardent…

– Tu es jalouse ? demanda-t-il. »

Il s’agenouilla, les bras posés sur la table, à côté d’elle.

« Naturellement un peu, de celles qui te suivent des yeux aussi.

– Qu’est-ce que je peux faire pour te faire oublier ça ?

– Propose-moi quelque chose que je n’attends pas.

– Viens passer le Nouvel An avec moi, répliqua-t-il.

– J’aurais adoré, mais j’ai promis à des amis que je le ferai avec eux.

– Alors tu continueras d’être jalouse. »

Le temps passait toujours, et Ethan passait des journées entières encore avec Hortense pour travailler les programmes.

Vendredi 7 décembre 2018.

« Tu fais craquer toutes les filles de la boite !

– Tu déconnes, j’en fais pas autant, répondit Ethan.

– Mais si, t’as tous les regards sur toi, tu n’y prêtes pas assez attention, c’est tout.

– Elle a raison, lui fit Ludivine.

– Et pourtant. »

Il y avait comme une part de vrai dans ce que lui disait sa collègue, pour ne pas dire qu’il y avait une part d’intérêt de sa collègue pour le personnage.

« Qu’est-ce qui te fait dire ça ? demanda Ethan.

– Regarde. Tu donnes de l’intérêt à une personne et toutes les autres se demandent ce que tu fais avec elle. Surtout que notre conversation s’éternise.

– Et après on se demande pourquoi tout le monde pense que je drague en permanence toutes les filles. C’est de ta faute en fait, lui fit Ethan.

– C’est pas vraiment impossible. »

« Artonne.

– Ouais, pour m’en souvenir je pense à Hartung, fit Alex. »

Vous y croyez à celle-là ? Alex qui trouve une copine avant Ethan. Mais une vraie copine, pas juste une fille pour coucher avec.

Samedi 22 décembre 2018.

« Tu es sûr que c’est pas juste une vide couille ? demanda John.

– J’sais pas, j’pense pas, répliqua Alex.

– Comment ça tu penses pas ? Comment elle est ? Fine ? Ronde ?

– Fine.

– Ah ben voilà ! Du coup, c’est pas un vide couille. »

Ces hommes avaient une considération pour la race humaine qui laissait à désirer. Autant, Ethan avait perdu toute sa foi en l’humanité, et avait tendance à bâcher toutes les personnes à travers leurs actes. Autant, John avait juste tendance à n’avoir aucune pitié pour les gens, employant des termes très souvent violents pour catégoriser quelque chose qui peut être commun.

« Y’a comme un problème Ethan, non ? demanda Alex.

– Ouais, j’ai du mal à me faire à l’idée que t’as réussi à trouver une meuf avant moi, fit Ethan.

– Qu’est-ce que y’a mon gars ?

– Y’a que j’te voyais plus passer Grand Master sur Overwatch avant de te retrouver en couple.

– Tu me voyais acheter une putain d’agence et en faire des apparts ?

– Bien vu l’aveugle, répliqua Ethan. Ça vous tente un billard ?

– Allons-y. »

Ethan et John avaient déjà rejoint la table, Alex était parti aux toilettes. John attrapa sa cane pour casser, puis s’arrêta.

« Je sais que je vais casser l’ambiance, mais pourquoi tu as écrit “Tout est ma faute” derrière la photo sur la tombe de Mélissa ?

– Je t’ai déjà parlé de ce que j’écrivais.

– Sans jamais que j’en lise un morceau, fit John.

– Parce que t’es une feignasse. Ça a un rapport avec cette histoire. C’est compliqué.

– J’ai vraiment cassé l’ambiance, en plus des boules, dit John en riant. D’abord Alex et sa copine puis je te ramène à Mélissa.

– Ça va aller, répondit Ethan.

– Bouge-toi les fesses Hortense, qu’est-ce que tu attends pour lui écrire ?

– Ah, pile quand tu t’énerves ! s’exclama Ethan alors que son téléphone sonnait. »

Le jeune homme avait confié la garde de ses chatons à la demoiselle, qui avait réussi à en faire fuir un.

« Je crois qu’il ne m’aime pas 😭

– C’est normal, c’est mon chat 😂 lui fit Ethan.

– Mais il veut même plus sortir !

– Laisse-le, il finira bien par t’apprécier, rien qu’un peu 🤣

– T’es méchant 😭 moi je l’aime bien Olias.

– Rassure-toi, tout le monde est fou de lui, mais il n’aime pas grand monde. »

« Et l’autre feignasse qui passe trois ans aux chiottes.

– C’est parce qu’il a une copine ça, lui fit Ethan.

– J’vois pas le rapport.

– Moi non plus.

– Tu vas te taper une rousse c’est ça ? demanda Alex.

– Tu veux pas y rester encore plus longtemps ? demanda John.

– Y’avais quelqu’un de coincé dans ma lunette, fallait bien que j’y donne un coup de reins, euh de main.

– T’es sûr que t’as vu sa tête au moins ?

– J’ai surtout vu son cul ! »

Pendant leur longue discussion, Ethan avait tiré sa première boule, qu’il avait rentrée. Puis une deuxième, une troisième. Jusqu’à ce qu’il rate la quatrième.

« Elle est pas rousse. Elle est châtain, mais avec des taches de rousseur. Elle s’appelle Hortense, je te rappelle. Et je suis sûr qu’elle te haïrait Alex.

– Pourquoi ça ? s’étonna Alex.

– Pour ta balécouillance absolue.

– Elle n’est pas absolue, elle est normale. »

Chapitre 11.0 : Réflexion

C’est étrange, mais ce message a une importance pour moi. Je me suis souvent demandé pourquoi j’écrivais tout ça. Pourquoi je m’efforçais d’écrire des passages de ma vie, de les romancer quelquefois ? Mais surtout, d’y rajouter une immense romance, qui n’a rien à voir avec tout mon réel. J’écris, mais j’écris une romance et des relations amoureuses inexistantes. Tout ceci, toute cette histoire que je continue d’avancer avec Hortense et Ethan, ce n’est rien de ce que je vis, ou de ce que j’ai vécu au jour où j’écris ceci. Parce que j’ai créé Ethan à mon image. Aussi instable que moi, aussi timide que moi, aussi peu sûr de lui que je le suis. Je lui donne des airs de confiance, en espérant que si cette expérience m’arrive, je sois capable d’être aussi capable qu’Ethan. Mais ce n’est pour l’instant pas le cas, ni sa confiance, ni ses relations amoureuses. Elles sont… à oublier avec moi. J’ai toujours un étrange espoir, l’espoir que ça m’arrive. Mais j’ai l’impression que je vais finir par le perdre. Que tout ce que j’essaie, tout ce que j’entreprends ne finit que par se détruire lui-même. J’essaie parfois d’avancer vers les autres, mais c’est comme si lorsque je fais un effort, les gens me trouvent les meilleures solutions pour me convaincre que ça ne sert à rien, que je me bats dans le vide.

Mais après tout, est-ce que je ne passerai pas mon temps à me battre pour espérer quelque chose que les autres refusent de me donner ? Pourquoi devrais-je m’arracher pour eux ? Pourquoi devrais-je me prendre la tête pour tous ceux qui n’en ont rien à foutre du reste du monde ?

So, drag me through the mud again and crucify my name
Laugh at me right through your screen, how I should be ashamed
Take out all your pain on me like I’m the one to blame
I don’t mind, what’s the use?
It doesn’t matter if I win or lose
If I don’t belong here, then neither do you
It doesn’t matter if I make it through, I don’t mind

Chapitre 11.1 : La brulure

31 décembre 2018.

C’est bien évidemment un moment important pour tout le monde. Souvent, c’est un nouveau départ. Une remise à zéro. Mais là, il n’y avait pas grand-chose à effacer. L’année précédente, il y avait une heureuse surprise, et une personne qui n’a été bonne que pour foutre la merde dans la vie d’Ethan. Cette année, il y avait Hortense, mais elle était loin.

« Bah alors, tu m’avais vendu de la demoiselle à tes côtés, lui fit Alex.

– C’est ce qui arrive quand on prévoit un peu trop tard, répondit Ethan.

– T’inquiète, tu vas roxer des poneys, lui fit John.

– J’espère bien ouais. »

Il y avait un peu moins de monde que le précédent Nouvel An, mais plus de personnes à qui il tenait. Il y avait d’autres personnes importantes, comme son cuistot et sa copine, embauchés pour l’occasion.

« Bah alors Ethan ? Tu m’as l’air un peu déconnecté. »

Cela faisait quelque temps qu’Ethan n’avait pas vu Chloé, depuis sa séparation avec Céline.

« Je vous aime tous, mais, tu sais, j’ai l’impression qu’il manque quelqu’un.

– Et, tu sais à quoi elle ressemble cette personne ?

– Peu importe. Je pense que je saurais me contenter de Flora sans avoir Hortense.

– Tu t’es vraiment attaché à elle n’est-ce pas ?

– J’ai l’impression de voir des détails, des choses qui me font dire qu’elle a des sentiments pour moi.

– Mais tu as parfois du mal à y croire. Je ne sais pas comment est cette petite blonde. Je ne connais d’elle que des photos que ton meilleur ami m’a montrées.

– Tu commences à parler comme moi, lui fit Ethan.

– C’est possible. Mais je vois une chose. C’est comment tu es. Je me souviens du jeune homme qui venait de perdre Clara, son père, et presque la copine de son meilleur ami. Tu étais noir, imperçable. J’avais l’impression que tu avais tout perdu, mais tu ne lâchais pas pour autant. Rien ne t’a fait tomber, tu es toujours là, à frimer avec Flora qui drague tout ce qui bouge. À flirter avec ta jolie rousse aux taches de rousseur. Je suis persuadée que tout ce que tu as vu chez elle, tout est vrai. Peut-être même qu’elle a eu envie de t’embrasser, mais qu’elle est encore plus timide que toi. Si j’ai un conseil à te donner, c’est que si tu hésites encore, ne fait pas durer le suspense et test-là. Tu seras fixé. »

Les chatons se jetèrent sur la porte d’entrée, ayant aperçu une silhouette qui venait de monter les escaliers. Ethan se releva, se dirigea vers la porte. Quelques personnes se demandèrent ce qu’il partait faire, mais John leur dit de le laisser. Il passa la porte, referma derrière lui, puis la petite blonde vint se blottir contre lui, dans la même veste qu’elle portait la première fois, la première fois qu’elle l’a embrassé.

« J’espérais tellement plus que tu viendrais.

– Tu penses vraiment que j’aurais raté ça ? demanda Flora.

– J’aurais été déçu.

– Je te sens un peu perdu. Ça va ?

– Ouais, ça va. J’étais, déçu de passer ce moment sans Hortense. Mais je suis content que tu sois là. Surtout avec cette veste.

– Tu t’en souviens ?

– Si je m’en souviens ? Je me souviens de la jeune fille qui m’embrasse pour faire croire à ses parents que je suis son petit ami. De celle qui se pointe sur ses orteils pour atteindre mes lèvres.

– Moi je ne me souvenais pas de l’écrivain que j’avais embrassé… répondit-elle timidement, le regardant dans les yeux. Tu crois qu’ils vont m’en vouloir de t’embrasser tout de suite ?

– Je n’ai pas à excuser mes actes, encore moins face à eux. »

Alors, la jeune fille se leva à nouveau sur la pointe des pieds, malgré ses bottines à talons. Elle embrassa Ethan, comme elle l’avait déjà fait des dizaines de fois. D’aucuns se préoccupaient de ce que pensaient les fêtards à l’intérieur. Seuls John et Chloé savaient que cette situation était déjà arrivée, et qu’elle allait se reproduire encore.

« C’est toujours aussi bizarre, n’est-ce pas ? demanda-t-elle.

– C’est toujours aussi plaisant, répondit-il.

– C’est vrai. Tu sais que je me demande toujours ce que je serais si t’avais pas été là, si tu m’avais pas aidé.

– Regarde pas le passé et ce qu’il aurait dû t’offrir. Regarde toujours ce que tu as et ce que les autres essaient de t’offrir.

– Comme toi qui m’offres une bière ? demanda Flora.

– S’il n’y avait que des bières, j’aurais perdu mon talent d’hôte. Allez, rentre. »

La demoiselle lui emboita le pas, saluant toutes les personnes présentes, se présente à celles qu’elle ne connaissait pas. Alex jeta un regard amusé à Ethan une fois qu’il avait passé la porte.

« Ça va mieux ? lui demanda Chloé. »

Elle vint poser sa tête sur son épaule, avec un sourire rassuré.

« Oui, ça va mieux, répondit-il. »

Des bières, des verres plus tard, arriva le moment attendu, qu’Ethan passa dans les bras de sa petite blonde.

Il arriva un moment, ou tout devint simple et efficace. Quelques jours après le Nouvel An. Les deux amoureux l’avaient passé chacun de son côté, au grand désarroi de chacun bien évidemment. Mais il était déjà apparu une étrange relation, lorsque tout devint comme évident l’un pour l’autre. Si Hortense prenait pour acquise leur relation de couple, sans pour autant qu’elle ait mis en avant ses sentiments. Ethan savait jouer de tout ce qu’il voyait chez elle, ses maladresses dans ses sentiments, sa timidité si particulière qui en disait long depuis leur premier rendez-vous.

Vendredi 4 janvier 2019.

C’était un rendez-vous au McDo. Je crois que c’est le premier que je raconte, peut-être parce que c’est le premier qu’ils ont fait aussi.

« Pour la nouvelle année, tu n’aurais pas pu trouver mieux que le McDo ? demanda Ethan.

– Bah quoi ? J’en avais envie, répondit-elle avec le sourire.

– Ce qu’elle est pénible !

– Hey ! Tu sais que je t’entends !

– Je sais oui. Alors, comment tu as attaqué cette nouvelle année ?

– Sans toi, dit-elle. J’aurais préféré qu’on fasse ça ensemble.

– Pour ça, il aurait fallu qu’on se libère, l’un ou l’autre.

– Mais j’ai pas voulu… lui dit-elle.

– C’est pas grave, il y en aura d’autres des Nouvel An. »

Quelques minutes après, Hortense se leva pour aller jeter son plateau. Il n’y avait presque plus personne dans le restaurant, à part les serveurs. Elle s’en alla vers le parc pour les enfants. « Qu’est-ce qu’elle fait ? » s’est dit Ethan.

Altar n°3 : La collision

Quelquefois, il m’arrivait d’agir de manière très spontanée. Mais un peu trop imprévisible. Quand j’ai vu qu’il n’y avait presque personne dans le McDo, j’ai eu une vague envie d’aller me perdre dans le parc à jouet des enfants. Et c’est ce que j’ai fait. J’étais un peu grande pour ça, et bien au-delà de l’âge requis. Mais tant pis, j’avais envie de m’amuser. Dans le grand parc vitré, j’ai vu Ethan poser son plateau et me rejoindre.

« Qu’est-ce que tu es partie faire là-dedans ? demanda-t-il.

– J’avais envie de m’amuser, viens !

– Mon dieu. »

Il vint s’engouffrer à son tour dans les tunnels. Lui était bien plus grand que moi, c’était encore plus difficile. Il me rattrapa, un peu avant la piscine à balles, m’attrapa par la cheville pour m’empêcher d’avancer. Il se retrouva au-dessus de moi, dans une situation quelque peu suggestive. Ça a donné une situation très amusante, mais aussi très gênante pour moi.

« C’est ce que tu essayais de faire depuis le début, me dit-il doucement.

– Pas vraiment, répondis-je intimidée, mais c’est une situation plutôt amusante.

– Et tu voudrais en profiter ? »

Il rapprocha son visage du mien, prêt à m’embrasser. Mais il ne l’a pas fait, moi non plus d’ailleurs. Il trouva plus intelligent de me lancer dans la piscine, par je ne sais quel moyen. J’étais frustrée, parce que j’avais envie qu’il m’embrasse. Mais d’un autre côté, j’aurais jamais eu le courage de le faire, même à sa place.

« C’était très étrange comme moment, dis-je.

– Ça n’avait rien d’étrange, répondit-il. Ce n’est que ce que ton subconscient a pu imaginer lorsqu’il s’est dit : je vais aller dans le parc pour enfant. »

Il se jeta à son tour dans la piscine, puis vint me rejoindre.

« Je pense que j’ai raté quelque chose… lui dis-je

– Tu penses ? Ce n’est que ton avis, mais j’ai trouvé ça assez intéressant.

– Tu joues encore de moi !

– Et c’est toujours pas fini. Pas tant que j’aurais pas obtenu ce que je souhaite.

– Et qu’est-ce tu souhaites ?

– Peut-être la même chose que toi, dit-il me caressant le menton avec ses doigts. »

Puis il s’en alla, me disant qu’on allait se faire engueuler d’être là-dedans.

Cela faisait quelque temps qu’Ethan n’avait pas travaillé du soir, à ne pas savoir quand il devait partir à Paris, il restait tout le temps en journée. Il faisait une semaine de test, une semaine de visu, alternait avec le grand Lionel, bien assez souvent nommé ici.

Mercredi 27 mars 2019.

Au testeur, sur un produit qui partait dans un tramway à Bordeaux. Il faisait faire ses retouches à Céline, puisqu’elle intégrait le produit. Leur relation n’était jamais devenue bizarre, tout était resté cordial et amical entre eux.

« Tu te perds encore dans tes pensées ?

– Ça serait étonnant que ça change aujourd’hui, lui répondit-il.

– C’est moi qui te perturbe comme ça ? demanda-t-elle.

– Non. Pourquoi tu te sens visé d’ailleurs ?

– Je ne sais pas. Je suis un peu jalouse du temps que tu passes avec la nouvelle.

– Ça fait plus de six mois qu’elle est ici, fit Ethan.

– C’est possible.

– Cette petite blonde ne me laisse pas indifférent oui. Ça, c’est sûr. »

Hortense était dans l’atelier, à travailler avec Pierre sur les armoires Lint, c’était certainement le plus compétent sur ce produit-là.

Pierre c’est un des meilleurs amis du frère d’Ethan. Ça fait pas mal d’années qu’il travaille dans cette entreprise. C’est un hyperactif, mais quelqu’un d’adorable.

Ethan s’était perdu sur la demoiselle, toujours plus jolie, toujours plus séduisante. Elle portait un haut qui laissait voir ses épaules, je crois qu’il n’avait remarqué que ça aujourd’hui.

« Qu’est-ce que tu as prévu ce weekend ? demanda Céline.

– Je pars en weekend avec mon meilleur ami.

– Tu proposes pas un diner à ta petite blonde ?

– Je le fais tous les weekends avec elle, j’ai bien le droit de changer pour une fois, répondit-il.

– C’est toi qui vois. Tu prends le risque de te la faire voler.

– Voler ? Alors qu’elle serait jalouse de me voir avec toi ? Ou une autre fille d’ailleurs ?

– À ce point ? s’étonna sa collègue.

– C’est une étrange relation qu’on a tous les deux.

– Je suis contente pour toi.

– Pourquoi ça ? demanda-t-il.

– Parce que tu as trouvé quelqu’un qui t’apprécie, et que tu apprécies. Même après que je me suis foutu de toi.

– Tu t’es pas foutu de moi, tu devais juste prendre un autre chemin. Tu as simplement pas pris la façon la plus douce de le faire.

– Je trouve que tu prends ça avec beaucoup de recul, dit-elle souriante.

– Tu sais, je ne prends pas tout avec la colère. Seulement quand ça me tient à cœur.

– Tu m’aimais tant que ça ?

– Je m’attache très vite on va dire, dit-il quelque peu gêné.

– Et à elle ? Tu t’es vite attaché ?

– Tu plaisantes ? Elle est tombée dans mes bras bien plus vite que moi.

– Ouais, tu l’as droguée en fait ?

– C’est elle qui a apprécié le vin que mon serveur nous a choisi.

– Ton serveur, carrément !

– Ouais, j’ai des amis bien placés, répondit-il amusé.

– Du coup, tu l’as fait boire. Et elle est tombée raide dingue de toi ?

– C’est ça.

– Je te crois pas, reprit-elle sèchement.

– Je pense qu’elle m’appréciait déjà bien avant notre premier rendez-vous.

– Mais je retiens le fait que tu drogues les filles ! dit-elle alors qu’elle avait fini.

– Vas-t’en, vite ! Avant que je m’énerve. »

Il y a quelques fois les deux meilleurs amis n’en avaient rien à battre des autres. Je suis quelque peu vulgaire ? C’est possible, oui. J’ai quelques exemples, tous applicables ici. Ethan et John, encore retourné à Clermont pour leurs habitudes.

Vendredi 29 mars 2019.

Après la route, ils s’étaient dit, allez, Kebab ! Dans une originalité déconcertante n’est-ce pas ? Mais ce n’est pas cela qui m’intéresse. John avait une étrange habitude, quelques fois. Lorsqu’il était dans la voiture d’Ethan, dans le centre-ville, il ouvrait la fenêtre et criait sur les gens qui marchaient à côté.

« Oh toi là ! Ouais, c’est à toi que je cause !

– T’es pas sortable, s’exclama Ethan dépité.

– Personne ne t’as jamais demandé de me sortir ! reprit son ami.

– Si, toi monsieur le grand casse couille. »

Alors forcément, une fois les fenêtres de la Megane grandes ouvertes pour crier sur les passants. Les autres piétons se choquent des deux amis avec la musique à fond, et le caisson qui résonne dans toute la rue. Avec un Higher de Smash into Pieces qui criait entre tous les murs. Les deux affreux se garaient toujours plus loin que le kébab, parce qu’il n’y avait jamais de place devant. Les habitants des alentours les utilisaient toutes, ce qui est plutôt logique.

Il y avait plusieurs choses qui différenciaient les deux amis. Autant leur carrure, que leur style. On était au mois de mars, et il commençait déjà à faire assez chaud pour que plus personne ne porte de grosse veste d’hiver. Ethan avait repris son légendaire blouson en cuir. John, quant à lui, portait un long manteau noir, quelque chose de plus lourd et plus chaud que le blouson d’Ethan. Une autre chose les différenciait, la dégaine. John avec ses mains dans les poches de sa veste, Ethan avec les siennes dans les poches de son jean. Ça leur donnait deux apparences totalement différentes, l’un plus classique, l’autre plus je-m’en-foutiste. Ils allèrent se poser à leur table habituelle, après avoir commandé.

« Quand est-ce que tu lui fais le cul à ta petite blonde là ? demanda John.

– Quand je suis rentré de Bobigny »

Oui, il est difficile de trouver des moments où les deux ne parlent pas mal, ou ne sont pas vulgaires. Ça doit arriver seulement quand ils sont sérieux, ce qui est très rare.

« Tu veux lui rentrer dedans en Clio ? demanda John.

– J’ai du mal à la comparer à une Clio. Fais-moi au moins le plaisir de la qualifier de Megane, ou une Talisman. »

John éclata de rire, s’il avait voulu faire une blague avec le fait qu’il voulait coucher avec Hortense, et la voiture que le boulot lui laissait pour partir en déplacement. Ethan avait étrangement répondu en poursuivant l’allusion qui comparait son pénis à une voiture.

« Et je devrais me comparer à quoi moi alors ? demanda John encore en train de s’étouffer.

– Je sais pas, une Porsche Macan, répliqua Ethan. »

Il n’eut même pas le temps de reprendre son souffle, que John repartait dans un fou rire des plus violent.

« Je demanderai à Chloé si elle trouve que ça ressemble à une Macan.

– Tu dois bien le savoir, répondit Ethan.

– Bon, sérieusement…

– J’ai deux choix en revenant de Paris. Soit elle m’oublie pour un autre, genre son ex, ou un mec plus beau gosse que moi.

– Ça court partout dans les rues ce genre de merde ! s’exclama John. »

Ethan tourna son regard vers John, toujours plus dépité par les idioties qu’il pondait.

« Soit, la distance et le temps auront créé un manque chez elle, si elle est vraiment attachée à moi. C’est à double tranchant, mais ma boite me laisse pas le choix.

– Moi je crois que t’auras pas le temps de garer la bagnole qu’elle sera déjà rentré pour te tailler une pipe, lui fit John.

– Avec mon chef encore dans la voiture ?

– Bah ouais, toi qui aimes bien te taper des mecs.

– Je suis pas sûr qu’elle apprécie que notre première fois se fasse à trois, encore moins avec un mec.

– Elle est au courant au moins ?

– Que je me tapais des mecs ? Non pas encore.

– Tu comptes lui dire ? dit John qui avait déjà fini son kébab.

– Au pire moment ouais. Afin de savoir si elle s’en bas les couilles, ou si elle est vraiment folle de ma bite.

– Tu vois, toi aussi tu le dis !

– C’est évident mon gars. Je t’ai pas raconté. C’était lors du deuxième rendez-vous. Pour prendre mon numéro elle me sort un truc du genre “J’ai envie d’attraper quelque chose dans ton pantalon” elle était morte de rire, et mois très, très, enjoué.

– Tu m’étonnes. »

Encore un weekend, encore un bowling avec Alex. Le vendeur s’était planté dans la réception des tickets, et ne leur avait pas mis trois places gratuites, mais trois parties de trois places. Arriva la seconde partie que les trois idiots se dirent, et si on jouait avec le dinosaure.

Le dinosaure c’est le machin, je sais même pas comment qualifier ça. Le machin qui permet aux enfants de donner de la force à la boule, puisqu’il est en pente.

« Tu vas faire que de la merde, fit Ethan à Alex.

– Regarde le Talent.

– Je regarde. »

Alex posa sa boule sur le dinosaure, la laissa descendre pour qu’elle s’en aille dans la gouttière.

« T’aurais mieux fait de pas la lancer quoi, lui fit Ethan.

– Vas-y je teste aussi, fit John »

Il décala le jouet en plastique, lança sa boule et fit un strike.

« Tu vois c’est pas compliqué ! s’exclama-t-il se retournant face à Alex.

– T’as juste eu de la chatte, répliqua Alex. Tu veux essayer Ethan ?

– Avec ma chance légendaire ? Je fais une gouttière dans les deux cas. »

Dans un déni absolu de son talent, il prit sa boule, la lança et fit un strike aussi à son tour.

« Sans le dinosaure les enfants !

– Putain, il a réussi à être bon ! s’exclama John.

– J’y ai pas cru une seule seconde. C’est le pouvoir de la Clio mon gars.

– Une Clio Estate surtout ! reprit John »

Samedi 13 avril 2019.

Ethan et Hortense sortent ensemble, ou presque. Deuxième rencard au restaurant, Ethan passa chercher Hortense chez elle.

« Entre, lui dit-elle alors qu’il venait de sonner. Je suis prête dans dix minutes.

– D’accord, répondit-il. »

Il fit un petit tour de l’appartement, qu’il avait aperçu déjà vu une fois en venant chez elle, mais n’y restant pas, il n’a jamais vraiment regardé à quoi il ressemblait.

Il avait une étrange sensation de déjà vu, l’appartement avait une étrange ressemblance avec celui qu’il avait quand il habitait à Riom. Ces petits couloirs en pierre dans d’anciennes habitations, l’entrée avec la fenêtre qui donnait sur une petite cour entre les maisons. Puis la cuisine à gauche, le salon devant. À droite du salon, un microscopique couloir qui donnait sur la chambre, les toilettes et la salle de bain.

Il s’approcha de la chambre, aperçut la demoiselle avec une robe dos nu noire. Mais ce n’était pas la robe ou la beauté qu’il trouvait à la demoiselle qui la portait, mais quelque chose dans son dos.

« Oh ! Je, je ne t’avais pas entendu arriver…

– Je peux ? dit-il s’approchant d’elle. »

Elle se retourna, pour lui laisser voir ce qui se tenait sur son dos.

« Qu’est-ce qu’il t’est arrivé ? demanda Ethan.

– On en parlera quand on sera au resto si tu veux bien.

– D’accord. »

Cette chose l’intriguait, que lui était-elle arrivé pour qu’elle ait besoin de ces pièces d’acier sur le dos ?

Encore ce restaurant, comme si le jeune couple avait une histoire avec. Enfin, jeune couple…

« Mes parents sont morts… fit la jeune fille. »

Ils étaient installés sur une table à deux places, dans un coin de la salle près d’une fenêtre.

« Oh, je suis navré…

– Ça fait longtemps maintenant, presque dix ans.

– Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Si ce n’est pas trop indiscret, demanda David.

– On a eu un accident de voiture. Un conducteur ivre a coupé la route à notre voiture. Il a percuté l’avant du véhicule. Ma mère est morte sur le coup, mon père quelques jours après, il n’a pas réussi à survivre à ses blessures.

– Et toi ?

– J’étais gravement blessée moi aussi. Le siège sur lequel j’étais s’est déchiré, les barres qui tiennent l’assise ont transpercé mon dos, et ma colonne vertébrale. On m’a placé dans un coma artificiel pendant trois mois à peu près. Lorsque je me suis réveillée, j’avais pas ce que j’ai aujourd’hui dans le dos. J’étais dans un lit incliné, le dos, le torse et les bras dans une tunique moitié acier, moitié Kevlar.

– C’était il y a combien de temps ?

– J’avais dix ans, dit-elle. J’avais dix ans, je me retrouve dans une armure et on m’annonce que j’ai perdu mes deux parents.

– Je suppose que tu t’es demandé pourquoi toi non plus tu n’es pas morte avec eux ?

– À devoir supporter cette chose tout le temps ? J’avais envie de mourir, tous les jours. J’ai passé cinq ans avec ma tunique, à aller un jour par semaine à l’hôpital pour surveiller l’état de mon dos et du substitut de colonne que j’avais. Ça m’empêchait de vivre correctement, de m’habiller correctement. J’étais malheureuse, parce que ce n’était pas moi. Au bout de ces cinq années, le médecin qui m’avait aidé m’a parlé d’une chose. Une nouvelle prothèse qui remplacerait ma colonne, avec encore quelques contraintes en plus. Il m’a montré le prototype, en plus de la colonne il y avait une sorte de ceinture qui permettait le maintien du dos, en Kevlar. J’arrivais au lycée et je pouvais enfin, ou presque m’habiller comme je le souhaitais. Celle-là, je l’ai gardée jusqu’à septembre 2017. J’ai fait ma dernière opération, pour remplacer la ceinture par ce que je porte aujourd’hui. C’est une vraie prothèse de colonne vertébrale, avec juste ces dissipateurs hors de la peau.

– Et tu arrives à la supporter ?

– J’ai failli la rejeter. Elle me brulait les tissus, se déconnectait de mon système nerveux. J’ai passé quatre mois d’enfer, mais avant la fin de l’année, le médecin m’a installé un petit module tout en haut de la nuque, qui me permet de stabiliser l’implant. Maintenant, j’arrive à le supporter.

– Pourtant j’ai quand même l’impression que tu as un problème à le porter.

– Je sais que ça fait partie de moi, mais je ne l’aime pas, pour l’histoire que ça a, pour l’aspect disgracieux que ça a. Parce que je ne vois que ça sur moi, on ne voit que ça.

– Moi je ne trouve pas ça disgracieux, je trouve que tu le portes très bien. »

Elle se mit à rougir, un peu gênée.

« La maison vous offre le vin, fit le serveur, bonne soirée.

– Ça ne te dérange pas ? De penser que j’ai une partie de moi quelque peu machine ? demanda-t-elle.

– Tu sais, quand je suis entré dans la chambre, c’est pas vraiment les pièces de métal que tu as sur ton dos que j’ai remarqué, dit-il servant deux verres de vin. J’ai surtout vu la jolie demoiselle avec cette robe qui lui va si bien.

– Arrête…

– C’est pas moi qui suis venu me présenter à toi alors que j’étais en pause et parce que tu me plaisais.

– C’est vrai…

– Certes, tu fais partie des quelques personnes qui ont un support machine pour vivre. Mais faut arrêter les stéréotypes, sur “le transhumanisme détruira l’homme”. Tu peux pas détruire l’homme quand c’est l’homme lui-même qui crée ce qui nous change. Et je continue de dire que tu le portes très bien.

– Ça ne m’aidera pas vraiment à apprécier pour autant, répondit-elle.

– Ça t’aidera à te sentir mieux. Et si tu ne peux pas t’en séparer, fais-en un atout. Porte des vêtements qui le laissent apparent. Arbore des accessoires qui s’accordent avec. Rends le beau pour ceux qui trouvent ça beau.

– En gros, tu veux que je le mette en avant parce que toi ça te plait.

– Y’a un peu de ça ouais, répondit-il.

– Mais parle-moi un peu de toi, je connais le contrôleur, mais pas assez le bel homme qui se cache derrière.

– Ma vie n’a rien de vraiment très fascinant, répondit-il. »

On leur amenait le plateau de charcuterie, c’était l’entrée que le restaurant proposait à tout le monde, comme une petite signature.

« Tu dois bien avoir un détail à me raconter, quelque chose de bien particulier. Dans tout ce que tu ne m’as pas encore dit.

– Je suis gay, reprit-il alors qu’elle commençait à manger. »

Ses mots l’arrêtèrent net, qu’est-ce qui lui était passé par la tête ?

« Tu te fous de moi j’espère ? demanda-t-elle.

– Pas vraiment. Mais j’ai un problème avec ça, les mecs sont tous des connards.

– Je te le fais pas dire ! répliqua-t-elle. »

Elle se rendit compte que ce qu’elle venait de dire pouvait être un problème, elle n’avait aucune certitude qu’Ethan le prendrait bien.

« J’aurais peut-être pas du dire ça… dit-elle timidement

– Pourquoi ? Tu as peur de me faire fuir ?

– Non, je…

– Rassure-toi, il t’en faudra plus que ça. »

Ils continuèrent leur plateau, presque comme si cette scène se répétait, encore une fois.

« J’ai l’impression qu’il y a autre chose qui te dérange, n’est-ce pas ? demanda-t-il. »

Elle le regarda, son sourire restait caché, comme prostré. Elle essayait de lui cacher quelque chose, quelque chose d’un peu plus gros.

« Il y a deux choses…

– Dis-moi, répondit Ethan.

– Personne ne sait pour ma colonne, à part ma meilleure amie, ou mon oncle.

– Ton oncle ? La personne avec qui tu vivais ?

– Tu te doutais que ce n’était pas mon père ?

– Pas vraiment, répondit-il, même s’il y avait des choses assez étranges dans votre relation.

– Oui, c’est mon oncle, c’est avec lui que je vis depuis la mort de mes parents.

– Et la seconde ? demanda-t-il.

– Je n’ai pas envie que tu repartes… lui dit-elle après quelques secondes d’hésitation.

– Tu as peur que je te manque ?

– Tu vas me manquer… »

Il existait toujours ce lien, cette chose. Je disais qu’ils sortaient ensemble, parce qu’à les regarder l’un avec l’autre, tout y ressemble. Les deux très proches, toujours à faire rire l’autre, toujours à s’échanger des regards, des sourires, des petits mots quand ils sont au boulot. Et cette connexion, aucun n’en jouait de la même manière. Ethan profitait de voir ce qu’il se passait entre eux, de voir qu’il y avait enfin une personne avec laquelle il se sentait bien, presque aussi bien qu’avec Mélissa certainement. Il en profitait pour serrer ce lien, rendre ce qu’il y avait entre eux exceptionnel, au risque de faire beaucoup de dégâts à cause d’une séparation.

Souvenez-vous, Ethan part à Paris pour le travail, d’abord dans une première mission de deux semaines, puis d’autres d’une semaine.

« J’ai peur que Simon revienne…

– Quand je serai parti ? demanda Ethan.

– Oui… J’ai pas vraiment envie qu’il vienne casser ce qu’il se passe entre nous deux.

– Comment il peut savoir que je serais pas là ?

– Il sait toujours tout. Je ne lui ai jamais dit que j’avais un travail et il l’a su. Il a su que je trainais avec un garçon, que j’ai passé pas mal de temps avec lui. Et il m’a dit que si je sortais avec lui, il viendrait lui casser la gueule.

– Qu’il vienne. J’ai pas peur des petits cons comme lui.

– Comment tu sais que c’est toi le garçon ? demanda-t-elle amusée.

– Il y en a un autre ?

– Je te l’aurais dit s’il y en avait d’autres, répondit-elle.

– Et il ne sait pas pour ta colonne ?

– Non, je l’ai connu après mon opération, presque avant la fin des soucis que j’avais avec.

– Comment s’est passé votre rupture pour qu’il croie qu’il a encore main mise sur toi ?

– C’est moi qui l’ai quitté. Il est devenu très difficile à vivre, trop jaloux, trop compliqué. À ne jamais me laisser de liberté, à ne jamais comprendre pourquoi je me laissais aller, pourquoi j’étais quelquefois déprimée. Jamais il ne comprenait.

– Alors tu l’as quitté en te disant, j’ai envie de m’épanouir, mais il m’en empêche.

– C’est ça. Mais j’ai quand même pas envie que tu partes.

– Je reviendrai, et crois moi, ça sera encore mieux quand je serai de retour.

– Pourquoi tu dis ça ?

– Parce que je t’aurais manqué. On aura passé deux semaines loin l’un de l’autre. On s’appréciera encore plus.

– T’es en train d’essayer de me faire comprendre que tu penses que je suis amoureuse de toi ?

– Non, c’est comme ça que fonctionnent les liens entre les Hommes. Des personnes qui s’apprécient deviennent toujours plus proches quand elles se retrouvent.

– Un café messieurs-dames ?

– Volontiers, répondit Ethan. »

Ils se retrouvèrent à nouveau à la sortie du restaurant, une fois que la demoiselle avait payé.

« Je ne pouvais pas te laisser payer à chaque fois, lui dit-elle.

– Tout ça parce que tu es plus riche que moi ! C’est une blague ! dit-il en lui tendant son bras.

– Plus riche, j’en doute. Plus galant que les autres hommes par contre.

– Parce que je te tends mon bras, c’est ça ?

– C’est très agréable, moi j’aime beaucoup. Ça me fait penser à des choses.

– Quels genres de choses, lui demanda-t-il.

– Deux amoureux, dans les rues de Londres, au dix-neuvième. Toi avec une grande veste noire, un costume habillé, un haut de forme. Moi avec une robe d’époque, sans le corset, mais avec ce décolleté tellement plongeant que ça en serait indécent.

– Ça en serait indécent certes, mais ça ne pourrait pas déplaire à tous ceux qui poseraient leurs yeux sur toi.

– Tous ceux comme toi ?

– Tous ceux comme moi, répondit-il avec le sourire.

– J’espère que ça sera pas trop long, dit-elle posant sa tête sur l’épaule de son compagnon. »

Vous vous souvenez du style d’Ethan, cette impression chargée que donnait son style vestimentaire. La force du son de ses chaussures en cuir sur le bitume, résonnant comme cette fois-là. Mais si, souvenez-vous vous, le jour où il retrouva Mélissa, dans une joie incompréhensible et indescriptible. C’est un peu comme si toute cette histoire venait à se répéter. Cette fois, il se retrouvera au bras d’une blonde, presque rousse. Il commençait à ressentir l’attachement de la demoiselle pour lui devenir dingue. Demoiselle qui arborait un manteau blanc, avec une écharpe fine satinée.

« Tu es sûr que tu dois partir à Paris ? »

Ils venaient d’arriver sur le parking du Foirail. À quelques mètres de leurs voitures. La jeune fille se présenta à lui, sur ses talons qui lui rajoutaient quelque quatre centimètres. Il se rapprocha d’elle, la rendant toute timide, la prise dans ses bras.

« Promis, je reviens vite, lui dit-il.

– J’aimerais tellement pouvoir venir avec toi, je suis sûre que tout changerait si j’étais avec toi.

– Je t’y amènerai à Paris. On ira passer un moment tranquille tous les deux. »

Lundi 15 avril 2019.

Est-ce que vous y croyez à ça ? Un Lozérien à Paris ! C’est un carnet de voyage, ça fait beaucoup trop longtemps que je n’ai pas écrit…

Altar n°4 : Le carnet de bord

Premier jour

J’ai passé ma soirée avec Dimitri, dans son appart. Oui parce que, moi je suis dans un hôtel, plutôt chouette d’ailleurs, mais lui a pris un Airbnb. Par habitude de venir à Paris en mission.

« Je te propose qu’on commande Frichti, c’est une sorte de traiteur parisien qui livre comme un Uber Eats.

– Ouais, ça me tente bien, répondis-je à mon collègue. »

De son appartement, rue Manin, il avait une vue lointaine sur le sacré cœur et la tour Eiffel. C’était chouette, j’ai pris quelques photos avant que la bouffe arrive. On avait commandé des bières aussi, gros alcooliques que nous sommes. On a pris notre soirée pour manger, regarder un peu la télé. C’était sympa. Depuis quelque temps, j’avais enfin pris du temps pour ne rien faire, prendre soin de soi, rien n’avoir à faire chez soi. Ça m’avait manqué…

Deuxième jour

J’ai pas vraiment bien géré ma consommation d’alcool ce soir-là ! Je me suis réveillé le lendemain avec une gueule de bois à déterrer les morts. Il y a vraiment des fois où je me dis que je suis con, j’aurais pu éviter ça.

On est allé manger le midi avec Patrick. C’est le responsable du chantier qu’on effectuait pour la SNCF. Il venait de l’antenne qu’il y a dans le nord, non pas de celle d’où on venait. Dans une originalité déconcertante, on est allé manger MacDo, en discutant un peu de notre boite, comme à notre habitude d’ailleurs.

Ce détail à quelque chose d’amusant je trouve. Dans toutes les boites, tout le monde colporte des ragots, des infos sur les dirigeants ou sur des collègues. Des chantiers que prend l’entreprise, des affaires qu’elle a décidé de commencer. On y échappe pas, c’est comme si notre civilisation s’était attachée à ce mode de vie. Enfin.

Et notre chantier ? Comment ça notre chantier ? J’en ai jamais parlé ? Sérieusement ?

Oui, c’est vrai. Le Transilien, voilà sur quel train nous travaillons. Ma boite avait accepté un contrat d’amélioration de train, quatorze pour être précis. On a envoyé des employés de mon site pour faire le chantier, intégrer de nouveau faisceaux pour que Siemens, le fabricant du train puisse intégrer de nouveaux modules et de nouvelles fonctions. Et moi, petit contrôleur, mon travail consiste à vérifier le travail de mes collègues, s’assurer que Siemens n’a pas à redémonter le train pour le remettre en service. Voilà.

Troisième jour

Notre travail avait vraiment bien avancé, bien plus que les deux précédents jours. Alors, avec Dimitri, on s’est accordé d’aller faire les soldes dans les Halles. On y a passé une bonne heure et demie. On a un peu voyagé après ça pour rejoindre la cathédrale, qui était tombée ce lundi. Je ne l’avais jamais vu sans sa toiture, je n’étais jamais venu à Paris aussi. Mais c’est vrai que ça manquait de quelque chose, presque comme une partie de l’histoire. À cinq cents mètres de la zone protégée qui venait d’être créée autour de la grande Dame, un café restaurant, le Café Panis. Une petite terrasse avec ce superbe temps et ces décors plutôt magique.

Bon, d’accord. On peut critiquer beaucoup de choses à Paris, mais pas l’aspect de la ville, des bâtiments. Ce style du dix-huitième qui donnait un charme merveilleux à cette vieille ville devenue plus moderne que nos campagnes. On se croirait rêver.

Quatrième jour

Les pluies d’été. L’odeur que ça a, ce refroidissement du goudron que ça provoque. J’ai toujours trouvé que ça avait quelque chose de spécial, une odeur assez magique. Même si elle était assez malsaine en soi. Pourquoi le détail de la pluie ce jour-là ? Parce que j’ai été obligé d’attendre Dimitri, même de le réveiller, après vingt minutes à l’attendre. Encore une journée, encore du boulot. Le soir, on est parti dans une guinguette. Dimitri a pris un pichet de bière blanche, on l’a torché à deux. Aucune importance, je rentrais en métro ! C’est ce soir-là que j’ai commencé à me connecter à quelque chose de spécial…

Cinquième jour

On avait presque fait quarante heures en une semaine, j’en pouvais presque plus, je commençais à fondre d’épuisement. J’ai torché mon travail qu’à quinze heures au lieu de douze, tout ça parce qu’on s’était fait vandaliser la voiture. J’en avais marre du taf…

Sixième jour

J’avais laissé tout le monde de côté, trop pris par mon travail. J’ai oublié une personne importante pourtant, qui m’appela.

« Bah alors ? J’ai perdu de la valeur à des yeux ?

– Mais non princesse voyons, j’ai… dit-il, soupirant. Je me suis perdu dans mon boulot…

– J’en doute pas chaton, c’est juste que… Tu me manques…

– Attends. Tu viens vraiment de m’appeler chaton ?

– Oui, pourquoi ? Tu n’aimes pas ?

– Si, j’adore. Toi aussi, tu me manques, reprit-il quelques secondes plus tard.

– Le chaton c’est parce que tu m’as prise dans tes bras samedi dernier. J’ai bien aimé. Tu rentres quand ?

– Vendredi prochain. Tu veux qu’on se fasse un resto quand je rentre ?

– Si tu n’es pas trop fatigué ?

– Je tiendrai debout ne t’en fait pas. »

Septième jour

J’ai jamais réussi à écrire dans le grand public, il y avait toujours quelque chose qui venait me bloquer. Peut-être, je dévoilais trop mon histoire, j’écrivais trop intime et cela me gênait que les autres puissent un jour apprendre de ma vie, ou de ce que j’essayais de cacher à travers mes récits. Je ne sais pas trop. Cela étant, nous étions dimanche, je suis parti m’installer dans le parc de la butte Chaumont. Je n’ai pas compté le nombre de personnes passant devant moi, en courant, ou faisant leurs exercices. C’est assez dingue de se trouver dans une telle ville et de voir autant de personnes en train de faire du sport. Personnellement, je me suis installé sur un banc, avec une belle vue sur le parc. Et sur Paris. Je pense que je comprends certains auteurs, quand ils disent que la ville a quelque de magique, d’indescriptible. Je ne me prétendrai jamais à la hauteur de ceux qui ont merveilleusement bien utilisé la langue française pour parler de notre capitale. Je me mets juste à leur place, comprenant ce qu’ils trouvaient à cette ville. L’immensité du parc m’avait impressionné, de même que celle de la cité. Ça avait un côté grisant, comme lorsque je suis parti faire mes études à Clermont. Au moment de descendre de la plus haute place de la Butte, j’ai gêné des touristes japonais qui voulaient prendre une photo. Celle qui tenait le téléphone me fit comprendre que je devais prendre la photo, ce que j’ai fait. Dans mon anglais toujours aussi précis seulement quand il le faut, je leur ai capturé le moment, ensemble. C’était cinq femmes et j’espère leur avoir fait plaisir à leur avoir offert la possibilité d’être toutes présentes sur la prise. Pendant quelques instants, j’étais devenu parisien, alors que j’étais presque un simple touriste, comme elles. Je me sentais heureux, plus grisé qu’heureux. C’était l’excitation du nouveau, le fait que je me sentais bien, et que j’étais déconnecté de tout le reste. J’en ai négligé tout le reste, tout le monde. J’ai oublié ma vie pour profiter du moment que j’étais en train de m’offrir. Un moment qui devenait incomparable, un moment magique. Mais un moment qui ne durera pas. Plus je passais de temps dans cette ville, plus il s’installait cette magie, et un sentiment trop étrange pour le décrire. Il ressemblait à un vide, un manque. Presque, à un « je suis en train de rater quelque chose. » Ce qui n’était pas vraiment le cas, puisque mon déplacement n’était que temporaire. Mes chatons me manquaient. Hortense me manquait…

Ce qui rendait tout ceci vraiment particulier, c’était que je n’avais plus aucune responsabilité. Je dormais dans un hôtel, je mangeais tous les jours au moins au resto. C’était agréable de n’avoir rien à faire. Mais il me manquait quand même quelque chose. Le calme de ma campagne et le plaisir de conduire. Je prenais tous les jours le métro. Certes, c’était mieux que de conduire dans Paris, mais il me manquait ce plaisir de la voiture. Là où j’habite, tu ne fais rien sans voiture, tu restes enfermé chez toi.

Vous savez ce qui m’a rendu le plus fou à Paris ? Ce ne sont pas vraiment les gens irrespectueux, ou pas courtois. Parce que j’en ai pas trop croisé des deux en fait. Ce sont plutôt les mecs, peu importe qui, qui se grattent les couilles en public, en marchant, dans le métro. Bon d’accord c’est peut-être mon côté un peu gay qui parle, mais, à quel moment c’est putain de classe ou glamour ? J’ai envie de les buter… Et, pardonnez-moi, messieurs, mais apprenez à vous saper. Je dis pas que je suis le mieux habillé du monde, mais y’en a certain… Je me demande comment certaines femmes peuvent être attirées par ça. C’est un peu violent ce que je dis, mais je suis persuadé que je suis pas le seul à le penser.

Et si on allait se prendre un café ?

Huitième jour

Je dois vous avouer une chose, je suis vidé… Exténué.

« Il y a quelque chose qui pourrait te faire plaisir, mon chaton ? lui demanda Hortense au téléphone.

– J’aimerai tellement que tu sois avec moi, répondit-il.

– J’avoue j’aimerai bien être avec toi. Une jolie blonde, dans un hôtel, dans un lit qui n’est pas le tient, à Paris…

– Ça serait le rêve, répondit-il. Mais rassure-toi, je t’y amènerai à Paris. »


Pendant la nuit, elle m’avait envoyé une photo. C’est la première fois qu’elle m’envoyait une photo d’elle. Ça m’a fait plaisir. Le fait qu’elle prête attention à moi, parce qu’elle était tellement belle…

Neuvième jour

C’était le deuxième soir où je mangeais dans le resto au pied de mon hôtel. J’y ai éprouvé autant de plaisir que samedi. Autant par la qualité des plats, cher certes, mais qu’importe quand on ne paie pas le repas. Autant par le serveur, Claudius, toujours souriant, blagueur, agréable.

Douzième jour

Vous noterez qu’il manque deux jours, deux jours où j’étais beaucoup trop épuisé. À part vous dire que je rentrais du travail, m’affalais sur mon lit, et m’endormais presque aussitôt…

Nous sommes partis à neuf heures et demie ce vendredi, pour arriver chez moi vers quatre heures et quart. Je trouvais que je m’en sortais pas trop mal, pas trop fatigué. C’était déjà un bon début…

Vendredi 26 avril 2019.

Ethan arriva devant chez lui, avant de laisser la voiture à Loic pour qu’il rentre à son tour. Le jeune homme avait une petite blonde qui l’attendait, qui faisait jouer ses chats à travers la fenêtre.

« Tu n’es pas rentré ? demanda-t-il.

– Non, John bossait, j’ai pas pu lui récupérer les clés.

– Navré, lui répondit-il ouvrant la porte. »

Les chats devinrent dingues, c’est la première fois qu’il les laissait seuls aussi longtemps. Ethan, parti dans sa chambre, poser ses affaires et quitter l’attirail de sa boite. Il ressortit dans des habits un peu plus « normaux » et aperçus la demoiselle qui avait Orchidée sur ses genoux.

« Tu me voles mes chats maintenant ? s’étonna-t-il.

– Non, elle a sauté sur mes genoux quand je me suis assise. Et depuis elle s’est couchée.

– Une amie m’a dit un jour que là où se couche un chat, c’est la meilleure place qu’il puisse désirer à chaque fois.

– T’essaies de me dire qu’elle m’aime bien ? s’étonna-t-elle.

– Où qu’elle a senti que tu n’allais pas très bien, et elle vient absorber tout ce qui ne va pas. Tu m’embarques ? Je t’avoue que je ne me sens pas de conduire.

– Tu as vraiment envie de me voir conduire ? demanda-t-elle en riant.

– Je ne m’occuperai pas de ta conduite, je suis trop fatigué.

– Je vais faire un tour aux toilettes.

– Ça va ma princesse ? demanda-t-il à Orchidée la prenant dans ses bras. Tu penses que c’est le moment ? »

La petite aux poils longs se mit à ronronner, venant pointer son nez contre celui de son maitre.

Le Drakkar. Ce restaurant n’avait rien de spécial, le voisin d’Ethan y travaillait tous les vendredis. Ils se racontèrent ce qu’ils avaient fait de leur côté. Ethan et ses journées sans fin, Hortense et son boulot toujours aussi ennuyant sans celui qui se trouvait en face d’elle. Rien n’avait changé, les sourires échangés, les regards, Hortense qui joue avec les doigts d’Ethan quand il les pose sur la table. Rien n’avait changé, tout était aussi magique. Sortis du Drakkar, Hortense passa la porte la première pendant qu’Ethan payait le repas. Il sorti à son tour, souriant à demoiselle qui était devant lui.

« Viens-là, lui dit-il, lui tendant ses bras.

– Je me sens nulle, fit Hortense après s’être jetée dans ses bras.

– Pourquoi ça ?

– Depuis notre premier rencard, dit-elle posant son front sur son torse, j’ai envie de t’embrasser. Mais j’ose pas ! Tu te montres super gentil avec moi, super mignon. Mais malgré le fait que j’ai l’impression que je te plais, je n’arrive pas à croire que c’est réciproque.

– Tu as envie de m’embrasser ? s’étonna Ethan.

– Pourquoi tu ne m’embrasses pas ? demanda-t-elle levant la tête vers lui. Au moins, je serais certaine de ce que je pense.

– Je veux. Je veux que tu aies envie de m’embrasser si fort que tu ne me demanderas même pas la permission. »

Elle releva les yeux puis posa ses lèvres sur celles du jeune homme. Hortense fut surprise de l’élan de spontanéité que lui avait donné la phrase d’Ethan. Puis se laissa porter par le moment, oubliant tout ce qu’il venait de se passer, tout ce qu’elle venait de dire. Puis le moment se termina, les deux se souriaient, hébétés. Pourquoi ça leur a pris autant de temps ?

« Quelque chose comme ça, lui dit-elle toujours dans l’euphorie.

– Une jolie blonde, dans un hôtel, dans un lit qui n’est pas le tient…

– Reprends pas ce que je t’ai dit pour te faire rêver, répondit-elle en lui tapant l’épaule avec sa main.

– C’était tellement facile ! répliqua-t-il. Puis ça serait tellement bien…

– Tu crois que je réussirai ? Maintenant que tu as fait le plus difficile ?

– À toi d’essayer. »

Elle posa ses pieds entre les siens, s’élevant sur la pointe pour essayer de se mettre à sa hauteur, puis l’embrassa.

L’époque ne s’y prêtait pas, pourtant, quelque seconde après cet instant, les flocons se mirent à tomber. Quoi ? De la neige en avril ? C’est insensé ! Faut que l’auteur arrête de romancer l’histoire ! Eh bien, non, il y a bien eu de la neige en avril, ce n’est pas romancé.

« Tu veux qu’on rentre ? lui demanda la demoiselle.

– Je sais pas, on est pas mal sous la neige, répondit-il en souriant.

– Tu vas finir malade avec toute la fatigue que tu as accumulée chaton.

– Tu as raison. »

Ils retournèrent chez Ethan, les chatons dormaient déjà. Il rentra dans sa chambre, laissant sa compagne entrer à son tour.

« Tu veux dormir ici ? demanda-t-il.

– Je… Je sais pas.

– Tu peux, tu as le canapé avec les chatons. Tu as deux lits dans la chambre d’ami. Ou le mien.

– Le tient, ça a l’air une idée plutôt intéressante, dit-elle quelque peu gênée.

– Je te laisse la salle de bain dans cinq minutes. »

Ils échangèrent leur place dans la salle de bain, pour qu’Hortense puisse se démaquiller. Elle n’y resta pas vraiment longtemps, peut être cinq minutes, comme Ethan.

Altar n°5.1 : The real One

Il s’était déjà endormi, quand je suis sorti de sa salle de bain, il est déjà dans son lit, endormi. Moi qui voulais profiter du moment…

Quand il m’a dit que je pouvais dormir avec lui dans son lit, j’avoue que j’ai un peu paniqué. C’est pas un peu tôt pour déjà exploiter son lit ? D’un autre côté, c’est tentant…

La nuit passa, et la neige continuait.

Samedi 27 avril 2019.

Il n’était tombé que cinq centimètres, pas assez pour qu’elle tienne sur les routes longtemps, mais assez pour qu’elle blanchisse le paysage. Il arriva neuf heures, Ethan se leva à son habitude. Il aperçut la demoiselle qui s’était glissée dans son lit à son tour. Il en était amusé, comme s’il ne s’attendait pas à ce qu’elle accepte de dormir dans son lit. Il se leva, s’habilla et sortit de la chambre, attaqué comme tous les matins par ses chats qui hésitaient entre le coller pour des câlins ou pour la nourriture.

« Mon Dieu les chatons, vous m’avez manqué. »

Ethan s’attaqua à préparer son café, à la cafetière à piston, parce que ça faisait longtemps qu’il n’en avait pas fait de cette manière. Opale s’approcha de lui, monta sur levier pour réclamer de l’attention.

« Je t’ai tant manqué que ça ma belle ? »

Opale c’est la mère des chatons, une femelle Isabelle aux taches beige qui la rendait si spéciale. En fait, ce qui la rend si spéciale c’est son envie de s’exprimer en permanence, qu’elle avait quelque peu perdue depuis la stérilisation. Il la trouvait magnifique, surtout parce que c’était la première. Il avait accepté de la garder à cause d’une personne quelque peu particulière, qu’il ne côtoyait presque plus.

J’aurais bien choisi une photo pour illustrer la belle demoiselle, mais jamais il n’a réussi à prendre la photo parfaite de maman…

Comme tous les matins, le café, les gamelles des chats, la musique. Il était revenu de Paris avec une étrange envie d’écouter de la musique française. Il était en train de se servir son café alors qu’il entendit la porte, s’ouvrir, puis se refermer. Des petits pas de pieds nus sur le carrelage. La ruée des chatons sur la porte, tout ceci sur Au bord de l’eau de Gerald de Palmas. Cette animation avait amusé Ethan, qui attendit la demoiselle pour se retourner.

« J’ai passé tellement de temps, à faire mon intéressant. Qu’un soir je me suis perdu. Voilà ce que je vais faire, aller au bout de la Terre ! L’océan à perte de vue !

– Bonjour mademoiselle ! lui dit Ethan. »

Altar n°5.2 : The real One

Je suis arrivé dans son dos, en chantant les paroles. Les chats nous tournaient autour, me chatouillant les jambes avec leurs poils.

« Je crois que je t’aime, lui dis-je avant qu’il ne se retourne.

– Tu crois seulement ? »

Il m’embrassa, alors que je le tenais dans mes bras, et qu’il essayait tant bien que mal de tenir son café et me serrer contre lui.

« Tu veux quelque chose à boire ? demanda-t-il.

– Un café s’il te plait. »

Je suis parti m’installer sur la table à côté du bar, puis son chat roux est venu me voir. Et me coller.

« Il est beau ton roux, fis-je en caressant le chat.

– Il s’appelle Olgrim. Mais toi aussi, tu es plutôt jolie dans ma chemise.

– C’est pas de ma faute ! Elles sentent bon tes fringues.

– Ouais, t’es sûre que c’est pas juste une excuse pour te trimballer à moitié nue chez moi ?

– Ça te déplait ?

– Pas vraiment, me répondit-il s’installant en face de moi. Tu es vraiment belle, encore plus habillée comme ça.

– Je dois t’avouer que, au début je voulais pas dormir dans ton lit.

– Mais tu t’es dit, au pire, je pourrais profiter de la situation.

– Arrête ! Tu joues avec ma timidité ! m’exclamais-je.

– Je joue avec le fait qu’on s’aime princesse, pour rendre les moments plus amusants. Je préfère te faire rire que te voir t’effacer.

– Tu trouves que je m’efface ?

– Je vois qu’il y a des moments où tu flanches, ou tu n’es pas vraiment dans ton assiette. J’imagine que tout ce que tu as traversé te laisse toujours quelques moments de blancs.

– Alors t’essaies de me faire sourire en racontant des bêtises ?

– Je trouve que je m’en sors pas si mal, répliqua-t-il. »

Et il avait raison, il avait toujours les mots pour me faire rire, jouer avec ce que je lui donnais. Ça me rendait dingue, mais ça me rendait folle de lui aussi. Plus le temps passait, plus je me demandais quelle place je prenais chez lui. Je n’avais pas envie de remplacer Mélissa, mais j’avais l’impression que je l’aidais à oublier.

« J’en ai profité pour regarder tes tatouages…

– Ah ouais, t’es comme ça ? dit-il sirotant son café.

– J’avais jamais remarqué celui que tu avais sur l’épaule droite.

– C’est normal, je l’ai fait faire quand j’étais à Paris. C’est un phœnix. »

Un grand tatouage qui se dessinait sur son épaule et son dos. La queue descendait sur son dos, les deux ailes partaient sur son bras et dans son cou.

« Tu veux le revoir ? me demanda-t-il.

– T’es sûr que c’est pas une ruse pour te déshabiller devant moi ? demandais-je.

– Ça se peut ouais.

– J’avoue que je serais pas contre. »

Il descendit de sa chaise pour quitter son t-shirt et se tourner dos à moi. Olgrim essaya de lui griffer le dos, mais j’avais plus l’impression qu’il le caressait, comme pour lui demander de l’attention.

« Il est superbe, repris-je.

– Merci.

– Tu n’as jamais voulu te faire tatouer une autre partie du corps ?

– Non, seulement le dos et les bras.

– Il est magnifique, repris-je. »

Il se retourna, prit le petit roux dans ses bras. En quelques secondes, son chat se transforma, totalement collé à lui, approchant sa truffe du nez d’Ethan pour lui demander des bisous. Puis il ronronnait, très fort. Ethan se rapprocha alors de moi.

« Tu veux que moi aussi je lui fasse des bisous ? demandais-je.

– C’est plutôt moi qui viens t’en demander, dit-il avant de m’embrasser.

– J’ai quelque chose à t’avouer…

– Tu es jalouse de mon gros roux ? me demanda-t-il.

– Non, lui n’a pas le plaisir de dormir dans ton lit, alors que tu dors à moitié à poil !

– Qu’est-ce que tu insinues là ?

– J’ai quelque peu, profité, je n’ai pas regardé que les tatouages…

– Carrément ! Je ne m’attendais pas à ça, dit-il en se rapprochant de moi. »

J’ai cassé ma phrase… J’ai besoin d’inspiration, et de manger. Comment ça j’ai gardé une phrase que j’ai écrite parce que j’ai manqué d’inspiration ?

« J’aurais peut-être pas dû le dire, dis-je avec un sourire gêné.

– À toi de voir ! Si tu arrives à en faire quelque chose d’intéressant.

– Eh bien, fis-je avant de l’embrasser, tu as déjà fait la moitié du chemin…

– Tu es plutôt entreprenante dit donc. Tu aurais dû me demander ça hier soir…

– Tu t’es écroulé de fatigue ! Moi je n’aurais pas dit non. Je t’attends dans ta chambre, finit ton café. »

Elle s’en alla dans la chambre, Ethan finit son café. Puis il alla rincer son mug, toujours avec son chat roux qui l’avait suivi sur le plan de travail.

« Qu’est-ce qu’il y a, mon bébé ? »

Il prit son chat dans ses bras, à nouveau, il se mit à ronronner comme à chaque fois. Olgrim c’était celui qui ne savait pas se séparer de l’attention de son maitre. Mais Ethan ne savait plus se séparer de l’attention que lui donnait son chat non plus.

Il rejoignit sa compagne après avoir laissé Olgrim. Hortense s’était allongée sur le lit.

« Il faut que je t’avoue quelque chose, lui dit-elle venant dans ses bras. Ce n’est pas comme ça que j’imaginais notre première fois…

– Qu’avais-tu imaginé alors ?

– J’aurais rêvé faire ça sur une plage, dit-elle.

– Sur une plage ? dit-il avant de l’embrasser. Alors, laisse-moi te donner mon point de vue. »

Il s’assit sur le lit, tenant la demoiselle dans ses bras, debout devant lui.

« Imagine, nous deux sur la plage. Ça commence pas mal n’est-ce pas ?

– Continue, lui dit-elle amusée.

– On décide de faire l’amour. On est pas spécialiste des marées, et à moins que tu veuilles faire ça avec plein de gens, l’eau se rafraîchit la nuit. Et là, BAM ! La marée qui vient nous emmerder. Dans le cas où on voudrait continuer, dans le sable, qui va nous coller que ça en peut plus parce qu’on est trempé. Au mieux, il n’y a pas de marées, mais le sable ça te gratte, ça pique. Crois-moi c’est chiant.

– Pourquoi t’es toujours obligé de casser mes rêves ?! dit-elle en lui tapant l’épaule.

– Les romances qu’on écrit dans les livres et les films, qui finissent sur la plage pour baiser, c’est que des conneries pour alimenter un fantasme. Fantasme qui se retrouve très vite effacé. Crois-en l’écrivain cynique.

– Bon, d’accord. Je veux bien faire l’impasse sur la plage. Tu proposes quoi de mieux, monsieur l’écrivain romantique ?

– Si je te dis tout, où est la surprise ? dit-il avec un grand sourire.

– Je te demande pas la manière dont tu as envie de me sauter chaton !

– Dis donc, petite dévergondée, répliqua-t-il.

– Je me laisse aller, parce que je sais que tu ne me jugeras pas. Tu n’as pas un fantasme ?

– Une jolie blonde dans un hôtel…

– T’es bête, répliqua-t-elle. »

Je ne comptais pas le nombre de fois où ils s’embrassaient. Ils sont amoureux, après tout. Ou le nombre de fois où je devrais couper mon récit pour les laisser reprendre leurs discussions. La demoiselle avait enfilé la chemise que son copain portait la veille, une chemise en jean froissé, et vieillie. Ethan la portait très bien, mais elle aussi ceci dit. Elle ne laissait apparaitre qu’une petite partie du boxer qu’elle portait dessous. Ethan portait un de ses t-shirts des groupes qu’il écoutait et qu’il achetait avec ses nouveaux vinyles.

« Je plaisantais pas vraiment avec une blonde dans un hôtel, enfin, une blonde…

– Quoi ? Tu vas me sortir que je suis brune maintenant ?

– Je dirai presque rousse avec tes taches de rousseur.

– C’est vrai que c’est la première fois que tu me vois sans maquillage. »

La demoiselle avait un teint pâle, presque blanc. Il l’a toujours connu comme ça, de l’époque où le soleil commençait à se faire rare aux jours où il revenait pointer son nez.

« Elles sont pas trop visibles encore, parce que le soleil est pas trop violent.

– Moi j’aime bien, répondit-il.

– Vraiment ?

– Même si je trouve que ton maquillage te rend plus mature.

– J’ai un visage de gamine, dit-elle en riant.

– Mais encore une fois, tu sais bien te mettre en valeur avec ton maquillage, sans te repeindre le visage.

– Toi par contre…

– Moque-toi de moi, vas-y ! répondit-il.

– C’est pas ça ! T’es plus vieux que moi et t’as plus de problèmes d’acné que moi.

– C’est de l’acné rosacée, si je veux m’en débarrasser, il faut que je me gave d’antibiotiques. Je pourrais, mais quand il n’y aura plus de soleil, pour pas me bruler la peau.

– C’est l’enfer quoi…

– J’imagine que toi c’était bien pire… lui dit-il.

– Des antidouleurs. Tout le temps. J’ai toujours été à la dose maximale. Heureusement aujourd’hui, j’en ai plus besoin, j’arrivais à ne plus sentir leurs effets. »

Ethan s’enivrait de la demoiselle qu’il avait devant lui, il la trouvait tellement belle, dans sa chemise, presque entièrement dévoilée à lui.

Who cares if one more light goes out?
In the sky of a million stars
It flickers, flickers
Who cares when someone’s time runs out?
If a moment is all we are
Or quicker, quicker
Who cares if one more light goes out?
Well I do
-- Linkin Park | One More Light --

« Lionel m’a dit quelque chose il y a quelques jours, j’y pense à cause de la chanson qui passe sur ta télé, dit Hortense.

– Quoi donc ?

– Tu sais, je jour où tu m’as demandé notre premier rendez-vous.

– J’avais envie de te kidnapper oui ! s’exclama-t-il.

– Non, c’est pas ça, dit-elle amusée. Je suis allé voir Lionel pour un souci de programme, et avant que je parte il m’a retenu.

– Pourquoi donc ?

– Il m’a dit :

“Si tu te rapproches de lui, promets-moi de lui faire renaître sa lumière.

– Comment ça ? lui répondis-je.

– Quand il est arrivé, il irradiait quelque chose qui rendait heureux tout le monde autour de lui, parce qu’il était heureux sans rien avoir, sans personne. Puis il a perdu son père, puis Clara. Il est devenu plus noir, plus effacé. Et cette magie qu’il possédait avait disparu.

– Je ferai de mon mieux, lui répondis-je”

– Et tu penses que tu as réussi ? demanda Ethan.

– J’ai l’impression oui, répondit-elle.

– À moi de t’avouer quelque chose, lui dit-il. »

Il commença à déboutonner la chemise qu’elle portait, elle portait son parfum, celui qu’il porte quand il est au travail parce qu’il l’avait porté la veille. Il arriva sous la poitrine de sa compagne. C’est un nouveau morceau qui s’était lancé sur la télévision d’Ethan, un morceau de Jonny Craig, The Lives we Live. Jonny Craig si je ne l’ai pas encore cité, c’est le chanteur de Slaves, le groupe qu’apprécient tant John et Ethan.

Here we go, here we go
Just let it in, let it in
Let it in, let it in, oh
Here we go, no, yeah

Let it in, let it in (Let it in)
I just want to let you win
Coming down, coming down
There’s one thing on my mind
It’s to show you that you’re mine
Show you that I care
Show you where I can take you in this world
Do you understand?
There’s nothing above me, baby
Do you understand (I stand, I stand)
That I stand higher than anything you’ve ever seen?
And my goal is to make you love it
Even if you can’t describe
Even if you can’t decide where you win

Le jeune homme s’était arrêté sur une cicatrice qu’elle portait, certainement due à ses opérations ou son accident.

« Oui, j’ai quelques cicatrices qui n’ont jamais disparu… dit-elle.

– Je me suis plus intéressé à la voix que tu as sur cette chanson, répondit-il. »

This time, this time
We’ll both get what we want
One line, one line
To turn it into something hot
And if I can’t have you
I say fuck the whole lot
But I know, but I know how to make you turn away
From anyone but me now
Anyone but me now
Can you see, can you see our lives together?
Can you feel my dreams building, yeah?
Building within you? (Building within you?)

You got it, you got it
Please tell me you’re the one
I got it, I got it
Please tell me that I’ve won
And my eyes are blocked by the sun
It’s the reason why I run
You got it, you got it
Please tell me you’re the one (And I got it)
Please tell me that I’ve won
And my eyes are blocked by the sun
You’re the reason why I run
You’re the reason why

And you got it, you got it
Please tell me you’re the one
And my eyes are blocked by the sun
And my eyes, they’re blocked by the sun
You’re the reason why I run

Il finit de lui retirer la chemise pendant qu’elle continuait la chanson. Ethan se sentait perdu, entre le fait qu’il déshabillait sa copine, et la voix qu’elle avait sur l’un de ses morceaux préférés.

« Elles m’enlèvent un peu de charme… dit-elle doucement.

– Je trouve pas, je te trouve superbe. Tu aurais pu me dire que tu étais aussi musclée !

– Je n’ai pas trop eu le choix, répondit-elle amusée.

– Je crois que je viens vraiment de tomber amoureux de toi ! s’exclama-t-il.

– Parce que tu m’as vue presque entièrement dénudée ?

– Parce que tu es magnifique ! Et super sexy !

– Rassure-toi, ces deux-là sont intacts, dit-elle posant ses mains sur ses seins. »

Vous voulez de la tension sexuelle ? Rassurez-vous, ou soyez déçus, il ne se passera rien. Je vous assure ! J’ai encore beaucoup d’histoire à écrire, j’ai pas envie de la finir sur ces deux tourtereaux qui couchent ensemble. Même si c’est ce qu’ils veulent.

Chapitre 12 : A Priceless Diamond.

Le rendez-vous inattendu. Je rajoute encore un weekend au bowling. Quoi ? Il faudrait penser à être un peu plus créatif ! Mais, détrompez-vous ! Les scènes que j’écris sont des scènes qui ont déjà existé. Il est vrai que beaucoup des rencontres aléatoires avec quelques personnages se font au bowling. C’est uniquement parce que mes deux protagonistes, sans compter la nouvelle arrivante, pratiquent ce sport abondamment. Bon, on y va ?

Samedi, Clermont, bowling ! John, Ethan, et Max. Ah oui, Alex a eu la bonne idée d’acheter une ancienne agence, agence de quelque chose, je ne sais quoi. Devenir propriétaire d’appartement, qu’il aura rénové, pour avoir un salaire sans travailler. Bref, Alex était dans ses rénovations, Max, un grand ami de John, venait le remplacer.

Samedi 11 mai 2019.

« C’est plus un apéro qu’il faut que tu paies, c’est une beuverie ! »

Max, c’est le métalleux, celui qui n’a rien à voir avec les autres, qui est plus chiant que les autres, mais qu’on aime quand même.

« Grosse beuverie ! Commençons par les demi ici, hein ! répliqua Ethan. »

Oui, encore le bowling. Là, avec Max, c’était d’un tout autre style, trois potes qui boivent trop et viennent juste s’amuser et rigoler. Alors, entre deux tours, deux demis, il y avait de longues discussions.

« J’veux la rencontrer ! lui fit Max.

– Attend mec ! Je l’ai même pas encore présenté à John.

– T’es sérieux ? Mais t’attends quoi ?

– J’ai attendu de sortir avec, vaguement.

– Ça doit être la plus grosse chaudasse de la Terre pour que t’aies autant attendu.

– T’es loin du compte, répondit John.

– Tu mens ! s’exclama Max

– La plus grosse chaudasse de la Terre c’est Flora, reprit Ethan.

– Il a pas vraiment tort, reprit John.

– Parce qu’il y a une maitresse en plus ? s’étonna Max.

– Pas une maitresse, une amie lesbienne.

– Oh putain ! »

Ça n’avait rien de faux, Flora était devenue très provocatrice, tant par son physique attirant presque toutes les personnes vivantes sur cette planète. Après la libération de la jeune femme par Ethan, elle avait appris à jouer de ce physique quelque peu exceptionnel. Et, elle ne s’en cachait pas, elle s’en vantait quelque peu.

« Je peux la voir ta Flora ? Avant de voir ta protégée ? En photo, je veux dire, dit Max.

– Ça peut s’arranger, répondit Ethan. T’y crois à ça ? La seule photo d’elle que j’ai c’est quand elle était brune. »

Ethan Lui montra une photo qui avait quelques années, la montrant en train de faire semblant de prendre une photo.

« Et ta demoiselle ?

– Hortense, lui fit Ethan.

– C’est sympa en plus comme prénom.

– Moi ça me perturbe, reprit Ethan.

– Pourquoi ? demanda Max.

– C’est une longue histoire ça, répondit John.

– J’aime pas trop en parler, fit Ethan.

– Comme tu voudras, répondit Max. »

Cette photo qu'il montra d'Hortense, il l'avait prise le jour où elle s'était perdue dans le parcours pour enfant du McDonald's.

« Ça va, il se met tranquille le garçon, s’exclama Max.

– On en reparle quand tu auras arrêté de tourner autour de la tienne, fit Ethan. T’en es où d’ailleurs avec ta Bretonne ?

– J’en sais rien ! Faut que j’aille la voir bientôt.

– Magne-toi avant de la perdre dans le brouillard.

– Le brouillard en Bretagne t’a pas trouvé moins original ? demanda John.

– Il paraît qu’elle est bonne ! s’exclama Ethan.

– Il lui chasserait pas le cul sinon, reprit John.

– Eh, doucement les gars ! fit Max.

– Tu l’as forcément déjà vu, au moins en photo, sinon t’en parlerais pas, tu voudrais pas aller la voir.

– Tu racontes n’importe quoi, je serais allé la voir quand même.

– Alors que tu nous avais dit que t’irai pas péter jusqu’en Bretagne pour une meuf ? reprit Ethan.

– Oui, je l’ai vu, elle m’a envoyé des photos.

– Azy, fais tourner.

– C’est mort.

– Je fais bien tourner mes putes, pourquoi pas toi ?

– Tes putes carrément ! s’exclama John.

– Parce que c’est privé mon gars, reprit Max.

– T’as surtout peur qu’on juge ouais ! s’exclama John.

– Oui, m’faites pas chier ! »

Puis arriva un moment en terrasse. Une bière, une clope pour Max.

« Alors, comment c’est Paris ? demanda Max.

– C’est de la merde, répliqua Ethan. »

Le jeune homme prit sa cigarette électronique de sa poche, reliquat de l’époque où il fumait.

« Ah tout de suite, la critique, tu connais que ça, reprit Max.

– C’est beau Paris, ça fait vieille ville. C’est plutôt sympa, mais c’est à chier. Tous les conducteurs sont énervés, tous les Parisiens sont énervés. Personne qui ne te pète pas les couilles.

– Étonnant dit donc, fit John.

– Du coup, la bière pour te détendre, reprit Max.

– Et le monde reprend sa course, répliqua Ethan. J’ai besoin de repos maintenant. Même si je vais partir encore dans pas longtemps.

– T’avais pas arrêté la clope électronique ? demanda John.

– J’ai repris parce qu’Hortense fume aussi, elle m’a donné envie de reprendre.

– Mais c’est une pute !

– On en reparlera si tu veux, répondit Ethan amusé. Je pense que je vais poser des congés, genre juillet et août.

– Histoire de te bourrer la gueule sévère ! s’exclama Max.

– Ou de sauter Flora.

– T’es sérieux ?

– Bah, il serait temps que ça arrive, depuis le temps où c’est compliqué entre nous deux. Puis maintenant, y’a Hortense. Si je le fais pas avant que je le fasse avec Hortense, j’aurais plus jamais l’occasion.

– Tu vas surtout te faire jeter par Hortense ma poule, lui dit John.

– C’est possible. Mais j’en doute quelque peu. Elle n’en saura jamais rien.

– Ça, c’est ce que tu crois ! s’exclama Max.

– On verra, aux femmes, les enfants ! fit Ethan avant de trinquer. »

Mercredi 5 juin 2019.

Pendant le congé parental de Loïc, c’était le chef de production qui avait repris la tête du contrôle. Cependant, il avait une façon de gérer son personnel très particulier, il avait aussi une transparence singulière. Ce jour-là, il demanda une entrevue avec Ethan.

« Nonchalant ? s’étonna Ethan.

– Ouais, j’ai souvent l’impression que ce tu fais t’importes peu.

– Tu me dis littéralement que je m’en bats les couilles c’est ça ? C’est prétentieux d’oser savoir ce que je fais.

– Moi, ça me dérange.

– Et bien, si ça te dérange de penser que bâcle mon taf, balance-moi en prod. Au moins, je pourrais me faire maraver parce que je m’en bats les couilles.

– Ne sois pas aussi cru, reprit son chef.

– Je ne suis pas cru, je n’apprécie pas qu’on prétende des choses sur ma personne.

– Avant que tu t’en ailles… »

Ethan avait déjà rejoint le pas de la porte, il fut arrêté par son chef.

« Tu veux me faire virer parce que mon comportement ne te plaît pas ? Ou parce que ce que l’on te rapporte sur mon taf en déplacement est mal fait ? Vas-y, lâche la corde, je me sentirai moins étouffé. »

Ethan, sorti de la salle de réunion, croisa Carole dans le couloir de l’atelier qui le cherchait.

« Ils te cherchent la merde ? demanda-t-elle.

– Je suis pas assez performant ma pauvre, c’est étonnant dit donc.

– Tu crains pour ta place ?

– Je m’en branle de ma place, répondit-il. »

Ils attendirent que leur chef repasse pour continuer leur discussion.

« T’as bien raison, laisse-les te virer s’ils t’emmerdent trop. Mais promets-moi qu’on se recroisera après ton départ.

– Tu n’inquiètes pas, je suis pas parti encore, j’ai bien l’intention de les faire chier jusque-là. »

Ethan s’éloigna du monde après sa dernière mission fin juin, pour ses congés. Il s’en alla au mois de juillet et août, passant du temps dans sa famille, chez Patrick, avec ses potes. Il avait très peu passé de temps avec Hortense, mais il la voyait à chaque fois qu’il revenait chez lui. Tout se passait bien, puis il retourna à Paris au mois de septembre. Mais il y avait un problème, il y a toujours un problème.

Lundi 16 septembre 2019.

« J’ai eu un retour sur les trains qu’on a envoyé à la SNCF, me dit Patrick.

– Attends, j’imagine que c’est déjà la merde c’est ça ?

– Il y a deux modules radio de cassés, et les badgeuses qui ne fonctionnent pas.

– T’as une preuve que c’est mon test qui met à défaut ?

– Je sais pas, ils m’ont remonté les modifications qu’ils ont faites, mais je peux pas remettre en cause ton travail, toi tu fais juste ce que tu as à faire. Il faut que je passe du temps avec Dimitri là-dessus. Sinon, comment s’est passé le test du TT10 ?

– Comme je t’ai dit mercredi, j’ai toujours un souci avec les antennes. Soit on teste ça n’importe comment, soit on intègre ça n’importe comment, soit la SNCF nous fait faire un truc impossible, lui dis-je.

– Ouais je sais, je vais m’en occuper aussi. »

Mais la semaine de bataille n’était pas suffisante. Il y eut Hortense, qui lui dit qu’elle avait couché avec Simon. Ethan voyait rouge, et ça se sentait.

« Ne me dis pas que tout va bien, je sens qu’il y a quelque chose qui va pas.

– Plus je passe de temps ici, plus les choses se cassent la gueulent, Christine. »

Christine, c’était une de ses collègues qui était en déplacement depuis le site où travaillait Ethan. Il avait eu affaire quelquefois à elle, mais elle produisait majoritairement des produits pétroliers ou aéronautiques, donc il ne la côtoyait que peu. Ils avaient une certaine affinité, comme avec beaucoup d’autres employés. Comme disait Lionel, Ethan portait une bienveillance que d’autres appréciaient chez lui.

« Qu’est-ce qu’il se passe, raconte-moi, lui dit-elle.

– Hortense m’a trompé, répondit Ethan dépité.

– La nouvelle méthode test ?

– Nouvelle c’est un bien grand mot, mais oui, celle-là même.

– C’est moche.

– En un an, ça fera deux fois.

– Tu étais attaché à elle ? »

Il lâcha son multimètre, pour se poser dans le siège qui se situait à côté de lui.

« Ouais, j’espérais que cette fois-ci j’avais trouvé quelqu’un avec qui j’avais une vraie affinité. Mais je me suis encore trompé.

– Et si… »

Christine vint à son tour s’installer à côté de lui.

« Si elle te donnait une raison, quelque chose qui donnait du sens à ce qu’elle a fait, parce qu’elle était fragile, ou perdue, ou je ne sais pas. Tu lui pardonnerais ?

– Au moins j’essaierai, répondit-il. »

Vous pensez que je me suis trompé encore ? Vous pensez que j’ai encore raison de croire mon esprit qui me dicte que je n’ai pas le droit d’être heureux avec quelqu’un ?

À défaut, moi je commençais à y croire à nouveau… À la Haine…

Oh no, look what you’ve done
That’s me, the victim of a hit and run
Picked up and let down
You were never as you led on
You said just friends and no strings
But that leaves loose ends for old flings
Get back to old days and old flames
You never let burn out
Won’t you let me know?

How do I get away
When you’re begging me to stay?
What do you need me to say?
You’re anything but ordinary
What do you want me to do?
I’ve given it all to you
I wish you would return the favor

Did you forget what I said
Trainwreck, here we, here we go again
Derailed, did I fail to mention
I put it on the line
Whether you and me could ever be
We’ll never see, no
’Cause you keep the lights off
We only do it in the dark
Won’t you let me know?

Are you gonna throw it all away?
(Return-turn-turn the favor)
Are we gonna do this all again? (Ah!)
Maybe it’s all pretend
And the game should end
I guess nobody wins
(Won’t you let me know?)
-- All Time Low | Return The Favor --

Chapitre 13 : A strange Feeling of Safety

Vendredi 20 septembre 2019.

Ethan était revenu de sa dernière mission de septembre. Encore détruit, fatigué, exaspéré. Il avait l’impression que le monde se liguait contre lui, et qu’il n’y pouvait rien.

« Tu crois pas que tu en fais un peu trop ?

– Qu’est-ce ce que tu fais ici ? demanda Ethan.

– Je suis juste venu t’aider. »

La demoiselle se présenta devant lui, dans toute sa petite taille qui la rendait si irrésistible à chaque fois. C’était Flora, qui était toujours là quand Ethan s’effondrait, sans une compagne.

« Il y avait ce Simon, l’autre espèce de connard qui lui tournait autour. C’était un de ses ex, qui refusait de la voir partir.

– Puis elle a fini par céder, dit-elle s’asseyant à côté de lui. Plutôt chouette ton nouveau meuble !

– Merci. »

Il avait fabriqué un meuble télé avec son père, où se tenait le tourne-disque dans un placard fermé en verre.

« Je dois à chaque fois me faire massacrer par tous les gens que je rencontre ?

– À en juger par toutes tes feuilles oui, répondit-elle. »

Elle prit les pages entre ses doigts. Toutes ces pages de paroles, presque toutes de Jonny Craig.

« Je me demande si j’arriverais à te tenir hors de l’eau cette fois-ci, lui dit-elle.

– Je ne te l’ai jamais demandé.

– Mais je refuse de faire autrement. »

Qu’est-ce qui avait changé ? Une histoire qui tourne en boucle, encore une fille qui brisa Ethan.

« Pourquoi tu doutes ? demanda-t-il.

– Parce qu’il y a un moment où, tu peux essayer d’être la meilleure personne sur cette Terre, d’autres sont impossibles à sauver. Elles ont touché cette limite, déjà fait un pacte avec le diable pour que la souffrance reste éternelle.

– Je ne veux pas de ça, lui dit-il. J’ai beau m’être fait écraser encore une fois, c’est pas pour autant que je veux partir. J’ai…

– Juste besoin de temps ? lui demanda-t-elle coupant sa phrase.

– C’est comme si je t’avais dit ça des dizaines de fois…

– C’est comme si je te répondais à chaque fois que je te laisserai le temps qu’il faudra. »

Elle se rapprocha de lui, comme si cette scène faisait partie d’un tout, qui se répétait encore et encore entre eux. Elle l’embrassa, mais cette fois, c’était différent. C’était plus long, plus étrange que d’habitude. Elle lâcha les lèvres de son ami, toujours avec son sourire gêné, puis Ethan se leva et lui prit la main. Ils s’en allèrent vers sa chambre, et… Hey ! Ils m’ont enfermé dehors !

Évidemment qu’ils ont couché ensemble. Vous vous attendiez à quoi ? Ah ce que… Comment ? Oui, elle est lesbienne, mais… Taisez-vous ! Laissez-moi parler. Revenez quelques pages en arrière, quelques centaines peut-être. N’y a-t-il jamais eu cette tension entre eux ? Quelque chose qui leur donnait envie de ce moment, mais qu’il ne venait jamais quand il le fallait. Ni pour l’un ni pour l’autre.

« Je vois pas de quoi elle se plaint ! fit Flora.

– Tu te fous de moi ? lui dit-il dans la salle de bain.

– Non ! Je suis peut-être pas experte en relation sexuelle hétéro, mais je pense que si j’avais pas aimé…

– Tu serai déjà parti ? Comme un plan cul ?

– Hey ! Je ne suis pas un plan cul ! répondit-elle vexée. Je suis le meilleur plan cul du département.

– Rien que ça ! s’exclama-t-il. »

Sometimes I feel cold, even paralyzed
My interior world needs to sanitize
I’ve got to step through, or I’ll dissipate
I’ll record my step through for my basement tapes

Nice to know my kind will be on my side
I don’t believe the hype
And you know you’re a terrible sight
But you’ll be just fine
Just don’t believe the hype

« Je suis contente que tu aies continué à écouter Twenty One Pilots.

– Dès que je touche à un groupe, tu sais que j’écoute toujours le plus possible. Ah, ma belle-sœur veut que je vienne chez elle demain.

– Dis-lui oui, ça te donnera une occasion de nous présenter. »

Ethan éclata de rire devant son téléphone. Pour ce qu’il venait de lire, ou le fait qu’elle veuille rencontrer la copine de son frère. Bonne question.

« C’est comme si cette situation venait de devenir la plus ridicule possible ! reprit-il.

– Comment ça ?

– Je peux te la présenter, mais crois-moi, vous n’allez pas forcément bien vous entendre, ou alors elle va penser que t’es juste un plan cul pour oublier Hortense.

– Elle aura en partie raison !

– C’est une blague j’espère ? s’étonna-t-il.

– Détends-toi, évidemment que je plaisante.

– Et en plus, elle a déjà invité sa meilleure amie, alors qu’on s’est tourné autour pendant des semaines, qu’elle saute de mec en mec…

– Tu risques de la frapper quoi !

– Ouais certainement, ouais, dit-il s’affalant sur son lit.

– Si tu veux, je peux aller dormir dans l’autre chambre.

– Non, reste. C’est pas comme si c’était la première fois qu’on dormait dans le même lit.

– Je sens que tu vas t’endormir comme une tombe.

– Je m’endormirai en moins de temps qu’il te faut pour tourner dans le lit. »

 Samedi 21 septembre 2019.

Ethan et Flora chez son frère, il arriva une situation très étrange qu’il avait déjà imaginée.

« C’est qui cette trainée ? lui demanda sa belle-sœur.

– Oh non… fit Ethan. »

Il l’avait présenté aux deux demoiselles qui ne connaissaient pas Flora. Son frère, en revanche, lui proposa de faire le tour de la maison, afin de montrer les travaux qu’ils avaient faits tous les deux.

« Ça y est ? Tu n’as plus aucun honneur ? Passer d’une fille à une salope comme elle ?

– C’est toi qui viens me donner des leçons de morale ? Genre, c’est une blague c’est ça ? dit-il à la meilleure amie d’Anna.

– Je…

– Ouais, je sais t’es pas le meilleur exemple. Tu me l’as bien assez montré.

– Et tu te permets de voler des bières dans le frigo comme ça ?

– C’est moi qui les ai achetés ces bières, je les ai ramenés, et je sais très bien qu’aucun des deux habitants de cette maison m’empêchera de faire ce que je viens de faire. Puis, d’où elle te sort cette rancœur contre moi ? C’est moi qui devrais avoir cette attitude ! C’est quoi le problème ? Que j’invite ma meilleure amie lesbienne ? T’as envie de te la sauter, mais tu sais que je te laisserai jamais faire ? Un truc comme ça ? »

La demoiselle s’en alla, elle sortit de la maison pour fumer. Le discours que venait de faire Ethan n’était pas devenu sans marques, alors qu’il avait gardé le plus grand calme. Ethan alla s’installer à la table. Il était dix heures, et son alcoolisme venait d’en prendre un coup.

« J’ai peut-être réagi de manière exagérée, je suis désolée, lui fit Anna.

– J’ai eu l’impression que tu y croyais. Tu aurais dit ça en plaisantant, j’aurais rebondi en te disant qu’elle se prétend être le meilleur plan cul du département.

– Rien que ça !

– Comme tu dis. Elle est lesbienne, Flora.

– T’es sérieux ? s’étonna Anna.

– Je suis sérieux.

– Je ne sais pas pourquoi elle s’est enflammée comme ça.

– Parce qu’elle est frustrée, et qu’elle n’a pas trouvé mieux que la haine pour le cacher.

– Tu aurais pu laisser passer ce qu’elle disait aussi, c’est généralement ce que tu fais…

– Pas quand tu parles de Flora. Ça fait presque dix ans que je la connais. Si elle est aussi vivante, aussi joyeuse, aussi précieuse pour moi, c’est parce que je l’ai aidée à passer au-delà de choses pas très joyeuses. Je l’ai aidée à devenir heureuse, sans se cacher derrière un immense masque de marbre. Elle compte énormément pour moi.

– Autant que John ?

– Bien plus. Ça n’a rien à voir. Crois-moi, si tu apprends à la connaitre, elle a beaucoup à apporter aux autres. J’ai souvent fait cette comparaison, de la flamme de l’Olympe qui brule de la lumière de l’espoir. Cette flamme bleue existe chez elle, et c’est ça qui la rend magique.

– J’ai invité John aussi, fit Anna hésitante.

– Oh merde ! Il sait que ta meilleure amie est là ?

– Oui, il m’a dit qu’il avait une surprise aussi. Tu veux manger quoi ?

– Tu me poses vraiment cette question ? Je suis incapable de te répondre ! répondit-il en éclatant de rire.

– Je peux te donner un coup de main si tu veux, je me débrouille plutôt bien, fit Flora qui venait de rentrer.

– C’est vrai qu’elle est plutôt douée. Je vous laisse, je vais aller faire un tour avec mon frangin.

– Ça fait combien de temps qu’elle est revenue ? lui demanda Tyler quand son frère arriva dehors.

– J’en sais rien, quelques semaines après qu’Hortense soit arrivée.

– Du coup, je comprends mieux pourquoi ça s’est si bien passé avec Hortense.

– Peut-être pas, c’est peut-être elle qui me porte la poisse, dit Ethan.

– Dis pas des choses comme ça.

– C’est plutôt elle qui raconte ce genre de bêtises.

– J’espère que ça s’arrangera bientôt, ça faisait longtemps que je t’avais pas vu aussi souriant.

– J’espère moi aussi… »

La Brera ! Voilà ce qui avait arrêté les deux frères. Il y a quelques semaines de cela, John s’était acheté une Alfa Romeo, Brera. Rouge. Oui. Et elle faisait un bruit d’enfer ! Ethan descendit voir son meilleur ami qu’il n’avait pas vu depuis quelques semaines, avec tous ses déplacements. Il aperçut son ami, passer le portail, puis Hortense, qui passait la voiture d’Anna.

« La voilà ta surprise, lui dit son ami en lui tapant sur l’épaule, bonne chance.

– Salut Ethan. Je tiens à te dire que c’est pas lui qui m’a forcé à venir, c’est moi qui aie voulu qu’il m’amène.

– Je ne sais pas quoi te dire, dit-il.

– Je ne te demande pas de changer d’avis, j’aimerais juste que tu écoutes ce que j’ai à dire… »

Le jeune homme ouvrit le portail à la jolie blonde, ils partirent s’installer sur le banc à côté du bassin. Ce moment était bizarre, des deux côtés. Je vais essayer de décrire ce qu’il se passe chez chacun d’eux.

« Tu sais que ce moment est très étrange… lui dit-elle.

– Je m’en rends compte.

– Mon cerveau s’est quelque peu perdu quand tu es parti à Paris. Comme la première fois, Simon était là, à me rappeler que je lui manquais. Il s’est passé des jours, où tu n’étais pas là, le mardi où il s’est invité chez moi. On a parlé, beaucoup, puis on s’est embrassé. Il est resté chez moi, et le vendredi je t’ai dit que je l’avais embrassé. Je sais que j’ai pourri ton séjour, j’ai aussi pourri la seule semaine qu’il y avait entre tes deux déplacements. Et ce n’est pas pour chercher une excuse, mais tu avais raison quand tu disais qu’on se manquerait, toujours plus chaque jour, toujours plus à chaque fois. Mais ce manque, ça m’a rendue vulnérable, aussi tangible que quand je ne te connaissais pas. J’étais perdue, emplie de doutes, et j’ai perdu le contrôle. Et j’en ai perdu la personne que j’aimais, parce qu’il faut se le dire, je ne l’aime pas, je n’ai juste pas compris ce que je faisais. »

La jeune demoiselle se sentait perdue, n’approchait jamais le regard de son voisin, de peur d’y voir de la colère, ou de la haine. Elle espérait de la compassion, de l’espoir, mais pas la pitié.

Altar n°6 : L’antre de l’espoir.

Je la sentais perdue, je sentais qu’elle s’en voulait, qu’elle voulait que je la pardonne, au moins que je la pardonne, même si on ne se rapprochait pas à nouveau. Mais vous savez quoi ? Non, le pire ce n’est pas que j’ai arrêté de narrer cette histoire, c’est que je me sentais aussi perdu qu’elle. J’étais fou d’elle. Alors oui, j’ai un immense masque de pierre pour cacher ce que je ressens, mais je me suis perdu dans ses yeux, sur son visage couvert de taches de rousseur, sur ses fossettes. Je sais pourquoi je suis tombé amoureux d’elle. En plus d’être brillante, drôle, elle m’a retourné le cerveau par sa beauté.

« Mais il est arrivé un souci, un très gros souci. Le vendredi avant que tu ne repartes pour ta deuxième mission, j’avais un rendez-vous pour ma prothèse. Mon médecin m’a montré l’état de mon dos. Ma peau était rouge écarlate autour des dissipateurs, mais pas douloureuse. Il m’a alors demandé, qu’est-ce qui a changé ? Je lui ai répondu que j’avais changé de petit ami. Il m’a dit, vous auriez mieux fait de garder le précédent, faisant une tête, pour me dire qu’il était désolé. Puis jeudi matin, Simon est parti au boulot, et je n’ai pas pu me lever, ma prothèse s’était déconnectée. J’ai appelé Raph pour qu’elle vienne me chercher et qu’elle m’amène à l’hôpital. Le médecin m’a reconnecté, nettoyé les dissipateurs qui étaient couverts de sang. Une fois sorti, j’ai dit à Raph que j’avais un appel à passer. Elle me dit, non ne l’appelle pas maintenant, il est en colère, il te déteste certainement, ça sera pire. J’ai appelé Simon, je lui ai dit ce qu’il m’arrivait, ce que j’avais dans le dos. Il commença à s’enflammer, à dire que je lui avais tout caché, que j’étais qu’une menteuse. Je l’ai coupé en lui disant que je le quittais, que je n’avais plus envie de le voir, que je ne l’aimais pas. Que ce qui m’arrivait était sa faute ! Qu’il ne devait plus s’approcher de moi, sinon qu’il en paiera les conséquences ! Et que j’allais bruler toutes ses affaires aussi. »

Il y a bien longtemps de ça, bien avant que je commence à narrer cette histoire, Ethan avait deux morceaux qui lui faisaient à la fois mal au cœur, et le plus grand bien. Les deux étaient du groupe Red, l’un d’eux était Start Again. Pour vous aider à comprendre, le groupe fait du Christian Rock, très tourné sur les relations sentimentales. Ce morceau-là parle d’une rupture, et de quelqu’un qui cherche à recommencer l’histoire d’amour. C’est ce morceau qui tournait dans la tête d’Ethan en ce moment. De plus, il était persuadé que sa compagne l’avait écouté en boucle elle aussi. Pourquoi ? Pour se trouver une motivation, une solution, un espoir.

Ethan se releva, regardant les habitations qu’il y avait de l’autre côté de la vallée. Le disque fit un tour dans sa tête, la chanson changeant pour Forever, du même groupe. Cette fois-ci, cette chanson exprimait ce qu’elle ressentait, du moins ce qu’il en pensait. Puis elle se releva à son tour.

« Je sais à quoi ça ressemble dans ta tête, à quelque chose comme : »

I’ve heard everything you’re saying, makes no difference to me
I am only getting better, save your pity

You like to talk big, you wish that I quit
Deep down you know that you’ll never be me
You’re wasting your time, you’re wasting your energy

You say I’m everything you despise, everything you don’t like
Open my eyes to see yours fixated on mine
Everything you despise, everything you don’t like
Open my eyes to see yours fixated on mine
-- Slaves | Petty Trappin --

Puis elle changeant la chanson, s’apercevant que ça n’avait aucun effet sur lui.

I never could figure it out, all your insecurities and your doubts
Maybe you thought that I’d turn into someone else, but I stayed the same
All that changed was the way that you felt

I don’t wanna hold you back anymore, no
And you don’t wanna live with the guilt of leaving me behind, no
You know I’d be lying if I said that we were meant to be
So, let’s just move on and say goodbye to you and me

I’m so tired of hanging on to everything I thought we had, I was so wrong
There’s nothing left here to fight for, we’ve both been bled dry
Stop wasting time, yours and mine, ’cause God knows we tried

I don’t wanna hold you back anymore, no
And you don’t wanna live with the guilt of leaving me behind, no
You know I’d be lying if I said that we were meant to be
So, let’s just move on and say goodbye to you and me
-- Memphis May Fire | You and Me --

« Yes ! fit John derrière la fenêtre.

– Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Flora.

– Je pense qu’elle s’en sort bien.

– Au pieu, tu veux dire ? demanda-t-elle.

– Mais non petite maligne, répliqua Anna, avec sa langue dans sa bouche.

– Pas encore ça Anna, laisse-leur quelques minutes, reprit John.

– Vous êtes affreux ! s’exclama Tyler.

– Pas sortable qu’on dit, reprit Flora. »

Le jeune homme finit par se retourner vers la fille qui chantait, s’approchant d’elle. Il l’aperçut aux bords des larmes, comme si elle venait de sortir sa dernière carte pour le faire revenir. Il l’a pris dans ses bras, elle posa les siens autour de son cou.

« Tu sais à quoi je pense maintenant ? demanda-t-il. »

I’m gonna let you in on a secret, I’m so afraid
Of letting my skeletons out, so I bottle them in
But I know it’s gonna get out in the worst way, so I gave in
Now I’m gonna be an open book for you to read

The longer I stay numb, the longer I don’t have to think much

Il embrassa la demoiselle, qui hésitait entre pleurer de joie et de tristesse. Puis il se mit à chanter à son tour :

You keep your hopes up that I can change
Well, I stay honest, you do the same
I’ll keep my purpose, you keep your faith
That we can get through this
These tougher days, these tougher days

« Tu penses que tu pourras me pardonner ?

– Je sais pas, dit-il avec le sourire.

– Arrête ! répondit-elle en lui tapant l’épaule. Tu joues tout le temps avec les mots !

– C’est pour te faire sourire princesse, que tu chasses tes idées noires. Tu t’en plains, mais ça marche toujours. Je peux voir ton dos ? »

Elle enleva sa veste et se retourna, la peau autour des dissipateurs était encore rouge, toutes les veines se dessinaient sur son dos. Ethan approcha ses doigts des pièces de métal, provoquant la chair de poule à la demoiselle lorsqu’il les toucha.

« Tu sais que tout le monde l’a vu ?

– Tant pis, il y a bien un jour où les autres devront savoir après tout, répondit-elle se rhabillant. Merci de me laisser une seconde chance.

– Je ne sais pas comment j’aurais fait sans une seconde chance.

– Alors comme ça je suis une petite princesse ?

– Tu ne seras qu’une de plus à qui je donne ce surnom.

– Dit comme ça, on dirait que tu cours tous les jupons, répondit-elle.

– La première c’était Flora, je n’ai jamais appelé Mélissa princesse.

– C’est vrai ?

– C’est vrai oui, répondit-il.

– Les autres alors ?

– Orchidée et Opale, répliqua-t-il.

– Évidemment, dit-elle avant de s’arrêter devant la porte. J’ai une dernière chose à t’avouer avant qu’on rentre. »

Elle appréhendait son jugement, elle craignait que cette nouvelle casse tout, à nouveau.

« J’ai couché avec Simon. »

Ethan acquiesça de la tête, le visage neutre, elle était incapable de savoir s’il lui en voulait, s’il était en colère, ou s’il avait pire à lui annoncer.

« J’ai couché avec Flora, répondit-il. Et ça te fait rire en plus !

– Tu veux savoir ce qui me fait rire ? Je me suis demandé quand est-ce que ça allait arriver, je suis plutôt rassurée que ça ne soit pas quand on était ensemble.

– Tu es sure ? Tu n’aurais pas préféré que ça se fasse dans un plan à trois ?

– Arrête de dire des bêtises ! dit-elle rougissant.

– Je te crois pas, je suis sûr que tu aurais préféré ça.

– Aller vient, ils vont nous attendre. »

Les amoureux se mirent tous les deux à table, Hortense quitta son manteau, laissant apparaître son dos et sa prothèse. Ethan repartit donner un coup de main à sa belle-sœur.

« Qu’est-ce qu’elle a dans son dos ? demanda Anna.

– C’est une prothèse. Je te laisserai lui demander. Elle te l’expliquera bien mieux que moi.

– C’est bizarre non ?

– Tu veux qu’on relance un débat sur le transhumanisme ? demanda Ethan.

– Pas vraiment, j’y connais rien moi. »

Il se déroula une bonne heure, où tous rigolèrent, aux absurdités que John racontait pour changer. Une heure où les deux amoureux s’échangèrent des sourires, des regards. Hortense était toujours un peu plus gênée que son compagnon, même s’il n’y avait qu’Anna qui lui posa la question pour ce qui dépassait de son dos. Il n’y avait qu’une personne que ce moment avait gênée.

« En vrai, est-ce qu’on peut parler sérieusement de ta copine ? »

Anna avait une franchise bien présente, avec une façon de la mettre en avant de manière assez exubérante.

« De quoi veux-tu qu’on parle ? demanda Ethan.

– Bah de tout ! De ses nichons, de son cul !

– T’essaies de me dire que tu te la ferrais bien c’est ça ?

– Faut dire que t’as pas choisi la pire aussi, répliqua John.

– Ils ont raison, lui fit Flora. »

Ethan poussa un soupire qui en disait long sur ce qu’il pensait de ses amis.

« Je peux plus, je m’en vais ! »

La meilleure amie d’Anna se leva du canapé, prit ses affaires et sortit sur la terrasse.

« Qu’est-ce qu’elle a ? demanda Flora.

– Je vais aller la voir, fit Ethan.

Il prit sa veste, puis passa la porte pour rejoindre la femme.

“Il y a quelque chose qui va pas, n’est-ce pas ? demanda-t-il.

– Évidemment qu’il y a quelque chose qui ne va pas ! Regarde-toi !

– Attends, tu es vraiment en train de me faire une crise de jalousie ?

– En un peu moins d’un an, t’as presque changé tout ton style. T’es toujours aussi adorable, toujours aussi gentil avec ceux que tu apprécies. Et maintenant, tu as une copine.

– Tu te rends compte que tout ça, tu l’as éloigné toi-même ?

– Tu plaisantes ? demanda-t-elle.

– Je t’ai laissé du temps, j’ai tout fait pour éviter de casser ton couple. J’ai été patient à attendre que tu choisisses, entre elle alors que tu la « supportais plus » ou moi. Et quand l’occasion s’est présentée, tu m’as jeté sous les roues d’un camion pour rejoindre le premier abruti de l’autre côté de la route.

– Je n’ai pas été aussi…

– Tu as comparé les mots que tu viens de me dire, avec ceux que tu as dits à Anna ? demanda-t-il s’agaçant. Je suis seulement ennuyeux ou tu as toute une liste à m’offrir comme cadeau d’adieu ?

– Tu penses vraiment que j’ai fait une bêtise ?

– Tu es la seule à pouvoir en juger. Cependant, je pense que c’est mieux pour moi que tu m’aies laissé. Je t’avoue que je m’en sors plutôt bien.”

Elle s’en alla, alors qu’Hortense et Tyler arrivèrent sur la terrasse.

« Tu l’as encore fait fuir ! lui fit son frère.

– J’avais pas vraiment le choix, répondit-il avec dépit.

– Pourquoi elle essaie encore de se raccrocher à toi ? demanda Hortense.

– Parce qu’elle se pense mieux que tout le monde. Et elle veut toujours ce qu’ont les autres. Elle ose vraiment se prétendre mieux que toi, ça me fait doucement rire.

– Et toi tu en penses quoi ? lui demanda-t-elle posant ses mains sur le torse d’Ethan.

– Elle est bête. Qu’elle reste avec ses abrutis, ils lui correspondent mieux. »

Ah, Amelie.

Marika partait de la boîte. Le trop-plein de la non-considération des employés l’avait forcé à partir.

« Cette fois, c’est la fin.

– Ouais, répondit-elle à Ethan. Il est temps que je m’en aille. Cette boîte me rend folle.

– M’en parle pas. C’est quand même triste. Tu vas nous manquer.

– On se reparle. Tu m’envoies un message, tu passeras bien boire un verre à la maison un de ces quatre ?

– Évidemment, je trouverai le temps pour ça. »

Cette discussion, c’était au repas des congés d’été, au mois d’août. Même s’il avait posé des congés, il était venu au repas quand même. Deux semaines avant son départ, ils ont recruté une intérimaire pour la remplacer. Ethan ne l’a jamais vu, sauf après ses congés.

« T’as croisé la nouvelle DRH ? lui demanda Hortense.

– De très loin ouais.

– Tu devrais, je suis sûr qu’elle te plairait.

– Tu sais que t’es vachement bête des fois.

– Je fais ça pour ton bien, répondit-elle.

– Ouais, c’est ça. »

Puis, plus tard, ce jour-là.

Lundi 7 octobre 2019.

Amelie était passée au contrôle pour voir Patrice, qui était parti au Maroc quelques mois avant. Ethan reparti quelques secondes après, avec Hortense pour continuer leur travail sur leurs armoires. Devant eux se présentait leur DRH, qui s’en allait dans son bureau.

« Elle a une putain de cul quand même !

– Attends, quoi ? s’étonna Ethan. »

Il s’arrêta net, perturbé, étonné, et je ne sais encore quelle émotion lui poser.

« De qui est-ce que tu parles ? demanda-t-il.

– D’Amelie ! Elle était devant nous. Ne me dis pas que tu l’as pas vu ! Toi qui regardes tout le monde autour de toi. »

Ils allèrent se cacher dans l’aquarium. L’aquarium, c’était une sorte de salle de réunion, pour les évènements exceptionnels. Ethan passa la porte le dernier, puis la ferma.

« Tu vas me reprocher de toujours regarder les autres ?

– Non ! s’exclama-t-elle. Je ne peux pas t’empêcher d’être celui que tu as construit. Je sais que tout ce qui me rend folle de toi est principalement fait de choses qui vont déranger les autres. Cependant, toi il y a quelque chose qui te dérange.

– Depuis quand tu t’intéresses aux femmes ? »

Il fit quelque peu rougir la demoiselle. Ce n’était pas très différent de l’habitude. Le peu de gêne ou la timidité de la demoiselle la faisait assez vite rougir.

« Eh bien… dit-elle.

– C’est à cause de Flora c’est ça ?

– Après notre rupture. Il y a eu ce jour où on s’est remis ensemble. Elle m’a laissé une impression bizarre. Mais rien de dérangeant. Je, je l’ai trouvée belle.

– Parce qu’inconsciemment tu t’es comparée à elle, dit-il. Tout le monde la trouve belle. Elle a quelque chose d’indescriptible.

– Et c’est un problème ?

– Tu t’es posé la question parce que la veille j’avais couché avec elle ?

– Je serais pas vraiment contre de faire un plan à trois avec elle.

– Moi si ! dit-il la regardant étrangement.

– Pourquoi ? T’as déjà couché avec elle. Elle ne dira jamais non. Elle a tout pour avoir le rôle.

– J’ai pas couché avec elle parce que j’avais envie de coucher avec elle. C’était plus comme si c’était quelque chose qui devait se faire depuis qu’on se connaissait.

– Comme si c’était destiné hein…

– Le sexe n’est pas un jeu pour elle, encore moins avec les hommes. Elle s’est fait violer par son père.

– Oh, merde… Je…

– Tu ne savais pas, c’est pas comme si on le scandait sur tous les toits. Si tu pouvais faire comme si je n’avais rien dit.

– J’y penserai. »

Mardi 15 octobre 2019.

Ethan était revenu de Paris, tout était revenu dans l’ordre avec Hortense, puis il y a eu quelque chose qui tomba assez mal. Quelqu’un d’assez inattendu qu’on va dire.

Il était en train de contrôler un coffre, quand il aperçoit un chef d’équipe faire faire le tour de l’atelier à des nouveaux. D’habitude, les nouveaux commencent par une formation, mais ladite formatrice est partie au Maroc. Alors, cette fois, les choses se déroulent différemment. Ethan, sorti alors de son contrôle pour aller chercher un outil dans l’atelier, passa à côté du chef d’équipe et des nouveaux. La demoiselle du groupe salua Ethan, qui en fit de même en retour. Il en sortit hébété. Quelque chose était étrange, mais à huit heures du matin, sa fatigue et son manque de réveil prenaient le dessus sur sa conscience des choses. Dans une perturbation absolue, il lâcha son coffre et s’en alla dans le box de Cédric, puis éclata de rire en s’asseyant à côté de lui.

« Je t’avais dit d’arrêter la drogue le matin Ethan, lui fit Cédric.

– La nouvelle, ça fait v’là longtemps que je la connais.

– Et tu te l’es jamais faite ? Comment elle est bonne !

– Ça va pas mieux toi ! répliqua Ethan.

– Je sais, tu préfères les blondes, mais avoue qu’elle est vraiment pas mal !

– Elle a un sacré cul surtout.

– Je dirai rien à Hortense, promis.

– J’espère bien ouais ! J’ai jamais parlé de tes préférences à toi.

– T’as pas intérêt ! s’exclama Cédric. »

Quelques heures plus tard, Ethan croisa Hortense dans le couloir de l’atelier. La fille restait comme figée, ou perdue dans ses pensées.

« Ça va Hortense ? demanda Ethan.

– Oh, oui… répondit-elle.

– Quelque chose chez Ophélie t’a perturbé ?

– Je crois qu’il faut qu’on parle… »

Elle s’en alla dans l’aquarium, suivie de près par Ethan.

« Je crois, j’ai l’impression de ne plus me connaître… lui dit-elle.

– Comment ça, ne plus te connaître ?

– Quand t’es-tu rendu compte que tu aimais les hommes ? »

Personne n’avait jamais posé cette question à Ethan. Toutes les personnes qu’il côtoyait et qui étaient au courant de ses relations avec des hommes savaient comment cela avait commencé. Sinon…

« Je l’ai nié longtemps, répondit-il en la regardant. J’avais un regard, un attrait pour eux, mais jamais je ne me disais que c’était parce que je pouvais les aimer ou être attiré par des hommes. »

Il n’eut aucune réponse de la demoiselle, qui restait perdue dans le regard d’Ethan.

« Tu te demandes si tu as besoin ou envie de sortir ou de coucher avec une fille pour clarifier tes pensées ? demanda Ethan.

– Et te quitter ? »

Ses mots étaient hésitants. Cela la dérangeait d’oser quitter Ethan pour quelque chose qu’elle redoutait, ou qu’elle ne comprenait pas.

« Si tu as besoin de prendre du temps pour savoir, alors fais-le, lui dit Ethan

– Mais j’ai pas envie de te perdre juste parce que j’ai l’impression d’aimer les femmes !

– C’est un risque à prendre, répondit-il. »

Ethan regardait à travers les vitres de l’aquarium les personnes qui travaillaient de l’autre côté. Il paraissait étrangement calme face à une situation comme celle-ci.

« Tu vas me détester un jour… dit-elle. D’abord, je te trompe avec mon ex, maintenant j’ai envie de sortir avec des femmes…

– Viens là, lui dit-il. »

Hortense vint se serrer dans les bras d’Ethan. Il ressentait sa peur et sa tristesse, simplement dans la force qu’elle mettait dans ses bras pour le garder contre elle.

« Ça va bien se passer, lui dit Ethan. Eh non, rassure-toi. Je ne te détesterai pas. Tu as le droit d’avancer aussi.

– Merci… »

Vendredi 1er novembre 2019.

Ethan avait eu vent de quelques histoires avec son frère, qui ne le laissait pas sans traces. Il s’était séparé d’Hortense, lui laissant du temps pour que son esprit s’apaise. Il était presque dix-huit heures et il était encore sur son armoire, à débugger son produit.

« Rentre chez toi Ethan, tu finiras lundi, lui fit Loic.

– Non, elle part lundi matin, j’aurais jamais le temps, répondit Ethan. Je fermerai, j’ai encore mes clés et les codes.

– T’es sur ?

– Ouais, je gère.

– Bon, bon week-end alors.

– Bon weekend, répondit Ethan. »

Il avança son produit, pendant environ une demi-heure, puis il entendit des pas se déplacer dans l’atelier. Il n’y prêta pas attention, trop occupé par l’armoire qui lui donnait du fil à retordre et ses écouteurs sur les oreilles. Alors qu’il reprenait une partie qui lui demandait de rester à coter du produit pour opérer sur les boutons de l’armoire pour avancer son test. Il vit arriver Amelie qui s’intéressait à sa présence dans l’atelier.

« Qu’est-ce que tu fais encore ici ? demanda-t-elle.

– J’essaie de finir mon armoire pour qu’elle puisse partir lundi, répondit-il.

– Tu crois pas que tu te donnes un peu trop de peine ?

– Pourquoi tu me dis ça ?

– T’as de la chance si la boite te paie les heures sup. »

Il tourna son regard sur sa DRH alors qu’elle avait le sourire aux lèvres.

« Vu que tu es devant moi, j’espère que j’arriverai à te convaincre de me les payer, lui dit-il.

– Il faudra que tu me montres à quel point t’es convaincant !

– Aller, dehors.

– Quoi ? s’étonna Amelie.

– Dehors ! »

Il poussa la jeune fille de sa zone de test, posant ses mains sur son dos pour l’éloigner de l’armoire. Il attrapa ensuite la barrière jaune et noire qu’il y avait au bord de sa zone pour fermer sa zone. « Ethan ! » La fille interpella son collègue qui s’était retourné pour rejoindre son produit. Elle lui fit signe de s’approcher, se tenant de l’autre côté de la barrière. Ethan s’avança, presque jusqu’à elle, elle s’avança d’un pas pour venir l’embrasser. « Quand tu auras fini, viens faire un tour dans mon bureau. » Elle s’en alla, empruntant le couloir pour retourner vers les bureaux. Ethan resta fixé sur Amelie, sans trop savoir s’il se laissait porter par le baiser qu’elle venait de lui donner, ou par le fessier de la femme qui s’en allait.

Il rejoignit enfin son armoire, lança son test, regarda l’heure. Dix-huit heures, vingt-cinq. Il prit ses affaires, alla les poser dans sa voiture le temps de son test. Revint à son armoire pour valider le programme, remplir ses papiers et éteindre son testeur. Il eut une légère hésitation après avoir éteint sa machine. Est-ce que quelqu’un devait le savoir ?

Il se présenta devant la porte de son bureau, qui était le seul resté allumé. Tout l’atelier derrière lui avait été éteint par ses soins.

« C’était, perturbant, lui dit Ethan.

– Perturbant ? »

Amelie se leva de sa chaine pour rejoindre Ethan. Elle se mit à ses pieds, elle était presque aussi grande que lui, quelques centimètres de moins à peine.

« Perturbant comment ? demanda-t-elle.

– Je ne m’attendais pas à ce que tu m’embrasses. C’était beaucoup trop spontané pour mon cerveau.

– Ça ne t’est jamais arrivé ? Que quelqu’un t’embrasse alors que tu n’avais même pas pensé ça possible à cet instant ?

– Eh bien… »

Un instant lui revint en tête, un moment qui lui paraissait être d’une autre vie. Il avait baissé les yeux, comme si cette simple question l’avait gêné.

« Je ne suis pas assez intéressant aux yeux des autres pour que cela arrive, dit-il.

– Pourtant tu l’es à mes yeux. »

Elle l’embrassa à nouveau, relativement spontanément encore. Quelque chose dérangeait Ethan, qui pourtant se laissait porter par l’instant, comme la première fois. Pourquoi maintenant ? Alors qu’il ne la connaissait à peine, et qu’elle ne le connaissait guère plus.

Et, oui. Si vous vous posez la question, ils ont couché ensemble. Quelque peu inattendu.

Face down in my bed
Asking, “why am I such a wreck?” Am I lost?

Fell out with some friends
Watch my parents get over-stressed Are we lost?

But I hold on for a minute
My mind keeps spinning
Buried in the guilt that builds up deep in the life I’m living
Am I still living? Neck deep, I’m swimming
So far from the shoreline and I don’t know if I’ll make it

’Cause it feels like I’m drowning
I can’t breathe anymore
When all is gone and I can’t take more
I try to hold it back, try to hold it back
But it haunts my sleep, haunts my sleep

Maybe I’m messed up
From the demons that interrupt
All my thoughts, No, I can’t stay hidden
So paint me up like a villain, For my faults

But I hold on for a minute
My mind keeps spinning
Buried in the guilt that builds up deep in the life I’m living
Am I still living? Neck deep, I’m swimming
So far from the shore and I know

’Cause it feels like I’m drowning
I can’t breathe anymore
When all is gone and I can’t take more
I try to hold it back, try to hold it back
But it haunts my sleep, haunts my sleep

Face down in my bed
Asking, “why am I such a wreck?” Am I lost?

You say you understand
But I know that you may move on
When I’m gone
-- Too Close To Touch | Bedroom Hymn --

J’ai retrouvé Ethan et Amelie, les deux assis sur le fauteuil de la femme. Le dossier incliné en arrière, elle posait sa tête sur le torse du jeune homme. « Est-ce que ça va ? » demanda-t-il. Il ressentait quelque chose d’étrange chez elle, à travers son regard quelque peu perdu.

« Tu veux vraiment que je t’incombe de mes problèmes ? demanda-t-elle.

– Si le fait qu’on vienne de coucher ensemble en résulte, alors je veux bien oui.

– Je viens de me séparer de mon copain…

– À défaut, je ne peux avoir aucun remords. »

Elle releva la tête, regardant Ethan. Elle trouvait étrange ce qu’il venait de lui dire.

« Je ne peux pas avoir de remords à coucher avec toi si tu n’es pas avec quelqu’un.

– Je m’attendais à autre chose, dit-elle avant de reposer sa tête. »

Elle attendit quelques secondes, comme si la suite de sa phrase devait être réfléchie avant que la prononcer.

« Je le vis mal. Je vis très mal le fait qu’il m’ait quitté.

– Et tu t’es jeté sur moi pour l’oublier ? demanda Ethan.

– Je pensais que ça m’aiderait à passer à autre chose. Mais ce n’est pas vraiment le cas…

– Pourquoi moi ? demanda Ethan après quelques secondes. Parce que j’étais encore dans l’atelier ? »

Elle leva la tête à nouveau, moins perplexe que tout à l’heure, mais son regard semblait bien plus attristé.

« Je sais que tu n’es plus avec Hortense, dit-elle.

– Ce n’est pas vraiment une nouvelle, répondit Ethan.

– J’ai passé beaucoup de temps à parler avec elle. Elle m’a fait de longs discours sur ta personne. Ta bienveillance, ton humour… »

Ses mots firent sourire Ethan, qui avait à nouveau baissé le regard sur celui de sa DRH.

« Qu’est-ce qu’il y a ? s’étonna-t-elle.

– Elle fait partie de ces rares personnes qui ne voient que le bon en moi, répondit Ethan.

– Alors, pourquoi l’as-tu laissée partir ?

– Parce qu’elle en avait besoin ? Je ne pouvais l’empêcher de rechercher ce qu’elle est. Ça aurait été mentir à ce que j’aurais aimé que quelqu’un fasse si j’étais à sa place.

– Si tu avais été à sa place ? s’étonna-t-elle.

– Je suis pansexuel, ça serait très mal placé de ma part de lui dire de ne pas essayer de comprendre sa sexualité.

– Depuis combien de temps, tu le sais ?

– Depuis presque dix ans, mais je ne l’ai compris qu’assez récemment.

– Du coup, ça veut dire ?

– Il faut que je te fasse un cours sur les sexualités ? demanda-t-il amusé.

– Je suis désolée, dit-elle posant à nouveau sa tête contre son torse.

– Je ne suis pas attiré par le sexe d’une personne, mais par la personne elle-même. Peu importe quel est ou sera son genre.

– Je crois que je comprends.

– Pourquoi il t’a quitté ? Ton copain ? demanda Ethan. »

Elle laissa quelques secondes de blanc. Ethan réussissait à comprendre et ressentir la détresse que vivait la femme avec qui il était.

« Il m’a dit que je n’étais plus assez intéressante à ses yeux, dit-elle. »

Ethan se mit à rire, un étrange rire nerveux qu’il n’arrivait pas à contrôler.

« Excuse-moi, ça m’a fait rire parce que ça m’a fait penser à une de mes mésaventures.

– Mésaventure ? s’étonna-t-elle relevant la tête.

– Tu sais, il ne m’arrive pas tous les jours de me faire entrainer par ma DRH pour coucher avec elle dans son bureau.

– Ah bon ? dit-elle amusée.

– Tu l’aimais vraiment, j’imagine ? reprit Ethan.

– J’étais folle de lui. Ça faisait presque cinq ans, mais j’avais envie que ça continue.

– S’il est parti, c’est qu’il n’a pas compris toute la valeur que tu peux avoir.

– Comment ça ? demanda la femme.

– C’est une autre façon de dire que c’est un connard, que tu mérites mieux.

– Même si je t’entraine dans une partie de jambes en l’air avec ta supérieure ?

– Ce genre d’aventure n’est pas un problème quand il n’y a pas d’autres personnes dans l’équation.

– Tu as raison. »

Elle resta quelques seconds fixés sur ses yeux, alors qu’Ethan n’avait jamais osé lui demander pourquoi ses pupilles semblaient difformes ou déchirées.

« Si elle revenait, tu la laisserais devenir à nouveau ta petite amie ? demanda-t-elle.

– Tu me demandes ça parce que tu veux prendre sa place ? demanda-t-il avec le sourire.

– Non, je le ferai seulement si je suis sûre que tu n’as aucune chance de te mettre en couple avec Hortense à nouveau.

– Je la laisserai revenir, je suis beaucoup trop attachée à elle.

– Alors je vais prier pour qu’elle revienne ! dit-elle se relevant du fauteuil. »

Cette phrase fit rire Ethan. Elle n’avait pas vraiment le sens auquel il s’attendait.

« Vraiment ? Tu ne veux pas prier pour m’avoir pour toi ? demanda-t-il.

– Je sais à quel point elle est attachée à toi. Et à vrai dire, je n’ai pas vraiment envie de casser ça.

– C’est peu commun, mais très honorable, fit Ethan. »

Depuis ce jour-là, Ethan apercevait souvent Amelie rôder dans l’atelier. Elle se retournait vers lui à chaque fois, pour lui sourire.

« Tu me traques ? demanda Ethan.

– Quoi ? Non, je passe dans l’atelier c’est tout. »

Cette fois, il s’était arrêté voir la femme alors qu’elle rentrait de sa pause déjeuner. Mais il restait quelque peu perplexe à ce qu’elle venait de lui répondre.

Mardi 12 novembre 2019.

« D’accord, peut-être que je rôde dans l’atelier dans le seul but de croiser ton sourire. Qu’est-ce que j’y peux si c’est la seule façon de rendre mes journées moins dures ?

– Tu aurais pu m’en parler, reprit Ethan, j’aurais trouvé des moments pour venir passer du temps avec toi.

– Mais je n’ai pas envie de te faire perdre du temps.

– Je ne perds jamais de temps à aider les autres. Tu veux qu’on aille boire un café après le taf ?

– Je veux bien…

– Très bien mademoiselle, je passe te chercher quand j’ai fini. »

Ils finirent leur journée et Ethan attendit la jeune femme à l’entrée du bâtiment. Durant ce temps, il reçut un message de la copine d’un ancien collègue de travail. Quelqu’un avec qui il travaillait au contrôle et avec qui il avait repris contact grâce à son frère, Frère qui avait invité le couple à plusieurs reprises.

« J’ai une bonne nouvelle à t’annoncer, je vais avoir les clés du local à Mende !

– Oh trop bien ! répondit Ethan. Tu les as quand ?

– Certainement début d’année prochaine, je te tiendrai au courant.

– D’accord 😁 »

« Ça t’arrive souvent d’attendre sur l’escalier comme ça ? demanda Christine qui s’en allait à son tour.

– Non ! J’attends quelqu’un, fit Ethan.

– Tu t’es remis avec Hortense ?

– Non, j’attends quelqu’un d’autre. Mais je garde ça pour moi.

– Tu ne veux plus me dire tes petits secrets comme avant ?

– C’est parce qu’on était à Paris ça Christine, répondit Ethan. Ça change les gens.

– Si tu le dis. Bonne soirée en tout cas.

– Toi aussi. »

Il attendit quinze minutes de plus, tous les autres étaient partis ou presque. Amelie sortit du bâtiment à son tour.

« Où est-ce qu’on va ? demanda Ethan.

– Tu me demandes où on va alors que c’est toi qui m’invites ? s’étonna la jeune femme. »

Ethan se releva, devant Amélie.

« C’est pas un rencard, fit Ethan. J’ai pas à choisir un lieu bien précis.

– C’est vrai que c’est pas un rencard. Mais on pourrait aller chez toi ? Non ?

– Si tu veux, répondit Ethan. »

Ils ont encore une fois couché ensemble une fois arrivé chez Ethan. Ce n’étaient pas les miaulements des chats qui avaient réussi à les perturber, mais bel et bien autre chose. Une sonnette. Il était dix-neuf heures passées et quelqu’un était venu rendre visite à Ethan.

« Tu attendais quelqu’un ? demanda Amélie encore dans le lit.

– Pas que je sache. Attends. »

Ethan ouvrit la fenêtre, vit John et Chloé qui attendaient derrière la porte.

« Oh ! Bien le bonjour.

– Qu’est-ce que tu branles ? Ça fait vingt minutes que je te spam et que tu réponds pas ! s’exclama John.

– J’ai dû laisser mon téléphone en vibreur. Je crois, dit-il, avec un sourire amusé.

– On a apporté à bouffer, tu nous ouvres ?

– Vous pouvez rentrer, c’est ouvert.

– Bien vu ! s’exclama John. »

Ethan referma la fenêtre, surpris et déconcerté.

« Tu veux que je m’en aille ? demanda Amélie après qu’il se soit retourné vers elle.

– Je ne te force pas. Ni à rester ni à partir.

– Je vais vous laisser, reprit-elle. »

Les deux se rhabillèrent, puis sortirent de la chambre, sous les yeux étonnés de Chloé. Ethan raccompagna la femme jusqu’à la porte.

« On se voit lundi ? demanda Amélie avant de l’embrasser.

– Je crois bien oui, répondit Ethan amusé.

– Sois sage ! Je suis censé prendre soin de temps en attendant, dit-elle en descendant les escaliers.

– Je ferai de mon mieux. »

Ethan referma la porte, accablé par les regards de ses deux amis.

« Quoi ? s’étonna Ethan.

– J’ai raté un train, je crois, fit Chloé.

– Même John n’est pas au courant de ça, personne ne l’est »

Ethan rejoignit la cuisine, pour se tirer une bière avec la tireuse que lui avait offerte son cousin pour le Nouvel An qui arrivait.

« Comment ça pas au courant ? demanda John. Personne ne sait que tu sors avec quelqu’un d’autre ?

– Vous êtes au courant que je ne suis plus avec Hortense. Mais je ne vous ai rien dit de ce qu’il s’est passé après. Je me suis un peu coupé du monde depuis.

– Comme d’hab quoi, répliqua John.

– Du coup ? Qui est cette personne qui est supposée prendre soin de toi ? demanda Chloé.

– Ma RH, répondit Ethan. »

Il avait estomaqué ses deux amis. Aucun ne s’attendait à ce qu’il dise cela. Ils connaissaient Ethan pour ses non-compétences sociales.

« Ta RH ? Tu viens vraiment de coucher avec ta RH ? J’suis fou où ? demanda John.

– C’est la deuxième fois, répondit-il amusé.

– Quoi ? fit John qui en recrachait presque sa bière.

– C’était un vendredi soir où j’ai fait des heures sup. Elle est venue me voir, m’a embrassé et m’a demandé de passer dans son bureau.

– T’as fait ça dans son bureau en plus ? Ah bah bravo ! s’exclama Chloé.

– C’était assez grisant d’ailleurs. Le pouvoir de coucher avec sa RH…

– Mais pourquoi ? Genre, ça lui a pris parce que tu t’es séparé d’Hortense ?

– En gros oui. Elle s’est fait larguer par son copain, moi aussi. Elle a passé beaucoup de temps à écouter Hortense et tous les discours sur moi qu’elle lui a faits. Et elle m’a sensiblement sautée dessus.

– Et Hortense ? Tu espères toujours qu’elle reviendra ? demanda John.

– J’aimerai bien ouais. Mais je suis pas avec Amélie. Je ne fais que coucher avec elle.

– Et ta RH est d’accord avec ça ? s’étonna Chloé.

– Tu vois bien que c’est elle qui lui a sauté dessus. Elle est forcément d’accord avec ça, répliqua John. »

Chapitre 14 : That we made Together

Depuis son embauche à Mende, Flora avait pris un appartement dans le centre-ville. Un joli T3 dans une maison quelque peu rustique, mais non sans charme.

Vendredi 22 novembre 2019.

Flora envoya un message à Ethan, quelque chose qui ressemblait à ça.

« Toi, moi, chez moi. Un petit rendez-vous amoureux comme on n’en a pas fait depuis longtemps. Je m’occupe de la bouffe. »

Alors Ethan alla la rejoindre après son travail, enfin, plutôt vers les six heures et demie.

« T’aurais pu arriver avant quand même, lui dit-elle.

– Tu ne m’en voudras pas d’avoir pris une douche avant de venir quand même ? demanda Ethan.

– Prendre une douche ? Ou ta DRH ? »

Ethan s’arrêta net. Il savait que cette information viendrait aux oreilles de Flora, mais pas qu’elle le lui retournerait comme un puissant parpaing.

« C’est John qui t’a raconté que je couche avec Amélie ?

– Non ! C’est sa copine.

– Tiens donc, tu t’attaches à une fille comme amie toi. Étonnant.

– C’est donc comme ça que notre histoire finit ? dit-elle venant devant lui. Je ne te suffis plus dans un lit ?

– Tu exagères Flora, dit-il dépité.

– C’est possible. Mais tu aurais pu me dire que tu couchais avec elle !

– Tu sais bien comment je suis. On s’est séparé avec Hortense et je me suis enfermé dans ma bulle.

– Une petite bulle qui paraissait plus agréable quand elle était là ?

– Ouais, j’avais l’impression de revivre avec Mélissa, c’était assez incroyable, dit-il.

– Alors pourquoi tu l’as laissé partir ?

– Tu aurais aimé que quelqu’un te retienne en couple à la période où ta transition sexuelle est arrivée ?

– Je crois que j’aurais tué cette personne.

– Et moi j’en ai voulu au seul mec qui n’a pas réussi à comprendre que j’éprouvais toujours plus de sentiments pour les femmes que les hommes, dit-il posant son pack de bière sur la table.

– Tu l’as laissée partir parce que tu ne voulais pas qu’elle souffre, ou que tu souffres. Après tout, tant que la petite blonde éponge tes besoins.

– Comment tu sais qu’elle est blonde ? s’étonna Ethan.

– John me dit beaucoup de choses aussi, répondit Flora.

– Pas étonnant.

– Cependant, tu ne pourras nier le fait que je suis une bonne cuisinière. Je nous ai préparé un risotto, sur une recette de ma mère.

– Si tu cuisines aussi bien qu’elle ça devrait bien se passer, dit-il avant de s’asseoir. Depuis quand tu es de nouveau brune, toi d’ailleurs ?

– Pas longtemps, dit-elle avant de s’asseoir à son tour. J’ai eu envie de changer de couleur comme ça. Pourquoi ? Tu trouves que ça ne me va pas ?

– Si, répondit-il avec le sourire, ça te va très bien.

– T’as encore la photo que tu avais prise après l’arrestation de mon père ?

– J’ai encore cette photo ouais.

– Tu veux pas la supprimer ?

– C’est mort, répondit-il avec le sourire.

– Allez ! S’il te plait !

– C’est mort. Jamais je supprime cette photo. »

Le repas avança, Ethan et Flora ont passé tout le temps à jouer de leurs regards, de leurs sourires, des attentions qu’ils tournaient l’un vers l’autre. Ils s’installèrent sur le canapé, dans un vieux fauteuil qui devait arriver sur ses soixante ans.

« Y’à quelque chose qui va pas Flora, n’est-ce pas ? demanda Ethan. C’est pour ça que tu m’as demandé de venir ?

– Pourquoi tu arrives toujours à me lire alors que je ne te dis rien ?

– Parce que j’ai toujours l’impression que tu réagis de la même manière que moi. Quand quelque chose ne va pas, tu le caches, tu te caches, et tu les laisses les autres avancer sans toi.

– Et toi tu arrives avec tes grands sabots. Et tu me fais, bouge-toi ! lui dit-elle.

– Jamais je te pousse à faire quelque chose que tu ne veux pas. Je sais qu’est-ce que c’est de se faire repousser et de trembler à cause de l’anxiété. »

Elle quitta le regard du garçon pendant quelques secondes, avant de le regarder à nouveau.

« Je suis toujours aussi nulle pour draguer… lui dit-elle.

– Si tu étais la seule, ça serait un vrai problème.

– Mais toi ça compte pas ! Regarde-toi, toutes les filles avec qui tu as été sont venues te voir avant que vous sortiez ensemble.

– Mais toi jamais ? Pourtant, je me souviens de toi, les yeux brillants devant Laura, alors qu’elle n’arrivait pas à cacher sa timidité devant toi.

– C’était il y a six ans Ethan.

– Et un peu plus que je te connais. Je vais t’aider. On peut essayer de faire un double rencard, un truc du genre.

– Tu te sens prêt à Charo n’importe qui juste parce que tu veux m’aider à draguer ?

– Rien ne m’empêche de faire venir quelqu’un que je connais et de lui faire jouer le jeu, fit Ethan.

– Comme ta RH ?

– Sinon je te présente ma RH. J’ai rien qui ne me prouve qu’elle ne s’intéresse qu’aux hommes. »

Cette phrase avait fait rire Flora, comme souvent. Ethan réussissait toujours à lui donner le sourire.

« Tu veux vraiment faire ça ? demanda Flora.

– Ouais, j’ai envie d’essayer. Je suis toujours là pour essayer de t’aider. Rien ne sera aussi dur que d’aller dénoncer ton père, tu sais ?

– Je sais oui… Tu n’as pas besoin d’en faire autant pour moi, lui dit-elle.

– Si, tu l’as fait avec moi. Tu m’as donné toute la confiance que je n’avais pas quand j’ai commencé à m’intéresser à Mélissa. Puis tu m’as empêché de me dire que notre histoire n’avait aucun sens, empêché de ne pas aller la voir parce que j’étais rongé par l’anxiété. Tu m’as toujours poussé vers le haut, comme j’ai toujours essayé de le faire. Pour l’instant, c’était beaucoup moins tourné vers ta vie sentimentale. Mais ça peut le devenir. »

Ethan avait pris la main de Flora dans la sienne, alors qu’elle laissait son regard s’en aller sur ces lignes de textes qu’il avait de tatoué sur l’avant-bras.

« Je croyais que tu ne voulais pas te faire tatouer, me dit-elle.

– Tu parles de celui-là ? dit-il montrant son avant-bras droit. Je ne t’ai jamais parlé de lui, mais Axel ne m’a pas laissé sans traces.

– Le garçon que je n’ai jamais connu ?

– Lui-même, dit-il.

– Même aujourd’hui tu as encore du mal à en parler, non ?

– Je me suis fait tatouer ça parce que j’étais incapable d’éloigner la haine de tous les souvenirs que j’avais avec lui. Et j’étais incapable de supprimer de ma tête tous les souvenirs qu’il avait créé. Tout était devenu malsain, notre relation, mon cerveau, mes souvenirs, ma haine…

– Est-ce qu’elle ressemblait à celle que tu m’as montré quelquefois quand j’évoquais mon père ? »

Ethan laissa un temps de blanc. Aucun des souvenirs qu’allait chercher Flora n’était en bon état dans la tête d’Ethan. Tous deux recherchaient une certaine colère qu’il repoussait, une colère qui l’avait mené à frapper son chef avec un poing ensanglanté.

« Je crois… Je pense que c’est pire que ça maintenant, reprit-il.

– Est-ce que tu crois… Qu’un jour on se côtoiera toi et moi, mais pour des choses et des instants qui ne sont pas les pires moments de nos vies ?

– J’en ai bien l’intention oui, répondit-il souriant. Il y aura un jour où nous arrêterons d’aller chercher l’attention de l’autre parce que l’on en a besoin. Je te le promets. »

Après cela, arriva encore un Nouvel An. Un réveillon où ils s’entassaient à sept chez Ethan. Ou encore une fois, Alex, John, Chloé étaient venus. Mais avaient été rajoutés Patrick, Max et Flora. Cette nouvelle année fut très légère pour Ethan, quoique trop alcoolisée. Tout son temps perdu, il le passait avec Flora, parce que c’était comme ça que ça se passait avant, l’un toujours présent pour l’autre. Ethan retournait au travail pour le jour de son anniversaire.

Lundi 6 janvier 2020.

Quelque chose avait laissé Ethan perplexe, si on en oublie le nombre de personnes à lui avoir dit : ah, mais c’est ton anniversaire ? Il manquait quelqu’un dans l’atelier. Ethan interpella Amelie qu’il n’avait pas vue depuis fin novembre où il avait posé des congés pour la fin de l’année.

« Tu n’as pas vu Hortense ? demanda Ethan.

– Elle a posé une semaine de congé, répondit-elle. Elle me l’a demandé hier.

– D’accord.

– Y’a quelque chose qui va pas Ethan ? demanda-t-elle quelques secondes après. Viens avec moi. »

Il suivit la RH jusqu’à son bureau qu’il connaissait étrangement bien. Il referma la porte derrière lui.

« Tu penses encore à elle, c’est ça ? demanda Amelie.

– Oui effectivement, mais c’est pas vraiment ça qui me pose problème.

– Quoi d’autre alors ?

– J’ai envie de partir.

– Partir ? Tu veux démissionner ? s’étonna-t-elle.

– Tu imagines bien que je poserai pas une démission, mais oui. Il faut que je parte d’ici.

– J’ai le droit de savoir pourquoi ? Même si je te pose cette question en tant qu’amie et DRH.

– Vous, enfin, l’ensemble de l’entité créez une atmosphère anxiogène que je n’ai pas envie de continuer à supporter. J’ai besoin d’air, et j’ai besoin de temps.

– D’accord. Je pense que je peux comprendre. J’ai du mal à me rendre compte de la manière dont les chefs gèrent leurs équipes, dans l’idée où je n’ai aucune main là-dessus. Mais… Tu as une idée de la date à laquelle tu souhaiteras partir ?

– Juin, répondit Ethan.

– D’accord. Je m’occupe de faire les papiers, et je gère avec Christophe s’il refuse la rupture.

– Merci, reprit-il avec le sourire. »

Il retourna dans l’atelier, continuer le contrôle sur planche qu’il avait commencé. Corine vint le rejoindre un peu plus tard.

« Il parait que tu couches avec la DRH ?

– Effectivement oui, répondit-il. »

Il y avait quelque chose de perturbant dans l’indiscrétion qu’avait Corine avec Ethan. C’était le cas depuis qu’il travaillait ici, mais jamais elle n’était venue pour lui parler de chose qui pouvait les mettre mal à l’aise. Sa voix calme respirait une étrange bienveillance à laquelle Ethan aspirait depuis quelque temps.

« Si tu m’en parles, j’imagine que c’est parce que toute la boite est au courant.

– Disons que c’est parti d’une rumeur… dit-elle.

– Qui a fini en vérité comme à chaque fois. J’en ai marre de cette boite.

– Je crois qu’on est beaucoup dans ce cas.

– Je m’en vais de toute façon.

– Ah bon ? Tu m’abandonnes comme ça ?

– Je sais, dit-il riant. Il y aurait des tas de gens intéressants à sauver ici. Mais j’ai arrêté de vouloir sauver les autres. Il est temps que je prenne soin de moi.

– J’espère qu’au moins tu t’amuses avec elle, reprit la femme. »

Ethan retourna son regard sur elle, puis ils éclatèrent de rire, sous les yeux perplexes de leurs chefs d’équipe.

« Je ne m’amuse pas avec ses sentiments. Mais elle n’est pas une personne sans intérêts, si tu vois ce que je veux dire.

– Je vois très bien oui, répondit-elle. »

Ethan se souvenait d’Helena qui lui parlait de ses crises d’angoisse. Et, jusqu’au jour où elle les lui avait évoquées, il n’avait jamais expérimenté ceci. Mais quelque temps plus tard, vint ce soir où son cœur battait trop fort, l’empêcha de dormir. Il l’a fait paniquer, et s’est mis à battre plus vite encore. Sa crise devenait une spirale qui réussit à se calmer d’elle-même relativement facilement. Depuis ce jour-là, il en a fait d’autres des crises d’angoisses, toujours courtes, mais lancées par son anxiété. Mais pas celle-là.

Jeudi 9 janvier 2020.

Je suis sorti en panique de l’atelier quand ma respiration devenait trop compliquée. Depuis le matin, des tas de choses me traversaient l’esprit. Rien ne s’arrêtait, tout se posait ici, cassait tout ce que je pensais, laissaient mon cerveau en vrac. Puis mon cœur s’est emballé, et ma respiration aussi. Quelqu’un m’avait aperçu dehors, assit sur les escaliers.

« Ethan, est-ce que ça va ? »

Je me suis retourné vers Amelie, les yeux rougis par les larmes de ma panique.

« Pas vraiment…

– Je vais aller voir Christophe, reprit-elle. Je vais lui dire que je m’en vais et je m’occupe de te dépointer. »

Ethan alla récupérer ses affaires, ignorant totalement l’existence de tous ceux qui essayer de comprendre ce qui venait de lui arriver. Il remit tout dans sa voiture et retourna attendre la demoiselle vers les escaliers. Amelie descendit les escaliers, tendit un une cigarette à Ethan, qu’il ne refusa pas. La fille lui alluma sa cigarette avant d’allumer la sienne.

« Depuis quand tu fumes ? demanda Ethan.

– Je pourrais te poser la même question ! s’exclama-t-elle.

– Ça faisait longtemps que je n’avais pas touché à une cigarette.

– Et tu vas m’accuser de te faire recommencer ?

– Non, ça n’arrivera pas, dit-il.

– Tu veux qu’on aille chez toi ?

– Si tu veux oui. »

Ils se retrouvèrent chez Ethan, alors qu’il s’étala sur son canapé, épuisé par sa crise. Olgrim, son grand chat roux se rapprocha de lui.

« Qu’est-ce qu’il y a ? Tu viens me servir d’éponge émotionnelle ?

– Pourquoi avoir pris autant de chats ? demanda Amelie.

– Pour avoir toute la compagnie que je ne veux obtenir des humains. »

La fille vint aux pieds d’Ethan, le regardant d’au-dessus.

« Tu te moques de moi ? demanda la femme.

– Pas du tout, je déteste les humains. Moins j’en vois mieux je me porte.

– Alors tes chats sont mieux que moi ? demanda-t-elle. »

Ethan se mit à rire doucement. Quelques souvenirs lui revinrent en tête.

« Non, je pense que c’est pareil, répondit-il.

– Comment tu te sens ?

– Ça va, répondit Ethan. Je me sens essoufflé, mais ça peut aller.

– Tu veux aller te reposer ?

– Ouais, je pense, dit-il avant de se lever.

– Tu veux que je vienne avec toi ?

– Si tu en as envie oui. »

La petite aiguille ajouta trois heures, arriva à dix-huit heures, Ethan se réveilla seul dans le lit. Il prit son peignoir et sortit de la chambre. Il aperçut sa collègue assise sur le canapé entourée des chats.

« C’est vrai qu’ils sont gentils, dit-elle.

– Ça, c’est ce qu’ils essaient de te faire croire, répondit-il avec le sourire. »

Ethan vint s’installer à côté d’elle, Opale vint se poser sur ses genoux quelques secondes plus tard.

« Ça va mieux ? demanda Amelie.

– Ouais, ça va un peu mieux, dit-il la regardant avec le sourire.

– J’ai pris le temps de faire à manger. Il y a un gratin qui cuit dans le four.

– Tu n’es pas obligée d’en faire autant pour moi.

– Je sais, mais, je me sens bien à t’aider.

– Tu vas regretter si Hortense revient vers moi ? demanda-t-il après quelques secondes.

– Regretter tout ce que j’ai fait ?

– Notamment oui.

– J’essaie de ne pas avoir de sentiments pour toi, mais je crois que c’est trop tard… Mais je respecterai ce que je t’ai dit. Si elle revient, je vous laisserai.

– Je suis désolé… dit-il doucement. J’aurais peut-être dû refuser toutes les fois où l’on s’est vu pour t’en empêcher.

– Non, reprit-elle. Je me suis poussé inconsciemment à te regarder quand je passais dans l’atelier, et à venir juste pour te croiser. J’ai cherché à avoir des sentiments pour toi. Mais ne t’en fais pas, j’attendrais qu’il se passe à nouveau quelque chose entre vous. »

Ground control, What do the books say about this one now?
Now, I think we’ve, lost it all

There’s nothing to explain, The distances any more
All systems are critical
Can’t find my way back to you
Feels like there’s nowhere to go
Oh, oh, I’m, Just out here waiting for you
You say, don’t be afraid, no
If you start floating away

Hey, I promise you that we’ll be fine
Got, the universe on your side
When, you’re out in space
Don’t you be afraid
No, if you start floating away

Checkin’ in, Three hundred days with no reply now
I think I’ve, lost my mind
There’s nothing keepin’ me, From goin’ outside anymore

My systems are critical
Gotta find my way back to you
Feels like I’m drifting at all
All, all, I’m, Just out here wishin’ that you
Would say, don’t be afraid, no
If you start floating away

Hey, I promise you that we’ll be fine
Got, the universe on your side
When, you’re out in space
Don’t you be afraid
No, if you start floating away

We gotta make contact, To make it out
We gotta make contact, To make it
We gotta make up time, To make it out

If you start floating away
Hey, I promise you that we’ll be fine
Got, the universe on your side
When, you’re out in space
Don’t you be afraid
No, if you start floating away
Don’t you be afraid, no
No, if you start floating away
-- All Time Low | Ground Control --

La soirée s’en alla, la neige passa quelques heures à faire blanchir les routes et la terre dehors. Ethan et Amelie passèrent la nuit ensemble, encore. Puis le soleil se leva, mais le réveil d’Ethan n’avait pas sonné. Il se réveilla seul dans le lit, avec une note posée sur son téléphone.

« J’ai coupé ton alarme, je m’occupe de ton absence, ne t’en fais pas. Prends soin de toi. Beaucoup de personnes comptent sur ta santé et ta force. »

Alors Ethan s’appliqua, se leva alors qu’il était un peu plus de neuf heures. Et la journée s’en alla, malgré la légère faiblesse mentale qui l’incombait. Il aurait préféré la compagnie d’Amelie encore ce jour-là. Mais les choses ont changé. Les choses vont changer…

Altar n°7 : A Million Pieces

« Je vois bien qu’il y a quelque chose qui va pas, fit Raphaëlle. Explique-moi.

– Je suis pas amoureuse de Lena, répondis-je. »

Cette conversation avec Raphaëlle, je l’ai eue samedi. Elle voyait quelque chose que j’essayais de fuir inconsciemment. Mais je ne voulais pas m’en rendre compte.

« Bah alors ? Quitte-la ! Retourne avec Ethan.

– Non ! m’exclamais-je. Je… Jamais il voudra me laisser revenir. Regarde, je l’ai laissée tomber, pensant que j’avais des sentiments pour les femmes. Mais je me trompais depuis le début.

– Et tu crois qu’il ne le comprendra pas ?

– Je ne crois pas…

– Tu sais Hortense. Je ne le connais pourtant pas vraiment Ethan. Mais tous les longs messages que tu m’as laissés, ou les conversations que l’on a eues toutes les deux à propos de lui. Je suis persuadé qu’il est assez ouvert d’esprit pour te laisser à nouveau de la place.

– Mais ça ne sera jamais pareil ! Il a certainement trouvé quelqu’un, quelqu’un qui va pas le jeter… »

Quelque chose tremblait en moi, quelque chose perdait le contrôle et je ne savais pas comment y remédier. Raphaëlle vint me serrer dans ses bras alors que j’avais l’impression que j’allais m’effondrer.

« Ça va bien se passer Hortense, fais-moi confiance »

Je suis retourné chez Lena pour passer la nuit. Nous avons dormi ensemble. Mais quelque chose me forçait à tourner dans le lit, sans jamais trouver le sommeil. Elle était endormie, mais moi, je n’y arrivais pas. Mon cerveau paniquait de ne pas dormir, mon cœur s’emballait à ne pas réussir à stopper toutes ces idées qui volaient dans ma tête. Vint ensuite le coup de chaud, la respiration qui se bloque. Je me suis levée en panique, j’ai quitté la chambre puis je suis sortie. Il faisait froid et je ne m’étais pas habillée. J’avais beaucoup trop chaud et j’avais perdu le contrôle de mon corps. Je suis resté quelques minutes dehors, le temps que tout se calme. Quand je suis rentrée, ma compagne m’attendait en peignoir, adossée à la porte de la chambre.

« Qu’est-ce qu’il s’est passé ? demanda-t-elle.

– Je crois que j’ai fait une crise d’angoisse, lui dis-je.

– Une crise d’angoisse ? »

Je suis allé m’asseoir sur le canapé. Lena est venue me rejoindre.

« Tu en fais souvent ? demanda Lena.

– Pas vraiment… C’est la première fois, je crois.

– Je ne sais pas…

– Je ne suis pas amoureuse de toi… lui dis-je. J’ai passé ma nuit à me demander si j’avais vraiment des sentiments pour toi, ou si s’il y avait toujours quelque chose qui m’en empêchait.

– Tu ne peux pas me dire ça comme ça… dit-elle semblant avoir des larmes qui montaient.

– Je suis désolée, lui dis-je la regardant, mais je ne peux pas… »

Je me suis relevée, puis j’ai pris la direction de la chambre pour reprendre mes affaires. Lorsque je suis sorti, je l’ai vue, en pleurs sur le canapé. J’ai hésité à aller la voir, mais je lui aurais fait encore plus de mal.

Je suis rentrée chez moi. Sur le trajet, j’ai appelé Raphaëlle.

« Hortense ? Mais t’as vu l’heure qu’il est ? s’étonna Raphaëlle.

– Je viens de quitter Lena. Je tenais à te le dire.

– Quoi ? Mais, attends, quoi ?

– Je sais il est trois heures du matin, mais je te rappelle que tu m’as déjà fait un coup pareil.

– Oui, je sais. Et elle, qu’est-ce qu’elle t’a dit ?

– Je crois qu’elle me déteste, répondis-je.

– Ça se comprend. Tu vas rappeler Ethan ?

– Pas aujourd’hui, mais je vais le faire oui.

– Ça va ? Pas trop dérangée de l’avoir laissée seule ?

– Non, ça va. J’ai fait une crise d’angoisse avant de lui avouer.

– Quoi ? Mais tu m’as pas dit ça ! s’exclama-t-elle.

– Je sais, répondis-je. Mais ça va mieux maintenant, je te le promets. »

J’avais besoin de changer des choses, alors j’ai pris une semaine de congés, puis j’ai rendu visite à quelqu’un.

You know that I’ma miss you so bad
I’m leaving but I ain’t sad yet
You tell me it’ll go fast
And you’ll be here when I get back

But what if it’s the last time, the last night
We say goodbye, But I can’t fight the panic
If I’m fine, then why do I say?

I never wanna leave my home anymore, home anymore
I never wanna leave my home anymore, home anymore, yeah

If I should never leave just tell me
And you can find me back on my street
’Cause I know that you’ll be lonely
And I don’t like when you’re without me

’Cause what if this the last time, the last night
We say goodbye, But I can’t fight the panic
If I’m fine then why do I say?

I never wanna leave my home anymore, home anymore
I never wanna leave my home anymore, home anymore, yeah
’Cause lately, I’m feeling like I need, You and me to hang around
I never wanna leave my home anymore, home anymore
-- Point North | Distant --

Vendredi 10 janvier 2020.

Qu’ai-je raté ? Hortense qui perd pied ? Ethan qui s’effondre encore ? Mais vous savez, cette histoire n’a pas été écrite pour voir des gens heureux. Quoi que…

Il était dix-huit heures, à peine plus. Ethan s’est laissé aller toute la journée, installé sur son canapé à jouer. Cette tirade rime presque tout du long et pourtant elle n’a rien de voulu. Alors qu’il restait perdu dans l’environnement virtuel auquel il jouait, un autre s’agita pour rejoindre la porte d’entrée.

« Qu’est-ce qu’il y a les enfants, c’est pas l’heure de manger, vous savez ? »

Et ses chats miaulaient devant la porte, sans qu’Ethan ne s’y intéresse. Pourtant, ces petites créatures n’avaient pas pour habitude de coller la porte lorsque ce sont des inconnus qui venaient s’en approcher. Alors, après quelques secondes, Ethan se tourna vers la baie vitrée pour regarder les chats. Il aperçut quelqu’un dehors, une silhouette féminine qui lui paraissait commune, mais qu’il ne reconnaissait pas. Il se leva, s’approcha de la porte, toujours sous le son des miaulements de ses quatre chats et de ses talons sur le carrelage. Il ouvrit la porte, et la personne se retourna.

« Salut Ethan, dit-elle.

– Hortense ? »

Il n’avait pas reconnu la demoiselle, qui se présenta dans un style qui n’était pas le sien.

« Je peux entrer ? demanda-t-elle ?

– Oui, je… Oui. »

Ethan perdait ses mots. Quelque peu amusant pour un auteur. Il laissa entrer la fille, qui alla jusqu’au bar et se retourna vers lui. Olgrim s’empressa d’y monter pour s’approcher de la demoiselle et renifler ses vêtements.

« Je ne m’attendais pas à ce que tu viennes me voir… fit Ethan.

– Je viens te demander quelque chose, tu as le droit de refuser. Si c’est le cas, je repartirai.

– Dis-moi, je te répondrais.

– J’aimerais que tu prennes ton plus beau costume, et que tu me suives.

– C’est étrange comme requête, reprit Ethan.

– Je sais, dit-elle, c’est pour ça que tu as le droit de refuser. »

Ethan hésita quelques secondes, puis alla dans sa chambre. Un léger sourire se dessina sur les lèvres de la femme, qui s’amusait de la joie qu’exprimaient les chats de son retour. Ethan ressortit cinq minutes plus tard, sous les yeux non sans intérêt d’Hortense.

« Tu m’as caché cette partie de ton style ! s’exclama-t-elle.

– Ce n’est pas un style que j’ai l’habitude de porter. Ça reste trop commun, dit-il. »

Il portait un blazer bleu marine, accompagné d’une chemise blanche. Un chino noir et ses chaussures en cuir noir qu’il amenait partout.

« Alors ? Où est-ce qu’on va ? demanda-t-il.

– Ça, c’est une surprise ! »

Ethan attrapa sa veste en cuir, puis se laissa guider par la demoiselle jusqu’à sa voiture. Elle l’amena jusqu’à la Croix de Saint-Privat, qui surplombait Mende depuis un de ses flancs. Elle sortit de la voiture, puis lui tendit la main lorsqu’il sortit à son tour. Ethan hésita une seconde et prit sa main. La fille les fit avancer vers le monument, alors qu’il s’y était installé un étrange restaurant. Hortense lui fit signe de s’assoir à la seule table qui s’y tenait. Elle y prit place, elle aussi, en face d’Ethan.

« J’ai raté quelque chose, c’est ça ? demanda Ethan.

– Non, c’est moi qui ai raté ton anniversaire, répondit-elle. »

Ethan se mit à rire, posant sa tête sur sa main, accoudée à la table.

« Et tu avais besoin d’en faire autant juste pour mon anniversaire ? demanda-t-il.

– Bah quoi ? Ça se fête vingt-six ans, non ?

– Il y a quelque chose d’autre Hortense, je le sens…

– Est-ce que l’on peut juste laisser passer le repas ? Et on prendra le temps de parler après ?

– D’accord, répondit Ethan. »

Le garçon fut surpris de voir sortir de la tente qui semblait servir de cuisine, David. Cette ancienne connaissance qu’il avait recroisée au restaurant le jour de son premier rencard avec Hortense. Le serveur leur apporta deux bières, et une entrée. Il n’y avait pas de choix, mais cette cuisine ressemblait étrangement à celle qu’ils servaient à l’Hôtel de France. Le repas avança, alors qu’Hortense et Ethan admiraient la vue que l’endroit donnait de la ville qu’ils côtoyaient. Ethan passait beaucoup de temps à laisser aller son regard sur la fille qui se tenait en face de lui, Hortense en faisait de même.

« Quelque chose me taraude l’esprit depuis tout à l’heure, fit Ethan.

– Quoi donc ?

– Que t’est-il arrivé pour changer autant ? Te faire teindre les cheveux, changer le maquillage que tu portes habituellement ? »

Hortense sourit, mais ce sourire était gêné. Elle ne s’attendait pas à ce qu’Ethan l’interroge à cet instant sur ces changements.

« Il y a pas mal de choses qui se sont passées depuis que nous nous sommes séparés, Ethan.

– Tu veux m’en parler ? Ou tu veux que j’épilogue sur ma vie avant ?

– Je veux bien que tu me parles de toi… dit-elle.

– Très bien ! Qu’est-ce que je peux te raconter d’important ? J’ai des déconvenues avec mon frère. Il se passe des choses entre lui et sa femme et ces histoires font trembler toutes les personnes qui gravitent autour d’eux. Le reste de ma vie est plutôt tranquille.

– Plutôt tranquille ? demanda-t-elle amusée.

– Tu parles du fait que j’ai couché avec Amelie ? C’est une histoire singulière, ça…

– Je ne pensais pas qu’elle viendrait vers toi comme ça quand je lui ai demandé de prendre soin de toi.

– Tout s’est forcé après sa séparation, il me semble.

– C’est ce qu’elle m’a dit oui.

– C’est elle qui te l’a dit ? Que nous ayons couché ensemble ? demanda Ethan.

– C’est elle oui.

– Et ? Qu’est-ce que tu en as pensé ?

– Cela ne m’a pas laissé sans traces, mais je me doutais qu’il y aurait quelqu’un qui viendrait prendre ma place, dit-elle.

– Et toi ? demanda Ethan. Qu’est-ce qu’il t’est arrivé depuis ce temps ? »

Le sourire d’Hortense s’en alla, elle baissa son regard. Ethan ignorait toutes les raisons de cette soirée, et tout ce qui avait traversé l’esprit de la fille.

« J’ai croisé des personnes, j’ai couché avec des filles, je suis sortie avec des filles. C’était grisant au début, puis plaisant ensuite. Je suis sorti avec une fille, qui s’appelle Lena. Je me sentais bien avec elle. Enfin…

– Il s’est passé quelque chose ? demanda Ethan.

– J’ai voulu lui donner tout l’amour que j’avais à donner et pourtant… Je continuais à penser à toi. Ma relation avec elle était super, jusqu’au jour où je me suis rendu compte que je n’avais pas de sentiments pour elle, mais j’en avais toujours pour toi. »

Elle posa sa cuillère dans son assiette, puis se leva pour rejoindre la rambarde. Ethan se releva, s’approcha de la demoiselle.

« Hortense ? »

Elle se retourna et aperçut Ethan qui lui tendait ses bras. Elle s’approcha de lui et vint se serrer contre lui. Il ressentait à nouveau la force qu’elle mettait pour se tenir contre lui, ses bras autour de son cou. David vint poser deux cloches sur les assiettes des deux amoureux, et s’arrêta une seconde pour les regarder. Il n’espérait qu’une chose, que la raison de sa venue se réalise.

I took you like a thief
A pinch that doesn’t leave
It’s like ice cubes grinding at your front teeth
And I miss you while you talk
It’s a comforting sense of shock
Feels like silver caught inside a toaster

And I wish I was just as strong
As I make myself out to be

I’m twisting my words to appear like, This doesn’t burn ’em
Staring at the sun, papercuts are in my eyes
Shrinking our worth, mixing fiction
With crime like a substance
I’m addicted to, Diving into the salt tides

A fever that I’ll never break
’Cause I keep pushing pills away
Just to see my body shake
Expensive red wine, I hate the taste
And how the slightest spoon will stain
I drink with you anyway
-- Stand Atlantic | Toothpick --

« J’ai vraiment l’impression d’avoir joué avec toi, d’avoir joué avec ton cœur… dit-elle.

– Parce que tu as voulu savoir si tu avais raison d’avoir ses sentiments pour d’autres personnes ? Si j’avais l’impression que tu jouais avec mon cœur, tu crois que je t’aurais accompagné ? »

Hortense releva la tête vers Ethan, les yeux chargés de quelques larmes.

« Je n’ai pas réussi à te sortir de ma tête, reprit Ethan. Tout le temps je pensais à toi.

– Même avec Amelie ? demanda-t-elle en riant.

– Même avec elle oui.

– Alors, tu veux qu’on essaie encore une fois ? Une troisième ? On dit jamais deux sans trois, mais c’est un peu bête parfois…

– Je veux bien qu’on essaie oui, dit-il avec le sourire. »

Un sourire qui fit renaitre celui de la fille. Hortense resta quelque minute blottie contre Ethan, le temps que ses larmes sèchent. Puis elle desserra ses bras pour rejoindre la rambarde à nouveau.

Je dois vous parler de cette scène, en dessous de la croix. Elle dessine une grande place, faite de terre et de pierres. La grande dame de fer se faisait accompagner d’une antenne téléphonique. Aujourd’hui avait été rajoutée cette estrade, où se posait la table sur laquelle les deux amoureux ont mangé. À ses côtés, cette tente dans laquelle David s’occupait du repas, déjà cuisiné à l’avance. Juste en dessous du pied de la grande croix, une petite cabane de bois, qui avait été installé pour l’occasion. Beaucoup de choses avaient été prévues pour une simple soirée.

Ethan se laissa le temps d’admirer la fille s’en aller, observer sa tenue qu’il n’avait jamais vue sur elle.

« Alors, tout ce changement, c’est pour moi ou à cause de moi ? demanda Ethan.

– J’avais besoin de changer des choses, me sentir différente. Pourquoi ? Ça ne te plait pas ?

– Je te trouve très jolie, vraiment très jolie. »

Ethan se souvint d’un instant, un moment figé dans le temps. Il se souvint de cette nuit, accompagné de Noa. Devant lui, menant la file d’étudiants trop alcoolisée, il y avait Mélissa. C’était le premier soir où ils se sont revus, et Ethan n’avait jamais laissé partir cet instant. La fille à la jupe noire. Ethan se laissait porter par le dessin de son ombre sur les pavés du quartier, et par l’attention infinie qu’il avait pour elle.

Mais à cet instant, quelque chose d’autre lui revenait en tête…

Vendredi 22 novembre 2019.

« Tu penses encore à elle ? demanda Flora.

– À elle ? Qui donc ?

– Melissa… »

Ethan ne répondit pas tout de suite, mais Flora connaissait certainement déjà la réponse à cette question. « Tout le temps », répondit le jeune homme, la voix serrée. Personne jusqu’ici n’avait réussi à remplacer Mélissa dans la tête d’Ethan. Quelque chose était différent avec elle. Peut-être parce qu’elle l’était, différente, singulière. Elle dégageait une énergie, une magie, une force de vivre que même Flora n’avait pas. Elle était singulière, elle était celle qui avait laissé Ethan en paix, pour la première fois.

« Il ne se passe pas un jour sans que je pense à elle. Elle… Personne n’avait le droit de lui ôter la vie, personne n’avait le droit de détruire ce qu’elle était, reprit Ethan.

– C’est pour ça que tout a changé après ? Parce qu’on t’avait retiré Mélissa ?

– Parce qu’il m’avait retiré la seule personne qui me donnait l’impression d’être en paix, qui chassait les démons qui collent à ma peau.

– Quand t’es-tu rendu compte qu’elle avait pris autant de place dans ton cœur ? demanda la fille.

– Le jour où je l’ai revu. Je me revois dans cette rue, accompagné de quelques des personnes avec qui j’avais passé la soirée. Elle était venue me faire la bise lorsqu’elle est arrivée, toute légère, comme elle savait si bien le faire. Mais lorsque nous sommes sortis, j’avais l’impression qu’il y avait que nous deux dans la rue, sous les lumières de la ville. Je ne voyais qu’elle, alors que d’autres personnes me gravitaient autour. Ce jour-là, je me suis dit : qu’est-elle est pour me laisser aussi loin dans mes pensées ?

– Elle est devenue une étrange entité mystique pour toi ? Je me souviens du regard que tu lui portais. Je me souviens aussi de l’Ethan que j’ai revu lorsque tu l’avais retrouvé. Tu étais si souriant, si amusé. J’aurais cru que personne ne réussissait à te faire tomber.

– Longtemps, je n’ai pas su comprendre ce qui m’attirait tant chez elle. Un soir, quelques semaines avant que je te voie cette fois-là, je suis allé la voir. Je ne lui avais pas dit, je voulais lui faire une surprise. Sa mère m’a laissé rentrer et je suis allé dans sa chambre. Je l’ai surprise dénudée, alors qu’elle ne s’attendait pas à ce que quelqu’un rentre dans sa chambre. Ça ne s’est pas mal passé. J’ai été gêné, elle aussi. Je lui ai laissé le temps de s’habiller adossé à la porte dans le couloir. Puis elle m’a laissé rentrer, toujours un peu gêné. Elle m’a dit : Je ne pensais pas que tu viendrais me rendre visite par surprise, alors je ne m’attendais pas à ce que tu puisses me surprendre dénudée.

– Elle avait quelque chose de différent ? Ou était-elle ?

– Elle était transgenre, reprit Ethan. Elle avait commencé sa transition six ans auparavant, et elle ne m’en avait jamais parlé. Personne ne le savait, sauf ses parents. Et… Je me souviens de l’énergie qu’elle avait ce soir-là, de toute la lumière qu’elle rayonnait. Tu aurais dû l’entendre, j’avais l’impression que toute sa vie avait basculé dans la lumière depuis qu’elle avait commencé sa transition. Elle dégageait cette force que tu avais observée chez elle. Cette force à être si différente, à être si unique. »

Flora voyait Ethan parler de Mélissa, comme d’une entité si magique qu’il semblait avoir transformée en idole, en exemple de bonheur. Un bonheur que lui avait apporté Mélissa qui le faisait paraître si unique à son tour.

« C’est pour ça que tu t’es tourné vers les hommes ? Pour rechercher cette part d’unique ?

– Chacun de ceux avec qui j’ai été m’ont fait paraître qu’ils s’approchaient de ce que je recherchais chez quelqu’un. Mais chacun d’entre eux a réussi à me prouver que je me trompais. Ce que je voyais d’unique c’est le reflet de ma détresse. »

Flora s’approcha du jeune homme, pour le prendre dans ses bras.

J’aimerais écrire un jour, un instant de Flora et Ethan heureux, ensemble. Mais tout ce qui s’enchaine finit toujours par laisser tomber l’un ou l’autre…

Vendredi 10 janvier 2020.

Ethan admirait la fille qui lui tenait compagnie. Cette fille aux cheveux noirs et aux pointes devenues roses. Cette jupe plissée de nuances de rose, son haut rayé rose et blanc. Et sa veste marron, à la texture cachemire. Cette fille lui rappelait Mélissa et pourtant, c’était elle qui l’obnubilait depuis quelque temps.

« Ethan ? Est-ce que ça va ? demanda Hortense. »

Il se mit à sourire, un grand sourire comme il n’y en avait pas eu depuis longtemps sur ses lèvres. Il glissa ses mains dans ses poches, puis s’approcha de la fille.

« Est-ce que ça va ? demanda Hortense à nouveau.

– Je crois que je ne me suis pas senti aussi heureux depuis longtemps, répondit-il.

– Et c’est à cause de moi ?

– Je suis heureux à cause de toi oui, répondit-il avec le sourire.

– C’est étrange dit comme ça, dit-elle.

– C’est vrai, mais ça me plait. Parce que tu me plais.

– C’est vrai ? Depuis quand tu t’intéresses aux femmes ?

– Depuis qu’on me laisse devant les yeux quelqu’un d’aussi resplendissant que toi. Ça m’avait manqué de pouvoir t’admirer.

– Ça m’avait manqué aussi, dit-elle. »

Elle se retourna vers la ville. Ethan s’approcha de son dos, la serra dans ses bras. Il y avait toujours quelque chose de magique entre eux deux, j’en ai déjà parlé de ça, mais ça n’a pas changé. Les deux ensembles paraissaient avoir une aura puissante et apaisante. Une connexion que Mélissa avait réussi à créer avec Ethan, et qui s’est immiscée entre lui et Hortense sans leur aide. Comme si les deux s’attachaient l’un à l’autre, destiné l’un pour l’autre.

Même si je n’aime pas cette idée d’un être destiné à l’autre. Il peut simplement exister une connexion entre deux personnes. Mais il est certainement difficile de trouver cette ou ces personnes avec qui on se connecte si bien.

« J’ai l’impression d’avoir vécu l’essentiel de ma vie dans mon imagination. Tous ces petits moments que j’ai vécu et que j’ai transformés en des moments grandiose et magnifique.

– Qu’est-ce que tu veux dire ? lui demanda Ethan.

– J’ai enfermé et me suis fait enfermer une partie de ma vie à cause du fait que je ne pouvais ressembler à tous les autres. J’ai été évitée et je me suis sentie oubliée. Parce que ce qui me rendait spéciale ne me donnait rien de spécial finalement.

– Pourquoi penser à ça maintenant ?

– Un petit échange et je tombe amoureuse. Mais la réalité trouve toujours un moyen de me rattraper et de me faire revenir en arrière. Ça a été le cas avec toi et Lena, je suis tombée amoureuse dès les premiers regards, dès les premières attentions que vous avez eues vers moi. Mais quand j’ai cru que tout serait plus simple avec elle, je me suis trompée à nouveau.

– C’est le cas avec moi aussi ? questionna Ethan. Tu penses t’être trompée ?

– Je le pensais avant de te quitter oui. Pourtant je suis revenu vers toi. Pourquoi prends-tu autant de place chez les gens ?

– À t’entendre, on dirait que je suis super important aux yeux de tout le monde, dit-il.

– C’est pas le cas ? s’étonna-t-elle.

– J’aurais bien aimé que certaines personnes ne me montent pas autant dans leur estime, pour ne pas être déçues lorsqu’elles se rendent compte qu’ils se trompent sur ce que je suis.

– Tu as peur que je sois déçu de toi ?

– Ça arrivera peut-être oui. »

Elle se mit à rire, quelque chose dans cette discussion avait laissé dériver l’esprit de la jeune fille.

« Qu’est-ce qui te fait rire ? demanda Ethan

– C’est amusant comme on a tous les deux de grosses insécurités. Mais aucun de nous deux s’inquiète de celles de l’autre.

– N’est-ce pas ce qui nous rend si spéciaux ? Être capable d’éloigner ce qui rend l’autre tangible ?

– Je sais pas si c’est ce qui nous rend spéciaux, mais ça nous a rapprochés en tout cas. »

Le soleil s’était caché derrière la montagne depuis quelque temps maintenant. Seules, les lumières des lampadaires et du parasol chauffants éclairaient l’endroit où Ethan et Hortense se tenaient. Le silence s’était installé, la paix d’esprit revenait peu à peu. David avait déjà éloigné tout ce qui se tenait sur la table, et s’en alla, ne laissant que les deux amoureux en haut de ce flanc de montagne.

Le soleil vint frapper la verrière qui créait le toit de la cabane. La nuit s’était enfuie, Hortense et Ethan avaient passé leur nuit dans cette maison faite de bois, qui ne comprenait qu’un immense lit et une petite cuisine. Seulement, nous étions loin de la première fois sur une plage dont rêvait la jeune femme.

Ethan se réveilla avec Hortense, qui s’était éveillée avant lui. La lumière qui traversait la verrière faisait briller ses cheveux devenus presque cuivrés.

« Bonjour monsieur, lui dit-elle venant poser sa tête sur son torse.

– Bonjour ! Quelle heure il est ?

– Presque midi, répondit-elle.

– Je n’ai même pas entendu le réveil sonné !

– Pourtant, ton téléphone a bien sonné. Des gens ont essayé de t’appeler, je crois.

– On verra ça plus tard. »

I’m scared to get close and I hate being alone
I long for that feeling to not feel at all
The higher I get, the lower I’ll sink
I can’t drown my demons, they know how to swim

Can you hear the silence?
Can you see the dark?
Can you fix the broken?
Can you feel, can you feel my heart?
-- Bring Me The Horizon | Can You Feel My Heart? --

« Tu es sûr que ça tiendra ? demanda Hortense.

– Comment ça ? Tu as peur qu’on s’éloigne parce que l’on se reproche ce que l’on a fait entre nos ruptures ?

– Je suis pas sûre que ça ne nous revienne jamais en face.

– Si tu t’inquiètes de ce que pensent les autres de notre relation. Personne n’est bien placé pour juger. Quant à ce que l’on reprochera à l’autre. Penses-tu que l’on serait encore en train de recommencer si nous n’étions pas capables d’oublier ?

– Tu as l’air bien confiant, dit-elle.

– Évidemment, je suis confiant. On s’est tous les deux comportés comme des idiots envers l’autre et regarde nous !

– On est encore en train de fricoter dans un lit qui n’est même pas le nôtre ! s’exclama-t-elle. »

La jeune femme posa à nouveau sa tête sur le torse d’Ethan. Elle avait l’habitude d’entendre ce cœur qui bat trop fort, qui a fait peur plusieurs fois au jeune homme. Mais elle ne s’en préoccupait plus. Elle semblait heureuse d’avoir retrouvé Ethan, comme lui paraissait apaisé de pouvoir la tenir dans ses bras.

Hortense était devenue incassable, intangible, imperturbable.

Ethan aussi semblait avoir retrouvé ce rayonnement. Cette lumière de bienveillance que Lionel espérait voir revenir grâce à Hortense.

Seulement…

Je n’ai pas écrit cette histoire pour voir son protagoniste heureux. Pas non plus pour voir apparaître de nouveaux personnages plus stables qu’Ethan. Tout n’est que délivrance et chute. Mais nous parlerons de la fin plus tard, certainement…

Mardi 28 janvier 2020.

Il faut que je vous parle. Il faut que je vous parle de personnes qui vont changer ma vie, qui vont faire trembler ce pour quoi j’ai l’impression de construire ma vie. Il faut que je vous parle…

Come on, what’s the big deal? Nobody’s that heartless

So listen here, I'm the voice in your head
And I can say the words that make you feel scared
So here's to you, and all the problems that we've made
And I know it's so hard to stay afloat
When you make monsters out of thoughts. And you're dragged under
And everyone in around you is too far away to notice
Your chest start to crush, oh, but it's alright
Oh, you'll be alright. So just breathe, it's almost over
And don’t let the monster in your head
Become your fears
'Cause you can save yourself, you know, You know

So listen here, I know it's hard
Maybe I can't be what you want
But I'm just who I am, and I'm trying to be what you could need
And I am still here, that voice in your head
And I'll be there for you, when no one else cares
And this is it, as far as where we've got since then
So know a good thing when you got it
And I hope you know you don't go alone
-- EDEN | falling in reverse --

FIN