L'Eternelle

Dying is absolutely safe

From the cradle to the grave
Destined to break like the waves
Existence is so threatening
It takes a fierce grace to crack us open
A moment sat with our sentencing
And the light comes flooding in, oh, the light comes flooding in
When the leaves fall in the spring

May all the beggars be blessed
Like angels with anhedonia
We’re all just doing our best
Repeating, “There’s nothing justify”
That’s why we weed out the wonderers
Maybe there’s virtue in emptiness
But I still drown in distress
When the leaves fall in the spring

With the ravens here to stay
And the doves all flying away
Sedation feels so welcoming
In the subtle space, there’s an endless ocean
But the devils sing and it’s deafening
What a world we’re living in, oh, we’re never listening
When the leaves fall in the spring

I’ve got a lot to lose, but I won’t lie to you
And make-believe sincerity, I’m praying for a remedy
Beloved distant blue, one day, I’ll die for you
And swim in sweet serenity ’cause death is not my enemy

Chapitre 1 : Perdu

Partie 1 : Espèce disparue

Tu as voulu gagner la bataille, mais tu as perdu la guerre. Même toi, le plus puissant des guerriers que ce monde ait connus est tombé devant ma puissance. Penses-tu pouvoir inverser les choses maintenant ? Alors que tu es aux portes de la mort ? Ta foi ne te sauvera pas, tes minables alliées non plus et ces idiots d’humains encore moins. Tu as perdu Leo. Et tu es mort ! Personne ne sera là pour te relever !

Akziel. 1952

Quand tout autour de nous s’est effondré, que la seule chose qu’il nous reste de notre ancienne vie n’est que souvenirs, à jamais encrés dans notre âme. Croit-on pouvoir rechanger tout ça et tout reprendre à zéro ? Des tas de questions sans réponses qui tournent sans arrêt dans ma tête depuis tout le temps que suis là. Ça doit bien faire deux-mille ans que j’erre sur cette planète déserte ou j’ai finalement échoué, telle une baleine sur un rivage qui a eu la chance de survivre par je ne sais quel moyen. J’ai eu le temps de me lamenter sur mon sort et celui de ceux que j’aime. Je les ai tous perdus et j’espère qu’eux aussi ont survécu. J’ai dû faire des centaines voire des milliers de fois le tour de ce fichu caillou, sans jamais trouver une misérable trace d’une quelconque vie à sa surface. Seuls des végétaux, des fruits, enfin, quelque chose qui me permettaient de me tenir vivant. Je sais maintenant ce que sont les débuts d’une civilisation, ne rien avoir et tout avoir à refaire.

La souffrance, voilà tout ce qu’il me reste, j’ai perdu tout le monde, mes amis me manquent, Sieg, Sia, et Nikki… Il m’a tout enlevé, ne me laissant que la peine qui résidait depuis la nuit des temps dans mon cœur. La solitude, la haine, le désespoir, et rien d’autre. J’étais devenu ce que je détestais en lui.

Toute ma vie a changé de part en part, ma façon d’être. Je suis plus sombre qu’avant et je n’ai personne pour écouter les conneries que la folie grandissante en moi me faisait imaginer. Une sorte de peur de la mort me pousser à bouger constamment, cherchant à fuir quelque chose que je ne connaissais pas et surtout que je ne pouvais pas voir. Je ne sais pas ce qui pourtant me tenait encore en vie, peut-être la volonté de retrouver une vie comme avant, mais était-ce vraiment possible ?

Il m’arrivait de vouloir appeler Leo, mais apparemment personne ne répondait, même ceux qui sont supposés m’aider venaient de disparaitre. Pourtant, même si la solitude était présente, je n’avais pas cette impression. Je trouvais qu’il y avait une étrange vie imperceptible ici. Pourquoi ? Parce que je ressentais la présence de personnes. Mais qui ? Je ne le savais pas. J’avais presque perdu la raison, devenu fou, mais incapable d’abréger cette souffrance intérieure. Une oppression constante, comme si on me regardait, mais que je ne pouvais pas apercevoir. Est-ce que mon voyage aurait pu me bloquer dans les limbes ? Non, ce n’est pas possible. C’est ce que je me disais, jusqu’au jour où une voix résonante m’appela.

« Viens, je peux te libérer.

– Qui est là ? demandais-je. »

Je ne voyais personne, sauf une petite lueur m’indiquant le chemin à suivre. Je l’ai suivi, lui faisant confiance.

« Qui es-tu ? Qu’est-ce que tu me veux ?

– Sois patient, fais-moi confiance, fit la voix. »

Continuant mon chemin, je me suis trouvé nez à nez avec lui.

« Qu’est-ce que tu fais là ? Pourquoi tu m’aides ?

– Parce que le monde a besoin de toi, affirma-t-elle.

– Et de quoi tu veux me libérer ?

– Des limbes, mais pour ça il te faut récupérer ce qu’il t’appartient. C’est le tyran qui le détient.

– Ma clé, je savais bien que j’avais perdu quelque chose. Et je le trouve où ?

– Derrière toi ! me fit une grosse voix sombre et vibrante.

– Euh, oui, sauf que je veux juste récupérer ma clé. Je ne te veux pas de mal, dis-je en essayant de le calmer.

– Faudra me tuer !

– Eh bien, s’il le faut. »

Je me suis lancé sur lui, mes deux lames à la main, faisant un demi-tour sur moi-même en lui coupant les jambes, lui trancha les bras, sauta par-dessus lui et tira la clé qu’il portait au cou. Laissant tomber dans un bruit réveillant les morts. J’ai attaché sa clé à ma chaine et l’emprise des limbes se détacha.

« Enchanté jeune guerrier. Je suis Sliven, chef de la tribu Onyx.

– Onyx ? m’étonnais-je. Mais vous avez été tué par Akziel ?

– C’est ce qu’il pensait. Certains d’entre nous ont survécu et ont repeuplé notre terre sacrée. Suis-moi, je vais te ramener au village.

– Depuis combien de temps je suis ici ?

– Environ six mois terriens, répondit-il.

– Six mois terriens ?

– Oui, ou deux-cents ans Ovien, ou deux milles dans les limbes Oviennes.

– Voilà pourquoi il me semblait avoir passé tant de temps. Il y a un moyen pour que je retourne sur Terre ? Je doute avoir encore mes pouvoirs.

– À voir la façon dont tu t’es battu, je dirai que si.

– Leo n’est toujours pas avec moi.

– Mais il n’est pas mort, pas à ma connaissance.

– Ça me rassure, repris-je, enfin, je crois. »

Je l’ai suivi un moment jusqu’à atteindre un petit camp. Il surplombait un immense champ où s’étaient crashés des vaisseaux de la flotte d’Akziel. J’ai cru une seconde apercevoir une silhouette connue, mais j’ai dû rêver. J’ai passé le reste de la nuit à dormir. C’était la première fois que je dormais correctement depuis que j’étais ici et la première fois depuis longtemps que je dormais vraiment. J’étais quand même levé tôt, déjà en train de regarder le champ de ruines.

« Déjà debout ? s’étonna Sliven.

– Comment ils ont fini comme ça ?

– Une faille temporelle apparemment. Dont aurait profité notre sauveur. Tu peux le voir rôder dans les parages de temps en temps.

– Son nom ?

– Aether.

– Pas de prétention.

– Pourquoi dis-tu cela ?

– Aether est le nom d’un des dieux primordiaux de la mythologie grecque. Si tu me permets, je vais aller visiter les lieux.

– Fais comme chez toi mon ami. »

Je me suis perdu dans la forêt, du moins ce qu’il en restait. J’ai croisé un homme étrange qui me suivait depuis quelque temps. Il prétendait vouloir m’aider. J’étais trop occupé pour m’intéresser à ce qu’il voulait vraiment. Alors j’ai commencé à avancer jusqu’à ce qu’un claquement sourd retentit à côté de moi. C’était Nova, celui du passé qui venait pour sauver Jessica. Étrangement quelqu’un d’autre est passé à travers le portail dont il sortait.

« Je me souviens de toi ! m’exclamais-je.

– Non, pitié ! »

J’ai écouté ses conseils, je lui ai tiré une balle dans la tête et lui ai arraché le collier qu’il avait autour du cou avant qu’il ne tombe. J’ai ouvert ma main pour laisser apparaitre un des colliers de Barabas. Je l’ai brisé sous mes doigts presque instantanément. Celui qu’on nommait Aether est passé devant moi quelques secondes plus tard. Mon bracelet s’était illuminé au moment où il passait. J’ai décidé de retourner au village et toujours pas de Leo. Qu’est-ce qu’il lui était arrivé pour qu’il ne me réponde pas ?

« Tiens, te revoilà. Comment était ton voyage ?

– Je veux rencontrer cet Aether !

– Oh ! répondit Sliven. Je…

– Je ne te laisse pas le choix.

– Je vais voir ce que je peux faire, pas avant demain dans tous les cas.

– J’attendrais, fis-je m’installant dans le fauteuil.

– Tu ne t’es jamais demandé pourquoi je suis venu te sauver ?

– Parce que tu es le seul qui pouvait me voir ?

– Parce que je savais que tu viendrais.

– Qu’est-ce que tu veux dire par là ?

– Je crois que tu connais ma fille.

– Rosie ? Vous êtes son grand-père ?

– Exact. Bon, je vais essayer de réclamer ton audience. »

Malgré le fait que je ne sois pas venu les sauver, il ne m’en veut pas. J’ai toujours trouvé bizarre la réaction de Rosie lorsque je me suis présenté à elle. Qu’est-ce que j’ai pu faire pour qu’ils me donnent autant de confiance ?

Quel jour on était ? Très bonne question. J’avais perdu toute notion du temps de toute manière. J’avais repris mon vieux rituel de l’Adam du futur. Le café et la cigarette. D’ailleurs, comment ils ont du café sur cette planète ?

« Tiens, tu es debout. J’ai réussi à t’avoir une audience. Tu ne devrais pas tarder ou il va partir.

– Je te suis, fis-je.

– Qu’est-ce que tu lui veux ?

– Je veux comprendre comment il peut réussir à passer à travers les portails de Nova.

– Les portails de Nova ?

– C’est une longue histoire, il, enfin j’ai fini par me retrouver ici pour sauver Jessica.

– Jessica, dit-il s’arrêtant.

– Ça y’est ? Votre âge vous a rendu sénile ?

– Non, c’est autre chose. Tu le découvriras par toi-même.

– Bah voyons ! »

Comme si tout ce que je savais sur ce monde m’avait été inculqué par quelqu’un. Enfin, nous nous sommes dirigés vers les ruines. Il se tenait sur une sorte de pilonne en pierre, une boule d’énergie dans la main gauche. Il était grand, assez maigre, couvert d’une armure métallique et portait des ailes qui ressemblaient un peu à celles de Phoenix. Tout ce qu’il portait lui donnait un aspect draconique assez étrange. Lorsque nous sommes arrivés assez près, il a tourné la tête vers moi, puis s’est envolé quelques secondes plus tard. J’ai cru le reconnaitre, comme si au fond de moi je connaissais ce visage. Je me suis envolé à mon tour, pour le poursuivre. Je ne savais même pas comment j’arrivais à avoir les pouvoirs de Leo sans pouvoir communiquer avec lui. Il m’a conduit dans la carcasse d’un vaisseau, je me suis posé puis j’ai dégainé mon chronosceptre. Il essaya de m’attaquer plusieurs fois, mais je parais ses coups.

« Comment oses-tu porter cette arme ! Son seul porteur légitime est mon fils ! dit-il m’attaquant avec une force phénoménale.

– Peut-être si tu me laissais le temps de m’expliquer ! »

Une puissante force se dégagea de moi pour repousser son attaque. Il se tenait devant moi, aussi majestueux que le style de son armure pouvait lui donner.

« Parle ! Avant que je ne te supprime, dit-il.

– Je parie que tu ne sais même pas pourquoi tu es ici et plus dans la prison d’Akziel.

– Quoi ? Qu’est-ce que… »

Je me suis mis à rire, c’était nerveux, je ne savais même pas pourquoi. Cette situation m’amusait, étrangement.

« Qu’est-ce qui te fait rire ?

– Je me présente Adam Pearce, repris-je. Je suis celui qui t’a libéré de ta prison.

– Ça n’explique pas le chronosceptre.

– J’y viens. Ta mémoire ? Il t’en reste un peu ?

– Presque rien, mais pourquoi tu veux le savoir ?

– Fais-moi confiance.

– Non !

– C’est bon ! J’ai… fit Sliven qui arrivait essoufflé.

– Qu’est-ce que… Oh ! Mais bien sûr. »

Il ne me manquait que le collier de Leo, cette pierre rouge qu’il portait tout le temps autour du cou. « Ne me trahis pas cette fois-ci ! » Aether me regardait étrangement lorsque j’ai mis le pendentif autour du cou. Leo est revenu, enfin !

« Leo ! s’exclama-t-il.

– Tu veux bien me faire confiance maintenant ?

– Comment, quoi ?

– J’aimerais en parler ailleurs si tu veux bien.

– Comme tu voudras. »

Je nous ai téléportés dans la maison de Sliven et j’ai repris l’apparence d’Adam. Je me suis mis devant la fenêtre, regardant le ciel, essayant éperdument de voir la Terre d’ici.

« Quelque chose à boire ? demanda Sliven.

– Non merci. Explique-moi, comment tu peux changer d’apparence comme ça ? demanda Aether.

– Tu avais tout prévu pour supprimer Akziel après la mort de son père. Le tombeau des anges, seulement quelque chose s’est produit que tu ne pouvais pas supposer. Leo est mort entre les mains d’Akziel en 1952. J’étais le seul capable de pouvoir porter ses pouvoirs, même si je suis humain.

– Tu possèdes quand même ses pouvoirs ?

– Ses pouvoirs, son apparence, sa voix, ses souvenirs, sa vie… Et Toshiie.

– Alors qu’est-ce que tu fais ici ? demanda-t-il.

– Ça, c’est une autre histoire. J’ai réuni les dis anges, Zwein aussi, même s’il est mort avant le combat final. On s’est attaqué à Akziel, qui a tué tous les autres, il ne restait que moi et Chester… Excusez-moi, fis-je en sortant de la maison. »

Je venais de réaliser ce qu’il m’arrivait. J’étais loin de chez moi, loin de ceux que j’aime et qui sont encore en vie. Loin de ceux que j’ai perdus. J’ai alors cherché un endroit non loin du village pour m’allonger et me reposer. J’y suis resté une demi-heure, je crois, avant que le père de Leo ne vienne me voir.

« Aussi rêveur que Leo à ce que je vois, dit-il.

– J’étais si près, je l’avais entre les mains. Qu’est-ce qu’il a bien pu se passer ?

– Qu’est-ce qu’il t’est arrivé ? Prends ton temps pour me raconter si tu en as besoin.

– Tu es l’une des seules personnes qu’il me reste aujourd’hui.

– Et Chester ?

– Je ne connais rien du sort de la Terre. Six mois que je suis ici à m’accabler de tous les tors de cette perte.

– Quelle perte ? s’étonna-t-il.

– Celle de ma femme. Elle est morte pendant le combat contre Akziel et je n’ai rien pu faire pour la sauver. Ni moi, ni Chester, ni Zhao.

– Zhao ?

– Oh, oui, Zhao, ton troisième fils. Il a été couvé par Akziel après qu’il eut tué Eva et je l’ai retrouvé, dis-je en regardant mon bracelet.

– Mais comment ?

– J’espère que tu es toujours là, fis-je ouvrant la cage du bracelet.

– Eva…

– Akziel avait emprisonné son âme, fis-je. J’ai réussi à la sauver.

– Je n’aurais jamais cru te revoir un jour…

– Comme je n’aurais jamais cru revoir mes fils, répondit-elle, pourtant ils ont su me monter leur valeur et leur courage »

De mon côté j’étais encore en train de réfléchir. Je me disais que tant que Leo était encore vivant, Sieg l’était aussi. Et que j’avais peut-être encore une chance de l’anéantir avec le père de Leo.

« Il faut que je retourne sur Terre.

– Maintenant ? s’étonna Aether.

– Demain, je refuse de rester ici éternellement. »

Je suis retourné chez Sliven qui m’avait préparé quelque chose à manger. Je me suis couché aussi tôt, j’avais passé bien trop de temps ici.

Partie 2 : Retour en Enfer

Changer la face du monde en une seconde, tout faire disparaitre et tout créer selon son envie. Tel était le désir du seigneur des ténèbres comme il aimait se faire appeler. Seulement, est-ce que tout se passe toujours comme on le souhaite ? Pas vraiment. Il y a toujours quelque chose que l’on ne prévoit pas. Parce que l’on ne peut pas. Tout le monde ne possède pas la vérité absolue, sauf moi.

Sieg. 2013

Enfin décidé à renter sur ma planète, je n’avais toujours aucune idée de quel jour on était. Je m’étais levé tôt, pour dire au revoir au père de Leo et à sa mère.

« Tu t’en vas alors ?

– Tu sais que je ne peux pas rester.

– Je comprends, bon voyage, Adam, dit-elle en s’en allant.

– Bien, mais c’est bien beau de vouloir rentrer, mais où est la Terre ?

– Cherche la signature énergétique de quelqu’un que tu connais, tu sauras où il est »

J’ai mis quelques minutes avant de retrouver une signature qui m’était commune. Une fois que j’en avais trouvé une, je me suis envolé pour charger les portails d’Hypérion et me téléporter sur la Terre. Je n’avais aucune idée d’où j’avais atterri du simple fait que j’étais encore concentré sur la signature de ma cible. Une minute plus tard, j’ouvrais les yeux sur cette vision d’horreur.

« Merde ! Qu’est-ce qui s’est passé ?

– Akziel libre d’agir.

– En six mois ! Tu penses que toute la planète est dans cet état ?

– J’en ai peur Adam.

– Ne me parle pas de malheur. »

Tout était dévasté. Tout ce que je voyais ce sont des ruines, des cendres, une atmosphère sombre et grise. Puis ce ciel rouge, c’était étrangement calme, à part deux ou trois bruits de temps en temps. Je me suis dirigé vers la signature, espérant trouver quelqu’un que je connaissais. Elle m’a fait entrer dans un vieil entrepôt, désaffecté apparemment. Quatre personnes devant moi, pas très réactives à mon entrée. Ils ont fini par se retourner vers moi lentement.

« Des zombies ? m’étonnais-je.

– Étrange, mais ça en a tout l’air.

– Génial. »

Je ne m’en suis pas préoccupé, leur lenteur ne me paraissant pas un problème. J’ai avancé quelques mètres plus loin, toujours en quête de cette personne. J’entendais quelque chose me suivre, au-dessus de moi, mais incapable de le voir. J’ai fait quelques pas de plus et une étrange créature m’est tombée dessus, s’attaquant à mon bras. Elle a réussi à le toucher et me faire saigner, mais elle est morte quelques secondes après.

« Merde !

– J’ignorais que les zombies se décomposaient de cette façon.

– Qu’est-ce que tu veux dire par là ? demandais-je alors que j’étais trop préoccupé par ma plaie.

– Ils ne sont pas supposés muter, enfin pas à connaissance.

– Les autres ne l’étaient pas.

– Mais lui si… oh, je…

– Leo, tout va bien ?

– Ouais je, un coup de fatigue, je pense. »

J’ai été pris du même coup de fatigue que Leo, je commençais à tituber, je voyais flou. J’en suis tombé à genoux, je n’avais plus aucune force et je sentais quelque chose se faufiler sous ma peau. Puis cette chose s’est attaquée à ma tête et est entrée dans mon cerveau. Je n’avais jamais autant souffert de toute ma vie. Je criais tellement que j’avais dû réveiller tous les zombies des environs. Dix minutes plus tard, j’ouvrais mes yeux qui commençaient à s’éclaircir. Je voyais une tache blanche lumineuse devant moi. Instinctivement j’ai voulu l’attaquer. J’ai senti que quelque chose se passait sur mon bras. J’ai commencé à le regarder alors que mes yeux finissaient de retrouver leur état normal. Une sorte de matière noire traversait mon avant-bras, une lueur rouge s’en dégageait. Ma main avait disparu pour laisser place à une plus grande dont les doigts étaient devenus des griffes.

« Adam !

– Zinn, fis-je affolé. Qu’est-ce qui m’arrive ?

– Viens, il ne faut pas qu’on reste là. »

Il m’a emmené dans une maison abandonnée pas très loin. J’étais toujours obnubilé par ce qui m’arrivait.

« Essaie de te concentrer, tu arriveras peut-être à le faire disparaitre.

– Tu as de la foi, fis-je fermant les yeux pour essayer. »

Après quelques secondes, mes griffes avaient disparu de mes bras.

« Tu vois, ce n’est pas compliqué, fit Zinn.

– Qu’est-ce que c’était ?

– Tu viens juste de revenir c’est ça ?

– D’après toi.

– Bon. Tout commence quelques heures après votre combat contre Akziel. Il a diffusé un message à la télévision, il y disait qu’il allait rendre le monde meilleur, que personne ne devait s’affoler. Des cuves apparurent dans le ciel, transportées par des avions, d’autres ont émergée de terre. Quelques heures après son intervention, toutes les cuves étaient ouvertes, leur contenu se déversait, mais personne ne se préoccupais, il avait déjà hypnotisé tout le monde. Les personnes ont respiré le gaz des cuves, puis ont commencé à devenir folles, comme toi tout à l’heure. Mais eux ne sont pas redevenus normaux. Certains sont devenus des simples zombies, d’autres ont commencé à muter. Je ne sais pas s’il y a encore des survivants, je suppose que oui. Ce gaz c’est le bioReign, arme chimique…

– Développée par Akziel, je sais.

– Il a profité de ton “départ” pour prendre possession de tout le monde. Tous les zombies et mutés lui obéissent, apparemment.

– Pas très étonnant. Ce qui me fait peur c’est pourquoi je réagis différemment ? demandais-je.

– Ton esprit est plus fort que le contrôle mental qu’il veut t’obliger, je présume.

– Ça fait longtemps que tu es ici ?

– Deux mois que je reste dans cette maison.

– Tu as croisé d’autres personnes ?

– Non, malheureusement. Tu as toujours le contrôle mental ?

– Je ne connais pas les pouvoirs qu’il me reste.

– C’est un problème.

– Tu n’aurais pas une arène, tu sais un endroit où il y aurait des démons, zombies pour voir ce qu’il me reste ?

– Si, le hangar à deux-cents mètres.

– Je te suis. »

Comment je me sentais ? Difficile à dire, différent. J’avais une sorte d’instinct animal qui essayait de me faire faire des choses. Les zombies se tournaient contre moi lorsque cet instinct s’apaisait. C’est comme si le virus ne se maitrisait pas en moi, mais qu’il avait un peu de contrôle à certains moments.

« Tu penses arriver à contrôler la transformation de tes membres ?

– Tu veux dire, comme les griffes tout à l’heure ? demandais-je.

– Exact.

– Une seconde. »

J’ai fermé les yeux et me suis concentré sur mes mains. J’ai essayé de repenser à l’apparence qu’elles avaient. Presque une minute plus tard, mes mains changeaient sous mes yeux. Je les ai observés quelques secondes puis j’ai essayé de les faire disparaitre. C’était beaucoup plus facile. J’ai essayé une dernière fois de les déployer et elles sont apparues presque aussitôt.

« Bien…

– Attends ! fis-je alors que mon instinct se réveillait. Y’a des survivants pas loin.

– Comment tu le sais ?

– Je sens leur chair fraiche !

– Adam, attends ! »

Guidé par cette force, j’ai rejoint une vieille bâtisse, du moins maintenant, suivi par Zinn. Je me suis arrêté avant de me faire voir par les zombies. J’ai voulu utiliser le contrôle des esprits pour m’assurer qu’ils allaient bien.

« Ils n’ont pas l’air infectés, dis-je

– C’est déjà une bonne chose, répondit Zinn.

– Mais ils savent que les zombies sont dehors.

– Allons les dégommer !

– Avec… fis-je essayant d’allumer ma fumée. Bon, tant pis, repris-je en déployant mes griffes. »

Il y avait plusieurs formes de zombies, certains plus infectés que d’autres, certains plus lucides que d’autres. Ceux qui se trouvaient devant moi étaient sensibles aux bruits, tellement qu’un simple pas, même amorti, pouvait les alerter. Ils étaient bizarres, leurs mouvements n’étaient pas fluides, mais brusques. Comme s’ils étaient animés par des spasmes. Ils étaient rapides, mais je commençais à savoir me battre avec ces choses. J’ai fini par les transformer en lambeaux, assez facilement d’ailleurs. Je suis rentré dans la maison, les habitants étaient cachés dans la pièce du fond. J’avais pris soin de replier mes griffes avant d’aller les rejoindre.

« Enfin, regardez les enfants, quelqu’un nous a trouvés !

– Je vais vous faire sortir de là, fis-je activant le contrôle d’esprit. »

Je n’y arrivais pas, je ne pouvais pas les envoyer avec les autres, en sureté. Quelques secondes plus tard, Zinn m’appelait.

 « Ne bougeait pas, je reviens, leur dis-je.

– Promis.

– Qu’est-ce qu’il se passe ? demandais-je une fois dehors.

– Regarde, me fit Zinn. »

Il me montrait une sorte de comète bleue qui nous arrivait dessus, je me suis décalé d’un pas vers la droite pour laisser atterrir cette chose.

« C’est le tient ?

– Oui, fis-je prenant le chronosceptre et jouant avec. Mais sans Leo, je n’arriverais pas à garder son énergie. Viens, j’ai une idée. »

Je suis retourné dans la maison et j’ai réussi à faire disparaitre ses habitants, en puisant dans l’énergie du chronosceptre.

« OK, bon, ça va vite être juste.

– Il faut que tu te limites à l’utiliser que lorsque tu dois sauver des personnes, fit Zinn.

– Je sens que je vais vite craquer. »

Je me sentais comme dans un de ses films de drame, ou rien ne va, tout s’effondre. C’était dur pour moi, me dire que le seul ami restant était Zinn et que les parents de Leo étaient hors d’atteinte. Ce virus qui a infecté toute la population ou presque, qu’est-ce qu’il peut faire de moi ? Je suis parti me coucher avec toutes ces idées en tête.

Jeudi 20 novembre 2014, une heure et demie du matin. J’étais dans mes rêves, perdus au milieu de nulle part, Nikki devant moi. Elle tenait un couteau dans la main et j’étais retenu par quelque chose, je n’avais aucun moyen de bouger. Quelques secondes plus tard, je la voyais planter sa lame dans mon ventre, puis je me suis réveillé en sueur et avec une migraine atroce.

Neuf heures, j’étais assis sur le canapé lorsque Zinn s’est levé.

« Tu sais Adam, ce n’est pas l’alcool qui va te faire oublier Nikki.

– Hum, répondis-je regardant mon verre de whisky.

– Encore moins ta migraine.

– Comment tu sais ça ?

– Je sais beaucoup de choses. Dis-moi, pourquoi tu es levé depuis 2 h du matin ?

– Cauchemar, je me suis fait tuer par Nikki.

– Et tu bois depuis cette heure ?

– Ça te dérange ?

– Tu crois pouvoir absorber tout ce que tu consommes ?

– Mes augmentations le font pour moi, répondis-je finissant mon verre.

– J’espère que tu ne vas pas passer tes journées ici à boire ?

– Je n’en ai pas l’intention. Si tu peux m’aider à trouver quelque chose à faire.

– Je me suis monté quelque chose depuis que je suis ici, dit-il me montrant l’ordinateur qu’il avait fabriqué. J’ai trouvé quelques points où l’énergie qui y réside est trop grande à mon gout.

– Dis-moi, je me ferais un plaisir d’aller casser tout ce qui y bouge.

– Le plus proche se situe à trois kilomètres d’ici.

– J’y vais, dis-je.

– Hey attend, tu ne sais même pas où c’est !

– Alors ?

– Au nord.

– Bien, on se revoit plus tard. »

J’étais comme qui dirait, mal. Énervé, tendu, tout allait à l’encontre de ce que je voulais, le monde tombait en lambeau sans que je n’y sois pour rien, ou alors j’en étais la cause. Dans tous les cas, j’étais parti vers la zone que m’avait indiquée Zinn. J’avais changé de style, pour celui d’Aiden, au cas où je trouve des personnes qui pourraient me reconnaitre. Une demi-heure pour faire le trajet. Je me suis trouvé face à un immeuble, des lotissements certainement. J’ai passé la porte d’entrée et déjà j’entendais les grognements de ces horribles créatures. J’avançais assez doucement, passant devant maintes et maintes portes ouvertes, des salles remplies de zombies. En général ils ne m’entendaient pas, malgré les cliquetis de mon armure. C’était étrange, j’avais beau me poser devant eux, faire du bruit, mais ils ne s’intéressaient pas à moi. J’ai passé mon chemin pour continuer dans les étages. Atteins le troisième étage, je me suis fait agresser par un monstre, maigre au possible avec les membres plus longs que la normale. Il me criait dessus alors que je lui plantais bon bras dans le torse. Je l’ai éloigné alors que je me retrouvais avec une lame à la place du bras.

« Tout va bien Adam ? demanda Zinn dans ma tête.

– Mes transformations se continuent. J’ai le droit à une lame maintenant.

– Bénéfique ?

– Qu’est-ce que j’en sais ?

– Bref, trouve-les, éloigne-les et reviens.

– Comme tu voudras. »

J’étais intrigué par les vibrations qui subsistaient dans le bâtiment, par quoi étaient-elles provoquées ? Je continuais à traverser les étages, cherchant éperdument les rescapés. Je les ai trouvés au septième étage, ils étaient cachés dans la chambre des parents.

« Bonjour, bonsoir, ce que vous voulez, comment on se porte ? demandais-je en arrivant devant eux.

– Euh…

– Oui je sais, je ne parais pas être le messie, présent pour vous sauver, mais je n’en suis pas loin.

– Ce n’est pas ça le problème, fit l’un d’eux.

– Quoi alors ?

– Il, il a quelque chose là-haut… fit un enfant qui avait à peine dix ans.

– Quel genre de chose ? fis-je m’agenouillant devant lui.

– Un homme… Étrange…

– Bon, je vais aller voir.

– Vous n’allez pas nous laisser ici ?

– Non, je vais vous envoyer dans un endroit sûr, fis-je avant de les téléporter avec le contrôle mental.

– Comment je peux les téléporter et pas moi ?

– C’est un lien avec le conseil, c’est eux qui les téléportent, tu ne fais que leur indiquer leur position, reprit Zinn.

– Bien vu. Bon, apparemment j’ai un connard à détruire. »

J’ai poursuivi mon ascension vers le dernier étage. J’y entendais des pas tourner en rond, une voix qui parlait dans le vide, comme s’il se parlait à lui-même. Ça ne m’inspirait rien de bon. J’ai avancé jusqu’à ce qu’il m’interpelle. « Ah, voilà enfin quelque chose de sain dans cette baraque. Viens, tu vas pouvoir m’aider. » Il me montra le chemin du salon et referma la porte à clé derrière lui. L’appartement était délabré, plus que les autres. Il avait placardé des affiches partout, des visages, des mots, des citations, comme s’il essayait de trouver quelque chose. « Assieds-toi » dit-il en me montrant un vieux canapé, recouvert de je ne savais même pas quoi. Je suis resté debout, devant lui.

« Tu dois être celui qui le remplace ? dit-il.

– Remplacer qui ?

– Mon vieil ami, celui qui passait à travers les portails ! »

Apparemment il parlait de Leo, je ne voyais que lui qui traversait des portails comme il disait. Il m’a fait un long discours sur pourquoi tant de chose, qu’il essayait de me retrouver depuis six mois sans avoir réussi. « Qu’est-ce que tu lui veux ? » fis-je avant qu’il ne brise une roche sur le sol, m’aveuglant une seconde. Devant moi était apparu un portail, semblable à ceux qu’utilisait Leo. Il m’avait mis une seconde pierre dans la main.

« Je peux t’offrir le pouvoir de tout reprendre à zéro, effacer le traitre et te permettre de recommencer une vie meilleure !

– Non. »

Je n’avais même pas pris le temps de réfléchir, même si je fixais éperdument le portail devant moi. Je savais que je pouvais tout changer, mais je ne voulais pas. Quelques secondes plus tard, Zinn apparaissait sur mon épaule.

« Pourquoi est-ce que tu refuses ? demanda-t-il énervé.

– J’ai vu comment le monde serait si je le faisais.

– Et ?

– Non.

– Pourquoi ? Tu pourrais éradiquer Akziel une bonne fois pour toutes !

– Et devenir la menace, j’aurais déjà détruit plus que ce qu’a fait Akziel jusqu’ici.

– Oh ! Je, comprends, dit-il avant de repartir.

– Alors ? me fit l’étranger s’approchant de mon visage avec un visage diabolique.

– C’est non.

– Mais… »

Il n’avait pas eu le temps de finir sa phrase que j’avais déjà plantée une de mes lames dans son crâne. « Adam ! » me fit Zinn effrayé. « J’ai fait le bon choix. » fis-je avant qu’il ne se relève sous une forme moins glorieuse. J’ai déployé mes griffes pour avoir une chance contre lui. Il était lent, je n’avais pas de mal à lui asséner des coups à répétitions pour l’affaiblir et le faire vider de son sang.

« Je pensais qu’il n’y avait plus de démons.

– Je ne peux pas tous les tuer, répliquais-je. Ce n’est pas mon devoir.

– Essaie de revenir vivant, j’ai découvert quelque chose qui pourrait t’intéresser.

– Hum, des clés, je ne pense pas qu’il en ait encore besoin, dis-je regardant son cadavre sur le sol. »

J’ai continué à fouiller l’étage, comme perturbé par quelque chose. Je suis arrivé devant une porte, il y avait quelque chose d’écrit dessus, tracé avec de l’énergie, dorée. « Si vous êtes humains alors dégagez » J’y suis entré. La première chose qui m’interpela c’est cette bombonne violette juste à côté de la porte. Puis j’ai avancé en découvrant des corps, tués par l’infection apparemment. Puis j’ai relevé les yeux et j’ai aperçu le logo de Leo, celui qui flottait au-dessus de sa tour dans la citadelle. « Qui pourrait encore l’utiliser ? »

Ducati, voilà ce qu’il y avait de marqué sur le porteclé. J’ai dévalé les escaliers, évitant tous ceux qui essayaient en vain de me poursuivre. Je suis sorti en quête de la moto, puis j’ai aperçu ce halo blanc que le soleil produisait sur sa carcasse. Je m’en suis rapproché, mettant le contact. Le réservoir était presque plein. J’ai alors démarré puis j’ai fait demi-tour pour rejoindre Zinn et sa cache. Je suis arrivé chez lui avec une sorte de satisfaction sur mes lèvres, mais avec le désespoir au fond de mes yeux.

« Chaque jour j’ai l’impression que ce que j’ai construit s’effondre mon ami.

– N’en sois pas si sûr, répondit-il.

– Qu’y a-t-il ?

– Je crois que l’on a retrouvé une vieille connaissance ! »

Il me montrait un visage d’une photographie prise par les satellites qui gravitaient autour de la Terre. Je me suis approché de lui, puis j’ai vu cette personne, quelque chose s’est réveillé chez moi.

« Emeline ! m’exclamais-je.

– Exact ! Mais impossible de la retrouver avec les yeux des satellites en ce moment.

– Fait de ton mieux, localise-la, je t’en prie.

– La foi reviendrait dans ton cœur noirci par tes pertes ?

– J’aimerais, répondis-je après une grande inspiration. »

Un signe ? Un espoir ? Comment avait-elle survécu ? Est-ce qu’il y en avait d’autres encore en vie ? Cela signifiait pourtant quelque chose et le simple fait qu’Emeline soit en vie me donnait envie de poursuivre mes recherches.

« J’ai quelque chose pour toi, cherche-moi tout ce qui peut se rapprocher au logo de Leo.

– Oui, mais pourquoi ? questionna-t-il.

– Je l’ai aperçu dans le bâtiment où j’étais, peut-être que quelqu’un essaie de me dire quelque chose.

– OK, je m’en occuperais. »

Mardi 25 novembre 2014.

Les premières neiges commençaient à tomber, malheureusement elle fondait presque aussitôt. Il était dix-heures et j’avais réussi à ramener une télévision en bon état de mes voyages ainsi qu’une paire d’enceintes pour mon téléphone. La seule chaine restante était une chaine d’info, apparemment il y avait plus de survivants que ce que j’imaginais. Puis quelque chose m’interpela, une information plutôt importante.

« Aujourd’hui quelque chose de spécial, car nous avons un invité qui a été soigné par un mystérieux inconnu…

– Quoi ? Quelqu’un capable de guérir ce virus ?

– Attends ! fis-je à Zinn en montant le volume.

– Je me souviens m’être fait infecter il y a environ trois mois, puis la semaine dernière, ma femme qui m’avait enfermé dans un placard a fait venir cette personne. Elle m’a dit qu’elle a posé ses mains sur moi, puis toutes les marques de l’infection ont disparu. Deux jours plus tard, j’étais redevenu normal…

– Merde ! Y’a vraiment quelqu’un capable de faire ça ? m’étonnais-je.

– Tu veux que j’investisse dessus ?

– Ça pourrait être bien ouais. Si tu arrives à le localiser.

– Je vais le faire, toi concentre-toi sur Emeline.

– Ouais, je vais essayer. HA ! »

Mes bras me faisaient mal, une douleur puissante, comme une brulure interne.

« Comment est-ce que tes bras peuvent te faire souffrir ?

– Qu’est-ce que j’en sais ? répondis-je agacé. »

Mardi 2 décembre 2014.

Je faisais toujours le même cauchemar, impossible de dormir correctement. Alors au lieu de dormir, je faisais des tours à moto dans la ville. Après un certain temps, j’avais déterminé la ville dans laquelle j’étais. J’étais à Paris et la majorité de la population courrait les rues, comme des zombies. Ça me faisait mal au cœur, j’avais voulu les sauver et j’étais devenu leur perte. J’arrivais à sauver des survivants, mais sur huit-milliards, je n’en sauverais même pas la moitié, même pas un centième. Zinn avait bricolé ma moto pour qu’elle utilise la même technologie que mon cœur pour rouler.

Il m’arrivait de prendre place sur l’Arc de Triomphe, pour réfléchir, ou pour oublier. Cette fois-ci j’étais rejoint par Zinn, qui commençait à ressentir de la pitié pour moi.

« J’aimerais pouvoir t’aider Adam, me dit-il.

– Si c’était possible.

– Ça m’attriste de voir noir comme ça, toi qui as toujours eu une flamme qui te faisait vivre, j’ai l’impression que tout s’effondre pour toi.

– C’est dur sans Leo. Cette, infection qui bouffe les humains, qui me bouffe aussi. Qu’est-ce que tu veux que j’y fasse ?

– Trouver un moyen de reprendre espoir ?

– Mon espoir c’était Alix, c’était d’elle que je tirais mon énergie à vouloir continuer. Je ne sais même pas où elle est maintenant.

– Tu penses vraiment qu’elle est morte ?

– Je ne sais pas, je n’ai pas envie de le croire, mais au fond je sais que c’est la vérité.

– On va la retrouver. Je te le promets.

– Tu penses que la Tour est toujours debout ? demandais-je.

– Je suppose, elle est protégée par le bouclier, comme la citadelle.

– Je me demande s’il peut y avoir encore quelqu’un.

– Comme qui ?

– Sieg.

– Oh oui, j’espère pour lui qu’il est en vie.

– Il l’est, sinon je serais déjà mort.

– Et le reste ?

– Tu parles de qui ? Mes frères ?

– Oui, et les autres.

– Aucune idée. Je…

– Tout va bien ?

– Oui, ça va. »

J’avais l’impression que le virus essayait de consumer, mais que je puisais mon énergie à le combattre. J’avais peur qu’il réussisse à prendre possession de moi. J’avais passé ma nuit ici, à regarder le ciel comme j’en avais l’habitude, mais ce n’était plus de l’espoir, quelque chose d’autre me poussait vers les cieux.

Mercredi 3 décembre 2014.

Des voix commençaient à résider dans ma tête, comme si j’arrivais à entendre ce que disaient les zombies. D’autres étaient des appels à l’aide, mais j’étais incapable de me concentrer sur certaines.

Depuis mon retour, ma vie tournait en rond, rien n’allait. Zinn essayait en vain de ne me pas me laisser m’apitoyer sur mon sort, pourtant c’était plus dur que s’en avait l’air.

« J’ai peut-être quelque chose pour toi Adam.

– Dis-moi, je prendrais ça comme je le pourrais.

– J’ai réussi à relever des informations d’un groupe d’Akziel, apparemment ils savent où nous sommes, dit-il.

– Akziel ?

– Juste le groupe.

– Et, tu veux que je les trouve avant… »

Je n’avais pas fini ma phrase que j’entendais une explosion dehors. Je me suis précipité vers la porte et je me suis retrouvé à entrer dans les limbes aussitôt.

« Merde, je ne suis pas prêt pour ça.

– Qu’est-ce qu’ils nous veulent ? fit Zinn qui s’approchait de moi.

– Ma mort, je suppose.

– Ah ! Enfin, Leo Kryssen ! fit un homme arrivant devant moi.

– Je crois qu’il y a erreur, répondis-je.

– Nous avons quelque chose pour toi ! »

Un homme étrange se présentait à moi, la peau blanche, un maquillage noir autour des yeux. Il ne portait qu’un pantalon et des chaussures, et des anneaux sur le visage.

« À qui ai-je l’honneur ? demandais-je.

– Je me présente, Ricku, second du Seigneur.

– Bah voyons.

– Je détiens quelque chose qui pourrait t’intéresser. »

L’explosion avait été provoquée par le véhicule ou bâtiment qui s’était écrasé devant chez nous. Apparemment c’est là qu’il retenait ce dont il me parlait. « Leo ! Aide-moi ! » Cette voix résonnait dans ma tête depuis qu’il était ici.

« Sia !

– Bien, monsieur est clairvoyant, voyons si tu sauras t’en sortir ! dit-il disparaissant aussitôt.

– Qu’est-ce que tu comptes faire ? questionna Zinn.

– Aller la sauver.

– Dans les limbes, comme ça ?

– Ils ont des armes et j’ai mes transformations, je devrais m’en sortir.

– J’espère. »

À mon habitude, je me suis plongé dans l’action, entré en fracas dans le bâtiment, mais pas un bruit, rien. Quelque chose n’allait pas et j’allais vite le découvrir. Deux étages, apparemment immensément longs et larges. J’ai fait une dizaine de mètres dans la première salle me dirigeant vers la lumière. Je me suis caché derrière le mur après avoir aperçu deux hommes derrière.

« Tu crois qu’il a une chance ? fit l’un des hommes.

– Jamais, il n’a plus Leo, répondit l’autre.

– Merde, fis-je à voix basse.

– Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda Zinn.

– Ils sont au courant pour Leo.

– Qu’il est bloqué par l’infection ou par le fait qu’il ait été envoyé sur une autre planète ?

– Qu’est-ce que j’en sais ? »

J’ai essayé de déployer les lames de mes augmentations, espérant au moins avoir ça. Les coudes, puis les avant-bras. J’ai fermé les yeux quelques secondes, repensant à l’époque où l’on m’avait implanté ces armes. Comment ce futur serait-il à présent ?

Quelques secondes plus tard, j’arrivais sur les deux hommes, tombés avant qu’ils ne puissent utiliser leur arme. Des fusils d’assaut. J’excellais avec ce genre d’arme, dans cinquante ans. J’en ai récupéré une, avec le chargeur du second et je me suis posé devant l’ordinateur qu’ils gardaient. Apparemment Sia était détenue dans une salle au-dessus de moi et le seul escalier présent était au loin. Quelque chose me disait qu’il y allait en avoir d’autres à tuer.

Cette mission ressemblait à une des nombreuses que j’avais faites dans le futur, éliminer la menace pour retrouver quelqu’un d’important, pourtant je me doutais que ça n’allait pas se passer aussi bien que celles que j’avais pu faire auparavant. J’avais pris le chemin le plus court pour rejoindre l’escalier et ait descendu jusqu’ici, une douzaine d’ennemis, humains apparemment. Ça ne me dérangeait pas de les tuer à partir du moment où je savais qu’ils avaient porté allégeance à l’ennemi. Cependant si un me demandait pitié, je l’aurais certainement laissé partir errer dans le monde, avec les autres que j’ai sauvés.

Deuxième étage, d’après les plans, c’étaient d’anciens bureaux. Un beau bordel pour arriver à traverser ça sans problème. La première partie était plutôt calme, deux hommes non armés se sont présentés à moi, je les ai sauvés, ils n’avaient rien fait de mal. Ensuite arrivaient les grands bureaux, occupés par une centaine d’hommes. Certains d’entre eux étaient innocents, mon instinct me le disait. Cependant je ne me voyais pas affronter cent hommes armés jusqu’aux dents pour les sauver. Alors cette partie devint une filature, personne ne devait me voir, ni même m’entendre. Je n’avais aucune de mes capacités spéciales, mais j’avais quand même mes talents commando.

Une demi-heure, voilà le temps qu’il m’a fallu pour atteindre l’autre côté sans me faire repérer. Utile de ne pas avoir de cœur, aucun battement. J’ai refermé la porte derrière moi pour le retrouver dans un bureau avec la moitié des murs fait par une baie vitrée. La lumière d’un chemin s’illumina pour me montrer Sia.

« Adam, vite aide-moi !

– Non.

– Pourquoi ? dit-elle effrayée. »

J’ai pris une agrafeuse que j’avais ramassée auparavant pour faire distraction et je l’ai jeté sur le chemin. Une ligne de pics métalliques en sortit aussitôt.

« Bien vu Sherlock, fit Sia.

– Sors de ta cachette, je n’ai pas que ça à faire, dis-je.

– OK, je te rends la fille. »

Il détacha les liens de Sia et le mécanisme du passage pour qu’elle me rejoigne. Mais avant qu’elle ne m’atteigne, il sortit de nulle part pour me fracasser contre le mur en disant « Mais je te récupère toi ! » Mon corps me faisait souffrir, sans Leo il est moins résistant, je ne suis qu’un humain, même augmenté. « Qu’est-ce que tu vas faire contre moi ? Aucune balle ne me fera mal ! » Lui aussi était infecté comme moi, mais en plus mauvais état. Il avait l’apparence des zombies, ses vêtements se mêlaient à cette matière noirâtre qui me donnait mes griffes. J’ai décidé de l’attaquer, de lui asséner autant de coups que possible, mais je n’arrivais pas à lui faire de mal. Une seconde fois il me propulsa contre le mur et cette fois-ci j’ai fini inconscient. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé entre temps, je me suis réveillé attaché là ou l’était Sia auparavant, sans mes vêtements comme toujours.

« Tout s’effondre mon cher, même tes précieux amis !

– Jamais tu ne le tueras, jamais ! fit Sia entre les mains de Varko.

– Parce que tu te sens assez forte pour arriver à m’affronter ? Où même te libérer de mes liens ?

– Forcément ! »

Sia était la reine des limbes et apparemment ces choses n’avaient pas accès à l’autre monde. Elle nous fit sortir tous les deux, assez de temps pour se libérer et venir approcher sa main de mon corps. Une puissance vague d’énergie me parcourra illuminant mon cœur, puis je me suis rendormi. « Qu’est-ce que tu as fait ? » Quelques secondes après j’ouvrais les yeux et mes lunettes se repliaient. Mes bras et mes jambes commençaient à bruler, faisant fondre les liens un par un. J’ai touché le sol, ma main droite posée devant moi. Mes doigts étaient devenus énergétiques, il ne restait que les renforts métalliques flottants sur mes doigts transparents. Une puissante rage me poussa vers lui, me déplaçant avec une cristallisation d’une puissance phénoménale. Je suis arrivé sur lui avec une force sur humaine, l’envoyant à l’autre bout du couloir.

« Adam ! s’exclama Sia.

– Suis-moi, répondis-je.

– Sale enflure, pourquoi faut-il que tu changes encore ? fit mon ennemi.

– Je ne change pas, j’assimile juste de nouvelles choses ! »

J’ai posé ma main sur son crâne, commençant à absorber son énergie.

« Adam non ! s’exclama Sia à nouveau.

– Écoute là ! dit-il.

– Ne le tue pas.

– Pourquoi ? dis-je me retournant.

– Il peut nous être utile, répondit Sia.

– En quoi ?

– Il a des informations sur celui qui soigne les infectés.

– Comment tu sais que je le cherche ?

– À cause de lui. »

Je me suis retourné vers lui, mon corps encore brillant de cette énergie puisée de nulle part. « Parle ! » Il ne voulait pas, il préférait souffrir.

« Si tu peux faire quelque chose, demandais-je, avant que je ne le tue.

– Une seconde. »

J’ai été transporté ailleurs pendant quelques secondes avec la voix de Sia me disant que c’était elle qui me provoquait ces visions. Je me trouvais sous la tour Eiffel, devant une personne à la silhouette blanche, son manteau certainement. Sa voix résonnait, elle voulait me dire quelque chose, mais je n’arrivais pas à déterminer quoi. Je suis revenu peu de temps après, toujours devant lui.

« Qu’est-ce que j’en fais maintenant ? demandais-je.

– Tu l’estimes comme une menace ?

– Forcément.

– Alors, vas-y, fais ce que tu as à faire.

– Non, pitié ! NON ! s’exclama-t-il effrayé »

J’ai déployé une lame qui, elle aussi, avait changé d’apparence pour lui trancher la gorge. Sia me ramena mes vêtements pour que je les remette avant qu’elle ne se jette dans mes bras.

« Je suis tellement contente de te revoir, me dit-elle.

– Tu n’imagines pas à quel point.

– Qu’est-ce que tu fais ici ? Je te croyais mort, ou perdu je ne sais où.

– C’est une longue histoire.

– Tu as un endroit sur où on peut aller sans se faire attaquer ?

– Viens »

Ma moto, enfin, j’en avais fait ma propriété. Lorsqu’elle l’a aperçu, elle a voulu faire un tour avec. Alors je l’ai écoutée, j’ai suivi toutes ces indications de routes. Nous nous sommes retrouvés dans un parc très calme. Je m’étais allongé dans l’herbe, puis elle m’a suivi, posant sa tête sur mon ventre.

« Pourquoi es-tu venu me sauver ? me demanda-t-elle.

– Je viens toujours vous sauver. Mais à quel prix ?

– Et les autres ?

– Personne.

– Comment ça ?

– Je ne sais pas où ils sont, s’ils sont encore en vie. Le seul que je peux supposer c’est Sieg.

– Sinon tu serais mort. Tu n’as pas essayé de le chercher ?

– Pour quoi faire ?

– Pour t’aider.

– Et les mettre en danger, comme je l’ai fait auparavant ? Je n’ai pas l’impression que ça en vaut le coup.

– Tu… dit-elle se relevant. Qu’est-ce qu’il t’est arrivé ?

– Comment ça ?

– Ce drame sombre que tu m’étales, je ne t’ai jamais connu comme ça.

– Tu ne m’as jamais connu sans espoir.

– Oh, ça explique certaines choses.

– J’ai tout perdu, j’ai mis en péril tout ce que je me suis efforcé de faire. Plus j’avance, plus je me dis que mes actions auront les mêmes conséquences.

– C’est Alix, c’est ça ?

– Je n’ai jamais été capable de la protéger.

– Ça, ce n’est pas vrai.

– Alors pourquoi elle est morte ? »

Ces derniers mots laissèrent un blanc, je n’avais rien à y répondre et malheureusement elle non plus. Elle se mit à réfléchir quelques instants puis se leva.

« Je vais partir chercher Sieg, dit-elle déterminée.

– Toute seule ?

– Oui ! Et tu ne m’en empêcheras pas.

– Je ne le ferais pas. Bon courage tout de même.

– Tu ne m’en penses pas capable ?

– Ce monde est dangereux, même pour toi.

– C’est ça tu me trouves trop faible pour y arriver ! dit-elle en partant.

– Et merde ! fis-je relâchant ma tête sur le sol. »

Je crois que mon côté sombre allait trop loin, mais à vrai dire, sans l’espoir qui animait Leo, il ne me restait que ça.

Je suis resté quelques secondes de plus allongé, jusqu’à ce que quelque chose me percute l’esprit. C’était le parc de Monceau à Paris ! Je me suis alors empressé de rejoindre ma moto pour partir vers la tour Eiffel. En dix minutes je l’avais rejoint. La silhouette que j’avais aperçue dans la vision y était. Je m’en suis rapproché, mais elle disparut quelques secondes plus tard.

« Adam ? questionna Zinn.

– Je crois que j’ai trouvé quelque chose, je te tiens au courant.

– Mais, attends ! »

Tracé en grand sous les quatre pieds, le symbole de Leo encore une fois. « Qu’est-ce que ça veut dire ? » Je me suis décidé à gravir la tour, espérant trouver quelque chose. J’ai atteint le deuxième plateau, une sorte de cabane y avait été construite. J’y suis entré, doucement, pour éviter d’attirer l’attention. Les murs étaient placardés de photos de moi, de différentes époques. Sur certaines j’étais avec des amis, des connaissances ou avec Nikki. « J’ai du mal à comprendre. Qui pourrait me rechercher autant ? »

J’ai parcouru les quelques salles, toutes pareilles. Qui me chercherait autant ? Un fan ? Quelqu’un qui aurait besoin de moi ou un ennemi ? Et pourquoi se donner autant de mal à me chercher et vouloir sauver les habitants de l’infection ? Une centaine de questions envahissait ma tête. Une seule pièce se démarquait. Une recherche d’humains, peut-être ceux qu’il voulait sauver ? Quelques minutes après mon arrivée, des voix vinrent résonner sous les pieds.

« Tu crois que c’est ici ?

– Tu ne vois pas le symbole sur le sol ? C’est forcément ici. Viens, le boss nous a donné comme mission de le tuer.

– Mais, mais tu sais ce qu’il a fait aux autres ! s’exclama un des hommes.

– Oui, mais nous ne sommes pas les autres. »

Le boss ? Ricku ? Je ne voulais pas qu’ils le tuent, il pourrait m’être utile. Je suis alors sorti du campement, me dirigeant vers les barrières pour me placer au-dessus de leur position. L’assassinat aérien, j’étais bon, assez pour leur atterrir dessus. J’en ai éloigné un et allongé le second, ma lame sous la gorge. Quelque chose sur lui me happa, son collier. Je le lui ai retiré, c’était encore un des colliers de Barabas.

« Qui t’envoies ? demandais-je énervé.

– Ri… Ricku.

– Qu’est-ce que tu veux à cet homme ?

– On nous a dit de le tuer, c’est tout.

– Pourquoi ?

– Parce qu’il peut soigner les infectés ! s’exclama-t-il.

– Qu’est-il arrivé aux autres qui ont essayé ?

– Carbonisé, ils. Ils brillaient encore d’une lueur dorée après leurs morts.

– Est-ce que je te laisse en vie ?

– J’aimerais.

– Qu’est-ce que j’y gagne ?

– La compagnie saura que le soigneur a un compagnon.

– Bien, fis-je avant de lui trancher la gorge, à ton tour.

– Non, pitié ! s’écria le second.

– Qu’as-tu à dire pour te sauver ?

– On m’a enrôlé, je n’ai jamais voulu les rejoindre.

– Ça ne suffira pas, fis-je me rapprochant de lui.

– J’ai une femme ! Des enfants ! Ils ont été sauvés par ton ami.

– Intéressant.

– Tu veux bien me laisser la vie ?

– Retourne-toi.

– Mais…

– Fais ce que je te dis. »

Il s’exécuta. J’ai utilisé mon anneau pour briser l’attache cérébrale qu’il avait.

« Je…

– Va-t’en, repris-je. Avant que je ne change d’avis.

– Merci !

– Reste en sécurité. Je ne veux pas d’autres infectés sur les bras. »

Je ressentais encore une présence dans les parages, non hostile. Je me suis approché doucement. C’était un enfant qui se cachait derrière un buisson, effrayé.

« N’aie pas peur, je ne te veux pas de mal, dis-je à l’enfant.

– Ils sont partis les deux méchants ?

– Oui, fis-je avec le sourire, ils sont partis. Qu’est-ce que tu fais ici ?

– J’étais venu rapporter un bijou qui appartient à celle qui habite ici.

– Celle ?

– Oui, c’est une femme, tu ne le savais pas ?

– Je l’ignorais. Je peux le voir ?

– Tiens »

Il me tendit un collier en or, avec un pendentif. Deux parties se croisaient, une en or, l’autre en un métal noir. Il me semblait l’avoir déjà vu quelque part. « Promets-moi que tu le donneras à l’Éternelle » Je me sentais étrange tout à coup. Zwein avait raison ! Elle existe bel et bien. Puis le sourire me revint. « Je te le promets. » Ma main se resserra sur le pendentif alors que le garçon s’en alla.

Il était dix-sept heures passées, le soleil commençait à se coucher. Je m’étais attaché à l’antenne de la tour pour observer le soleil s’en aller.

« Adam ? Où est-ce que tu es parti ? demanda Zinn.

– Paris, sur la tour Eiffel.

– Et Sia ?

– Partie chercher Sieg.

– Tu es sérieux ? Tu l’as laissé partir ?

– Je n’avais pas le choix.

– Si tu l’avais ! s’exclama-t-il.

– Je reviens, je te ferrai un rapport sur ce que j’ai découvert et demain je pars, j’ai besoin de vacances.

– Pas maintenant ?

– Si. »

J’ai repris ma moto pour faire le retour. Une bonne heure pour faire le trajet dans l’autre sens. Je suis arrivé devant Zinn qui me n’avait pas l’air très content.

« Qu’est-ce qu’il y a ? demandais-je agacé.

– Dis-moi tout.

– Pour commencer, Ricku est à la tête d’un groupe, ou je ne sais quoi qui se fait appeler la compagnie.

– Ensuite ?

– Pourquoi Paris, j’imagine ? À cause de Sia.

– Je le savais !

– Ce n’est pas ce que tu crois. La compagnie est aussi à la recherche de celui qui soigne les infectés. Sia m’a envoyé une vision quand je l’ai sauvée, cet individu se situait sous la tour Eiffel. Lorsque je suis parti avec Sia pour faire un tour, elle m’a rapproché de Paris sans que je le sache. Je suis allé sous la tour une fois qu’elle était partie.

– OK, je suis, fit Zinn.

– Il utilise le symbole de Leo, il est gravé sous la tour. De plus il recherche Leo activement comme les infectés.

– Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

– Les murs de sa cabane sont couverts de photo de lui.

– Intéressant.

– La compagnie recherche aussi cette personne. Eux, l’appelle le sauveur. J’ai rencontré deux hommes qui étaient ici pour le tuer.

– Tu les as tués ?

– J’en ai gardé un en vie, en lui retirant son attache cérébrale.

– Tu peux encore faire ça ?

– Oui grâce à Sia. J’ai de nouveau mes pouvoirs d’augmentés, mais ils consomment beaucoup d’énergie.

– Bien.

– Pour finir, cette personne attache les personnes qu’il, enfin qu’elle sauve. J’ai trouvé un enfant qui était venu lui rendre un collier.

– Elle ?

– Oh oui, ce gamin l’a appelé l’Éternelle.

– Quoi ?

– Oui, moi aussi ça m’a choqué, mais après ce que m’a dit Zwein, ça ne me dérange pas tant que ça.

– Mais…

– Pourquoi elle me recherche ? Qui sait ? Ne m’en veux pas, je vais aller faire une sieste. »

Une heure, c’est le maximum que j’arrivais à rester endormi avant que mes cauchemars ne reviennent. Il était vingt heures, j’ai repris ma bouteille de whisky et je suis parti m’installer sur le toit. Le ciel était clair et le froid hivernal français commençait à se faire ressentir.

Malgré mon état mental déplorable, je gardais certaines de mes habitudes, comme celle de m’installer sur un toit et penser à tout, et à beaucoup de choses. Personne ne comprenait cette habitude, moi non plus certaines fois, mais tout ce que je savais c’est que je ne m’en sentais que mieux.

Zinn m’a rejoint une heure plus tard. Il est installé à côté de moi.

« Toujours les idées perdues ? demanda-t-il.

– Toujours.

– Alix ?

– C’est une habitude chez moi, je crois. Qu’est-ce que tu veux ?

– Qu’est-ce qui te dit que…

– Je te connais arrête.

– Où est-ce que tu veux partir ?

– J’en entendu dire qu’il y avait un groupe de réfugiés en Auvergne. J’irais bien y faire un tour.

– Et tu comptes y rester combien de temps ?

– Deux semaines certainement.

– Bon courage.

– Ce n’est pas du courage qu’il me faut.

– Oui je sais, dit-il.

– Continue tes recherches sur l’Éternelle et sur les autres survivants que je pourrais connaitre et dis-moi si t’en trouves un.

– Pas de soucis.

– Et si jamais on t’attaque, n’hésite pas à m’appeler, je ne veux pas en perdre un de plus.

– J’y penserais, mais je sais me défendre tout seul.

– Vraiment ? m’étonnais-je.

– Oui ! Tu ne me crois pas ?

– Pas vraiment non.

– Salaud !

– Je sais, je ne vais pas changer aujourd’hui.

– Ne va pas te faire tuer, je sais que tu as été agent du FBI, que tu as vécu pire, mais quand même. Nos derniers espoirs résidents en toi.

– Je resterais en vie. Je le dois, rien que pour pouvoir retrouver Alix.

– Tu refuses de l’abandonner.

– Je n’ai aucune raison de le faire, et toutes de vouloir la sauver. Je suis ici grâce à elle et j’espère qu’elle pourra m’aider à nous sortir de cette histoire. »

Chapitre 2 : Égaré

Partie 3 : Au cœur de la Foule

Je me souviens du commencement. Le monde était entouré d’une douce lueur infinie. L’air était, intact, si frais et chaleureux. Si plein de vie et de possibilités. C’est un sentiment que je n’oubliais jamais.

L’Éternelle. 2014

Des cendres tombaient du ciel. Comme des plumes d’oiseaux noirs qui ont perdu leur emprise de l’air. Notre temps est passé. Plus rien n’est clair. Sauf la fin.

Aiden. 2014

Tout avait changé et moi avec. Tout était plus difficile, comme si le monde nous forçait à disparaitre. Même si c’est notre planète.

Lundi 22 décembre 2014.

On approchait de Noël et c’était la première année que je le passerais seul. Loin de tout et de tous. La neige n’avait pas encore atteint cette région, qui pourtant était l’une des premières à en profiter en hiver.

Je m’étais installé sur un flanc de montagne, observant tous les reliefs autour. Le ciel commençait à être envahi par les nuages. Une couleur rouge en émanait, comme si tout le ciel était en flamme. J’étais en Auvergne, région de naissance d’Adam et je commençai à me dire que c’était l’un des plus beaux paysages que j’ai pu voir jusqu’ici.

J’étais ici pour deux choses, des vacances et un camp de réfugiés que je pourrais aider. Toute la journée j’ai divagué, sans penser à rien, sauf à Alix bien sûr, rien n’arrivait à la faire sortir de ma tête. Je me sentais un peu seul, personne pour me répondre. Dans ces cas-là, d’habitude j’avais Zinn, Sieg au début puis Leo. Je me suis décidé à rejoindre la ville la plus proche pour la nuit. La plupart des habitants y vivaient comme si de rien n’était. Comme si rien ne s’était passé. À mon arrivée, certains d’entre eux m’ont regardé étrangement, d’autres étaient effrayés. Seuls les enfants ne réagissaient pas négativement à ma présence. Ils venaient vers moi pour me dire bonjour et voulaient jouer avec moi. Quelques minutes plus tard, une vieille femme se rapprocha et les éloigna.

« Je ne leur veux pas de mal, fis-je.

– Éloignez-vous d’eux.

– Bien, si vous le souhaitez. »

J’ai relevé la tête pour apercevoir l’enseigne d’un bar. Je m’y suis rendu sans trop d’hésitations. Eux au moins de me n’ont pas épié du regard à mon entrée. Je me suis posé au comptoir, la tête entre les mains.

« Tiens, un étranger, qu’est-ce que la maison lui sert ? demanda le barman.

– Un scotch. Non, mettez-moi en deux.

– Comme il voudra. »

Les voix revenaient, toujours. Je ne sais pas qui, ce qu’ils me voulaient, mais elles commençaient à me fatiguer. Ne ferais-je pas mieux de les écouter ?

« Alors, quel bon vent vous amène dans notre patelin ? demanda le serveur.

– Il parait que c’est le bordel ailleurs, fis-je commençant mon premier verre.

– Effectivement. Jamais vu ce genre de chose en trente ans de carrière. Il nous a foutu un beau bordel l’autre.

– Comment vous avez échappé à tout ça ?

– C’est la campagne mon petit. Ils nous ont oubliés et c’est tant mieux.

– Intéressant.

– D’où est-ce que vous venez vous ? demanda-t-il.

– Depuis que je suis ici ? Ou où je devrais être normalement ?

– Les deux.

– Je viens de Paris, je ne sais plus pourquoi. Sinon je devrais être à St Chély.

– Ah, il parait que ce n’est pas bien beau là-bas non plus.

– J’imagine, fis-je finissant mon premier verre.

– Aiden ! »

Une voix résonnait dehors, elle m’appelait. Je n’ai pas tardé à décoller de mon tabouret pour sortir du bar. Aussi tôt je me suis retrouvé ailleurs, à St Chély. Le jour où j’ai sauvé la sœur de Virginie. Lucy.

Tout se retraçait comme je l’avais vécu la première fois, avec le même signe de la main. Je suis revenu aussi vite que j’étais parti, l’esprit troublé par plusieurs choses. Tout d’abord, Virginie. Sa compagnie me manquait cruellement. Ensuite le katana que je portais était apparu dans mon dos. Mon bras droit qui voulait absolument se transformer chaque seconde. Enfin, qui avait pu me transporter comme ça ? Je suis revenu de mes propres moyens, mais je n’en suis pas parti tout seul. Je suis alors rentré dans le bar, retourné au comptoir pour finir mon verre et payer.

« Aucun évènement étrange à signaler dans les environs ? demandais-je.

– Vous pensez à quelque chose en particulier ?

– Un être étrange qui nous ressemble peu qui pourrait rôder dans les parages ?

– Maintenant que vous le dites. Deux hommes trainent souvent par ici, un nous ressemble, l’autre pas du tout.

– Une idée des noms ? demandais-je.

– Navré.

– Bon, merci quand même.

– Et vous alors, comment je dois vous nommer ?

– Ne cherchez pas à retenir mon nom, je n’ai pas l’intention de rester bien longtemps. »

J’avais une idée derrière la tête. Quelqu’un capable de faire voyager à travers le temps, ça ne court pas les rues, à part moi. Je m’étais mis en route, parcourant les rues une à une pour admirer cette petite ville. Je savais que quelqu’un se cachait ici, ou dans les environs, mais je n’avais aucun moyen de déterminer où il se trouvait exactement. Je me suis trouvé un hôtel pour la nuit, même si je ne dormais presque pas, j’aurais au moins droit à un peu de repos.

Mardi 23 décembre 2014.

Je m’étais donné comme destination Clermont-Ferrand, un camp de réfugiés s’y trouvait. La ville avait l’air dévastée, en guerre. Une grande partie des bâtiments étaient en ruine, en cendres. Je ne savais pas comment réagir à ça, j’en étais en partie la cause et je n’avais rien pu faire pour l’éviter. J’ai commencé à traverser les rues, espérant trouver quelqu’un errant ici pour me guider. À part les morts humains et zombies, je n’ai pas croisé grand monde.

Il était un peu plus de midi lorsque j’ai atteint la place de Jaude. Une voix résonnait dans les environs, comme si elle venait de sous terre. J’ai aperçu une entrée de parking et je m’y suis dirigé. Tout était bloqué, la plupart des zones se trouvaient sans électricité, celle-ci y comprise. J’ai forcé les barrières pour pénétrer. Il restait encore un bon nombre de voitures ici, certainement encore en état de marche. Je suivais la résonance de la voix, personne d’autre ici. Ça me paraissait étrange que personne n’ait voulu s’y protéger.

La voix venait d’une fille, cachée derrière une voiture. Je ne savais pas ce qui l’avait mené ici, mais je sentais sa peur dans ses yeux.

« De qui te caches-tu ? demandais-je.

– Des, des stalker, dit-elle.

– Stalker ?

– Tu ne les connais pas ?

– J’avoue que non, je n’ai pas encore croisé toutes les races.

– Ils sont toujours là où tu ne les attends pas.

– Intéressant.

– Derrière ! s’exclama-t-elle effrayée. »

Elle n’avait pas eu le temps de fini sa phrase que j’avais déjà dégainé mon katana pour riposter. Je m’étais mis en posture devant lui, prêt à toute attaque. Il était chétif, avec un bras en forme de fouet, ou un truc du genre. Il était rapide et ses coups étaient imprévisibles. « Tu n’arriveras pas à le battre avec ça », me dit-elle. J’ai alors décidé de déployer mes griffes, lui asséner un grand coup et le trancher en deux. Je savais que je l’avais effrayée, mais après tout, je n’ai aucunement l’intention de lui faire du mal. J’ai regardé mes mains une seconde avant de faire disparaitre mes griffes. Je lui ai tendu la main juste après.

« Je sais que mon côté zombie peut faire peur, mais je ne pense pas qu’il soit méchant. Enchanté, je m’appelle Aiden, fis-je la relevant.

– Lynn. »

Elle m’a sauté dans les bras presque aussitôt qu’elle était sur ses pieds.

« Que dois-je en déduire au fait que tu sois poursuivi par ce genre de créature ?

– Que j’essaie de les combattre, répondit-elle.

– Combattre soixante-millions de zombies, ce n’est pas très ingénieux.

– Parce que tu te penses mieux ?

– Moi au moins j’ai des armes.

– Qu’est-ce que tu viens faire ici ?

– Pourquoi cette question ? fis-je atteignant la place.

– Si tu étais des environs, j’aurais déjà entendu parler de toi.

– Perspicace.

– Alors ?

– J’ai entendu dire qu’il y avait un camp de réfugiés dans les environs, j’aimerais les aider.

– Les aider à se faire tuer ?

– Non, les aider à s’échapper, repris-je.

– Comment ? Où ?

– Loin. Je leur dois au moins ça.

– Qu’est-ce que tu veux dire par là ?

– C’est une longue histoire. Si je te dis réellement qui je suis peut-être tu te douterais du pourquoi je fais ça.

– Et j’imagine que tu veux que je te guide jusqu’au camp ?

– Tu imagines bien.

– Viens alors. »

Elle me rappelait beaucoup trop de personnes, Alix pour son côté innocent, Ariel pour son apparence très hors du commun. Elle m’avait approché du campement, entouré par une horde de zombies, j’avais passé la journée à imaginer comment tous les supprimer. À la fin de la journée, elle m’avait ramené chez elle. Elle avait investi une maison qui surplombait la ville, proche du campement. Le ciel était rouge, parsemé de nuages. Ça me rappelait le jour où était arrivé Izidro.

Il devait être dix-neuf ou vingt heures, j’étais allongé au bord de la petite falaise observant les étoiles qui commençaient à apparaitre. Je m’étais remis à fumer, sans savoir d’où sortaient les cigarettes et le briquet que j’avais dans la veste. Lynn est venue me voir, avec de quoi manger.

« Tu dois avoir faim, me dit-elle en me tendant l’assiette.

– Je sais m’en passer.

– Mais…

– Je ne vais pas quand même refuser alors que tu t’es donné du mal pour moi.

– C’est gentil ça, dit-elle.

– Qu’est-ce que tu as trouvé de si étrange chez moi ? demandais-je entamant la cuisse de poulet.

– J’ai l’impression de t’avoir déjà vu quelque part.

– Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

– Ton visage, puis ton bâton, si on peut appeler ça un bâton.

– C’est une clé à molette !

– Mais bien sûr. À qui est-ce que tu l’as volé ?

– C’est mon arme. Je ne l’ai pas volée.

– Alors comment ça se fait que j’aie vu Leo Kryssen l’utiliser ?

– Haha, c’est pas mal ça.

– Explique-moi !

– Si je te le disais, tu ne me croirais pas.

– C’est trop facile ça.

– Pourtant c’est la vérité. Si je porte cette arme, c’est parce que je suis Leo Kryssen.

– Prouve-le-moi ! s’exclama-t-elle.

– C’est là que ça devient plus compliqué.

– Tu vois que tu mens.

– Leo est bloqué par l’infection. Mon vrai nom est Adam Pearce.

– Je ne te crois toujours pas.

– Dommage.

– Mais ça ne me dit pas pourquoi tu lui as volé son arme.

– C’est la vérité.

– Non.

– Bon, j’ai trouvé plus têtue que Sieg, chouette.

– Sieg ?

– Sieg Wahrheit, c’est mon compagnon d’habitude, je ne l’ai pas revu depuis que je suis revenu ici.

– Tu… Tu dis peut-être vrai.

– Je n’ai aucun moyen de te prouver mes pouvoirs, Leo est bloqué. J’ai seulement mes capacités à moi.

– Comment tu comptes supprimer la horde qui garde le campement ?

– Bombe nucléaire.

– T’es sérieux ?

– Bien sûr que non. Ils ne poseront pas de problèmes, ils ne sont qu’une centaine.

– Qu’une centaine ? Arrête ça, ce n’est pas bien de fumer. »

Elle m’a retiré la cigarette de la bouche pour la jeter en bas. Je l’ai regardé d’une manière plutôt agacée. J’ai ressorti mon paquet, sorti une cigarette et la poser aux coins de mes lèvres. J’ai sorti mon briquet, l’ai regardé une seconde avant de l’allumer puis j’ai enflammé ma cigarette.

« Ça n’a aucun effet sur mon organisme, repris-je.

– Mais oui, t’es un extraterrestre aussi ?

– Non, mais on va dire que je n’ai plus grand-chose d’humain, fis-je déployant ma lame droite.

– Merde ! Qu’est-ce que…

– Accident. J’ai perdu mes jambes, mes bras, mes yeux et mon cœur.

– Oh, je…

– Tu ne pouvais pas le savoir, je ne vais pas te blâmer.

– Ça n’explique pas pourquoi tu ne crains pas la nicotine, reprit-elle.

– Mon organisme élimine toutes les toxines. Il fait aussi en sorte que je ne puisse pas geler, contrairement à toi.

– Du coup, c’est juste pour le plaisir ?

– Pas exactement, j’en ressens les effets, je ne subis pas les défauts.

– C’est bien ça, où est-ce que tu l’as trouvé ?

– Dans cinquante ans, quand j’aurais sauvé ce monde.

– Quand tu auras sauvé ce monde, ce n’est pas un peu prétentieux ? s’étonna Lynn.

– Si je retrouve Leo, je retrouve toutes mes capacités.

– J’ai l’impression que t’as un objectif caché derrière tout ça.

– Derrière quoi ?

– Ce camp, toute cette histoire.

– Je cherche L’Éternelle. Il parait qu’elle peut guérir l’infection.

– Tout de suite c’est plus logique. Tu penses qu’elle peut te rendre Leo ?

– J’espère.

– Pourtant je ne vois pas l’espoir dans tes yeux.

– J’ai, perdu beaucoup de choses, beaucoup de personnes pour le monde que tu connaissais avant. J’ai perdu ceux qui m’étaient chers pour celui que tu connais aujourd’hui. En particulier, ma femme.

– Et tu as du mal à le supporter.

– J’ai du mal à me dire que les choses changeront, pour moi tout est perdu si je n’arrive pas à la fin de ma quête.

– Quelle quête ?

– Supprimer Akziel, et moi avec.

– Pourquoi te sacrifier ?

– Il est la cause de ce désastre, j’en suis la raison. Leo a été envoyé sur Terre pour la protéger. Il m’a confié cette tâche en me choisissant comme hôte et je n’ai pas été capable de la remplir.

– Pourtant je suis sûr que certaines personnes tiennent encore à toi.

– Je n’ai plus personne. Plus aujourd’hui. »

J’étais une immense forme de drame, plus les jours passaient, plus mon restant d’espoir s’éteignait. Je m’éloignais de la seule qui pouvait me sauver de cet enfer et de celui qui l’a causé.

Elle m’avait offert un lit pour dormir, mais ça ne servait à rien. À peine endormi que mes cauchemars étaient de retour, encore et toujours. Comment je pourrais évacuer ces idées noires qui me bouffent si je suis incapable de dormir correctement ? J’avais la sensation de devenir fou, comme si plus rien n’allait correctement dans ma tête. J’étais ici pour des vacances au début. Mais à quoi bon si je n’arrive pas à me reposer ?

J’étais retourné à l’extérieur, j’admirais le décor, l’horizon qui gardait cette part rouge malgré l’heure tardive. J’avais l’étrange sensation de ressentir une présence derrière moi, comme si Leo était encore avec moi. J’avais rallumé une cigarette, c’était peut-être l’une des seules choses qui arrivaient à me détendre. Je ne me préoccupais de plus rien, même si quelque chose m’arrivait par-derrière je ne le sentirais pas venir. Puis quelque chose s’approcha de moi, une ombre, puis un corps, fantomatique.

« Tiens, Aiden. Content de te revoir.

– Leo ? Je, j’hallucine ?

– Je ne crois pas, je crois que je suis bel et bien là.

– Comment, qu’est-ce que…

– Ta cigarette, toute la fumée que tu absorbes arrive à me réveiller, partiellement.

– Partiellement.

– C’est la seule forme que je suis capable d’atteindre, ni mes capacités ni ma forme originelle ne sont possibles.

– Mais…

– Cinq, six minutes.

– Toujours ces six minutes.

– Je crois qu’on y est lié Adam.

– Tu te réveilles à chaque fois que je fume ?

– Non, je n’arrive à revenir qu’une fois par jour. Mais je peux choisir quand.

– Tu m’entends toujours ?

– Toujours, et les choses ont du mal dans ton esprit mon cher.

– Alors, arrête de lire dans ma tête !

– Jamais, au moins j’ai l’impression de me sentir vivant. »

Il disparut en fumée, comme il était arrivé. J’avais une once d’espoir qui commençait à renaitre en moi, certainement pas assez pour me dégager de mon univers trop sombre. J’ai passé la nuit sur la pointe du bâtiment, à entrainer mon calme et mon équilibre. J’arriver à retrouver mes capacités, doucement. Le soleil se levait alors que j’arrivais à percevoir les pensées d’un être possédant une grande puissance. Mais son esprit était trop puissant pour moi.

Mercredi 24 décembre 2014.

Il était environ neuf heures quand Lynn est sortie en trombes de la maison.

« Mais qu’est-ce que tu fais sur le toit ? T’es complètement fou ?

– Fou oui, fis-je avant de sauter en bas, inconscient peut-être pas, repris-je attrapant le café qu’elle avait à la main.

– Mais…

– Merci pour le café. »

Pendant une seconde je me suis demandé quelle image elle avait de moi, mais pas plus d’une seconde. Elle est retournée dans la maison prendre un second café et est venue me rejoindre.

« Tu veux aller les attaquer ? demanda-t-elle.

– Non je vais rester là et attendre qu’ils viennent.

– Je ne sais pas, mais je ne vais pas te supporter longtemps.

– Rassure-toi je ne vais pas rester.

– Vraiment ?

– Je n’ai aucun intérêt à rester, je les sauve et je vais en chercher d’autres.

– Tu ne comptes même pas rester avec moi ?

– Pour mettre en danger une personne de plus ? demandais-je. Non merci.

– Comment tu comptes t’y prendre ?

– Tu oseras les affronter une fois de plus ?

– Plutôt deux fois qu’une.

– J’aimerais que tu retiennes une sorte de général qui devrait venir dans le camp.

– Le temps que tu fasses le ménage ?

– Je te rejoindrais jute après.

– Bien, comme tu voudras. »

Elle est partie aussi tôt vers la ville. Son courage m’impressionnait. En attendant, je me demandais par quel côté j’allais commencer. Ils étaient nombreux, pas assez pour me faire peur cependant. Seulement j’aurais quand même du mal si je les affronte les cent en même temps. Il m’a fallu une bonne dizaine de minutes pour rejoindre le camp. J’ai revêtu mon habit d’assassin, ça faisait longtemps. J’ai grimpé une sorte de tour de surveillance, j’en étais à me demander si ce n’était pas une prison.

Est-ce qu’ils ont des souvenirs ? Ce sont des zombies, d’abord des humains, mais ont-ils encore des souvenirs ? Est-ce qu’ils gardent ceux de leur passage zombie ? Tant de questions qui me trottaient dans la tête avant que je ne les assassine un par un. Ils restaient des humains, des survivants et d’autres qui apparemment gardaient les survivants. Ils ne me paraissaient pas très sympathiques. J’ai sauté sur l’un d’eux pour déterminer leurs camps.

« Qui es-tu ? dit-il étonné.

– Pour qui tu travailles ?

– Qu’est-ce que ça peut te faire ?

– Ce n’est pas grave j’en trouverais un autre, fis-je déployant ma lame.

– Non, pitié, je te dirais ce que tu veux.

– Intéressant.

– C’est Akziel qui nous envoie, il veut éloigner l’Éternelle d’ici.

– À quoi bon ? Elle est déjà passée, repris-je.

– Justement.

– Hum. Il imagine que d’autres vont venir derrière elle. Brillant.

– Comme toi, dit-il en se débâtant.

– Sauf que je ne suis pas attendu, comparé aux autres.

– Tu attends quoi pour me tuer ?

– C’est vrai ce n’est pas comme si j’avais besoin de toi. Je t’offre une rédemption, profites-en, fis-je en l’assommant. »

Les zombies grouillaient à l’infini, je ne les comptais pas, il y en avait beaucoup trop. J’avais du mal à imaginer comment je pouvais tous les éliminer. En aurais-je besoin ?

Mon but était de trouver une entrée, pourquoi pas le toit ? Il devait bien y avoir une trappe ou une lucarne par laquelle entrer. J’ai fait mon chemin assez facilement, personne ne gardait le toit évidemment. J’ai alors trouvé mon passage pour entrer et atteindre une pièce sombre. Quelqu’un derrière moi essaya de m’attaquer, j’ai dégainé Ivory avant qu’il ne me touche.

« Qu’est-ce que ? fit la chose dans le noir.

– N’y pense même pas.

– Qui êtes-vous ? demanda-t-il.

– Aiden.

– Vous n’êtes pas très bavard.

– Pas avec quelqu’un qui a essayé de me tuer.

– Je n’avais aucunement l’intention de vous tuer, dit-il hésitant, je, me défendais.

– Tu ne sais même pas pourquoi je suis là.

– Dites-le-moi.

– Pourquoi ? demandais-je cherchant la sortie.

– Je fais partie des réfugiés et je cherche un moyen de nous échapper.

– Avec les troupes et monstres qui rôdent, il va vous falloir plus qu’un manche à balai mal affuté.

– Vous vous prétendez mieux ?

– Moi j’ai des armes.

– Donc vous êtes là pour nous sortir d’ici ?

– Bien vu le futé. Amène-moi à tes amis, je verrai ce que je peux faire, fis-je en montrant la porte. »

Le chemin qu’il m’avait fait prendre était plutôt sécurisé, j’imagine qu’il avait dû le chercher pour pouvoir monter si haut. Il m’a amené presque au rez-de-chaussée, dans un grand gymnase où résidait plus d’une centaine de personnes. Hommes, femmes et enfant. Je me demandais comment je pourrais tous les sauver.

« Vous avez un endroit où vous cacher ? demandais-je.

– Vous voulez dire, à part ici ? Oui, je sais où les amener.

– Bien, je dois juste trouver le moyen de vous sortir en sécurité.

– Regarde maman c’est le monsieur dont parlait la dame, fit un enfant à côté de moi.

– Arrête Sarah, tu vois bien que tu le déranges, répliqua une femme semblant être sa mère.

– Quelle dame ? demandais-je.

– Vous savez la dame qui guérit, les gens, reprit l’enfant. Elle nous a dit que quelqu’un viendrait nous sauver.

– Quand est-ce qu’elle était ici ?

– Il y a presque un mois, me répondit sa mère.

– Ça veut dire que je ne suis pas loin.

– Comment ça pas loin ?

– Je la cherche toujours, je suis venu ici dans l’idée que vous puissiez m’aiguiller sur où elle avait pu partir après.

– Vers l’arène des playmobils ! s’exclama l’enfant.

– Intéressant ! fis-je avec un léger sourire.

– Sur le circuit Michelin se tient des courses, au milieu, s’est construite une arène de combat à morts, entre hommes et créatures, me fit l’homme au bâton.

– Créatures ? m’étonnais-je.

– Comment qualifiez-vous les choses qui rôdent dehors ?

– Des zombies, majoritairement. Des mutés pour d’autres. J’irais y faire un tour, merci.

– Hey, où est-ce que tu vas ?

– Trouver une sortie, je dirais même vous faire une sortie.

– Avec tout ce qu’il y a dehors ?

– Ils ne me font pas peur.

– Mais ils vont vous tuer !

– Alors vous mourrez aussi, fis-je en esquissant un signe de la main. »

J’ai commencé à traverser les couloirs, au milieu des zombies. Aucun ne voyait, enfin si je faisais du bruit j’imagine qu’ils ne tarderaient pas à me sauter dessus. Le campement fait une sorte d’anneau, avec plusieurs lignes. Les renforts, les passages puis le bâtiment. Les soldats d’Akziel étaient sur les murs de renforts et les zombies en dessous. J’ai passé tous les rôdeurs sans cervelle pour m’attacher à un mirador et tomber l’un des soldats pour m’armer contre les autres. Il m’a fallu une dizaine de minutes pour toutes les tomber au fusil sniper. J’ai redescendu l’échelle par laquelle j’étais monté pour faire face aux zombies. Ils étaient nombreux, mais j’avais l’espoir de pouvoir faire appel à Leo dans cette situation. J’ai sorti une cigarette, tiré une latte pour entendre la voix de Leo, puis son épée apparaitre entre mes mains.

« Tu penses qu’on aura le temps ?

– Hum, quelle idée, bien sûr ! »

À deux pour faire la moitié de toute cette populace, elle ne pouvait survivre très longtemps. Les six minutes avaient suffi largement pour tous les exterminer. J’avais retrouvé Leo, devant une nouvelle entrée qui menait vers la sortie du camp. Quelques secondes plus tard, il disparaissait encore une fois. Je suis retourné dans le bâtiment pour trouver comment rejoindre la salle où ils résidaient. Des sons étranges me parvenaient, mais rien qui ne sortaient de bruits de zombies affamés. Ce n’est qu’une fois le premier étage atteint qu’un muté me tomba dessus, ma riposte se fit rapidement avec ma lame déployée sur ses pieds tournés vers moi. Je l’ai ensuite repoussé pour déployer mes griffes et me lancer à sa poursuite. Il m’a fait faire le tour de l’étage pour prendre la seule entrée qu’il y avait à la salle. Il se brusqua à la lumière des néons, assez de temps pour que je le rattrape et le découpe en morceaux. J’étais devant la porte, mes griffes déployées à vue de tout le monde. Il m’a fallu quelques secondes pour que mon adrénaline redescende et que je puisse retrouver mes mains.

« Comment sommes-nous supposés vous faire confiance maintenant ?

– Ne le faites pas et mourrez ici, ça m’est égal, fis-je repassant la porte en replaçant ma veste sur mes épaules. »

Je m’étais installé devant les escaliers du rez-de-chaussée encore en train de fumer et avec une bouteille d’alcool que j’avais trouvé dans les parages. Il était presque midi lorsque Sarah descendit me voir.

« Tu es un zombie toi aussi ? demanda-t-elle.

– Un peu oui.

– Alors pourquoi tu veux nous aider ?

– Pour retrouver L’Éternelle, la dame qui peut me guérir de l’infection.

– Pourquoi tu ne veux pas nous sauver ?

– Je veux, mais je doute que les gens fassent confiance à un homme qui peut se transformer en zombie.

– Je vais changer ça ! »

Elle me faisait rire parce qu’elle était pleine de vie, rien de ce qui pouvait se passer ne lui faisait peur. Quelques minutes plus tard, elle redescendit en trainant des pieds, le visage attristé.

« Je n’ai pas réussi.

– Ce n’est pas grave, je le comprends tout à fait.

– Je n’ai pas envie de rester ici !

– Alors tiens, fis-je lui tendant une petite boule jaune, garde ça avec toi quelques minutes, ça devrait vous emmener en sécurité. »

Mes visions étaient de retour, cette fois-ci c’était Lynn et je devais la rejoindre. Sarah serra ses bras autour de mon cou avant de partir les rejoindre. Je me suis précipité dehors pour rejoindre ma moto, attendu quelques secondes pour voir si mon artéfact avait correctement fonctionné puis je suis parti vers la ville pour sauver Lynn.

Encore une personne à sauver. Combien depuis que je possédais Leo avais-je sauvé de vies et combien sont tombées sous mes coups ? Les deux questions me hantaient, aucune ne trouvait de réponse et la seule plausible à la seconde était beaucoup trop. Je suis arrivé sur la place en vitesse avec ma moto, descendu aussitôt lorsque j’ai vu Lynn au sol. Je me suis précipité vers elle.

« J’aurais peut-être dû t’écouter, dit-elle en souffrant.

– Pas encore, fis-je.

– Je suis désolé, j’ai réussi à le retenir au moins, répondit-elle avec le sourire.

– Mais tu ne devais pas mourir, fis-je alors que mes yeux commençaient à s’illuminer.

– Tu as encore lamentablement échoué mon pauvre, fit le démon.

– Ferme ta grande gueule Salma !

– Je crois toujours en toi, Leo… »

Elle posa sa main sur ma joue juste avant de donner son dernier souffle. Ma colère je me jeta violemment sur Salma avec la cristallisation, la forme d’énergie que m’avait donnée Sia était revenue. « Qu’est-ce que ? » dit-il en me tirant dessus alors que j’esquivais toutes ses balles.

« C’est impossible ! s’exclama-t-il.

– À croire que si, répondis-je.

– Qui es-tu ?

– Je me présente, Adam Pearce.

– Qu’est-ce que tu me veux ?

– Ta mort, rien de plus.

– La vengeance ne résoudra rien.

– Je ne cherche pas la vengeance, je cherche à supprimer une à une les ordures qui servent Akziel.

– Non, pitié ! dit-il alors que je le soulevais par le col.

– Qu’est-ce que tu sais de l’Éternelle ?

– Qui ?

– Celle qui guérit les infectés.

– Elle, elle bouge tout le temps, elle est impossible à suivre.

– Pourquoi vous la traquez ?

– Pour la tuer, définitivement.

– Comment ça définitivement ? Comment ça ?

– Certains ont déjà réussi à la tuer, mais elle s’est relevée, plus forte qu’avant.

– Intéressant.

– Ma mort ne servira à rien, si tu me tues, d’autres viendront jusqu’à qu’ils t’aient fait disparaitre.

– Alors qu’ils viennent, ils ne me font pas peur. »

Je lui ai planté une de mes lames dans la gorge, attendant les autres pour les combattre un à un. Tous sont tombés, il ne restait plus qu’un champ de cadavre sur la place. J’ai rejoint le corps de Lynn pour l’emmener loin d’ici. J’ai alors rejoint sa maison, du moins celle qu’elle avait investie. Je l’ai déposé sur son lit et posé mes mains sur sa poitrine en espérant que je pourrais l’emmener loin d’ici. J’ignorais à quel point j’avais vidé mon chronosceptre pour faire tout cela et j’espérais que ça aurait servi à quelque chose.

J’avais récupéré la dernière bouteille de whisky qu’il y avait dans la maison. Je m’étais pris une chaise, installé sur les bords de la colline en regardant l’horizon. Il devait être seize heures lorsque je me suis perdu dans mes pensées. J’imaginais à nouveau la première fois que j’avais aperçu Virginie. Puis lorsque j’ai réussi à sortir avec elle.

Je me souviens à quel point je la trouvais belle. Personne n’arrivait à sa cheville, toutes les autres étaient horribles à mes yeux. Puis est arrivée Nikki, et son corps de déesse de marbre.

« Adam ?

– Oui ?

– Pourquoi moi ? demanda Alix.

– Comment ça pourquoi toi ?

– Pourquoi j’étais la partie manquante de Nikki ? Pourquoi pas une autre ?

– Je ne l’ai pas choisi après tout.

– Qui alors ?

– Ton père, qui est aussi celui de Nikki.

– Euh…

– Oui, c’est la seule raison plausible que j’ai trouvé au fait que tu puisses avoir une partie de Nikki et Virginie aussi. Elle est l’élue et tu es née à la date de sa mort.

– Comment je peux être née à la date de sa mort alors que je suis née en 1996 ?

– Lojin, ce foutu manipulateur temporel.

– J’ai du mal à comprendre.

– Il faut admettre que dans un espace physique et temporel il existe des milliers de lignes temporelles, toutes érigées par les choix que tu effectues, seule une se crée, car tout le monde est dans cette ligne temporelle. Maintenant prend le fait qu’il existe des personnes capables de voyager, contrôler le temps comme moi, Sieg ou Lojin. Chaque action effectuée dans un retour dans le passé crée une nouvelle ligne temporelle. Je m’explique. Demain tu vas comme tous les matins chercher tes croissants chez le boulanger. Tu suis ta ligne temporelle.

– D’accord.

– Après-demain je décide de venir te voir demain, en remontant le temps. Tu vas croiser un moi du futur dans le passé et tu vas suivre une nouvelle ligne temporelle due au fait que tu m’aies vu et que normalement non.

– Compris.

– Lojin est capable de traverser ses lignes temporelles, chose que je ne peux pas faire. Par ma faute Tara s’est trouvé à rencontrer le père de Nikki et de ce fait tu es née, le truc que je ne saisis pas c’est où est-ce qu’elle était lorsque tu es née.

– Ça importe vraiment ?

– Pas spécialement.

– Et comment tu expliques le fait que je suis amoureuse de toi ?

– Oula.

– Qu’est-ce que ça veut dire ça ?

– J’ai des tas d’explications, Nikki ? Virginie ? Ou Nova.

– Nova ?

– Personne ne résiste au charme de Nova.

– Il est fou et incontrôlable.

– Mais tu l’as embrassé !

– Ah.

– Notre mémoire est partagée.

– Je me posais des questions et je l’ai trouvé attachant. J’ai réussi à voir sa peur au fond de ses yeux, celle qui a réveillé Phoenix.

– Intéressant.

– Arrête ! Je sais que t’aimes jouer avec moi, mais ça ne marche pas.

– La preuve que si j’arrive à te faire sourire.

– T’as toujours réussi »

J’ai fini par retourner au bar auquel j’étais passé quelques jours, commander une bouteille de whisky au contour et m’y endormir dessus.

« Pourquoi tu te caches alors ? demanda-t-elle

– Je ne me cache pas princesse.

– Aiden et son masque ?

– C’est Aiden, c’est toute une autre histoire.

– Dixit le mec qui l’utilise pour draguer Virginie.

– Aiden est un personnage, rien de plus.

– Pourquoi l’avoir créé ?

– Pour me cacher, en partie.

– Te cacher de quoi ? Ou de qui ?

– Je ne sais pas. Je l’ai toujours vu comme une représentation du côté sombre d’Adam.

– Tu parles de toi à la troisième personne maintenant ?

– Certaines fois oui, ou ce n’est pas moi qui parle. »

Je me suis réveillé en force à cause du bruit de la bagarre derrière moi. J’ai attrapé le verre de la main droite et assommé un homme de la main gauche. « Je crois que c’est à vous, dis-je tendant le verre à mon voisin » Je me suis levé, fini mon verre et j’ai regardé les deux énergumènes.

« Qu’est-ce qui vous arrive ? demandais-je agacé.

– Il a couché avec ma femme !

– Et vous ne pensez pas qu’il y a plus grave que ton ami qui se tape ta femme ?

– Euh…

– Et si vous n’arrivez pas à vous décider, couchez tous les deux avec ensemble, comme çà vous serez quitte, fis-je passant la porte du bar, ils me désespèrent.

– Rassure-toi, moi aussi.

– Qu’est-ce que, je connais cette voix. Victor ? m’étonnais-je.

– Bien vu gamin.

– Mais, je, pourquoi ?

– Tu ne pensais tout de même pas que j’allais mourir ici ? dit-il d’un air arrogant.

– Je me suis posé des questions, beaucoup de questions.

– Alors, arrête, j’ai une requête à te faire.

– Forcément tu ne viens pas pour le plaisir.

– J’ai, quelqu’un à aller chercher, apparemment il est enfermé dans l’arène.

– Enfermé ?

– Et il gagne tout le temps.

– Ça ne fait aucun sens.

– Soit tu gagnes, soit tu meurs.

– Bah voyons.

– Tu acceptes de m’aider ?

– J’ai le choix ? demandais-je.

– Pas vraiment.

– Génial. De toute façon je comptais y passer.

– Pourquoi ?

– Je recherche l’Éternelle, il parait qu’elle est dans les parages.

– Alors, allons-y, ne perdons pas de temps. »

Partie 4 : Dissonants

L’art d’être toujours en désaccord. Rarement je me suis allié à Leo, son côté prétentieux m’a toujours dérangé. Pourtant je dois admettre le fait qu’il soit plus puissant et plus efficace que moi lorsqu’il s’agit de terminer une mission. Une ou deux fois, je me suis retourné contre lui, souvent pour mes propres intérêts. Cependant je me pose une question, pourquoi est-ce qu’il m’a toujours laissé en vie ? Qu’est-ce qu’il a vu en moi pour que je sois encore dans sa liste de personne sauvée ou épargnée ? J’ai besoin de comprendre.

Reydus Sullivan - 2014

Jeudi 25 décembre 2014.

Victor ! J’avais du mal à croire à sa présence, mais d’un autre côté c’est un Saory, ancien maitre du conseil, ça ne me choquait pas plus que ça. Il m’avait demandé d’aller chercher quelqu’un dans l’arène. Qui il pouvait bien y avoir pour qu’il se donne la peine de venir me chercher ?

« Ce truc est une vraie forteresse, fis-je.

– C’est vrai, tu penses que c’est un problème ?

– Le problème est, comment on rentre là-dedans ?

– Il y a un sous-terrain par lequel on peut accéder.

– Bah voyons, toujours par en dessous.

– Pourquoi ? Ça te pose un problème ? demanda-t-il.

– Allons-y »

L’entrée était à une centaine de mètres de là où nous nous trouvions, c’était une grotte qui menait à un tunnel sous terrain.

« Qui est-ce qu’on vient chercher ? demandais-je.

– Ça t’intéresse ?

– J’aimerais bien comprendre pourquoi, pour qui même tu te donnes la peine de venir me chercher.

– Un vieil ami.

– Génial.

– Qu’est-ce qu’il se passe encore ?

– J’ai l’impression d’entendre Sieg dans tes paroles, toujours plus explicite.

– Mais qu’est-ce que ça peut te faire ? demanda agacé.

– Je n’ai plus mes pouvoirs, j’aimerais savoir pour qui je risque ma peau !

– Tu ne devais pas déjà venir pour l’Éternelle ?

– Pour des infos, pas pour sauver je ne sais qui.

– Par là.

– Tu ne m’en diras pas plus. Comme tu voudras. »

Je sentais que cette face sombre et brute de moi-même dérangeait Victor. Il ne m’avait jamais connu de la sorte et après tout je n’ai jamais voulu que qui que ce soit le connaisse. On avait parcouru une bonne partie de ce couloir interminable quand des visions me vinrent, j’y voyais une cellule comme celle que l’on croisait depuis le début et une femme, assise dans un coin. Je n’ai pas dérangé Victor pour ça, je savais que ça ne l’occuperait pas. Quelques mètres plus loin, alors que le couloir se coupait en deux, instinctivement je me dirigeais vers une autre direction que celle de Victor, à cause de ma vision.

« Qu’est-ce que tu fais Adam ?

– Je, j’ai quelqu’un à sauver, répondis-je.

– On n’a pas le temps pour ça, le combat va bientôt commencer.

– Je ne peux pas la laisser ici, je ne peux pas la laisser mourir.

– Je m’en fiche qu’elle meurt, je ne suis pas ici pour elle.

– Alors, casse-toi ! Je me démerderais sans toi.

– Comme tu voudras ! s’exclama-t-il s’en allant. »

Il l’avait mal pris, mais je m’en doutais. Je m’engouffrais dans une des parties les plus longues du sous-terrain d’après le plan qui se tenait à côté de la porte qui venait de se fermer. Je n’avais plus qu’à le traverser pour trouver une sortie, de préférence avant que la cible de Victor meure dans son combat.

La zone était rustique, comme si ça avait été créé il y a des années, alors que ce n’était apparemment pas vieux. On trouvait de tout dans les cages de ce côté, des animaux, des personnes déjà mortes, de leur emprisonnement, des zombies, des mutés et quelques hommes encore vivants. La plupart avaient perdu la tête, pour une raison ou pour une autre. Au fur et à mesure que je m’approchais de la zone indiquée par la vision, je ressentais une présence mystique. Assez étrange, mais pas humaine. J’ai avancé jusqu’à l’angle du couloir pour observer celui qui gardait cette cellule. Pourquoi celle-là et pas les autres ?

J’hésitais sur la manière de l’appréhender. Est-ce que j’y sautais dessus ou je l’abattais à distance ? J’ai préféré le faire venir à moi, en faisant du bruit pour attirer son attention. Une fois à la bonne distance je lui au porté un coup de lame dans le torse avant de lui trancher la gorge. J’ai entendu le cri qu’a poussé la femme lorsque mes lames ont résonné dans le couloir. Je me suis approché de la porte quand un « Il est ici ! » résonna quelques mètres plus loin. « Génial » fis-je avant de déployer le chronosceptre et d’exploser la seule lampe du couloir. Je n’ai pas compté le nombre de personnes que j’ai tué, juste le nombre de fois où mon massacre a rendu folle celle qui était dans la cellule à côté de moi. J’étais à quinze meurtres, pas trop mal pour un combat dans le noir. J’ai ensuite forcé la porte et lancé mon glaive en forme lumineuse dans un mur pour m’éclairer.

« Je, qu’est-ce que vous me voulez ? demanda-t-elle.

– Je crois que tu as besoin de mon aide.

– Comment tu peux en être sûr ?

– Déjà parce que tu te trouves dans une cellule, d’une arène où l’on tue tous ceux qui y entrent. Ensuite parce que j’ai eu une vision de toi, je ne serais pas là autrement.

– Je…

– Laisse-moi te sortir de là, fis-je lui tendant la main, on en discutera plus tard. »

Elle passa la porte puis j’ai récupéré mon glaive qui me servait de torche pour la suivre. Elle m’attendait les bras croisés dans le couloir.

« Qui t’es au juste ? demanda la femme.

– Aiden.

– Pas plus ? Je n’aurais le droit à rien d’autre ?

– Il parait que j’attire les ennuis à ceux qui me côtoient récemment.

– Comment ça ? Tu vas me dire qu’une autre des filles que tu as sauvées est morte hier ?

– Oui, répondis-je sèchement.

– Ah, je…

– Viens, si tu ne veux pas rester coincé ici. »

Quelques mètres plus tard, d’autres ennemis arrivaient, deux à la gorge tranchée derrière moi, un autre décapité devant et un suspendu à la force de mon glaive sur le mur en face de la fille.

« Qu’est-ce que…

– Il parait qu’on me recherche, repris-je. Ça ne m’étonnerait pas qu’il y en ait encore d’autres.

– Mais…

– Je ne vais pas te tuer, je n’aurais aucun intérêt. Passe derrière moi avant que tu ne finisses comme eux. »

Elle ne dit rien, elle s’empressa de passer dans mon dos et nous avons continué notre avancée. Je n’avais aucune idée de combien de chemins il y avait, ni la distance parcourue par ces couloirs. Mon seul but était de revoir la lumière du jour, du moins ce qu’il en reste. Presque une heure c’était écoulé et j’avais déjà l’impression de tourner en rond et déjà marre de cet endroit. Étrangement elle ne se trouvait pas autant déroutée par cet endroit que moi, je n’avais aucune idée de la raison.

« Oh, et je m’appelle Nadia.

– Enchanté, répliquais-je.

– Pas plus ? Tu n’es pas du genre bavard.

– Je ne suis pas ici pour te faire la conversation.

– Alors pourquoi es-tu venu me chercher ?

– Huh, Fine. Je ne sais qui, certainement toi m’a fait parvenir une vision. Si je suis venu te sauver, c’est parce que quelqu’un me l’a demandé.

– C’est peut-être Sully.

– Sully… »

Ces mots m’avaient bloqué, étrangement. Comme si tout dans ma tête tournait différemment, normalement.

« Sully ? Sullivan ? Reydus Sullivan ?

– Oui, pourquoi tu le connais ? s’étonna-t-elle.

– Je…

– Je suis sa petite amie. »

Ses derniers mots m’ont fait éclater de rire. Je venais de sauver la petite amie de Reydus Sullivan, l’homme le plus solitaire de l’univers. Ça me faisait un choc.

« Sully. Peut-être que ce vieux fou de Victor n’est pas aussi déjanté que je l’imaginais.

– Bon, on avance ou tu restes planté ici ? demandais-je.

– Choisis, puisque tu as l’aire si maligne !

– Bah voyons. Celui-là, dit-elle me montrant la droite. »

On se trouvait à un croisement de quatre chemins et elle avait pris celui de gauche. Elle avait choisi le bon apparemment puisqu’il nous avait menés à une salle remplie de gardes et de mutés. On aurait dit un dortoir de loin, on pouvait apercevoir des lits. Je me suis approché de la porte, puis je me suis plaqué au mur avec elle lorsque quelqu’un a ouvert la porte. Il n’a pas avancé, juste ouvert pour voir ce qu’il se passait devant. Nous n’étions pas dans son champ de vision apparemment.

« Reste ici, je vais m’occuper d’eux, dis-je.

– Tu vas te faire démonter.

– Parce que tu crois ton Sully plus fort que moi ?

– Forcément.

– Évite de te faire tuer pendant mon absence. »

Je commençais à retrouver mon assurance, j’avais abandonné l’idée des méthodes souples pour revenir à la force brute. J’ai passé la porte, mon chronosceptre à la main, tous avaient le regard tourné vers moi « Qu’est-ce que tu viens faire ici ? » « Ouais, tu vas mourir pour être venu ici. » Mes enseignements au bâton revenaient, ma lance derrière moi, mon bras gauche pour ma garde et les yeux fermés. Je me revoyais avec Sieg sous les cerisiers, sous la pluie. Toujours plus vite, toujours plus fort, toujours plus silencieux. Le premier s’approcha de mon bras gauche, j’ai lancé un revers à deux mains pour échanger mon bâton de main et ma garde aussi. Les gardes étaient un peu abasourdis, mais ça ne les a pas empêchés de m’attaquer juste après. En trois coups, ils étaient à terre. Il ne restait plus que les mutés. Ils étaient plus virulents, moins prévisibles dans leurs actions. Je me suis pris deux ou trois coups de leur part, mais j’ai fini par tous les tomber, grâce à mes lames augmentées. « Aiden » Le cri se fit entendre à l’autre bout de la planète tellement sa voix était puissante. « Génial ! » fis-je en me retournant pour courir vers elle, mes deux pistolets à la main. J’ai explosé la porte, tué les deux devants et suspendu à nouveau un autre avec mon glaive à l’autre bout du couloir.

« Nadia ! m’exclamais-je.

– Aiden…

– Nadia ?

– Je suis devant toi Aiden.

– Vision infrarouge, fis-je pour essayer de la voir, comment tu t’es rendu invisible ?

– Je suis invisible ?

– Non t’a disparu de l’univers ! répondis-je avec un ton agacé.

– Oh, je ne savais pas.

– Comment est-ce que tu as réussi à faire ça ?

– Je n’en ai pas la moindre idée.

– J’ai peut-être une idée du pourquoi Sully te porte de l’attention. Ne bouge pas, ça va pincer un peu, dis-je en frottant mes doigts contre sa nuque.

– Hey, je voulais rester invisible moi ! s’exclama-t-elle.

– Au moins, ça te donnera une chance de retrouver comment ça marche.

– J’ai faim.

– Vraiment ? On est cloitré dans les corridors de la mort d’une arène et la seule chose à laquelle tu penses c’est bouffer ?

– Parce que tu pensais qu’on me nourrissait bien ici ?

– Ce n’est pas ta corpulence qui me fait croire le contraire.

– Pff »

Je ne savais pas comment le prendre. J’avais trouvé un être invisible, plus chiante à vivre que ne l’était Sully. Génial. Elle avait pris la direction du dortoir pour trouver de quoi manger et je l’avais suivi. Personnellement, j’avais écumé les verres de ces gardes et entamé les bouteilles de whisky qu’ils avaient. J’avais pris place dans un fauteuil, qui faisait face au lit sur lequel elle s’était installée.

« L’alcool ne résout rien, me dit-elle.

– Je te fais la morale ?

– Non.

– Alors, laisse-moi. Je ne te juge pas, alors je ne te permets pas d’en faire de même.

– Qu’est-ce que tu viens faire ici ? À part me sauver bien sûr.

– Un ami à moi m’a demandé de l’aide pour sauver quelqu’un que je soupçonne être Sully.

– Tu connais Sully ?

– Je l’ai connu à l’époque où il se faisait appeler le Colonel. Si tu ne l’ignores pas, c’est un démon vampirique, que j’ai réussi à tourner du bon côté.

– Comment tu l’as connu ? demanda-t-elle.

– Il parait qu’il était la tête de ligne d’une armée puissante, que rien ne pouvait battre. Il parait que j’avais à réduire cette armée en cendre. Je l’ai fait, mais j’ai été incapable de le battre.

– Je l’avais dit, tu n’arrives pas à sa cheville.

– Laisse-moi rire. Tu n’as pas la moindre idée de qui je peux être.

– Je m’en fiche. Tu ne me sers à rien, reprit-elle.

– Bravo la mentalité.

– Pourquoi l’alcool ?

– Pourquoi tant de questions ? Étrange que tu ne me répondes pas, repris-je après un léger blanc. D’où est-ce que tu viens ?

– Je ne sais pas. Ça ne fait que peu de temps que je suis ici, mais je ne sais pas pourquoi.

– Depuis combien de temps tu connais Sully ?

– Je dirais six mois. »

Je l’ai laissé manger en paix, faire ce qu’elle voulait faire pendant que j’étais perdu dans mes pensées. Elle chantonnait, comme Emeline. Sa voix résonnait, mais était tellement agréable à entendre. Je crois qu’elle arrivait à apaiser la rage et le désespoir que le temps avait installé pour me rendre un peu plus vivant. Il ne restait que deux lits, un seul en état. J’avais rassemblé ce qu’il restait de draps, de couvertures et d’oreillers pour que le lit soit correct.

« Tu devrais dormir, j’imagine que tu n’as pas eu beaucoup de repos ces derniers jours, lui fis-je.

– Et toi ?

– Je vais monter la garde, au pire j’irais me mettre sur le fauteuil. Ce n’est pas comme si je dormais vraiment beaucoup.

– Viens dormir avec moi, tu dois en avoir besoin autant que moi, dit-elle.

– Laisse-moi m’assurer qu’il n’y a personne dans les environs. »

J’avais tourné dix minutes puis je suis retourné dans le dortoir. Je me suis allongé à côté d’elle alors qu’elle dormait déjà. Au bout d’une heure, je n’avais toujours pas trouvé le sommeil. Elle dormait profondément et chantonnait. Je trouvais ça amusant. Un moment plus tard, j’avais réussi à m’endormir. Dans mon rêve, je voyais Emeline au loin, j’entendais sa voix.

« You and I.
I know it’s warmer where you are
And it’s safer by your side
But right now, I can’t be what you want
Just give it time.

And if you and I can make it through the night
And if you and I can keep our love alive
We’ll find we can meet in the middle
Bodies and souls collide
Dance in the moonlight
When all the stars align
For you and I. For you and I

I know it’s cold when we’re apart
And I hate to feel this die
But you can’t give me what I want
Just give it time

And if you and I can make it through the night
And if you and I can keep our love alive
We’ll find we can meet in the middle
Bodies and souls collide
Dance in the moonlight
When all the stars align
For you and I. For you and I.

But for now, we stay so far
Until our lonely limbs collide
I can’t keep you in these arms
So, I keep you in my mind
But for now, we stay so far
Until our lonely limbs collide
I can’t keep you in these arms
So, I keep you in my mind. (Reaching out, can’t feel you now)

We can meet in the middle
Bodies and souls collide
Dance in the moonlight
When all the stars align
For you and I. For you and I. »

C’est ce qu’elle chantait. Elle tournait et tournait dans ma tête jusqu’à ce qu’Alix ne revienne pour me réveiller, en sursaut encore une fois. Je n’avais pas réveillé Nadia, mais ma tête m’a fait souffrir pendant quelques secondes après mon réveil. « Bonjour Adam » me fit l’assistante de mes augmentations qui venait de se rallumer.

« Quelle heure il est ? demandais-je.

– Sept heures trente minutes du matin. Nous sommes le vendredi 26 décembre 2014.

– À quelle heure je me suis couché ?

– Il y a environ douze heures.

– Taux d’alcool ?

– Réduit à zéro depuis onze heures trente minutes.

– Merci Kat.

– À votre service monsieur. »

Je n’avais pas remarqué que j’avais quitté tous mes vêtements. Je suis parti à la cuisine à côté pour récupérer de quoi manger. Des croissants, des pains au chocolat et du café. J’ai ramené une table basse et un autre fauteuil pour être plus confortable. Nadia s’est réveillée alors que j’étais en train de me laver le visage.

« N’aie pas peur, je ne suis pas plus inhumain que je ne l’étais hier soir, fis-je.

– Qu’est-ce qu’il t’est arrivé ?

– J’ai perdu mes jambes et mes bras. On m’a implanté des membres bioniques dans le futur auquel je me suis plutôt bien habitué.

– Tu, tu viens du futur ?

– Tu as de quoi manger sur la table, repris-je.

– Tu n’as pas répondu à ma question.

– Pas exactement. Une partie de moi vient du futur. Une autre est bien de ton époque, fis-je alors que je prenais place sur mon fauteuil.

– C’est étrange, dit-elle me prenant une main dans les siennes.

– Ça l’est plus lorsque tu te dis que ça n’a rien d’humain.

– C’est vachement réaliste. Ça réagit comme de vrais bras ?

– Pareil, à l’exception des lames que j’ai de cachée.

– Des lames. Oh ! dit-elle alors que je déployais l’une d’elles. Qu’est-ce que tu étais pour que l’on te greffe des choses pareilles ?

– Un ancien agent du FBI et mari d’un génie de la robotique humanoïde.

– Tu es devenu leur cobaye ?

– Le créateur de ces machines a voulu me sauver. Il a réussi. Et après tout, cet attirail m’a sauvé de nombreuses fois.

– Et ton cœur ? questionna-t-elle.

– Il fallait bien quelque chose pour faire fonctionner tout ça.

– Qu’est-ce que c’est ?

– Du Técéros, une roche extraterrestre à l’énergie inépuisable.

– Donc on a réussi à découvrir de nouvelles planètes ?

– Pas exactement, on va plutôt dire qu’une autre de mes parties n’est pas de cette planète.

– Trop compliqué pour moi.

– Ma foi, mange, on a encore du chemin à faire, dis-je allant récupérer mes affaires.

– Tu as une idée de l’origine de mon invisibilité ?

– Jusqu’où remontent tes souvenirs ?

– Lorsque j’ai rencontré Sully.

– Où l’as-tu rencontré alors ?

– Dans un labo, Sully m’a dit que les agents d’Akziel faisaient des tests sur moi.

– Aucune envie de tuer, de manger des humains, des cerveaux humains ?

– Non, répondit-elle me regardant étrangement.

– Le bioReign, qui a rendu la majorité de la population sous forme de zombies. Ils auraient pu le tester sur toi. Ça n’est donc pas le cas.

– Qu’est-ce qui te prouve que je suis humaine ?

– Aucune race de cette foutue galaxie ne mange plus que les humains, fis-je alors qu’elle avait dévoré tout ce que j’avais apporté.

– Ah, navré, répondit-elle en riant.

– Alors qu’est-ce qu’ils ont bien pu te faire ? La guérison de l’Éternelle ne donne pas de pouvoir…

– L’Éternelle ? Comment tu la connais ? Où est-ce que je peux la trouver ?

– Sully la cherche aussi ? Ça ferait du sens. Non je ne la connais pas et je ne sais pas où la trouver. Moi aussi je la cherche. J’étais venu ici en premier lieu pour ça. »

Elle était retournée vers le lit pour se rhabiller. J’ai aperçu quelque chose à la base de sa nuque sur sa colonne vertébrale. Une sorte de sceau ressemblant à celui des Enchainés. J’ai approché ma main et ai l’ait senti vibrer.

« Hey ! Tu ne veux pas finir de me déshabiller en plus ! dit-elle en se retournant alors que j’avais éclaté de rire.

– Oh Sully. Je savais qu’il y avait quelque chose derrière.

– Quoi ?

– Je crois savoir d’où viennent tes pouvoirs.

– Alors ?

– Laisse-moi, laisse-toi un peu de temps, juste assez pour que tes pouvoirs se débloquent.

– Tu es certain de ce que tu dis ? s’étonna-t-elle.

– Certain. Viens, je sais par où continuer. »

Elle était une enchainée, c’est pour ça que Sully l’avait pris à ses côtés. Mais pourquoi Akziel l’avait faite prisonnière ? Pour essayer de me contrer ?

On avait parcouru environ deux kilomètres alors que l’on tombait sur une salle remplie de soldats. Derrière j’apercevais une porte qui menait à l’arène. Je me suis demandé une seconde, comment j’allais les éliminer puis j’ai pensé à Nadia.

« Je vais avoir besoin de toi.

– Ne compte pas sur le fait que je sois une femme pour faire distraction ! s’exclama-t-elle.

– Non, je veux provoquer tes pouvoirs.

– Et, comment ?

– Tu vas rentrer et laisser la magie agir.

– Je vais surtout entrer et laisser leurs mitraillettes agir !

– Tes pouvoirs ne sont pas actifs, ils ne se déclencheront qu’en situation de danger, comme hier. Et au pire, fis-je en déployant une lame et mon chronosceptre, je serais derrière pour t’épauler.

– D’accord. »

Elle prit son courage à deux mains et passa la porte. Nombre d’entre eux se retournèrent vers elle. L’un fit « Comment tu t’es échappée ? Abattez-la ! » Le premier coup de feu déclencha son invisibilité et une violente rage énergétique sur moi. J’avais repris la forme que m’avait donnée Sia. J’ai pris alors la cape de loup pour avancer à mon tour et la rejoindre.

« Tu vois, ce n’était pas si compliqué ! lui dis-je avec le sourire.

– Qu’est-ce que je fais maintenant ?

– Approche-toi d’un d’entre eux, on verra ce qui se passe. »

Le général se mit à vibrer puis une violente onde de choc bruyante le propulsa contre le mur. « Kat, coupe-moi l’audio », fis-je en entendant sa voix s’élever. « Tout de suite monsieur » répondit-elle avant une immense onde sonore qui poussa tout ce qui se trouver autour d’elle. Cette onde sonna comme une mélodie dans ma tête. Une étrange mélodie qui me coupa de tout autour de moi quelques secondes avant que je me jette sur elle alors qu’elle s’écroulait. J’ai coupé ma cape, remis l’audio et j’ai transféré une partie de mon énergie dans son corps.

« Toi aussi ? demanda-t-elle avec le sourire.

– Moi aussi.

– Qu’est-ce qu’il s’est passé ?

– J’ai l’impression que tes pouvoirs se sont réveillés. Des capacités sonores, étrangement.

– Et toi ?

– Élémentaire, répondis-je montrant mon bras gauche chargé d’énergie, bien joué, repris-je la relevant.

– Comment tu savais que ça marcherait ?

– Ça marche toujours.

– Oh, il y a quelqu’un ? fit la voix de Victor étouffée.

– Viens avec moi. »

Nous nous sommes dirigés vers la porte. Il y avait un grand escalier qui menait à l’étage supérieur et un couloir d’où venait apparemment Victor. Nous l’avons emprunté pour le rejoindre. Il était encerclé par quatre mutés.

« Ah, Aiden ! Te voilà. Pourrais-tu m’aider ?

– Ah, tu veux de mon aide maintenant ? m’étonnais-je. C’est nouveau ça ?

– Pas le temps de jouer au plus con. Débarrasse-moi d’eux, je t’en prie.

– Mademoiselle ? fis-je lui montrant Victor.

– Avec plaisir, répondit Nadia. »

Elle tendit sa main vers eux avant de lancer une puissante onde dont le son ressemblait fortement à ceux des gorgones. Les mutés tombèrent sur le sol et Victor les acheva de coups de canne.

« Je suis sûr que tu peux les tuer, fis-je.

– C’est vrai ? demanda la femme.

– Avec un peu d’entrainement oui.

– Enfin, tu en as mis du temps ! s’exclama Victor.

– Ton chemin ne devait pas être plus court ?

– Je, j’ai eu un contre temps.

– Bah voyons.

– Allez, viens avec moi, toi par contre tu restes ici !

– Non ! dis-je alors qu’il commençait à monter les escaliers.

– Quoi ? Tu ne vas tout de même pas t’empoter d’une femme ?

– De la raison pour laquelle Sully est venu s’enfermer ici Victor.

– Comment tu sais que c’est Sully ?

– Victor…

– Bon, d’accord, mais tu te démerdes avec !

– Comme si tu allais t’en occuper. »

À l’étage se trouvait l’arène, derrière des murailles et des grilles. Nous avons tourné quelques minutes avant de trouver un moyen de rejoindre les gradins.

« Le combat n’a pas encore commencé.

– Juste une question, comment comptes-tu le faire sortir d’ici ? demandai-je.

– Je comptais sur toi pour éliminer tout le monde, comme tu fais toujours.

– T’es incorrigible.

– Tu as une autre solution ?

– J’ai mon idée. »

En face, il y avait une plateforme avec un trône fait de tubes qui crachaient des flammes. Un des deux hommes sur la plateforme annonça le début du combat et l’arrivée du propriétaire et juge des combats. Un certain Sadnor. Il avait un piercing au nez et une lame plantée dans le crâne.

« Mesdames, mesdemoiselles et messieurs, bienvenue dans l’arène ! Aujourd’hui est un grand jour, car aujourd’hui est le jour où le grand vainqueur des nombreux combats va tomber !

– Il doit parler de Sully, me fit Victor alors que toute la foule l’acclamait.

– Accueillez, le Colonel, Sulivan ! »

Tout le public l’acclamait à haute voix, comme s’il était le héros de cet endroit.

« Alors Sully, on a perdu son compagnon ?

– Parce que tu l’as fait buter Sadnor !

– Je n’ai rien fait, c’est la triste loi de mes serviteurs, tu sais, reprit l’annonciateur.

– Alors, donne-moi au moins quelque chose avec qui me battre !

– Quelqu’un pour lui venir en aide ? Non ? »

Les gradins n’étaient pas des escaliers, mais des salles derrière les murs avec des ouvertures pour admirer le combat. Nous étions au dernier étage et j’ai demandé à Nadia de m’attendre ici avant que je ne saute dans l’arène.

« Je serais son coéquipier ! fis-je en tombant lourdement et attrapant mon chronosceptre.

– Leo ? Mais qu’est-ce que tu viens faire ici ?

– Leo… fit Nadia étonnée.

– Pas le temps pour les formalités Sully, on a un combat à remporter.

– Faites entrer les adversaires ! »

Quatre choses sont sorties des portes, deux hommes lourdement armés et deux mutés avec de gros points.

« Tu penses pouvoir te charger de ces deux-là ?

– C’est une formalité, fis-je déployant mes griffes. »

Nous sommes restés une demi-heure à nous battre, aucun n’avait l’ascendant. Ni moi, ni Sully, ni eux. Je commençais à douter de nos capacités à terminer ce combat. Puis Sadnor a prononcé quelques mots. « Il vous reste six minutes avant que je ne vous achève tous ! » J’ai senti Sully s’apeurer quelque peu alors que je reprenais ma confiance. J’ai fouillé mes poches pour tirer une cigarette de mon paquet. Mais impossible de retrouver mon briquet.

« Sully, j’ai besoin de ton briquet, vite.

– Ce n’est pas le moment Leo ! »

J’ai allumé ma cigarette, tiré une latte et j’ai ressenti la force de Leo se réveiller en moi. J’étais dos à nos adversaires. J’ai commencé à reculer vers eux, relançant le briquet à Sully. « Tient, prend ça, lui fis-je lui jetant un fusil lourd, je m’occupe du reste ! » Enfin je retrouvais Leo pour avoir toute ma puissance. Pendant que Sully arrosait les deux autres à la mitraillette, moi et Leo étions en train de tabasser les deux mutés. Mon entrainement au bâton se sentait, la vitesse de mes frappes et leur fiabilité sur les positionnements de mes coups étaient imparables. Aucun de ceux qui pouvaient me lancer d’attaques et encore moins me toucher. En cinq minutes, les quatre étaient devenus de la charpie et je m’élançais sur Sadnor pour l’abattre à son tour. Leo m’a poussé à voler son âme, au moment où Sully arrivait sur le plateau. « Leo, non, finis-le. » J’ai absorbé son âme, mis quelques secondes pour l’assimiler avant que mes lunettes se referment. J’ai regardé Leo qui me lança « Encore une fois, bien joué Adam » avant de disparaitre.

« Je te dois une fière chandelle.

– Non, on est quitte maintenant, répondis-je.

– Merde, Nadia.

– Attends Sully.

– Qu’est-ce qu’il y a ?

– Elle est dans les gradins, de là où j’ai sauté. Je l’ai trouvée avant de rentrer dans l’arène.

– Elle va bien ?

– J’espère bien ouais. »

Il s’empressa de traverser toute la muraille pour redescendre et la prendre dans ses bras. J’ai pris mon temps pour traverser, pour admirer ce paysage autour malgré les dégâts que faisait la guerre qui y faisait rage.

« Bon, puisque tu es de retour, je m’en vais, fit Victor à mon arrivée.

– Non Victor ! Quelle espèce de vieux con !

– Lui au moins n’aura pas changé ! répondit Sully. Qu’est-ce que tu viens faire ici ?

– Victor m’a demandé de venir te sortir d’ici. Et par ailleurs, je cherche l’Éternelle, tout comme toi.

– Ah ! s’exclama-t-il.

– Qu’est-ce qu’il se passe ?

– Je cherchais l’Éternelle parce que je pensais que tu serais avec elle.

– La preuve que non. Je me retrouve au même point.

– Tu ne peux pas demander de conseil à notre ami Sadnor ?

– Pas sans Leo.

– Comment ça pas sans Leo ?

– J’ai été infecté. Le bioReign bloque Leo et ses capacités, fis-je.

– Mais…

– Oui, six minutes avec la fumée d’une cigarette. Pas plus.

– Je peux peut-être essayer ? demanda Nadia.

– Qu’est-ce tu veux dire par là ? demanda Sully.

– Tout à l’heure, quand il m’a aidé à débloquer mes pouvoirs, j’ai réussi à lire dans la tête du général. Je peux essayer avec toi ?

– Tu, as des pouvoirs.

– Sully… fis-je désespéré.

– Quoi ?

– Tu l’as aidé, sans même savoir que c’était une enchainée ? m’étonnais-je.

– Une enchainée ? Non, je l’ai trouvée dans un des labos d’Akziel que j’étais venu saccager et je me suis dit, pourquoi ne pas la sauver puisque c’était la seule à peu près consciente.

– Tu m’étonneras toujours.

– Héhé, je sais.

– Je ne serais pas fier à ta place.

– Qu’est-ce que ça peut te faire ? »

La femme me fit m’asseoir pour s’installer en face de moi. Elle prit mes mains entre les siennes. Puis je l’ai senti entrer dans ma tête. Comme lorsque j’absorbe une nouvelle âme, mais cette fois, la sensation ne disparaissait pas. Je voyais les souvenirs qu’elle cherchait, longtemps elle tourna autour de ceux que j’avais avec elle depuis le début de la journée, puis ceux avec Lynn qui provoqua la rage énergétique de tout à l’heure. « Reprends ton calme » puis elle toucha au rêve que j’avais fait la nuit dernière, avec Emeline.

« Tiens, elle fait partie de la mémoire de Sadnor. Tu veux que j’aille cherche plus loin ? demanda Nadia.

– Vas-y.

– Je vois, une tour, une grande tour. Avec la tête de Barabas dessus. Je la vois, elle est en haut, enfermée dans une cuve avec des mutés autour d’elle…

– Hey, doucement, tu vas te fatiguer.

– Non, ça va. Je peux continuer.

– Rien sur l’Éternelle ?

– Elle, je crois qu’elle est partie la sauver.

– C’est bon, pas besoin de te faire souffrir pour moi.

– Je…

– Ça va ? demandais-je.

– Oui, c’est juste, bizarre.

– À quel point ?

– C’est comme si des milliers de voix, des milliards de souvenirs se mélangeaient dans ta tête.

– Les âmes damnées de Toshiie, répondis-je en même temps que Sully. C’est normal. Navré si ça a été un problème.

– Non, ça va.

– Pourquoi est-ce que tu cherches l’Éternelle ? demanda Sully.

– Pour supprimer l’infection et retrouver Leo.

– Ouais, c’est logique. Tu sais où est cette tour ?

– Je n’en ai pas la moindre idée. Mais je sais qui pourra me la trouver.

– Qu’est-ce que tu comtes faire ?

– Tu sais toujours voler ? demandais-je.

– Quelle question !

– Alors tu nous suivras, moi je prends ta copine sur ma moto et je rentre à Paris.

– Je te suivrais au bout de l’univers tant que tu peux me fournir à bouffer !

– T’es incorrigible. »

Il me fallait quatre heures pour rejoindre Paris et retrouver Zinn. Ma moto n’avait pas bougé de là où elle était et fonctionnait toujours aussi bien.

Une fois arrivée chez Zinn, la première chose que j’ai faite c’est rallumer la télé et me servir un verre de whisky.

« Zinn !

– Adam enfin ! s’exclama-t-il.

– Bah dit donc, je ne pensais pas que je t’avais manqué !

– Et t’as ramené Sully ! Très bonne nouvelle !

– Et sa petite amie. Enchainée.

– Une enchainée ? Mais…

– Je ne suis pas le seul, c’est logique.

– Bon. J’imagine que si tu es ici, c’est parce que tu as des infos. Dis-moi tout.

– J’ai retrouvé Emeline et l’Éternelle est partie la sauver.

– Génial, où ça ?

– Il faut que tu me trouves une tour avec l’effigie de Bob Barabas.

– Oh, facile elle est dans le jardin de Versailles.

– Au moins je n’aurais pas besoin de chercher ! fis-je finissant mon verre.

– Tu comptes aller la chercher ?

– Et trouver l’Éternelle.

– Bien. Bien.

– Si tu ne m’en veux pas, je vais aller faire une sieste sur le toit.

– Va. »

J’ai pris mon casque, mon téléphone et ma bouteille pour aller m’allonger sur l’un des chaises longues que j’avais mises sur le toit. J’ai dû dormir une heure avant que Nadia vienne me rejoindre.

« Je crois que tu ne dormais pas, dit-elle.

– Ce n’est pas vraiment ça, plutôt que lorsque je dors, à chaque fois le même cauchemar me réveille.

– C’est parce que je fredonne que tu t’es endormi hier ?

– C’est possible oui.

– C’est marrant.

– Je dois avouer que c’est peu commun.

– J’ai deux questions depuis tout à l’heure.

– Dit moi, j’essaierais de répondre du mieux possible, fis-je.

– Sully t’appelle Leo, et tu as parlé de Toshiie…

– Je ne vais pas te le cacher, je suis Leo Kryssen, mais sans lui étrangement je suis bien différent.

– Je trouve que tu t’en sors bien tout seul Adam.

– Merci.

– Et, j’ai l’impression que tu ne cherches pas l’Éternelle uniquement parce qu’elle peut te guérir ? Je me trompe ?

– Le premier jour où j’ai su sa présence ici, j’ai appris qu’elle utilisait le logo de Leo là où elle passait. Je me suis dit qu’il y avait une raison. Elle me cherche. Elle faisait partie de ceux qui étaient avec moi avant tout ça. Ou elle cherche à m’anéantir en me prenant pour responsable de tout ça.

– Et ?

– Tu sais déjà tout, fis-je.

– Presque.

– Elle me rappelle ma femme. Par sa bonté, et par son physique. Elle y ressemble étrangement.

– Et pourquoi ça ne serait pas elle ?

– Elle est morte…

– Oh je, suis désolée.

– Non, il ne faut pas. Je n’ai pas envie de me laisser ronger par mes ressentiments, parce que je n’ai pas réussi à l’aider. Je veux sauver ce monde, quoi qu’il m’en coute.

– Tout ça pour elle ?

– Tout ça pour elle.

– Adam ! Viens voir, me fit Sully.

– Tu viens avec moi ? demandais-je.

– Je te suis, répondit Nadia. »

J’ai descendu les étages pour le rejoindre. Il était devant la télé, la seule chaine qui restait qui montrait des images de mon combat avec Sullivan.

« Je vous ai déjà parlé de l’arène, cet endroit où une fois dedans, plus personne ne sort, et je vous ai déjà présenté le grand champion depuis de nombreux jours, le Colonel. Aujourd’hui, un homme a sauvé tous les emprisonnés de l’arène, y compris le Colonel. Cet homme se fait appeler Aiden. Et je ne sais ni qui il est, ni ce qu’il est, mais il pourrait bien représenter l’avenir, que dis-je. La rédemption de notre population. Alors s’il entend ce message. Continuez de vous battre. Et que ceux qui croiseront son chemin lui offrent main forte dans son combat pour l’humanité !

– Bon, je crois que l’on commence bien Leo ! me fit Sully.

– Je crois ouais, répondis-je avec le sourire avant de finir mon verre »

Chapitre 3 : It's Beauty and Rage

Partie 5 : Comme l’espoir sans Esclave

Vous croyez qu’en temps de guerre, on arrive quand même à rencontrer des gens bien ? Moi, oui. J’ai rencontré Aiden. Et même s’il n’était pas là pour me sauver, il m’a quand même aidé. Je serais peut-être encore dans cette fichue cellule sans lui, ou pire. Il se dit ne plus avoir foi en l’humanité, parce qu’il l’a trahi, pourtant je trouve qu’il se bat encore beaucoup pour elle. Peut-être a-t-il changé sans qu’il ne s’en aperçoive ?

Nadia. 2015

Souvent on fait des rencontres non fortuites, on rencontre des personnes que nous n’aurions jamais imaginé rencontrer. Pourtant ce sont souvent ces personnes que l’on garde le plus près de nous, parce que l’on s’attache à elles. Pourquoi ? Parce qu’elles ont toujours quelque chose de spécial.

Lundi 5 janvier 2015.

J’avais tout préparé pour aller chercher Emeline. J’avais l’espoir qu’elle puisse m’aider à retrouver l’Éternelle, puisque cette dernière est elle aussi partie la chercher.

« Tu t’en vas seul ? demanda Sully.

– Je ne pense pas avoir besoin de quelqu’un d’autre. Puis je n’ai pas envie de mettre en danger ni ta personne ni ta copine.

– Je veux venir avec toi ! me fit Nadia qui arriva aussi tôt.

– Je ne suis pas sûr que ce soir la bonne chose à faire.

– Tu penses que je vais te faire chier plus que je ne t’aiderai c’est ça ?

– Ne je n’ai surtout pas envie de perdre encore d’autres personnes, mes frères et ma femme me suffisent amplement.

– Oh, je. Je ne savais pas.

– Vas-y Leo, je resterai avec elle. »

J’ai traversé la porte et je me suis demandé si je faisais bien, certes je faisais ça pour la protéger, mais est-ce que je faisais bien ? J’ai tellement hésité que je suis revenu et leur ai dit de venir avec moi. J’avais tout de même un doute sur mon choix, je me suis demandé le long du trajet si je n’allais pas encore perdre d’autres personnes. Je me souviens comme ma rage m’a emporté à la mort de Lynn alors que je ne la connaissais presque pas.

Une tour, encore une et encore Barabas. Ce salaud l’avait réanimé. Je n’avais qu’une seule envie c’est de le tuer à nouveau.

« J’en ai marre de ces tours.

– Et moi donc Sully, lui répondis-je.

– Pourquoi ça ? demanda Nadia.

– Avant que tout cela n’arrive, Akziel avait placé des centaines de tours sur toute la planète. Chacune avec des démons différents. Avec Sully, on en a tombé la moitié, ces choses me rendent fou.

– Je compatis tellement, répondit Sully.

– Partez tous les deux, je vais faire mon chemin tout seul, pour l’instant.

– Comme tu voudras. »

Emeline était la seule personne à qui je pouvais encore me raccrocher, si elle était encore vivante. Tout avait disparu chez moi, mon espoir, ma foi, mon humanité et mon envie de me battre. Comme si la seule qui arrivait à me tenir dans ce monde était Alix. J’avais tout fait pour la protéger, pourtant. Je l’ai vu tomber, je l’ai vu mourir. Comment je pourrai encore avoir envie de me battre alors que tous ceux qui m’ont aidé sont partis ?

Cette tour ressemblait à toutes celles que j’avais déjà faites, des escaliers, des étages, encore des escaliers. J’en avais marre, j’avais beau me battre contre des ennemis, je n’y trouvais plus aucun intérêt. Même si quelque chose me poussait encore et toujours à avancer. Au bout de cinq ou six étages, j’ai rencontré une salle vide ou presque. Il y a longtemps, Leo avait affronté un puissant archer, jamais il ne ratait sa cible. Il était le mentor de Nikki et lui avait appris sa précision. Akziel l’avait ramené, du mauvais côté.

« Alors comme ça on se bat encore ? me dit-il.

– Quel espèce d’enfoiré !

– Qu’y a-t-il ? Ça te déplait de me voir contre toi ?

– Tu sais que je n’ai rien contre toi.

– Mais on m’a redonné la vie, ce n’est pas pour qu’elle ne me serve à rien.

– Sirus, à quoi ça te servirait de m’abattre ?

– Tu n’avais pas à toucher à ma fille ! »

Il décocha sa flèche, et malgré toute mes tentatives pour l’esquiver, elle vint se planter dans le cristal de mon cœur. Instantanément, tout s’est troublé, les couleurs ont disparu de ma vision.

« J’attendrai que tu viennes chercher ta précieuse vengeance, j’ai quelqu’un à qui tu tiens, je crois.

– Je…

– Pauvre chou, au plaisir de te revoir en vie ! »

Les douleurs commençaient à apparaitre. Mon cristal n’était pas explosé, juste brisé et sa puissance était affaiblie. J’ai mis tous mes efforts pour monter encore un étage et tomber sur des bancs. J’ai pu m’y installer quelques instants.

Les migraines revenaient et les vomissements aussi. Je sentais la vie me lâcher doucement. À quoi pense-t-on lorsqu’on s’aperçoit que c’est la fin, que la vie nous abandonne ? Seuls mes regrets résonnaient dans ma tête, encore et toujours. Mais ils n’ont pas duré très longtemps quelques minutes plus tard, je finissais par perdre connaissance. Je ne sais combien de temps j’ai passé loin de tout, quelques minutes, quelques heures, quelques jours. Une voix familière réussit à me faire ouvrir les yeux, difficilement.

« Qui ?

– Doucement, ne te force pas, me dit-elle.

– Je ne peux pas…

– Viens, je connais quelqu’un qui pourra t’aider. »

J’étais à peine conscient de ce qui m’arrivait. Une femme vint m’aider à me déplacer, je ne sais où dans la tour pour m’allonger. Elle parlait avec un homme à la voix rauque, puissante.

« Oh, il est mal en point le pauvre, fit la voix masculine.

– Arrête et aide-le !

– Oui, une minute.

– Je ne pense pas qu’il ait une minute.

– Il a tout le temps de l’univers. Une minute ou dix ça ne changera rien, crois-moi.

– Son cœur, le cristal est brisé, tu penses pouvoir le réparer ?

– Non.

– Mais…

– On va le changer, une étoile de Técéros et il va revivre le gamin.

– Alors fait vite !

– Je t’ai déjà dit qu’il avait tout le temps de l’univers, calme-toi chérie. »

Quelque temps plus tard, j’étais déjà reparti, encore dans mes rêves. Je n’avais pas forcément conscience que j’étais sauvé, pas encore. Je revisitais l’époque du futur, tout ce qu’il m’était arrivé, Barabas, Nikki, mes augmentations.

Mon réveil se fit en sursaut, comme si je venais brutalement de retrouver la vie. En face de moi se tenait un homme de dos, en train de bricoler. Quelques secondes suivant mon réveil, quelqu’un vint me serrer dans ses bras.

« Adam !

– Emeline ? Qu’est-ce que ? demandais-je troublé.

– Calme-toi, tout va bien, me dit-elle.

– Qu’est-ce qu’il m’est arrivé ?

– Sirus t’a brisé ton cristal de Técéros et Rein l’a changé.

– Rein…

– Enchanté, Reinhardt, fit l’homme qui bricolait.

– Zwein ?

– T’as vu ? Il m’a offert son corps, ce n’est pas génial ?

– Je, trop vite…

– Prends ton temps Adam, tout va bien, reprit Emeline.

– C’est toi qui m’as ramassé à moitié mort, n’est-ce pas ? demandais-je à Emeline.

– Oui, c’est moi.

– Et mon cœur ?

– C’est une étoile de Técéros, quelque peu plus luisante et plus puissante. Incassable cependant.

– D’où le réveil en sursaut, mes systèmes de régénérations ont dû surcharger.

– Qu’est-ce tu viens faire ici ? demanda Reinhardt.

– Sauver ta fille Rein.

– Oh, mais je suis arrivé avant !

– Mais tu t’es coincé comme un con, dis-je me relevant et partant vers mes affaires.

– Qu’est-ce que tu cherches ? demanda Emeline

– Mes cigarettes, répondis-je les sortants et en allumant une.

– Tu ne devrais pas fumer.

– Je t’en pose des questions ? Je ne sais pas ce que t’a fait Rein, mais t’as bien fait. »

La fumée revenait doucement autour de mes mains, mes pouvoirs revenaient, même sans Leo. C’était déjà un bon début.

« Tu es venu seul ? demanda-t-elle.

– Si j’étais seul ? me demandais-je dans le flou de mes souvenirs.

– À part tes multiples facettes délurées pauvre idiot.

– J’ai Sully et sa copine quelque part.

– Intéressant, répliqua Reinhardt.

– Il faut que j’aille les rejoindre.

– Dans ton état ? Tu es fou ? Jamais ! répondit Emeline »

Elle se mit devant moi, comme si elle voulait m’empêcher d’avancer. J’étais plus grand qu’elle, plus imposant par la fumée qui grandissait autour de moi. Elle finit par s’écarter et me laisser passer, mais me fit « Je viens avec toi ! » juste avant que je ne passe la porte.

« Et je vais passer mon temps à te protéger, je n’ai pas que ça à faire, fis-je.

– Et pourquoi pas ? Tu as bien retrouvé tes pouvoirs.

– Ce ne sont pas mes pouvoirs le problème, j’en ai assez de perdre tous ceux que je dois protéger ! »

J’ai passé la porte, je n’avais qu’une envie c’est retrouver Sully et Nadia. Je n’avais pas la moindre idée d’où ils pouvaient être ni où j’étais, alors j’ai avancé. Ma fumée restait derrière moi, quelques secondes après mon passage. J’avais du mal à la maitriser, l’énergie que déployait mon cœur était peut-être un peu trop puissante pour ce dont j’avais l’habitude. Je suis tombé sur une salle avec des fenêtres. Je m’en suis approché pour observer l’état du ciel, toujours aussi sombre.

« Jamais tu n’arrêteras d’observer le ciel.

– Jamais tu n’arrêteras de prendre l’apparence des autres, répliquais-je. »

Il disparut aussi tôt. Quel lâche ! J’ai continué mon ascension tranquillement, supprimant un a un ceux qui se trouvaient en travers de mon chemin, je maitrisais de plus en plus la puissance de mon nouveau cœur, ma fumée s’était calmée et n’envahissait plus les lieux derrière moi. J’ai fait quelques mètres de plus, suivant la voix claire d’une femme, effrayée. Elle se dirigeait vers moi, une fois à quelques mètres de mes pieds, je l’ai attrapée pour la protéger dans une petite pièce à côté. La fumée cachait tout ce qui pouvait apparaitre de nous. J’ai laissé l’assaillant avancer, doucement le long du couloir.

« Aiden… fit Nadia.

– Un rôdeur, il a vraiment réanimé toutes les saloperies du monde.

– Et moi je…

– Chut. »

Il était sensible aux bruits et nous avait entendus. Il se retourna vers nous, sans nous apercevoir.

« Plutôt rêver que tu touches à elle ! dis-je lui plantant Arbiter dans le crâne.

– Pourquoi, cette fumée…

– Mes pouvoirs, répondis-je aspirant toute la fumée, qu’est-ce que tu viens faire ici ? Tu ne devrais pas être avec Sully ?

– Et tu ne devrais pas avoir tes pouvoirs.

– Oh, ouais, difficile à expliquer, répondis-je en partant.

– Où est-ce que tu vas ?

– Reinhardt, Emeline, l’Éternelle, Barabas. Je ne sais plus lequel je dois trouver en premier pour supprimer lequel. Sirus aussi. Je perds mon envie de me battre. J’ai juste envie de tout lâcher.

– Et laisser le monde comme ça ?

– J’en suis la cause, je ne sais pas si je serai capable de le changer.

– Je sais qu’il n’y a plus d’espoir dans ton cœur, mais moi j’y crois, me dit-elle avec le sourire. »

J’ai essayé d’entrer en contact avec Sully, en vain. J’aurais voulu qu’il recherche les signes de l’Éternelle, elle est passée par ici, je le sentais, et elle y était peut-être encore. Toujours plus loin, toujours plus haut. Mon but était de faire réagir Barabas et le faire sortir, alors je m’étais mis en quête de Sirus, pour lui régler son compte. J’avais quelque peu perdu la notion du temps dans cette tour, comme dans toutes les autres, mais la journée n’était pas encore passée, Kat me l’aurait rappelé.

Trois étages plus haut se tenait un homme dos à la fenêtre, un arc à la main. Il m’attendait, je le savais.

« Je n’ai jamais touché à ta fille Sirus, c’est Nikki qui l’a tué.

– Alors tu payeras pour elle ! »

Il se retourna violemment pour décocher sa flèche sur Nadia, mais mes réflexes étaient plus puissants que sa visée, je l’ai stoppée à un centimètre de son visage. « Tu veux jouer à ça », répliquais-je en déployant mon arc chronographique. Le temps avait ralenti au moment où je visais. Puis il s’est violemment accéléré, lorsque j’ai décoché à mon tour. Sa flèche toucha le cœur et il s’écroula à genoux avant de s’effondrer.

« Les rôdeurs sont au-dessus Aiden, fit Nadia.

– Alors va, je te suis.

– Mais…

– Ils sont sensibles au son. Tu as largement les capacités de les supprimer.

– Je vais essayer. »

Elle s’en alla vers l’escalier et je me suis dirigé vers la fenêtre. Le soleil se couchait, j’avais toujours l’impression qu’il y avait quelqu’un derrière moi, pas Leo, une force plus puissante. Je prêtais attention à ce qu’il se passait au-dessus, tout avait l’air de se dérouler comme prévu, sauf quand Sully a traversé les murs pour finir à côté de moi.

« Sully, fis-je avec un signe de la main.

– Je n’aurais jamais cru qu’il ferait aussi mal.

– Qui as-tu croisé ?

– Barabas.

– Oh, il se montre enfin, fis-je.

– Il a repris la fille que tu cherches.

– Quoi ?

– J’ai croisé son père énervé.

– Va chercher Nadia à l’étage je retrouve Reinhardt et on va lui casser la gueule. »

J’ai rejoint L’Onyx pour qu’il me guide à Barabas, qui avait fui encore une fois. Reinhardt était animé par la rage, personne ne doit toucher à sa fille. Nous avons gravi les derniers étages de la tour pour retrouver le même écran que lors de mon premier combat et il s’y cachait derrière.

« Ah, enfin, je tiens ma revanche.

– Laisse-moi rire, répondis-je.

– Tu n’as plus Toshiie, tu es vulnérable.

– Mais pas moins puissant. Sors de là, qu’on règle ça en face.

– Rends-moi ma fille ! s’exclama Reinhardt.

– Oh, mais c’est qu’il serait énervé le monsieur, reprit Barabas.

– Sors ou je te promets de tout éradiquer pour te faire sortir !

– Ne t’énerve pas, c’est tout ce qu’il cherche, répliquais-je.

– Bien, il commence à me connaitre.

– J’en ai marre, sors d’ici, arrête de faire ton lâche tu sais comment ce combat va finir.

– N’en sois pas si certain. »

Son écran finit par m’attaquer, un gigantesque poing se dirigea vers moi. Je l’ai stoppé en un coup, sans même bouger, ma fumée revenant autour de moi.

« Pourquoi ?

– Je te l’ai déjà dit, je ne suis pas Leo Kryssen, tu prends en compte ses pouvoirs, pas les miens. Et comme à chaque fois tu te fais détruire à cause de ça ! »

J’ai tiré sur son bras, pour faire sortir Barabas de son antre, encore une fois. Sully arrivait à ce moment-là avec Nadia. Quelque chose m’emporta loin d’ici, dans une autre zone. Tout y était calme, ou presque, j’entendais le flot de la rivière à côté de moi et le chant des oiseaux. J’ai ouvert les yeux pour me retrouver dans un endroit noir, ou j’avais perdu la vue. Je me suis mis à avancer, essayer de trouver quelque chose. Je m’approchais de la voix qui avait bercé mon arrivée, apparaissant et disparaissant quelques secondes plus tard. Quelques mètres plus tard, Alix apparut devant moi, toujours aussi radieuse. Elle avait le sourire et me tendait les bras.

« Non.

– Qu’y a-t-il ? demanda-t-elle.

– Plus Jamais ! »

Ma main l’effaça en un coup de vent. Je savais qu’elle n’était pas réelle, pourtant je savais que ce n’était pas une vision ou quelque chose du genre, le manipulateur d’esprit que j’avais croisé tout à l’heure devait être revenu, pourtant j’avais ma part de lucidité dans sa folie.

Puis il se décida à me sortir de son monde, en souffrance. J’étais à genoux, la tête entre les mains, personne ne pouvait s’approcher de moi.

« Tu as perdu le jour où tu m’as abandonnée.

– Je ne l’ai jamais abandonné ! m’exclamais-je.

– Ce n’est pas ce que ton cœur me dit.

– Mon cœur finira par te briser.

– Et tu en viens à attaquer tes propres alliés, tu es tombé bien bas.

– N’essaie pas de me faire croire que tu es Alix, tes pauvres tours ne servent à rien contre moi.

– Tu tomberas comme tous les autres…

– JAMAIS ! »

La fumée m’envahissait à nouveau, plus il forçait sur mon esprit, plus il me rendait puissant. Ma force et ma volonté, on réussit à briser en partie son lien psychique, pour me transporter encore ailleurs, seul avec Barabas.

« Tu te souviens de ça n’est-ce pas ? L’épreuve de force ? Le jour où tu as été envoyé sur la Terre pour stopper Akziel, fit Barabas.

– Ne te laisse pas abattre, tu peux la réussir.

– Le gardien d’Edel, achève-le, et je t’offrirai ma vie.

– Écoute-moi, n’écoute que ma voix Adam, pour une fois, me disait la voix d’Alix.

– Laisse ton cœur te porter, ta voix te transporter, ton cœur fait des miracles, je reste avec toi, dit-il apparaissant devant moi, toujours. »

J’écoutais mon cœur, et j’écoutais la voix d’Emeline se perdre dans ma tête, encore une fois. Si mélodieuse, si harmonieuse.

« It’s hard to be what you need through a static screen.
Been trying to speak for weeks and weeks.
Open my mouth,
All that comes out is white noise and incomprehensible sounds,
And all you ever do is turn me down.

I’m watching.
I’m waiting.
I’m aching.
Suffocating.
I’m breathing.
I’m speaking.
Can you hear me?
I’m screaming for you.

Day by day,
I’m slowly replaced in your picture frames.
A brand-new face on your pillowcase.
Come the night you dim the lights and close the blinds,
But I still see them running down your spine,
Cause I illuminate the room,
Just enough to watch you.

I’m watching.
I’m waiting.
I’m aching.
Suffocating.
I’m breathing.
I’m speaking.
Can you hear me?
I’m screaming for you.

Sick of the lack of signal.
Sick of the lack of touch.
Sick of the static voice.
It’s not enough, it’s not enough.
Baby it’s hard to be just what you need when all I speak is static screams.
Can you hear me? »

Le gardien était le meilleur guerrier de la planète. Si on réussissait à le battre, on échappait à l’armée. Si on se faisait battre, on finissait dans les rangs des fantassins de première ligne. Son nom, Argheon, le guerrier aux trois visages.

« Tu te sens prêt à échapper à ton destin ?

– J’ai déjà failli une fois, je ne tomberai pas deux, fis-je.

– Je vais te renvoyer d’où tu viens avorton.

– Alors, avance, si tu te prétends meilleur guerrier d’Aldor. »

Il pouvait se téléporter, tout comme moi. Il m’attaqua de front, mais j’ai réussi à bloquer son arme avec le chronosceptre et le renvoyer.

« Frappe plus fort, je n’ai rien senti, dis-je.

– Très bien, si tu veux jouer au plus malin. »

Il se lança contre moi de tous les côtés, se téléportant à plusieurs reprises pour m’asséner de coups. Leo reprit la main pour stopper à nouveau ses frappes, toujours plus vigoureuses. Il se replaça en garde devant lui avant de disparaitre à nouveau.

« Je l’avais oublié celui-là.

– Il a été le dernier guerrier aldorien à te vaincre, maintenant c’est mon tour, dis-je.

– Très bien, qu’il en soit ainsi ! »

Il m’attaqua à nouveau de face, sa lame bloquée dans mon glaive, j’ai riposté avec trois coups, le propulsant à l’autre bout de l’arène.

« Abandonne, tant qu’il en est encore temps.

– Jamais… dit-il en souffrant.

– J’ai pitié de toi, Akziel t’a redonné la vie pour la gâcher à nouveau. Rejoins-moi, ensemble, nous pouvons le vaincre.

– Pourquoi vouloir l’achever ?

– Il met en danger des milliers d’hommes, il a fait tomber des milliards d’innocents. Il s’en prend au plus grand des guerriers pour le voir souffrir. Il n’y a que la vengeance qui compte à ses yeux. Laisse-moi te montrer la voie, dis-je en lui tendant la main.

– Je m’avoue vaincu, encore une fois, répondit-il serrant ma main pour se relever. »

Il nous fit revenir dans la tour, face à celui qui se prétendait être ma femme. Il n’eut pas le temps de me voir revenir que mon chronosceptre lui avait déjà transpercé le torse. Le temps qu’il restât à Leo était court, mais assez pour me laisser la chance d’aspirer son âme.

« OK, tu l’as vaincu, mais…

– C’est beau, fis-je me retournant vers Barabas.

– Tu l’as laissé en vie lui, on peut peut-être s’arranger ?

– C’est beau l’espoir. Dans tes rêves.

– Je… »

Je ne lui ai pas laissé le temps de finir sa phrase que je lui avais déjà transpercé la tête d’une balle. Il était fragile, tant qu’il n’était pas dans sa forme démoniaque.

« Sully, ramène tout le monde en sécurité.

– Aller, tous chez Zinn ! s’exclama Sully.

– Moi je retourne chercher Emeline. Si tu trouves Rein, sors-le d’ici aussi.

– Compris. »

Ma rage primait encore, la fumée suivait tous mes pas. On pouvait me suivre à la trace, mais les malheureux qui osaient le faire se retrouvaient tranchés en deux ou écrasés contre un mur. J’ai retourné toute la tour pour la retrouver, en vain. Quelque chose m’avait échappé. Puis j’ai repensé à ce que m’avait dit Leo, alors je me suis laissé tomber en arrière, dans ma fumée pour passer de l’autre côté, dans les limbes. Elle était là, devant moi, attachée comme j’avais trouvé Sia quelques semaines plus tôt.

« Tu es venu me chercher… dit-elle.

– Celle que Reinhardt avait sauvée n’était qu’une illusion, n’est-ce pas ?

– Comment tu l’as compris ? dit-elle épuisée.

– Tu n’es pas la fille de Reinhardt, mais celle de Sieg. C’est Nadia, la fille de Rein. Comment voulais-tu arriver à me duper ?

– Bien vu, dit-elle s’écroulant sur moi en la détachant.

– Tu pensais vraiment que j’allais te laisser comme ça ?

– Merci, d’être venu…

– Mais j’aimerais bien ressortir.

– Dans les limbes ? Comment y es-tu entré ?

– Je dois avouer que je ne le sais pas plus que toi. J’ai écouté mon cœur comme m’a dit Leo.

– Je dois pouvoir t’aider, mais tu dois laisser ta colère disparaitre.

– Comme tu voudras. »

Je l’ai laissé faire et l’ai écouté se mettre à chanter. Les clés de Sia et Alexia apparurent un instant dans ma main. J’ai pu ouvrir un portail vers l’extérieur, à côté de ma moto, étrangement. Quelques secondes après la fermeture du portail, la tour tombait en fracas.

« Encore une, dit-elle en souriant.

– Encore une, répliquais-je avec le même sourire. Viens, je te ramène. »

Encore quelques heures de trajet pour nous ramener chez Zinn. Emeline partit se coucher alors que j’avais déjà rejoint le toit du bâtiment pour contempler les étoiles. Je ne me préoccupais pas de ce qu’il se passait à côté, mon esprit était occupé par autre chose. J’avais une radio qui tournait sur le toit, qui diffusait les mêmes informations qu’à la télé.

« Je ne sais pas qui tu es, mais je sais que tu as déjà sauvé des milliers d’être infectés. Je ne sais pas pourquoi tu es ici, mais déjà des milliers de personnes te remercient. Sur ton passage, tu laisses cet étrange logo qui prône près de la citée de l’ennemi. Alors si tu entends ceci, sache que le monde t’est reconnaissant, toi qui te fais appeler la main des Dieux. »

Mardi 6 janvier 2015.

Il était trois heures du matin lorsqu’Emeline vint me rejoindre sur le toit alors que je venais à peine de finir une nouvelle bouteille de whisky.

« Tu ne dors jamais ? demanda-t-elle.

– Pas plus qu’avant, mes cauchemars me hantent toujours.

– Qu’est-ce que tu étais venu chercher dans cette tour ?

– Toi…

– Non, je sais que tu cherchais autre chose.

– L’Éternelle, elle était venue te chercher, mais elle ne t’a pas trouvé.

– Comment tu peux en être aussi certain ?

– Partout où elle est passée, elle signe ses exploits du logo de Leo, celui qui trône au-dessus de la citadelle.

– Qui ça pourrait être ?

– Je ne sais pas, personne ne l’a jamais rencontré, tout le monde me dit qu’elle est la plus belle femme du monde.

– Pourquoi elle ?

– Elle peut guérir l’infection, et j’ai besoin de Leo, dis-je transformant mon bras droit.

– Je comprends… »

Le silence resta quelque secondes, mais ne dura pas.

« Et Alix ? Tu ne comptes pas la retrouver ?

– Elle est morte, elle comme tous les autres, fis-je.

– Oh, je…

– Tu ne pouvais pas savoir, je sais.

– Je comprends mieux ce qu’il se passe dans ta tête, ton espoir s’est effacé.

– J’ai peur qu’effacé ne soit pas le mot juste. »

Et le silence revint, définitivement. Elle repartit se coucher et me laisser à nouveau face aux étoiles.

Lundi 9 février 2015.

Depuis mon retour je n’avais pas fait grand-chose, à part tourner dans le bâtiment et écumer toutes les bouteilles de whisky.

« Tu veux bien arrêter de boire ?

– Qu’est-ce que ça peut te faire Emeline, c’est mon problème, lui dis-je.

– Ce n’est pas parce que tu as tout perdu ou que tu as failli à ton devoir que tu dois te morfondre. Réveille-toi un peu et arrête de te rabaisser.

– Je n’ai pas de leçons à recevoir de toi !

– Pourtant tu en aurais besoin ! Regarde-toi, tu fais pitié à voir, tu as perdu tout ce qui faisait ta force, mais tu es encore debout. Je sais que tu n’as plus envie de te battre, mais tu as encore des milliers de personnes qui comptent sur toi. Et on compte sur toi. »

Elle s’en alla, me laissant perplexe sur les mots qu’elle venait de prononcer. J’avais lâché ma bouteille pour sortir, m’entrainer avec mon bâton. Je n’ai pas compté les heures que j’ai passé, à me souvenir de tous les mots de Sieg sur les placements, la vitesse, la précision. Les cerisiers, le bâton qui ne devait pas toucher une seule goutte de pluie, ou un seul des pétales qui tombait.

Emeline vint me joindre vers dix-neuf heures, le soleil était déjà couché et la neige commençait à tomber. Elle tenait un tube en verre dans les mains, son tube de messager.

« Je crois qu’il est pour toi.

– Donne. »

J’ai pris le papier entre les mains, il s’adressait à celui qui avait libéré l’arène. Je l’ai déployé pour en lire le contenu.

« J’ignore qui tu es, mais je sais que tu as de grandes capacités. J’ai besoin de toi pour achever ma quête, j’ai besoin de ta force et ta volonté. Rejoins-moi demain devant les Champs-Élysées, je t’y attendrai. »

L’Éternelle.

« Je dois y aller, dis-je en lui rendant son tube.

– Et si c’était un piège ? Et si c’était Akziel qui voulait te faire tomber, à nouveau parce qu’il avait compris qui tu étais.

– Alors, retrouve Sieg et dis-lui de relancer l’Horloge.

– Adam ! »

Je ne voulais pas me prendre la tête, tout ce que j’avais en tête c’était retrouver l’Éternelle pour abattre ce chien d’Akziel. Je ne me suis pas préoccupé d’Emeline qui voulait me retenir, j’ai pris ma moto pour rejoindre le centre de Paris.

Je me suis stationné à distance, pour protéger ma bécane et me préparer à une éventuelle embuscade. Les rues étaient désertes, ou presque. Seuls quelques infectés y rôdaient, trop perdus pour m’apercevoir. Une voix résonna quelques mètres plus loin. « Non, pitié » je me suis mis en chasse de la source, une ruelle éclairée par une lampe torche d’un homme attaqué par un de ces zombies à griffes.

« Je sais que tu m’as entendu, viens que je m’occupe de toi.

– Oh merci mon dieu… »

Je me suis élancé vers lui, le découpant avec mes griffes, ne lui laissant aucune chance, comme les autres. Je me suis retrouvé face au vieil homme, apeuré par mes actes et mes griffes que j’ai rétractées aussitôt.

« Navré de vous avoir fait peur, fis-je.

– Je…

– Aiden, pour vous servir.

– Merci.

– Vous avez des amis, de la famille encore qui n’est pas aussi zombifiée que celui-ci ?

– Non, cela fait quelques jours que j’essaie de me cacher, j’ai voulu sortir pour trouver de la nourriture, mais…

– Il vous est tombé dessus. Vous devriez être plus silencieux.

– Facile à dire.

– Et vous armer mieux qu’avec une lampe torche, une batte de baseball par exemple.

– J’écouterai vos conseils.

– Vous savez d’où ils viennent ?

– Je crois qu’il y a un nid à quelques mètres d’ici, si vous pouviez nous en débarrasser ?

– C’est vrai que les autres ne sont pas très dangereux, je vais voir ce que je peux faire.

– Merci mille fois !

– Au plaisir. »

J’ai quitté la ruelle pour continuer à arpenter la rue principale qui me mènerait aux Champs Élysées. Encore des zombies, encore plus de morts inutiles, encore plus de cadavres gisant sur le sol. Akziel avait fait un vrai massacre avec ce virus, je n’arrivais même pas à imaginer le nombre de personnes qu’il avait réussi à tuer avec.

Dix minutes plus tard, je tombais sur une ancienne station essence, les rapaces avaient installé leur nid dans le magasin. J’ai enfumé le tout, prenant soin de prendre les pompes à essence et j’ai frotté mon chronosceptre sur le sol pour allumer le tout. L’explosion provoquée fut plus petite que ce que j’imaginais, mais arriva quand même à me faire reculer.

Je continuais à arpenter les rues de Paris en quête de l’Arc, lorsque des coups de feu retentirent quelques mètres plus loin. Je me suis décidé à les rejoindre. J’avais toujours mon chronosceptre à la main. C’était l’arme la plus puissante que je possédais même si je ne pouvais l’utiliser à sa pleine puissance.

Je suis arrivé dans un magasin de vêtement, pris d’assaut par des bandits.

« Que personne ne bouge sinon je vous bute tous !

– Non, pitié, nous ne vous voulons aucun mal !

– Donnez-nous votre nourriture, et vite ! »

Je suis entré derrière eux, calmement alors que les assaillants ne m’avaient pas encore vu, mais les autres si.

« Allons, messieurs, du calme. Je suis sûr que nous pouvons trouver un arrangement.

– Quoi ? Mais d’où tu sors toi ? me fit celui qui paraissant être le chef.

– Oh ! Doucement, répondis-je en levant les mains face à son fusil, je m’appelle Aiden.

– Aiden ou pas, soit tu dégages, soit tu meurs !

– C’est bien radical comme solution, vous ne voulez pas écouter ce que j’ai à vous proposer ?

– Arête ton blabla et dégage !

– Bon… »

J’ai déployé mon sceptre pour tomber le premier, puis j’ai tiré sur chacun des autres, sans les tuer.

« Moi qui voulais être diplomate, c’est raté, repris-je.

– Qu’est-ce que tu veux ?

– Que vous dégagiez ! Allez faire les voyous à un endroit où je ne suis pas, sinon ta tête finira détachée de ton corps, et tes amis aussi.

– Oui, oui monsieur.

– Allez dégagez. »

Ils s’enfuirent plus vite qu’ils n’étaient arrivés, laissant leurs armes au sol.

« Merci encore, fit le vendeur.

– Au plaisir, rappelez-moi si jamais.

– On y pensera. »

Je suis sorti assez vite du magasin, pour observer la fuite des pillards, pas très courageux.

J’étais à une rue des Champs-Élysées, j’avais toujours les voleurs devant moi. Pas pour longtemps. Un grand rayon de lumière vint frapper la troupe pour les désintégrer. Je ne sais pas qui ou ce que ça pouvait être, mais ça ne m’avait pas l’air très accueillant comme truc, sacrément puissant du moins.

Mardi 10 février 2015.

La nuit avait bien avancé. Arrivé au coin du boulevard, j’ai commencé à ralentir, observer ce qu’il y avait autour de moi. Toujours des magasins, des boutiques de tout et de rien, des zombies.

J’ai fini par trouver un autre rapace qui rôdait dans les parages, dans une bijouterie. J’y suis rentré doucement pour pas qu’il ne me repère pas.

« Attention !

– Non, taisez-vous ! »

Un idiot devant moi m’interpela lorsqu’il m’aperçut. À cause de ça, le rapace m’entendit et se retourna sur moi pour m’attaquer. J’ai déployé ma lame pour bloquer son attaque. J’ai reculé sous ses violents coups. Il était bien plus fort que les autres. J’ai eu la merveilleuse idée de lui lancer mon glaive dans le cœur, qu’il n’apprécia guère.

« Vous auriez pu vous taire ! m’exclamais-je.

– Je…

– Il ne m’aurait pas entendu et j’aurais pu le tuer sans avoir à me battre.

– Désolé.

– Ce n’est pas grave, je suis toujours vivant après tout.

– Merci encore, dit-il gémissant.

– Vous êtes blessé, laissez-moi vous aider…

– Je crois qu’il n’y a plus beaucoup d’espoir pour moi.

– N’en soyez pas si certain »

J’ai redéployé mon chronosceptre pour allumer ma bague d’esprit, une fois de plus.

« Qu’est-ce que vous faites ?

– Je vais vous amener loin d’ici, vous y serez en sécurité.

– Mais…

– Ne vous posez pas de questions, si on vous en pose, dites que c’est Aiden qui vous envoie.

– Merci !

– Au plaisir, répondis-je avant qu’il ne disparaisse. »

Encore une personne que je venais de sauver, mais mon chronosceptre commençais à manquer cruellement d’énergie. Peut-être encore une ou deux personnes à sauver.

Quelques secondes plus tard, une explosion retentit à l’extérieur, mais assez étrange, comme si quelqu’un venait de se poser au sol en détruisant tout sur son passage.

Partie 6 : Esclave de la Lumière

L’espoir n’est pas une illusion, il suffit de croire. De croire en quoi me diriez-vous, de croire en vous, de croire en nous. De porter votre espoir aux personnes qui vous veulent du bien, qui veulent vous aider. Elles seront plus fortes que vous, car elles ont déjà la flamme qui brule dans leur cœur. Alors, lorsque tout tombe en éclat devant vous, dites-vous une chose, les flammes sont éternelles.

Alix – 2014

L’odeur du goudron fondu m’avait attiré dehors, sur une route à l’étendue interminable. Je regardais l’horizon, mais impossible d’y apercevoir quelque chose, la neige bloquait toute la vision. J’étais venu ici pour trouver le grand héros qui sauve les gens de ce virus. J’ai avancé quelques mètres pour essayer de trouver d’où le sol fondait, puis j’ai trouvé cet insigne, mon insigne gravé dans le sol. « J’ai l’impression d’avoir déjà vécu cette scène » j’ai continué à avancer doucement, puis des bruits de pas se firent entendre. Pas les miens, des sons de talons sur le sol. J’avançais toujours lorsqu’une silhouette est apparue, féminine. Son long manteau blanc se fit apercevoir en premier. Puis elle m’est apparue en entier. Je me suis arrêté, craignant la menace. Elle portait un mini short noir, attaché à l’aide d’une ceinture en cuir avec de gros œillets. En dessous, un legging troué, des petites bottes en cuir marron avec le talon métallique. Sa veste était renforcée au niveau des coutures par des parties métalliques foncées. Une série de chaines attachée à son épaule droite pendait le long de son bras. La partie blanche du manteau s’arrêtait au niveau des épaules. Le haut des manches était noires, le reste était violet. Celle de droite s’arrêtait au coude, l’autre descendait un peu plus bas. Les deux manchettes étaient noires, serties de pics métalliques. Une série de bracelets entouraient son poignet droit et un bracelet métallique ornait celui de gauche. En dessous de la veste, un corset marron avec la fermeture devant. Le manteau tenait séré autour de son corps par des bouts de tissus déchirés noirs, attachés au niveau de sa poitrine. Un raz du cou en cuir noir avec une chaine attachée dessus et un étrange fragment de cristal vert. Une nouvelle série de chaines autour de son cou, sur lesquelles pendaient des pics. Son maquillage sombre lui faisait ressortir ses yeux bleus, les contours des yeux rouges me donnaient l’impression qu’elle était infectée. Des sortes de paillètes métalliques redessinait la forme de son maquillage autour des yeux, trois griffes sur la joue droite. Le tour de son oreille gauche était couvert de piercings argentés. Les cheveux bouclés, coiffés sur le côté droit, tressés et serrés au crâne sur le côté gauche.

J’avais l’impression de voir un ange, ou presque. Mais ma vivacité ne me trompait pas encore, j’ai sauté par-dessus son épaule pour trancher un rapace qui lui sautait dessus. Je me suis retrouvé à côté d’elle, ma lame déployée sur mon bras droit. Elle me regarda, effrayée, puis posa sa main sur mon torse. L’infection devint blanche avant que ma lame ne se rétracte d’elle-même. « Adam… » dit-elle avant de me serrer dans ses bras. Je ne sais par quel miracle, je ne sais par quel moyen, mais l’Éternelle était Alix, depuis le début. Je me suis senti revivre, encore. Je ressentais à nouveau toute la puissance de Leo, assez pour que mes lunettes se déploient d’elle-même.

« Comment ? dit-elle.

– J’ai le droit de te poser la même question.

– Jessica, c’est elle L’Éternelle.

– Oh, ça fait du sens.

– Mais toi ! Je te croyais mort ! Je t’ai cherché partout…

– Déporté sur une autre planète, loin d’ici pour qu’il puisse tout détruire.

– Viens, j’ai quelque chose à te montrer. »

Elle me prit par le bras pour me faire traverser les Champs-Élysées, sous la neige. J’arrivais à apercevoir son sourire sur son visage, je crois que je me sentais aussi bien qu’elle, j’avais retrouvé Leo, ma femme, rien ne pouvait briser l’apaisement que sa présence me procurait. Elle m’amena sous l’arc, où le Trésor des Âges s’était cristallisé. Je l’ai brisé pour récupérer l’anneau, qui prit la forme d’un ange sur mon pouce.

« Je n’ai pas réussi à le garder sur moi, alors je l’ai protégé, me dit-elle.

– Tu as bien fait.

– J’imagine que tu as déjà découvert tout ce qu’il s’est passé après le combat contre Akziel.

– Vous êtes tous tombé, je sais…

– Il ne reste plus que nous deux.

– Non, Sully est encore vivant. Et Sieg est vivant, puisque je suis encore vivant, dis-je.

– Tu veux le retrouver ?

– Maintenant oui, mais pas tout de suite.

– Mais, pourquoi ? Avec lui on peut en finir avec Akziel ?

– On peut, mais après tout on a tout le temps de l’univers avec nous.

– Tout le temps de l’univers.

– Viens, j’ai vu un café encore ouvert pas loin d’ici.

– Je te suis »

Certaines personnes vivaient encore une vie normale malgré tout ce qui se passait autour, aucune idée du pourquoi. C’était assez dingue, risquer sa vie juste pour essayer de vivre comme avant. Tout du moins, c’était le cas et nous étions partis le rejoindre. Le propriétaire n’avait aucune idée de qui j’étais, mais peu importe.

« Je me souviens de l’époque que l’on a passé dans le futur, toi et ton café.

– Tu as des souvenirs de cette époque ? Je n’aurais pas cru que c’était possible, dis-je étonné.

– Pourquoi ?

– J’ai gardé les apparences et mes souvenirs parce que Sieg l’a voulu, le fragment temporel qui est la Virginie du futur n’est plus censé exister.

– Tu oublies que l’Éternelle n’est pas liée au temps, pas à ton temps.

– Oh, oui c’est vrai. »

Je me laissais emporté par mes pensées en regardant le motif dessiné sur la mousse du café. C’était le symbole de l’Ordre, mais pourquoi lui ?

« Tu crois qu’il en reste d’autres ? demandais-je.

– Qu’est-ce que tu veux dire ?

– À part nous, ou Sully. Tous les autres sont morts ?

– Je ne sais pas, pourquoi tu te poses cette question ?

– Pourquoi prôner le symbole d’un clan si personne n’en fait la propagande, ou le prône plus haut que sa fierté ?

– Il aurait été celui d’Akziel je l’aurais compris.

– Qui pourrait porter ce symbole, il n’y a pas des milliers de personnes qui en ont fait partie… »

Je me suis laissé distraire par la dernière personne entrée dans le bar. Il portait un chapeau, mais qui ne m’était pas inconnu, j’ai voulu tendre ma main, lui faire signe pour l’interpeler sans crier, et le chapeau s’est décollé de sa tête pour venir se poser dans mes mains.

« C’est…

– Le chapeau de Chester, oui, dis-je le faisant tourner dans mes mains. »

Je n’ai pas daigné le rendre à son possesseur, je l’ai retourné et l’ai posé sur ma tête, pour ne pas le perdre.

« Encore, désolé Leo… dit-elle.

– Non, le hasard n’existe pas, et je n’ai pas besoin du livre de Sieg pour savoir que c’est un signe.

– Tu es certain que ça soit vraiment un signe ? Je crains surtout que tu sois devenu fou…

– Le problème viendra du jour où mon esprit sera sain Alix, vient avec moi. »

Enfin, les portails d’Hypérion résonnaient de nouveau entre mes mains, comme si je les avais perdus depuis des millions d’années. Je me suis rendu là où j’ai passé la majore partie de mon temps depuis mon retour.

« Ah, Adam te revoilà… Alix ? s’étonna Emeline.

– Ouais, je…

– Chester !

– Quoi ? répondis-je intrigué.

– Je crois que j’ai trouvé Chester, reprit Emeline, mais, loin d’ici.

– Où ?

– Dans les alpes, mais, on dirait…

– Une forteresse. C’est d’ici qu’Akziel déployât de bioReign, répondit Alix. »

Mon esprit était encore tangible, j’avais retrouvé Leo pourtant que je n’avais pas la preuve que je pouvais tout faire tomber sans y risquer ma vie. Je m’étais approché du fauteuil pour m’y laisser tomber, comme d’habitude.

« Quelle idée saugrenue t’est venue à l’esprit Adam ? demanda Alix.

– Laisse-le, il est juste encore ne train de déprimer parce qu’il cherche l’Éternelle, répondit Emeline.

– Amusant dit donc.

– Mais attends…

– Une idée particulière Adam ?

– Pas vraiment, répondis-je.

– Tu es en train de me dire que si Alix est vivante, c’est parce qu’elle est l’éternelle ? s’étonna Emeline.

– Ce n’est pas moi qui te le dis Emeline, mais oui, il y parait.

– Alors quoi ? On a l’être le plus puissant de l’univers avec nous, pourquoi ne pas aller casser le cul d’Akziel.

– Parce que ce n’est pas si simple que ça. C’est l’être le plus puissant, mais pas lorsque l’univers subsiste.

– Je ne comprends pas.

– J’aurais bien besoin du livre de Sieg finalement. Je ne sais pas quel genre de chose on va affronter, mais j’ai besoin de trouver le moyen de nous rendre plus fort, beaucoup plus fort. Vous savez où me trouver si jamais. »

Je me suis posé sur le toit, réveillant Leo de son sommeil, puis j’ai repris mon entrainement, pendant quelques heures, puis je me suis allongé sur une des chaises. Je savais que mon cauchemar allait revenir, mais je prenais le risque. Je me suis réveillé bien plus tard, avec Adam, bien plus loin. Avec comme seul paysage devant moi la Terre, dans toute sa splendeur.

« Je commençais à croire que tu ne te réveillerais jamais.

– La lune, pourquoi nous avoir amené ici ? »

Alix se tenait à côté de moi, assise sur une des chaises qu’il y avait sur le toit.

« J’ai quelque chose à t’expliquer.

– Oui, dis-moi tout.

– Ce que tu disais à Emeline était vrai, mes pouvoirs ne grandiront que si le monde devient instable.

– Je ne vois pas où tu veux en venir.

– Je vais revenir au moment où tu as disparu, lors du combat contre Akziel. Tu portes ton coup contre lui, Chester et Zhao aussi, tout est absorbé par une sorte de masse sombre qui vient de se former devant lui. Tu disparais, Zhao est envoyé à des kilomètres et Chester se retrouve à mes pieds…

– Tu as réussi à voir tout ça ?

– J’ai repris conscience au moment où tu m’as lâché.

– Oh…

– L’Éternelle m’a réveillé, toujours plus puissante, mais j’avais les mains qui tremblaient, je n’ai pas réussi à attaquer Akziel avant de m’évanouir. Je me suis retrouvé sur la lune bien plus tard, mais déjà trop tard.

– Et Chester ?

– Il y a toute une formation autour de lui, une immense forteresse qui fait vivre encore et encore le virus.

– Je n’aurais pas pensé que c’était aussi critique.

– Mais il y a autre chose. Tu pourrais me demander pourquoi je n’ai pas profité de cette puissance à ma réanimation, ou pourquoi je n’ai pas utilisé les morts pour forcer ma puissance et tout anéantir.

– J’imagine qu’il y a des raisons.

– Il n’y a aucun seigneur de la mort.

– Quoi ?

– À la création de l’univers, L’Éternelle crée différentes choses. Les formes de vies et l’aspect qu’elle souhaite donner à son univers. J’ai créé deux autres choses, l’horloge et j’ai nommé Nova comme gardien et un seigneur de la mort, gardien de la puissance des êtres suprêmes.

– Qui était ?

– Yukon, The Pretorian, Le Grand Roi, comme tu veux l’appeler.

– D’accord, il est mort et personne n’a été nommé à sa place. Alors, pourquoi ne pas avoir forcé ta mort pour essayer de le détruire ?

– Je t’ai dit que j’ai perdu mes moyens, je tremblais, je n’arrivais pas à voir correctement, puis je me suis évanoui.

– Alors quoi ? Qu’est-ce que j’ai raté ?

– Je me suis demandé pourquoi, puis c’est Jessica qui m’a donné la réponse. Je suis enceinte. »

Je n’ai rien su dire, j’étais, perdu, émerveillé, et en partie effrayé.

« Alors je n’ai pas voulu m’affronter à la mort une fois de plus, je n’ai pas eu envie de le perdre.

– Mais, depuis combien de temps ?

– 8 mois maintenant.

– Ça fait si longtemps que ça que je suis parti…

– J’ai l’impression que ça te fait peur, c’est vrai ?

– Ça veut dire qu’il faut que je te protège.

– Moi je vois les choses autrement, pourquoi ne pas rollback ?

– Tu, veux que je revienne au moment de ta résurrection ? Et qu’on tue Akziel ?

– Bien sûr, c’est la meilleure des idées !

– La meilleure pour briser l’espace-temps surtout.

– Quoi ?

– Viens avec moi. »

J’ai ouvert un portail vers la galerie des miroirs de l’Horloge. Seul Nova pouvait vivre ici, alors j’ai avancé, rejoignant la console de l’Horloge.

« Bienvenue gardien, fit la voix.

– Que veux-tu me montrer ? demanda la femme.

– Tu veux qu’on retourne là-bas ? D’accord, mais laisse-moi te montrer comment ça va se passer. Envoie-nous au jour où l’on a affronté Akziel, permet moi d’utiliser sa puissance pour le détruire.

– Tout de suite Gardien. »

L’Horloge retraça le temps, montrant comment Leo et Alix auraient pu détruire Akziel, tout allait bien, jusqu’à ce que des dizaines de planètes explosent, ou disparaissent englouties par des trous noirs.

« Si le temps était une science fiable, et pas si fragile, on pourrait rejouer tous les évènements de notre vie sans se préoccuper des paradoxes. Or, ça n’est pas le cas.

– Alors pourquoi tu le fais ? demanda Alix.

– Je me le permets dans la mesure où les paradoxes sont facilement réparables, ou lorsqu’ils ne sont pas aussi impactant.

– Alors, comment est-ce que l’on procède ?

– J’ai besoin de quelque chose, quelque chose qui n’arrive pas à me sauter aux yeux. »

J’ouvris un portail pour sortir de l’horloge, sans une seule seconde me soucier de sa sortie, je me suis retrouvé, à La Havane, à Cuba. Alix me suivit quelques secondes plus tard.

« Adam ? Ça va ? demanda-t-elle.

– Y’a quelque chose qui ne va pas.

– Quoi ? Le fait qu’on apparaisse n’importe où ? répondit-elle en rigolant.

– Pourquoi je ne ressens pas le virus ? »

Puis le temps reprit son cours, après notre escale sur l’horloge. On était sur une place, avec une fontaine au centre. Les habitants commencèrent à traverser la place, paraissant vivre assez paisiblement.

« Le bioReign n’est pas parvenu jusqu’ici ? s’étonna Alix.

– Ou il y a quelque chose d’autre.

– L’horloge aurait voulu te montrer quelque chose en nous ouvrant le portail ici ?

– Allons le découvrir. »

La vie avait l’air de se faire assez aisément. La population semblait souriante, tranquille. Il avait dû pleuvoir quelques heures avant, les murs des maisons étaient encore trempés. Alix paraissait aussi heureuse que les habitants, alors que je restais toujours aussi tracassé par comment nous pourrons sauver ce monde en détresse. Peut-être que j’exagère, peut-être.

« Adam ! » Alix me prit par la main pour m’amener vers un magasin de donuts, à Cuba, pourquoi pas. Toujours aucun attrait pour la nourriture locale.

« S’il te plait, juste une fois !

– Juste une fois ? m’étonnais-je.

– Oui bon d’accord, je te fais ça depuis des années, mais, si c’était un problème tu me l’aurais déjà dit non ? »

Je refusais rarement ses caprices, pas aujourd’hui. Nous avons passé notre journée aussi aisément qu’eux, enfin nous avions la chance de retrouver un peu de répit. La plage, voilà l’endroit où nous avions fini notre journée. Malgré la régulation de chaleur de mes augmentations, je m’étais mis torse nu, allongé sur le sable.

« Pour une fois tu ne te réfugies pas sur un toit pour penser, dit-elle.

– Trop de choses qui m’échappent.

– Tu te demandes toujours pourquoi ils n’ont pas subi l’infection ?

– Pas seulement.

– Comment ça ? demanda-t-elle se relevant.

– Mettons qu’on arrive à le tuer, qu’on arrive à le sauver. Comment on lui rend sa forme ?

– Je ne comprends pas.

– Les flammes et les cendres trônent dans toutes les villes, le monde pue la mort à tous les coins de rue. Tu penses que c’est ce monde que l’on doit offrir à nouveau aux Hommes ?

– Je n’y avais jamais pensé.

– Qu’est-ce que je rate… »

Alix s’était allongée à nouveau, presque une heure plus tard, alors que le ciel était devenu sombre, Alix était déjà endormie. Je suis parti, j’ai repris ma veste puis j’ai à nouveau arpenté les rues de la ville. Je ne savais pas ce que je cherchais, mais je savais que ça se trouvait ici. J’avais une habitude lorsque j’étais de service au FBI, lorsque j’en sortais, je faisais un tour de la ville, mon casque sur les oreilles. Beaucoup de personnes me prenaient pour un étranger, la majorité était des mecs bourrés. Cette fois-ci, mon système avait choisi « Nerves endings » de Too Close to Touch.

La ville était plutôt calme à cette heure-ci, je pense que ma musique faisait plus de bruit que tout ce qui pouvait résider autour de moi. La ville dormait, et moi je n’y arrivais toujours pas. Mes pas me guidèrent vers la cathédrale de la ville, pourquoi ?

Il était presque minuit quand j’ai pénétré dans la cathédrale, ouverte étrangement. Il n’y avait que peu de lumière, quelques bougies sur les piliers de l’allée. Mais je ressentais autre chose, une force plus puissante. J’ai avancé vers l’autel, m’approchant d’une sorte de tombeau. Je ne comprenais pas ce qu’il y avait d’écrit dessus, j’avais oublié une partie des langues de ce monde avec le temps. Une sorte de voix me poussait à l’ouvrir, ce que j’ai fait. J’y ai trouvé un grimoire, un vieux livre dont je n’avais aucune idée de la manière dont il avait pu survivre. Le livre appartenait apparemment à Victor ? J’ai pris assez de temps à ouvrir la tombe pour que mon système embarqué traduise les écritures du tombeau. « Ici repose Le Grand Roi, avec son savoir jamais déchiffré » « Un savoir… » dis-je alors que j’étais toujours seul. J’ai refermé la tombe, me suis installé en tailleurs dessus, puis ai pris le livre entre mes mains.

« Without hope, without witness, without reward »

Voilà les seuls mots qui étaient gravés sur la couverture. Les pages avaient jauni, mais les écritures étaient encore intactes. La couverture paraissait plus lourde que le reste du livre. Je n’arrivais pas à déterminer avec quoi elle avait été faite. Les bordures avaient été renforcées par des pièces métalliques, et la première couverture était ornée d’un crâne avec des cornes. J’ai alors pris le temps de le lire, de le déchiffrer et d’en comprendre tout son sens.

Mercredi 11 février 2015.

Les heures avaient passé, et j’avais traversé toutes les idées que contenait le grimoire. J’en arrivais aux dernières pages, le journal de Victor, quand Alix et un étranger entrèrent dans la cathédrale.

« Adam, mais qu’est-ce que tu es venu faire ici ? demanda-t-elle.

– Une seconde.

– Quoi ? »

J’ai dégainé un des pistolets pour tirer dans la tête de l’étranger. « Adam ! » cria Alix effrayée parce ce que je venais de faire. « Mais qu’est-ce qu’il te prend ? » Je n’ai rien répondu, j’ai tendu ma main vers le cadavre, l’entourant d’un halo verdâtre. Le cadavre prit cette même lueur, j’élevais ma main dans l’espoir de relever ma cible. Plus je forçais, plus ma main tremblait, mais le corps se relevait, tremblant, démembré.

« Explique-moi… me dit-elle.

– Je crois que je sais comment on peut faire tomber Akziel.

– Tu me fais peur…

– Ah tu parles de ça ? fis-je en montrant le cadavre réanimé. Un détail. »

Une seule passe de ma main devant lui pour le ramener en vie et loin de chez nous. J’ai alors pris mon grimoire sous le bras et pris Alix avec moi, dans un café. Il était dix heures passées quand nous y sommes entrés, commandant un café et un cappuccino.

« Ton livre…

– Grimoire, repris-je.

– Quoi ?

– C’est un grimoire, pas un livre. Techniquement c’est la même chose, mais un grimoire est un livre qui contient des détails sur des choses qui sont magiques, ou surnaturelles.

– Oui, bon. Mais pourquoi ?

– Je me suis posé la question, qu’est-ce qui nous amené ici, pourquoi le portail est apparu à La Havane. Pourquoi elle n’a pas été touchée ? Je vais te donner ma vision des choses. Chester est le centre de l’épidémie, et a dû vouloir protéger cet endroit.

– Mais pourquoi ?

– Cette nuit quand je suis parti me balader, j’ai avancé jusqu’à la cathédrale, j’y suis rentré et me suis rapproché d’un tombeau. Les inscriptions disaient : Ici repose l’unique maitre des morts, avec son savoir jamais déchiffré.

– L’unique maitre des morts ?

– J’ai ouvert le tombeau, il était vide, mais il restait une chose, le grimoire.

– Et tu l’as lu ?

– Entièrement. Il détaille toutes les techniques et l’art de la nécromancie, ses techniques.

– Mais pourquoi avoir écrit ça ?

– Rien ne me dit qui a pu écrire ça, encore moins pourquoi il est écrit avec un langage semblable à de l’Aldorien.

– Mais, ça ne m’aide pas à savoir comment on peut vaincre Akziel.

– On doit être plus puissant, et pour ça on va réveiller la chose qu’il y a dans le tombeau.

– Quoi ?

– Depuis que je suis revenu sur Terre, je fais, encore et toujours le même cauchemar lorsque je m’endors. Je me vois, à genoux devant toi les mains en sang, et je me vois mourir, à chaque fois.

– Et après tu dis que tu ne crois pas à la destinée.

– Ça fait des années que j’ai des visions.

– Écrites parce que ?

– Qui sait ? Je n’en ai pas la moindre idée.

– Donc, si j’ai bien compris. Il faut que je te tue pour le faire revenir à la vie ?

– Si j’arrive à maitriser sa nécromancie, je dois pouvoir le réanimer.

– Et si tu n’y arrives pas ?

– Je me serais sacrifié pour rien.

– Non ! Hors de question que je te sacrifie pour sauver le monde. Je préfère encore avoir à tout recommencer.

– Laisse-moi te prouver le contraire.

– Comment ? Tu veux te suicider, et me montrer que tu peux ressusciter toutes les âmes de Toshiie ?

– Laisse-moi le temps, le temps de voir l’enfant naitre, le temps de trouver la limite de ce que j’ai entre les mains.

– Et le temps a Akziel d’aller toujours plus loin, dit-elle en sortant du café. »

J’en ai alors fait de même. Je n’avais qu’une seule envie c’était d’arriver à maitriser à la perfection le pouvoir de Victor, quel qu’en soit le prix. J’ai passé mes journées à étudier chaque portion du grimoire, chaque façon d’interpréter les choses, de les écrire, de les décrire. Plus je le lisais, plus les mots s’ouvraient à moi, à ma compréhension.

Cette même nuit, je suis retourné dans la cathédrale. Après avoir passé des heures à essayer de ranimer des morts sur une ile peu loin d’ici. Sous le tombeau du Grand Roi, j’ai trouvé des escaliers, fait d’un marbre blanc sans pareil. J’ai descendu les marches, donnant sur un long couloir fait de cette roche blanche, orné de dorures si particulières. J’ai continué mon chemin, jusqu’à arriver dans une salle qui s’illumina à mon entrée. Devant moi, une étrange structure faite d’or et de blanc. Un grand socle, élevant un anneau au-dessus de lui. Au cœur de ce cercle, il y avait une créature qui semblait morte, mais dont la peau ou l’armure semblait être faite de pierre et de fer. À la base du socle s’illuminait un texte en hologramme. Il disait ceci :

With the weight of the world crashing

Pushing you closer to the edge

You find a way to get a little bit stronger

To fight off the demons

« Que viens-tu faire ici ? me demandais-je. »

Étais-je supposé le réanimer ? Le grimoire que j’avais trouvé précédemment me donnait des indications sur la magie que contrôlait le grand roi. Mais rien sur ce qu’il était, ou qui il était. J’avais devant moi cet être à l’aspect si singulier, qui pour moi aurait pu être un Saory. Leo apparut quelques instants plus tard.

« Tu le connais ? demandais-je.

– Je n’ai aucune idée de qui il peut être, répondit-il.

– Que dois-je faire alors ?

– Tu veux essayer de le réanimer ?

– Penses-tu que c’est une bonne idée ? »

Il laissa quelques secondes de blanc, s’en allant derrière la stèle. Il me fit signe de le rejoindre.

« Qu’as-tu trouvé ? demandais-je.

 – Quelqu’un est déjà venu ici. »

Il me tendit une feuille, d’un papier aussi âgé que celui qui a servi pour écrire le grimoire. Il disait :

« J’ai voué ma vie à créer quelque chose d’assez puissant pour animer cet être. Mais mon temps s’enfuit alors qu’il est toujours ici, endormi depuis la nuit des temps. Il me manque toujours une chose, un écrit qui reste perdu depuis longtemps.

Je ne sais pas si quelqu’un trouvera cet écrit, ou cet être. Je ne sais pas si quelqu’un sera en mesure de le ramener à la vie…

Les écrits le nomment à être celui qui nous sauvera tous, celui qui nous permettra de perdurer, mais tant qu’il dort ici, tout est voué à l’échec, encore une fois…

Je n’ai rien du Grand Roi…

Yukon »

Leo fixait étrangement l’anneau qui se trouvait derrière la feuille que je tenais.

« Qu’y a-t-il ?

– J’ai l’étrange sentiment que cette arme pourrait nous aider, dit-il désignant l’arme que je portais au doigt.

– Tu veux que j’essaie de le réanimer en faisant appel à l’anneau ? Tu veux que je meure à mon tour c’est ça ?

– Non ! Rien ne nous prouve que tu y resteras. »

Je n’ai rien dit à, mon tour, et suis retourné devant la créature. Elle m’inspirait une étrange confiance, malgré le fait que son corps et son aspect semblaient menaçants. Je suis resté quelques instants devant lui puis j’ai regardé Leo qui s’approchait de moi.

« D’accord, essayons. »

Chapitre 4 : Do you Dream of Armageddon ?

Partie 1 : Until We Have Faces

La nuit s’en était allée, et le soleil s’élevait à nouveau dans le ciel, loin dans l’espace sans fin. Un jour encore loin de cette lumière qui nous mène vers la fin.

Il y avait ces mots qui résonnaient, ces paroles qui avaient été prononcées avant notre départ, avant notre mort.

Just one time
All I need
Calling from the bottom
But you don’t hear me
Stuck in time
Stuck in me
Broken on the bottom like a refugee

Réveille-moi quand la nouvelle aube viendra
Ensemble nous chevaucherons le Soleil
Le futur est un pistolet vide
Nous leur tirerons dessus un par un

Jeudi 12 février 2015.

Alix se réveilla, sans aucune trace d’Adam auprès d’elle. Elle s’imagina qu’il s’était perdu dans le temps ou l’espace pour apprendre à maitriser cette magie qui lui paraissait si symbolique. Elle ne tarda pas à rejoindre le café, où son compagnon aurait pu s’y trouver. Toujours aucune trace de lui. Elle s’y installa et commanda un chocolat chaud. Quelques minutes plus tard, elle interpela une conversation, de deux hommes qui revenaient de la cathédrale.

« Tu imagines ? Ils ont osé ouvrir le tombeau de la cathédrale ! fit l’un des hommes.

– S’ils l’ont fait, c’est qu’ils doivent avoir une bonne raison.

– Ils ont profané la maison de Dieu !

– Arrête, toutes les anciennes maisons dédiées à Dieu ont une crypte ou quelque chose du genre. Il faut bien qu’un jour on les découvre. »

Il était intéressant de voir à quel point les habitants de la ville avaient été coupés du monde, ils paraissaient comme ignorants de tout ce que le reste de la planète vivait, alors qu’ils étaient les seuls que le virus avait épargnés.

Alix s’intéressa à leur conversation, jusqu’à quitter le bar et rejoindre la cathédrale après avoir fini son chocolat. Elle entra dans le monument qui semblait vide, sans aucun bruit. Le grand dôme seul illuminait la plus grande partie de l’édifice, laissant décoré d’or l’immense lustre qui la surplombait. Devant elle, cette tombe sur laquelle elle avait déjà aperçu Adam assis. Mais pour autant, aucune trace de l’homme en noir. Elle s’approcha de la tombe, qui avait été déplacée depuis hier. Elle dévoilait un escalier d’un aspect qui avait paru si singulier à Adam déjà. Elle descendit les marches, entourée par ces pierres si blanches et ces liserés d’or qui les parcouraient. Cet endroit avait laissé Alix bien plus émerveillée qu’Adam qui n’avait en tête que ce qui se trouvait au bout de cette crypte.

La lumière qui avait éclairé Adam à son arrivée s’était éteinte. Pourtant, la femme décela un éclat qui produisait une faible lueur au loin. Elle s’approcha, et la salle s’illumina à nouveau. Devant elle, ce puissant être attaché dans la stèle par des liens énergétiques et, allongé sur le sol, son compagnon. À sa vue, elle s’empressa d’aller vers l’homme qui semblait sans vie, sans se soucier de la menace que pouvait être la créature attachée. La peau d’Adam était devenue blanche, les veines apparaissaient sur son visage, empli de noir. Il avait essayé à son tour d’animer la créature, mais y laissa sa vie. Alix ne ressentait aucune trace de Leo, son compagnon était mort.

Derrière elle, la créature s’animait, non sans effort. Elle pointa son index vers l’homme, projetant sa main tremblante et impossible à fermer complètement. Ce signe que son membre dessinait ressemblait à la main d’Adam dans la peinture de Michel-Ange.

Alix releva les yeux vers lui, chargés par les larmes. Elle ne pouvait déceler l’émotion de l’être enchainé, son visage n’avait pas d’yeux, ou de bouche comme un humanoïde. Alors, elle entendit ceci.

« L’anneau… fit l’être d’une voix tremblante. »

La créature pointait l’anneau qu’Adam portait à l’index de ce même doigt. Alix s’inquiétait, à ne pas pouvoir déceler les intentions de la chose devant elle.

« L’anneau… répéta-t-il de sa voix tremblante. »

Alix regarda la pièce de métal qui avait pris la forme d’une femme sans tête dotée d’ailes.

« Je… peux… aider… »

Cette voix sonnait très semblable à celle de Phoenix, lors de sa première apparition. Une voix puissante, rauque, tremblante et effrayante.

« Qu’est-ce que tu m’offres en échange ? demanda Alix la voix perdue dans les sanglots.

– Le… sauver… répondit-il après quelques secondes »

Alix retourna ses yeux sur son compagnon, qu’elle observait sans vie depuis quelques minutes. Elle retira alors l’anneau de l’index d’Adam, non sans efforts. La pièce de métal reprit sa forme d’anneau de pierre et de fer poli. Elle le posa dans sa main et l’éleva vers la créature. Le bijou se vit instantanément projeté au doigt de l’être attaché, qui l’utilisa pour briser ses liens. La créature s’avança, flottant toujours dans les airs, s’approcha d’Adam.

« Recule, dit-elle »

Alix se releva, posant Adam au sol. La créature s’avança vers l’homme en noir, puis le souleva de sa main gauche. Une aura de plumes blanches se dessinait autour d’Adam pendant qu’il s’élevait. Alix restait sur la défensive, elle n’offrait qu’une part de confiance à cette chose qui prétendait vouloir aider son compagnon.

Adam se retrouva à la même hauteur que la créature de pierre, puis les deux êtres explosèrent dans un puissant flash blanc. Alix perdit la vue sur ceux qui se tenaient devant elle. La lumière s’en alla, laissant apparaitre alors uniquement la créature de pierre et de fer. Il tenait dans le creux de sa main l’anneau que lui avait donné la femme. Il referma sa main, explosa l’anneau qui s’y trouvait pour le réduire en poussière. La disparition de l’anneau enragea Alix, qui laissa la place à cette forme lumineuse, si caractéristique de l’Éternelle. Elle s’élança sur lui, le pointant de sa lance dorée. L’être la stoppa de sa main droite. L’armure dorée de l’Éternelle s’assombrissait, les flots de lumière qui l’accompagnaient disparaissaient, devenaient grisâtre, comme les ailes que portaient Phoenix.

« Tu t’efforces inutilement Alix, arrête. »

L’être lâcha l’emprise sur la femme, Alix stoppa sa lancée vers la créature. La lumière qu’émettait l’Éternelle laissait paraitre les flots de dorures que portait le corps de la créature qui se tenait devant elle.

« Qui es-tu ? demanda Alix »

Il laissa disparaitre l’aspect casque intégral que sa tête laissait paraitre. Sous les plumes qui s’en allèrent, il laissa apercevoir le visage d’Adam. Les cheveux longs, les pièces d’acier qu’il portait sous les yeux pour ses lunettes. Seul, son cou jusqu’à sa mâchoire avait été remplacé par le corps de la créature de pierre.

« Je m’appelle Vohn. Je ne cherche pas à te nuire Alix.

– Pourquoi as-tu le visage d’Adam ? demanda-t-elle.

– Parce que je suis Adam. J’aurais beaucoup de choses à te raconter, si tu m’accordes ta confiance.

– Comment suis-je censé t’accorder ma confiance ? Tu viens d’absorber ou de tuer mon compagnon ! dit-elle sur la défensive.

– Je comprends ta frustration. Mais je cherche la même chose que toi Alix. La même chose que vous. Permets-moi de m’expliquer… »

Vohn tendit sa main à Alix. Sa main aux doigts pointus dorés. Même si le visage de la créature ne semblait pas montrer d’émotions, il possédait une étrange aura apaisante, un calme sans pareil. Pour autant, Alix ne lui offrait pas cette confiance.

« Ça n’arrivera pas ! Je… »

Vohn referma sa main doucement, alors qu’Alix plaquait ses bras sur son ventre.

« Non, pas maintenant… dit-elle dans la douleur.

– Ton enfant est déjà là. Laisse-moi…

– Non ! Ne t’approche pas ! s’exclama-t-elle toujours souffrante. »

Vohn posa un pied au sol, puis le second. Il laissa apparaitre à nouveau le corps de l’homme en noir, dans un tourbillon de plumes blanches. Adam s’avança vers la femme, posa sa main sur son épaule tandis qu’Alix se courbait de plus en plus sous la douleur.

« Je peux t’aider Alix, mais tu dois nous faire confiance.

– Nous… dit-elle hésitante. »

Elle ouvrit les yeux quelques secondes et aperçut devant elle la veste noire qu’elle connaissait si bien de son compagnon, mais elle voyait le visage de Leo devant elle.

« D’accord… dit-elle toujours sous la douleur »

Adam les téléporta sur la Grande Horloge, dans une salle qui ne semblait être ici que depuis quelques minutes. Alors, le temps s’enfuit, l’Horloge tourna, et laissa place à une petite fille eux cheveux argentés. Quelques jours s’en allèrent, le temps qu’Alix retrouve le repos, que la fille trouve le sien aussi. Adam avait laissé sa femme seule, il se préoccupait seulement de sa fille. Ce jour-là, Adam se tenait dans cette salle qui semblait laisser voir tout l’univers et Alix vint le rejoindre.

Dimanche 15 février 2015.

« Est-ce que ça va ? demanda la femme.

– C’est plutôt moi qui devrais te poser cette question.

– Je me sens bien, mais je suis perdue… Étais-tu obligé de te sacrifier pour… lui ?

– Oui, je l’étais. Il, enfin, nous sommes lui et moi, quelque chose de bien plus grand.

– Tu as encore trouvé un nouvel être à modeler à ton image ? demanda Alix.

– Je ne le modèle pas à mon image. Vohn est un être bien plus puissant que nous le sommes. Et toi aussi. Mais j’aurais le temps de t’en parler bien mieux plus tard.

– Comment ça moi aussi ?

– Avant toi, l’Éternelle, il y avait eux. Il y avait trois êtres dont la force était bien différente de celles que nous connaissons. Et tout notre périple, et ceux des personnes qui nous ont menés jusqu’ici font partie de ce qu’ils sont.

– Et ce sont ?

– Des dieux, de véritables dieux.

– Hortense est réveillée, fit la voix.

– Profite, fit Adam montrant les étoiles à sa femme. Je vais m’occuper d’elle. »

L’homme en noir s’en alla vers la chambre de sa fille qui pleurait. Il la sortit du lit, la prit dans ses bras et la borda. Il ne lui fallut que quelques secondes pour stopper ses pleurs.

« La fille aux cheveux d’argent… Je suis navré que ton destin soit si tragique. Tu n’es voué qu’à perdurer jusqu’à ce qu’elle vienne prendre ta place… Comme j’ai laissé sa place à ton père… »

La fille s’était endormie. Adam la reposa alors dans le lit, puis retourna voir Alix. La femme s’était assise au bord du sol en verre. Vohn avait un souvenir d’une scène semblable, mais la personne assise était une femme aux cheveux bleus.

« Alors, comment est le monde à travers tes yeux Vohn ?

– Tu as entièrement accepté que je n’existe plus ? demanda Adam.

– Non, je… J’espérais après notre combat contre Akziel, tous les sauvetages que j’ai faits pour t’attendre et te retrouver. J’espérais que nos vies deviendraient bien plus simples…

– Elles peuvent l’être, mais cela prendra plus de temps que tu l’espérais.

– Qu’est-ce qu’il est alors ? Qu’est-ce que vous êtes ? demanda-t-elle. Qu’est-ce qu’il s’est passé cette nuit-là ?

– Tu te souviens que je parlais d’un rêve où je me voyais, à genoux devant toi, les mains en sang ? demanda Adam.

– Je m’en souviens oui.

– Ce n’était pas toi. C’était Vohn. Cette nuit-là, Leo m’a poussé à le réanimer. Et, c’était étrange, comme si ses mots étaient prédestinés. Comme s’il savait déjà que je viendrais ici, que je devais y laisser ma vie pour lui.

– Et c’était le cas ? Ça ressemble à tes paroles, notre périple n’est ici que pour ce qu’ils sont…

– Toute cette histoire est bien longue à expliquer. Mais oui. Il y avait une étrange trame écrite par des tas d’individus avant nous pour que je retrouve Vohn et lui donne la vie à nouveau.

– Tu parlais d’eux. Qui sont-ils ? demanda Alix.

– Dans nos croyances, à l’origine du monde, il y avait les Éternels. Et même si cela n’a rien de faux, avant les Éternels et leurs cycles de vie, il existait un trio d’êtres singuliers. Ils les appelaient La Trinité et ont donné vie aux Saory. Du moins, à une civilisation Saory dont sont originaires tous ceux que notre cycle connait aujourd’hui. Les Éternels sont le résultat de la chute de cette première civilisation. Ils souhaitaient que leur monde perdure alors, ils ont créé un édifice que personne ne connait. Il se nomme Pendulum et choisit tour à tour le Saory qui renaitra en tant qu’Éternel.

– Ils sont tous morts ? Et la trinité avec eux ?

– Non, répondit Adam. Ils sont morts à cause de leur envie de grandeur. Ils ont essoufflé leurs ressources, réduit à néant les planètes qu’ils ont habitées et déstabilisé leur étoile jusqu’à ce qu’elle explose. Bien avant cela, la trinité a créé un quatrième être à l’image des Saory. Un projet d’être vivant nommé Wraith qui avait pour but de protéger et de servir les Saory. Mais ils en ont pris le contrôle et ont assassiné les trois vivants qui leur avaient donné la vie.

– Et… il est nécessaire de leur redonner vie ?

– Il existe plusieurs raisons pour lesquelles les Éternels ont tous chuté les uns après les autres, reprit Adam. Le fait qu’ils aient conservé leurs idées de grandeur Saory, ou le fait que leurs lignes temporelles se soient écrasées. Le temps s’érode, et la seule raison à cela est qu’Ash, un des deux autres êtres de la Trinité est perdu et sans vie depuis leur chute. Le temps se détruira continuellement tant que personne ne l’aura retrouvé et rendu la vie.

– On doit retrouver les deux ? demanda Alix ?

– Et ça n’aura rien de simple, répliqua Vohn. J’ai des souvenirs, je sais comment notre retour a été prévu. Je sais comment retrouver Eva, mais je n’ai aucune information pour Ash.

– Par où doit-on commencer ? Il faudra que j’accueille l’une d’entre elles aussi ?

– Lorsque nous aurons retrouvé Ash, oui.

– Pas tout de suite en d’autres mots.

– Non, fit Adam froidement.

– S’il y a d’autres moments marquants que tu connais, j’aimerais que tu me le dises. »

Adam laissa un blanc, quelque temps pour réfléchir et retrouver les souvenirs du nouvel être avec lequel il vivait qui pourrait perturber sa compagne.

« Hortense devra mourir…

– Alors que ce n’est qu’un enfant ?

– Pas aujourd’hui Alix. Dans vingt ans. Eva n’existe pas dans notre ligne temporelle. Elle prendra naissance dans le corps d’une autre de nos filles, dans cette autre ligne. Et cette dernière en viendra à tuer Hortense pour prendre sa place parmi nous.

– As-tu besoin d’aide pour que cela se déroule sans accrocs ? demanda Alix.

– Non, c’est déjà fait, répondit-il avec le sourire. Il ne reste qu’à attendre le point de rapprochement des lignes qu’elle créera. »

Alix restait circonspecte. Des tas d’informations venaient de lui être donnés et elle en venait presque à revoir toute sa façon de penser l’univers.

« Prends le temps qu’il te faut, il faut que je réfléchisse à la suite, quelle qu’elle soit, fit Adam.

– D’accord. »

Quelques jours de plus s’en allèrent, et Vohn tournait dans la Grande Horloge en ne croisant que rarement Alix. Il prenait du temps pour Hortense, s’occupait d’elle, l’aidait à s’endormir, lui donnait à manger. Il ne paraissait pas inquiet du fait de ne jamais croiser sa mère. Il ne semblait inquiet d’aucune chose qui pouvait se dérouler, bien ou mal. Il était singulier d’observer Adam bordé par autant de calme et de sérénité. Et pourtant…

Vendredi 20 février 2015.

Alix s’était laissée guidée par ces paroles que l’homme en noir semblait chanter dans une des pièces de l’Horloge.

Loving

Hating

Hoping

Faking

La femme trouva Adam, dans une pièce qui représentait en hologramme, une habitation au style très particulier. Une architecture qui ressemblait à celle que portait le tombeau de Vohn. Elle s’approcha de lui, Adam se tourna vers elle.

« C’était chez toi ? demanda Alix.

– Chez moi est un bien grand mot, répondit-il.

– As-tu une notion du temps qu’il s’est passé ? Depuis votre mort je veux dire.

– Je n’en ai aucune idée. Il y aurait des solutions pour le savoir, mais cela n’est pas ma priorité.

– À quel point, il prend de la place ? Ou tu prends de la place ?

– Tu te demandes si je suis plus Adam que Vohn ? À vrai dire, je n’en sais rien. Vohn me donne l’impression d’avoir été dans ma tête depuis très longtemps. Pourtant, je ne me sens pas si différent de ce que j’étais auparavant.

– Je peux le voir ? Tu as un contrôle sur son apparence ? »

Adam disparut dans un tourbillon de plumes blanc écarlate autour de lui, et laissa apparaitre cette créature, à l’esthétique si particulière. Un corps humanoïde, à la peau blanchâtre. Il arborait des pièces d’acier sur son corps, une grande cape noire qui recouvrait la moitié de son torse. Deux cornes, deux pièces d’acier sur sa tête, dont la partie arrière semblait dessiner une couronne de laurier. D’étranges pièces cristallines semblaient flotter autour de lui. Son bras droit et sa cape laissaient s’en aller vers le haut des particules verdâtres. Son corps paraissait stellaire, indescriptible. Même Phoenix qui possédait une apparence complexe paraissait plus humain, plus « vivant ».

« C’est très perturbant de te voir ainsi. J’avais réussi à m’habituer à la peur qu’inspirait Phoenix… fit Alix.

– Je dois t’avouer qu’il est étrange pour moi aussi, de me sentir dans mon corps, et d’observer à nouveau à travers mes yeux.

– Comment ça ?

– Comme je l’ai déjà dit, j’ai l’impression d’avoir toujours vu à travers les yeux d’Adam. Ce qui est très perturbant.

– Est-ce qu’ils te manquent ? Eva et Ash ?

– Je n’ai pas l’impression qu’elles me manquent, mais je ne sais pas vraiment qui persiste entre moi et Adam. J’ai l’impression que nous sommes la même personne depuis longtemps.

– Depuis Leo ? demanda Alix.

– C’est possible, répondit le démon. Et toi ? Comment te sens-tu face à moi ?

– Je ne sais pas. J’ai eu peur quand je t’ai vu, quand j’ai aperçu Adam, mort au sol. J’ai peur de savoir comment va évoluer ma vie, notre vie avec toi et avec Adam. J’ai peur de le voir disparaitre et me sentir perdue sans lui.

– Adam aussi, semble avoir peur de s’éloigner de toi. »

Le silence s’installa à nouveau, alors que le regard de Vohn était indiscernable. Alix observait le démon qui se tenait devant elle, comme une créature particulière, mais qui lui semblait pourtant si commune.

« Que souhaites-tu faire ? demanda Vohn.

– Comment ça ? demanda Alix.

– J’ai d’autres quêtes à mener, veux-tu m’accompagner ? Ou préfères-tu rester avec Hortense ?

– Que veux-tu faire ?

– Retrouver Sieg, Sorohzinsah.

– Je crois que je vais rester avec Hortense.

– Va où bon te semble. Prends soin de toi et d’elle. Retrouve-moi ici ou sur Terre lorsque tu seras prête pour mettre fin à la folie d’Akziel. »

Elle retourna dans la chambre d’Hortense et Adam ne croisa pas Alix à nouveau dans les couloirs de l’Horloge.

Mardi 24 février 2015.

Adam avait rejoint la Tour, grande statue de marbre qui avait survécu à toutes les horreurs que l’Aldorien avait fait vivre à la Terre. Derrière elle, se tenait toujours Anathema, dans ses couleurs si brillantes.

« Crois-tu qu’il soit encore ici ? demanda le démon.

– Je n’en sais rien, mais je n’ai aucune idée de l’endroit où il aurait pu aller. Souviens-toi, l’Horloge est incapable de le localiser.

– Très bien, allons-y alors. »

Adam avança vers la Tour, entouré d’une étrange aura qui semblait être Vohn, flottant autour du corps d’Adam. Devaient-ils finir par ne faire qu’un ? Où était-ce déjà le cas ?

Il se présenta devant la porte, qui s’ouvrit presque aussi tôt. La voix de Kat se fit entendre dans la structure « Bienvenue Leo », mais ce nom semblait étrange à celui qui venait de pénétrer dans le sanctuaire des Anges. Malgré la forme puissante de ce bâtiment, Adam se retrouva face à un escalier et rien d’autre. Avec un étrange sentiment d’avoir déjà vu cette forme de la Tour. Il gravit les marches, atteignant une grande salle avec une cuve au fond. Cette même cuve qu’il avait aperçue, la première fois qu’il avait pénétré ce bâtiment. « Amène-moi devant lui, fit Vohn. » Adam s’avança jusqu’à la cuve, puis se sépara du corps de Vohn, allant rejoindre la console de la stase. Vohn semblait comme figé, inerte face à la stase de l’Onyx.

« Es-tu sûr qu’il pourra supporter un autre être ? demanda le démon.

– S’il y en a bien un capable de faire cela, c’est lui, répondit Adam.

– J’ai encore le sentiment de l’avoir vu avant…

– Si tu as l’impression de voir à travers mes yeux depuis des années, alors oui, il me suit depuis que je suis en vie. Peut-être bien avant même. »

Adam s’éloigna de la console, laissant toujours le corps de Vohn statique. Il s’approcha d’une table qui se tenait dans un coin de la pièce. S’y trouvait un grimoire, calciné. Tout n’avait pas brulé, mais le contenu des pages était illisible, pour celles qui restaient. Cependant, seule une phrase était encore lisible sur la dernière feuille. « Rêves-tu d’Armageddon ? » Le grimoire portait une gemme rouge sur sa couverture, Adam semblait connaitre cette relique. Il se passa quinze minutes, autant de temps où l’homme en noir tourna et retourna les pages du livre pour découvrir d’autres écrits. En vain. Sieg vint interrompre sa recherche, dans son élan spectaculaire. « Adam ! » L’homme aux cheveux rouges s’élança sur le corps de Vohn encore inerte, pensant qu’il était celui d’Adam ou de Phoenix certainement.

« Attends, j’ai raté quelque chose encore, fit Sieg.

– Tu as toujours un train de retard Sieg, fit Adam en souriant. »

L’homme en noir se propulsa dans un flot de particules dans le corps de Vohn, conservant son apparence humaine.

« OK, donc, tu as changé l’apparence de Phoenix ? Tu peux le faire sortir de ton corps ?

– Non Sieg, je… Attends. Tu te souviens comment tu es revenu ici ?

– Je me souviens du coup que t’a asséné Akziel. Puis plus rien.

– Tu ne te souviens pas avoir brulé ton livre ? demanda Adam.

– Mon, livre ? Quoi ? NON ! »

Sieg se précipita à la place qu’avait Adam, prit le livre calciné entre les mains.

« Que s’est-il passé ? fit Sieg effrayé.

– Kat était pourtant persuadée que tu étais conscient de ce que tu faisais.

– Redémarrage des services de la Tour dans une minute, fit la voix. »

L’aura de Vohn apparut à nouveau autour d’Adam, laissant sa voix flotter dans la pièce.

« Tu m’avais dit qu’il serait prêt, fit le démon.

– Je suis aussi stupéfait que toi Vohn, répondit Adam.

– Vohn ? Mais qu’est-ce que tu racontes Adam ? De qui parles-tu ? s’étonna Sieg.

– La Tour est en service, veuillez sortir de la salle de confinement. »

Adam sortit de la salle par la porte qui venait de s’ouvrir dans le mur. Suivi de près par Sieg qui restait sans voix ou captivé par ce qui semblait flotter autour du corps de son ami. Ils rejoignirent la grande place qui se tenait entre les ailes de la structure. Adam stoppa ses pas face à la cité aux mille couleurs qui se trouvait derrière la Tour. L’homme en noir regarda Sieg, qui l’observait en retour, circonspect.

« Combien de temps s’est-il passé ? demanda Sieg.

– Bientôt un an, depuis notre attaque contre Akziel.

– Et ? Que s’est-il passé ?

– J’ai été éjecté de la Terre. J’en suis revenu, j’ai essayé de retrouver des personnes. Je suis tombé sur des traces de l’Éternelle. J’ai tout fait pour la retrouver, et elle a réussi à trouver mes traces avant moi. Puis, quand nous nous sommes rejoints, tout est devenu très compliqué, très vite.

– Étonnant, répliqua Sieg.

– Pour résumer, j’ai voulu montrer à Alix ce qu’il se passerait si je risquais de remonter le temps pour tuer Akziel, et empêcher l’épidémie. L’Horloge nous montra des horreurs de l’Univers. Mais lorsque nous sommes partis à travers un portail, nous ne sommes pas arrivés là où je voulais aller.

– Vous êtes arrivés à La Havane ? C’est ça ?

– Je croyais que tu n’avais pas de souvenirs ?

– Quels souvenirs ? s’étonna Sieg.

– Pourquoi me parles-tu de La Havane ?

– Je… »

Sieg détourna son regard, il a amené une information dont il ne semblait pas avoir tous les détails.

« L’Horloge m’a montré ce que tu as fait. Du moins, elle m’a montré une grande partie.

– Elle t’a montré des choses que tu n’aurais pas dû voir ? demanda Sieg.

– Rien d’effrayant. Mais, j’ai besoin de ton aide pour retrouver quelque chose. Enfin, quelqu’un.

– Comment ça quelqu’un ? »

Adam passa derrière Sieg. Il reconnut le dessin que ce dernier portait sur le dos de sa veste. Il l’avait observé des années durant, sans jamais se rendre compte que ce symbole existait dans la cathédrale d’Anathema.

« Tu sais pourquoi ce symbole est sur ta veste ? demanda Adam.

– Tu parles de l’anneau ?

– De l’ensemble.

– Je crois que je ne me suis jamais posé cette question.

– J’ai vu ce signe dans la cathédrale d’Anathema, sur les images que m’a montrées l’Horloge. Il semblerait que tu aies essayé de la rejoindre, mais la citadelle ne t’a pas laissé rentrer.

– Je crois que je me souviens de ça… fit Sieg perturbé.

– Allons-y alors. Je crois savoir ce que tu y cherchais. »

Partie 2 : Glass House

Adam et Sieg rejoignirent Anathema, l’arche qui se tenait à la base des deux ailes de la Tour. Personne n’était jamais entré dans la citadelle de cette manière, personne depuis sa recréation.

« Je n’avais jamais observé les détails de cette porte, elle est magnifique !

– Les Saory savaient utiliser l’architecture, je dois le reconnaitre, répondit Adam.

– Mais pourquoi être venus ici ? Ne pouvions-nous pas passer le bouclier ?

– Tout est devenu compliqué depuis notre combat contre Akziel, Sieg. Et cela comprend le fait que nous ne sommes plus les bienvenus dans cette cité.

– Quoi ? Mais, comment ?

– Es-tu déjà entré de tes propres moyens dans la citadelle ? demanda Adam.

– Il me semble, je ne crois pas…

– Kat ?

– Sieg Wahrheit n’est pas autorisé à accéder à Anathema, répondit la voix.

– Mais c’est de la folie ! s’exclama Sieg. Comment ne suis-je pas autorisé à entrer ?

– Parce que j’étais le seul à y avoir accès. Leo était le seul à y avoir accès.

– Et il est ?

– Absorbé. Détruit. Mort, en somme.

– Mais la cité ne te reconnait pas non plus ? s’étonna Sieg.

– Nous nous sommes trompés Sieg. Quelque chose d’important nous attendait dans la cité, mais nous sommes passés à côté.

– Il y a des choses que je ne comprends pas… fit Sieg.

– Je peux nous amener à la cathédrale. Une fois là-bas, tout deviendra beaucoup plus simple. Toutes tes questions seront résolues. Du moins presque toutes.

– Et cela implique ?

– Que l’on change de plan, répliqua Adam. »

Adam a passé, d’innombrables heures dans les limbes. Mais ce que l’on connait de cette phase du monde, ressemble à une couche du vivant, où subsistent uniquement les démons. Rien n’est aussi simple qu’un endroit où ne vivent seulement certaines créatures. Les limbes ne sont qu’un plan d’un monde bien différent, qui persistent sur certaines planètes comme la Terre. Mais cela, je laisserai Vohn en parler. Derrière cette phase où tout se détruit se tient Stanahain. C’est ici que Adam les transporta.

Tout autour prirent des couleurs fades, ornés de vents verdâtres. Tout était mystique, et semblait porter la mort. Devant eux, la cité aux mille couleurs avait pris cette teinte argentée. Adam désigna la porte de marbre qui semblait avoir fondu pour laisser son ami mener la marche. Sieg avança, jusqu’à la cathédrale. La ville qui paraissait tout le temps pleine de vie était morte. Tout était mort, elle ne respirait que le néant. Sieg s’était arrêté devant la porte, attendant Adam.

« Je t’en prie, dit l’homme en noir.

– J’ai un étrange sentiment, fit Sieg.

– Un déjà vu ? Où est-ce les vrombissements qui te donnent l’impression que tu es proche de la mort ?

– Je ne sais pas…

– Ne t’en fait pas, fit Adam, tu ne crains rien ici. Tout ce qui se tient là-dedans n’est que réponse aux questions que tu te poses.

Sieg entra en premier dans le lieu sacré, Adam quelques secondes plus tard. L’homme aux cheveux orange s’émerveillait de l’architecture du bâtiment, malgré son aspect monochrome. Il arrêta son tour, se stoppant sur cette bannière qui portait le même symbole que sa veste. Il s’en rapprocha, l’amenant près d’une tombe de marbre et d’or. Elle contrairement au reste n’avait pas changé de couleur. Adam était resté dehors, s’allumant une cigarette. Le bout de sa cigarette portait des braises vertes, comme le reste de l’environnement.

J’avais toujours l’habitude de voir Adam parler avec quelqu’un. Que ce soit Sieg, un autre de ses compagnons, ou Leo. Il était rare qu’il ne parle pas. Mais depuis l’arrivée de Vohn, il était devenu différent. Bien plus singulier et solitaire. Il écrasa son mégot du pied après avoir fini sa cigarette, puis ouvrit un portail devant lui. Il regarda derrière lui, Sieg qui s’interrogeait encore sur l’utilisation de la tombe. Il s’avança vers le trou de verre et alla de l’autre côté. Il se retrouva à nouveau dans le tombeau de Vohn, observant Adam et Leo devant lui. Il avança de quelques pas, après la disparition du portail, puis s’appuya sur le bord de la porte.

« Non, rien ne nous prouve que tu y resteras.

– Tu ne pourras jamais survivre, fit l’homme dans l’ombre.

– Qu’est-ce que tu fais là ? s’étonna Adam. »

L’homme sorti de l’ombre du couloir, laissant apparaitre ses traits plutôt communs. Mais Adam réagit violemment à apercevoir un homme aux traits identiques aux siens. Leo disparut, et le torrent de fumée de Phoenix se lança sur le nouvel arrivant. Le démon agrippa la mâchoire de l’intrus, l’arrachant violemment. La fumée changea de sens, vint s’entourer de celui qui venait de perdre une partie de son squelette. La brume se rendit plus violente, plus sombre encore. Explosa dans une puissante vague qui repoussa Phoenix. Dans le nuage, le démon vint s’approcher Vohn, dont seules les particules vertes se laissaient apercevoir. Phoenix, quant à lui, était devenu rachitique, toute sa force et sa forme avaient été absorbées par la divinité. Vohn lui tendit alors son bras droit, sur lequel courraient ces particules. Le démon hésita, puis prit la main pour se mettre debout à nouveau. Adam retrouva sa forme, la brume s’en alla doucement.

« Je ne comprends pas… fit Adam.

– Je viens d’une autre ligne temporelle, répondit Vohn. Je suis venu te prévenir de choses avant que ta ligne ne s’effondre.

– Ne s’effondre ? Pourquoi est-ce qu’elle s’effondrerait ?

– L’Horloge n’a jamais été construite pour retenir plusieurs temporalités. Une seule peut y être retenue.

– Et c’est celle d’où tu viens. A-t-on des choses en commun ? questionna Adam.

– Tu devrais plutôt te demander si nous avons des différences. Ma réponse serait, non. Nous sommes la même personne, du moins jusqu’à aujourd’hui.

– Alors, pourquoi viens-tu me rendre visite ?

– Vohn te tuera. Je te tuerai lorsque tu me réanimeras. Mais tu retrouveras tes esprits, tu seras toujours dans ton corps. Vohn n’apparaitra que bien plus tard.

– C’est tout ce que je dois savoir ? demanda Adam. »

Vohn alla se placer devant son propre corps inerte. Contemplant les courbes et dessins de sa silhouette si singulière.

« Retrouve le Parchemin du temps pour la Terreur. Il saura t’indiquer quelle sera ta voie jusqu’à la fin. »

Vohn s’en alla.

Il retourna sur la Grande Horloge, où Kat avait illuminé un des couloirs qui sortait de la salle centrale.

« J’ai préparé quelque chose pour vous, dit-elle »

Vohn s’y déplaça. Cette salle était une pièce qui ressemblait fortement au laboratoire de Kévin. Adam l’avait fait construire pour pouvoir fabriquer des pièces de rechange à ses membres augmentés.

« J’ai fabriqué une mâchoire mécanique, avec les ressources d’augmentations. J’espère qu’elle vous plaira. »

 Vohn la prit et la plaça au lieu de celle qu’il venait de perdre, reprenant l’apparence d’Adam. Il resta quelques secondes à contempler ses mains, auxquelles il rendit l’aspect noire et chrome qu’elles avaient le premier jour.

« Kat ? demanda Adam sortant dans le couloir.

– Oui monsieur ? reprit la voix.

– Orva a-t-il pris contact avec toi ?

– Je suis en contact avec Orva depuis votre départ. Comment avez-vous connaissance de son existence ? questionna Kat.

– Notre Vassal travaillait déjà sur Orva avant notre mort. Je me souviens qu’il était en contact avec un Saory à qui il était censé le donner une fois terminé. J’avais l’espoir qu’il puisse persister.

– Comment s’en sort votre vassal d’ailleurs ? »

Adam avait rejoint la console centrale de l’Horloge, concentré sur quelque chose que Kat ne pouvait déceler.

« C’est une bonne question, mais je ne me fais pas de soucis pour lui, du moins pas pour l’instant. »

Il ouvrit un nouveau portail et tourna son regard à travers. Dans les flots du trou de verre, il aperçut quelque chose qui le figeât. Entre peur et tristesse.

« Je… Je reviens Kat, fit l’homme.

– Adam ? Attendez ! »

Il traversa le trou de verre. L’autre côté ressemblait à une cellule, éclairée par une seule ampoule en son centre. Ces paroles résonnaient dans sa tête.

Dark and light

Caught between, caught between

Endless night

Underneath, underneath

(Hunger!)

My untold, I’m waiting…

Find me inside the endless night, our endless night

Dans l’ombre de la pièce, il aperçut cette fille aux cheveux noirs. Elle ne pouvait le voir, malgré son corps entouré de ces vents verdâtres. Il s’approcha d’elle, voyant sa peau marquée par les coups. Quelque chose, ou quelqu’un la frappait. Il entendit une clé s’insérer dans la porte, s’éloigna de la fille. Un homme y entra et tira la fille dans la lumière. Elle ne se débattait pas, elle était résignée à se laisser faire. Alors qu’il commençait à lui poser des questions, la giflant lorsqu’elle ne répondait pas ou fuyait la question, Adam avait aperçu quelque chose, resté dans la pénombre. Le tourment reprit forme autour de son corps, explosant en un puissant flot de lucioles bleu saphir. Les vents autour de son corps prirent des allures dorées.

Dans le noir, Adam reconnut la silhouette plus humanoïde de sa fille que la sienne. Il la regarda fixement, alors qu’elle semblait n’apercevoir que la forme du démon qu’il portait.

« Depuis combien de temps peux-tu la voir ? demanda Adam. »

Elle ne répondit pas.

« Tu sais que tu peux l’aider. Je sais que tu te sens faible et détruite depuis tout ce temps. Mais tu es toujours capable. Échappe-toi d’ici, retourne dans le réel. Aide-la. »

Le démon dans la pénombre regarda Adam, puis se retourna vers la fille et disparut en sa direction. Dans son monde, Adam vit une puissante vague s’émaner de celle qui se laissait battre à refuser de répondre aux questions. Mais de l’autre côté, les yeux de la fille étaient devenus bleus. Adam décelait une aura autour d’elle, que son agresseur ne pouvait voir. Son corps se rigidifia, bloquant sa main, impossible de la serrer plus.

« Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda l’homme »

La fille s’éloigna de sa main, le contemplant, figé devant elle.

« Frappe-toi la tête contre le mur, fit la fille »

L’homme ne comprenait pas ce qui le contrôlait, il s’exécuta. Il s’approcha d’un mur, ou de nombreuses barres y avaient été gravées. Puis il y frappa son crâne.

« Encore, reprit la fille. »

Tous les deux étaient dans la pénombre, éclairé par seule la lueur qui émanait des yeux de la fille. L’homme frappa encore sa tête contre le mur. Plus fort encore. Le sang se mit à couler sur son front.

« Pourquoi ?

– As-tu une idée de ce que représente la douleur ? demanda la fille. »

Il frappa encore son crâne contre la paroi de la cellule.

« Je n’ai pas voulu ça…

– Pourtant tu as accepté de venir tous les jours, me poser les mêmes questions encore et encore. Tu as accepté ou choisi de me frapper à chaque fois que je ne répondais pas. Alors, je vais répondre à tes questions…

– Non s’il te plait… dit-il la voix tremblante.

– J’ai trouvé un oiseau un jour. Un oiseau qui fermait les yeux pour la dernière fois. Et je me suis demandé s’il rêvait comme moi. Mais il ne rêvait pas, il était content de se libérer de son fardeau.

– Pourquoi est-ce que tu fais ça ? demanda l’homme effrayé.

– Pour lui prouver qu’il ne gagnera pas cette guerre. »

Elle poussa la tête de l’homme contre le mur et lui écrasa le crâne. L’homme glissa jusqu’au sol, mort brutalement. La fille perdit ses yeux brillants, prit un air effrayé et retourna dans le coin de sa cellule. Adam vit apparaitre le démon à côté d’elle à nouveau.

« Aide là. Elle a autant besoin de toi que tu as besoin d’elle. »

Adam s’en alla à travers les vagues de son portail. Il retrouva les dorures éblouissantes de l’Horloge.

« Bienvenue Monsieur, fit la voix. Avez-vous fini vos voyages à travers le temps ?

– Oui, cette partie-là est terminée. Mais j’ai encore un vieil ami à retourner voir.

– Que manque-t-il à votre plan monsieur ?

– Ce monde ne survivra pas longtemps sans un remplaçant à Sarhala.

– Mais Sarhala n’a pas besoin de remplaçant ! fit Kat.

– Pour retenir l’Astral non. Mais comme relique pour maintenir tout ce qui s’est créé depuis sa mort, alors il aura besoin d’un petit frère.

– Je ne saisis pas vraiment ce que vous dites, monsieur…

– Ce n’est pas grave. Je te contacte si j’ai besoin de ton aide.

– Très bien Monsieur, répondit la voix. »

Adam disparut à nouveau. Il vit apparaitre au-dessus de lui, cette lumière si singulière qu’émettait le ciel artificiel du sous-terrain de la Terre. Et cette structure, cet anneau flottant dans les airs à l’aspect si mystique et rustique. Il gravit les marches du palais, s’en alla rejoindre une salle, une petite pièce avec un trône en son centre.

« Cela faisait bien longtemps que je ne t’avais pas vu ici mon ami.

– Le temps me manque, comme toujours tu le sais bien, répondit Adam.

– Ça, je n’en doute pas. »

Dans la salle du palais, près de la fenêtre qui projetait la vision du puissant rayon de l’anneau flottant, se tenait un homme. Vêtu d’une tunique grise ornée de fil de bronze et d’or.

« J’ai appris ce qui se passe au-dessus. Le monde est devenu plus compliqué à retenir que ce que tu l’avais prévu ?

– Que ce que Leo l’avait prévu, oui, reprit Adam. Mais ça ne sera qu’un détail à régler. »

L’homme se retourna vers Adam. Sans qu’il n’ait besoin de changer d’apparence, il reconnut quelque chose chez lui, quelqu’un qu’il connaissait.

« Je ne pensais pas que quelqu’un te retrouverait, fit l’homme à la tunique grise.

– Et avais-tu prévu qu’ils créeraient une relique qui leur donne le droit d’animer un des leurs, le nommant au rang de divinité dès lors que l’univers s’écroule ? Ce détail ne faisait pas partie de notre plan non plus, fit Adam.

– Ont-ils ressuscité comme nous ?

– Non, du moins, pas comme vous. Différemment, et à chaque fois. Vous n’êtes réapparus qu’à la création de la Terre. »

Adam venait de soulever un point. Les Ancestraux sont connus pour vivre sur la Terre depuis l’existence des dinosaures. Et ces derniers, aussi nombreux qu’ils étaient à l’extinction des animaux préhistoriques, se sont réfugiés sous terre pour survivre. On leur porte une technologie singulière, presque magique, que peu connaissent.

« La forge est toujours en service à ce que je vois, fit Adam.

– Oui, il s’avère que ce qui affecte les habitants de la surface nous attaque aussi, reprit l’homme en gris.

– Vous avez été infectés ?

– Certains oui. Mais la mutation est longue. Elle n’attaque souvent qu’un seul membre à la fois. Alors ils utilisent la forge pour se créer de nouveaux membres. Tu avais besoin de ces services ? demanda-t-il.

– Non, j’ai besoin des tiens. Enfin, des vôtres, fit Adam.

– Comment ça des nôtres ?

– Combien cela fait de temps que tu n’as pas rejoint Varszvenhain ? »

L’homme à la tunique grise ne répondit pas. Peut-être n’avait-il aucun souvenir de la date exacte de son dernier voyage.

« Tu as toujours les reliques pour ouvrir le portail, n’est-ce pas ? demanda Adam.

– Oui, bien sûr. Mais pourquoi ?

– Je vais avoir besoin de votre expertise. J’ai l’intention de recréer un arbre sensible à la magie et aux plans. Mais pour lui donner la force nécessaire, j’ai besoin de magie qui l’alimentera en permanence. Une force dont vous avez le secret.

– Je ne suis pas sûr qu’ils acceptent que je revienne chez eux, dit-il.

– Ce n’est pas grave, ouvre-moi l’accès, je me débrouillerai pour revenir, fit Adam.

– Es-tu sûr de vouloir faire cela ? Et d’en être capable ?

– Ne t’en fait pas pour moi Zihlon, tout se passera bien, répondit Adam.

– Très bien, allons-y. »

Zihlon les amena de l’autre côté du bâtiment, dans une salle fermée derrière deux portes verrouillées.

« As-tu besoin de toutes ces protections pour de si simples reliques ? demanda Adam.

– Ce n’est qu’une sécurité. Au cas où, répondit l’homme en tunique.

– Personne d’autre que toi ne sait utiliser cette relique. Je doute qu’elle soit un vrai problème dans les mains d’un autre.

– Tu es prêt ? demanda Zihlon.

– Je n’attends que ça, répondit Adam. »

L’homme en tunique plaça une pierre dans une relique qui semblait porter des parties mobiles, flottantes autour d’elle. Elle ressemblait à une structure qui allait gratter le ciel dans les souvenirs d’Adam. Une structure faite d’or et de marbre comme la relique. Cette dernière fit apparaitre un grand portail ovale, au-dessus duquel se dessinèrent des glyphes. Trois mots se détachaient, sans que je ne puisse traduire ce qu’ils signifiaient. Adam n’attendit pas, passa le portail qui se referma aussi tôt devant Zihlon.

Chapitre 5 Weight Of The World

Partie 3 : Where The Skies End

Les notes si claires et si prenantes du temps dans l’espace. L’impression du temps qui s’en va, d’une paix éternelle et indestructible. Adam avait déjà vécu cette sensation, de perdre tout sent dans le vide incompréhensible entre les étoiles. Vohn semblait avoir laissé son esprit flotter parmi les astres pendant qu’il patientait son retour. Le silence, la destruction, puis le silence encore.

Devant lui seul se tenait le grand néant de l’espace, décoré de ces milliers d’astres qui n’attendaient qu’une seule chose : leur fin. Devant ses yeux flottaient des amas de roche. Tous, attachées ou portant des structures faites de métal et de lumière. Tous ou presque. Sous ses pieds, une plateforme d’acier gris, aux dessins et ornements semblables à ceux que portait l’Horloge, mais aussi les structures des Ancestraux. Les dorures étaient faites de métal noir, ou de long chemin de lumières.

Adam était déjà venu ici, Vohn du moins. Mais il connaissait cet endroit, et les vivants qui avaient construit ces structures. Il glissa sa main droite dans la poche intérieure de son manteau pour y sortir son étui à cigarettes et en alluma une. Il resta quelques secondes à contempler la vue éclairée par l’étoile blanche incandescente autour duquel les rochers semblaient gravités. Il se retourna et prit la direction que le couloir lui indiquait. Le son de ses talons métalliques sur le sol fait d’une matière semblable sonnait différemment. Les pas ne claquaient plus, mais résonnaient le long du couloir et à travers les immenses plaques d’acier qui faisait la structure. Il laissa ses pas le guider, comme s’il connaissait le chemin par cœur. Il croisa des êtres vivants sur son chemin. Des êtres entièrement habillés d’une combinaison faite de plastique et de fer. Ainsi qu’un casque qui leur donnait une allure de robots. Ils ne se préoccupaient pas de l’homme en noir, ou de la fumée qui sortaient de sa cigarette. Artifice qui ne semblait pas vouloir s’éteindre. Elle était devenue éternelle, comme d’autres choses. Dans sa traversée, il aperçut dans les salles sur les côtés des machines, de grands robots, d’autres ressemblant à des animaux. Toujours entourés par ces êtres au casque de fer intégral.

Dans une autre salle, il aperçut une lumière flottant dans un tube. Une pierre bleue qui émanait d’un éclat incomparable. Une roche d’une brillance qu’il semblait connaitre encore une fois. Des couloirs encore, l’amenèrent dans cette salle, qui paraissait bien plus grande qu’elle ne l’était. Une immense pièce aux tons gris et bleus, faite de murs vitrés donnant une vue spectaculaire sur l’espace. Au centre flottait cette pièce de métal, de lumière et d’or. Un grand anneau, portant en son centre un triangle avec la représentation d’une personnalité que Vohn connaissait. Autour, s’animaient trois mots qui se répétaient. Les trois mots qu’il avait vus apparaitre au-dessus du portail qu’il avait traversé. La suite de mots suivait le tour de l’anneau.

Adam alla se placer devant cette structure, qui se prônait a plus de trois fois sa taille. Il observa cette relique, symbole d’un peuple si singulier. Quinze minutes environ se déroulèrent, jusqu’à ce qu’une autre personne entra dans la salle. Un homme, dont la tête ressemblait étonnamment à celle que portait la pièce de métal. Un homme, ou était-ce une femme ?

« Quel étrange visiteur vois-je ? fit le nouvel arrivant. Je suis ravi de te voir chez nous Vohn. Ou devrais-je t’appeler Adam ?

– J’ai tendance à préférer le second, fit l’homme en noir.

– Très bien. Que nous vaut cette visite fortuite ?

– Elles ne le sont que rarement Segevath. J’ai besoin de tes services, de tout ça, fit Adam montrant la salle. »

La personne qui venait de pénétrer la salle portait une combinaison ressemblante à celles qu’avaient les habitants ayant croisé le chemin d’Adam dans les couloirs. Elle ne portait pourtant pas de casque, seulement une cagoule qui devait protéger sa tête pour ce heaume. La seule distinction sur cette personne était sa main droite, qui revêtait un gant fait d’or et de noir.

« Notre technologie t’intéresse maintenant ? Étonnant, fit Segevath.

– J’ai besoin de maintenir cet univers, éviter la même catastrophe que les Saory. Et si je viens te demander ton aide, c’est parce que tu ne survivras pas à un nouveau cycle.

– L’asverath nous protège !

– Pourtant ta planète a explosé, comme la leur, répondit Adam.

– Que cherches-tu à obtenir ? demanda Segevath.

– Laisse tomber ta cupidité et ton égoïsme. Ta couronne prône l’intemporalité et la patience et tu vas refuser de me laisser t’offrir ce temps sans limites ? »

Le ton froid et insistant d’Adam créa un blanc. Si ce dernier savait ce qui allait advenir de l’univers, la non-réponse de Segevath laissait penser qu’il en savait autant.

« Si à notre temps, seuls vos deux astres gravitaient autour de Sarhala. Aujourd’hui, d’autres se sont créés et ont besoin qu’on les retienne avant qu’ils ne viennent entrechoquer vos mondes.

– Pourquoi ne pas aider L’Arbre écarlate à les porter ?

– Parce que les Saory ont essayé de s’isoler dans leur phase, mais ont péri en détachant leur lien au vivant. L’arbre est mort, il n’en reste qu’une racine cachée sur une lune.

– Et tu souhaites recréer L’Arbre ? questionna Segevath.

– Donner vie à un nouveau. Hébergé par une planète dont la sensibilité magique n’est plus à prouver. Mais aussi sur laquelle vivent vos congénères depuis la fin du cycle des Saory.

– La Terre ne pourra jamais porter une telle chose. Votre pauvre petite planète va nous guider à notre perte, encore une fois !

– Oses-tu douter de mes mots ? s’étonna Adam se rapprochant. Oses-tu penser que nous n’avions établi de plan pour rétablir l’ordre à nouveau malgré notre mort prémédité par les Saory ?

– Je…

– Je ne cherche que la pérennité Segevath. Et votre science m’est nécessaire, nous est nécessaire pour l’obtenir. Toi comme moi le savons. Pour une fois dans ta vie, fais un choix qui guidera l’univers entier vers les lois qui régissent votre peuple. »

Le ton fort et convaincu d’Adam laissa à nouveau ce silence, ou seuls les bruits des réacteurs, des habitants et du métal se laissaient entendre.

« Que te faut-il ? demanda Segevath.

– Des machines perpétuelles, portant vos pierres sensibles à la magie. Zihlon se chargera de créer les catalyseurs qui supporteront la force de la Terre.

– Comment a-t-il pu survivre ?

– Tu auras bien assez de temps pour lui demander. Entre en contact avec lui. Ouvre ton portail dans les deux sens. On se recroisera quand il faudra les mettre en service.

– Oh, Vohn ! Avant que tu ne t’en ailles. »

L’homme en noir tourna la tête, regardant Segevath.

« Quelque chose a traversé notre dimension il y a quelques années de cela. Certains de mes hommes y ont vu un vaisseau semblable à ceux que vous aviez avant votre mort. Le vaisseau semblait enveloppé d’un “voile” comme il a été décrit par ceux qui l’ont vu. Mais il attaquait tout ce qui semblait s’en approcher. Il est resté quelques heures puis a disparu dans le même tunnel par lequel il est venu. Je ne sais pas si tu peux utiliser cette information, mais j’ai supposé qu’elle te serait utile. »

Adam retourna le talon, reparti dans les couloirs par lesquels il était arrivé. Il retrouva alors cette pointe de la structure qui laissait place à une vision de l’espace spectaculaire. D’ici, il pouvait observer cette étoile au blanc miraculeux. L’Asverath. Cette étoile au champ magnétique si particulier ralentissait tout ce qui existait dès lors qu’ils étaient dans son champ. Si cette civilisation n’était pas éteinte, c’était grâce à l’intemporalité de cette étoile.

Patient Timeless Power

Adam a quitté cet endroit dans un portail étonnement verdâtre. Je l’ai retrouvé dans une aile de l’Horloge. Essayant avec difficulté de se relever de son voyage apparemment turbulent. Il s’est rapproché du centre de l’édifice après s’être relevé. Ses pas laissaient apparaitre la douleur.

« Kat ? demanda l’homme en noir. Peux-tu ouvrir la salle 13 ?

– Je croyais que vous aviez bloqué tout accès à cette pièce Monsieur.

– Je le sais oui, dit-il souffrant encore. Communiques-tu avec les autres temporalités de ta personnalité Kat ?

– Pensez-vous que je suis fragmenté de la sorte, monsieur ? demanda la voix.

– Je ne le sais pas plus que toi, répondit Adam.

– Pourquoi avoir amené cette question ?

– Cette salle contiendra les horreurs que le pouvoir des enchainés aura provoquées. Une salle de torture éternelle en somme.

– Dans la seconde temporalité ? questionna Kat.

– Celle-là même, reprit Adam.

– Vous souhaitez le récupérer ?

– Une magie qui n’aspire qu’à la folie ? Laisse ce sentiment aux Saory. J’ai besoin que tu me crées un clone du tableau du temps.

– Je peux faire cela, monsieur, mais puis-je savoir pourquoi ? demanda la voix.

– Il est difficile même pour moi de changer de dimension. J’ai besoin de quelque chose qui saura contrôler le flux. L’atlas est déjà là pour lier un chemin entre le vivant et certaines dimensions. J’ai juste besoin de quelque chose pour pouvoir ouvrir les bons portails vers ces chemins de L’Atlas.

– Je m’occupe de cela, monsieur.

– Parfait, je vais retourner voir Sieg.

– J’aurais besoin de son aide pour cette structure, fit Kat.

– Très bien, je te l’envoie. »

L’homme en noir retourna devant la cathédrale d’Anathema, entouré de ces effluves verts que ce monde portait. À l’intérieur, Adam apercevait son ami aux cheveux orange, se tenant aux côtés d’un être similaire à Vohn. Une grande créature, qui paraissait porter une tunique flottante d’acier. Autour de lui, portées par le vent, une seconde couche faite de tissus enrobait une grande partie du corps de la créature. Son nom était Sorohzinsah. Il était le premier vivant créé par la Trinité. Adam s’avança dans la cathédrale, continuant à regarder l’être au corps d’acier, la main droite sur le cœur, un encensoir dans la main gauche. Il dessinait une forme de cercle avec cette pièce de métal fumante qu’il tenait au bout d’une chaine. Sieg tourna la tête vers Adam à son arrivée, puis retourna ses yeux sur son nouveau compagnon.

« Tout se passe comme prévu, fit Sieg.

– Espérons que ça le reste, répondit Adam.

– As-tu eu le temps d’avancer pendant mon réveil ?

– Eva arrive, il ne lui manque que du temps.

– Du temps que nous avons ?

– Du temps que nous avons, fit Adam.

– Bien, bien.

– J’ai fait un petit voyage à Varszvenhain. Je leur ai demandé des machines pour créer L’Arbre. J’espère qu’il a saisi l’enjeu de ce que je lui ai requis.

– Il l’aura, ne t’en fait pas, répondit Sieg. C’est un homme censé.

– Censé, mais guidé par l’avidité. Il n’y gagne que la pérennité, rien d’autre.

– Mais la pérennité lui est nécessaire, l’Asverath a dû lui dire ce que nos étoiles lui réservent.

– J’imagine. »

Adam regardait pertinemment Soro, dont la fumée de son encensoir commençait à embrumer le lieu sacré. Adam déploya son arme de son dos, puis frappa le chronosceptre au sol, provoquant une troublante transformation de ce dernier. Il ne ressemblait plus à une clé à molette à deux faces, mais à un étrange sceptre portant des dessins lumineux flottants autour. Il tendit alors l’arme à Sieg, surprit.

« Es-tu sûr de vouloir que je la récupère ? demanda l’homme à la veste blanche.

– La mienne se trouve ailleurs Soro. Reprends-là. Elle sera plus efficace entre tes mains.

– Comme tu voudras. »

Sieg prit l’arme entre ses doigts, la plaça dans son dos. Elle se replia dans une forme un peu plus courte, sans les pièces de lumières.

« Tu as retrouvé Sia ? demanda Adam.

– Elle repose dans la tombe, répondit Sieg.

– Je suis désolé. J’ai espéré qu’elle réussisse à aller plus loin, malgré le fait que je n’ai pu la retenir.

– Tu n’as pas à t’en vouloir Adam. Je connaissais le sort de beaucoup d’entre nous bien avant notre combat contre Akziel. Et si j’essayais de me convaincre que cela n’arriverait pas, je n’avais pas conscience qu’il y avait d’autres forces qui guidaient nos pas.

– Est-ce que le grimoire en parlait ? De l’arrivée de Soro avant ta stase ? questionna Adam.

– Des tas de passages qui y ressemblent ont été écrits dans une langue que je n’ai su déchiffrer. Mais depuis quand portes-tu de l’empathie envers les autres ? demanda Sieg.

– Depuis que je vois à travers les yeux des vivants. Peut-être cela nous aidera à mieux comprendre la raison pour laquelle les Saory ont choisi notre perte. Tu devrais aller voir Kat. Elle aura besoin de tes connaissances pour cloner le tableau du temps.

– Je m’en occupe, répondit Sieg. »

Soro se décomposa en particules, s’en alla dans le torse de Sieg. Puis l’homme aux cheveux orange sorti de la cathédrale. Adam éloigna les vagues vertes, retrouvant l’ambiance colorée et brillante d’Anathema. Il resta quelques secondes à contempler l’emblème sur la bannière. Il baissa ses yeux sur sa main droite, puis s’envola dans un puissant rayon lumineux, élevant la cathédrale en fracas avec lui. Les pièces et les pierres qui s’en élevaient se reliaient entre elles d’un lien fantomatique bleuté. Adam relâcha tout autour de lui, laissant les débris de la cathédrale s’écraser au sol. Dans le rayon de lumière qu’il avait élevé, Vohn était apparu. Il s’envola à travers le bouclier qui explosa en éclats.

Adam retourna là où il avait passé le plus clair de son temps ces six derniers mois. Il espérait y trouver les personnes qu’il avait sauvées et qui l’avaient accompagnées. Il était apparu quelque peu éloigné de l’endroit exact, et s’y avança à pied. Proche de l’entrée de la maison, il aperçut la moto qui l’avait transporté à chaque mission qu’il avait effectuée depuis son retour sur Terre. Il entra dans la bâtisse, qui semblait bien vide et silencieuse. Il se rapprocha du bureau de Zinn, où toutes les machines qu’il avait installées étaient éteintes.

« Pas un geste ! Ou je te fais disparaitre de la surface de la Terre ! s’écria une voix féminine derrière Adam.

– Je ne doute pas de toi, mais j’ai bien peur que ce ne soit difficile, répondit l’homme en noir. »

Il se retourna, voyant Nadia et Sullivan, prêts à l’attaquer. Ils lâchèrent leur garde et Nadia vint se jeter dans les bras d’Adam.

« J’ai bien cru que tu étais mort ! fit Sullivan.

– J’étais sûr que tu reviendrais ! s’exclama Nadia.

– Je n’allais pas vous laisser seuls ici. Vous vous êtes fait attaquer pour être sorti de la maison ? demanda Adam.

– Non, nous sommes sortis chercher Zinn, il a disparu il y a quelques heures, reprit Nadia. »

Ces mots firent sourire Adam, qui savait étrangement pourquoi cette personne qu’il avait si peu côtoyée était la seule qui restait sur Terre à son retour.

« Ne vous en faites pas pour lui, il a retrouvé ce pourquoi il était ici, fit Adam.

– Emeline aussi est partie à ta recherche. Cela fait quelques jours que nous sommes sans nouvelles, fit Sullivan.

– J’essaierai de la retrouver. Si elle ne me trouve pas avant.

– Tu es venu ici pour nos trouver du travail ?

– À vrai dire, je ne suis pas ici pour vous pousser à combattre à nouveau. Des choses se sont passées depuis que nous avons quitté cet endroit avec Alix.

– Quel genre de choses ? demanda la femme.

– Des choses de divinités. Je me dois de vous proposer quelque chose pour après. Lorsque nous avancerons dans le monde une fois Akziel disparu. Je vous laisse choisir évidemment. Je peux vous dire que notre planète sera reconstruite, avec du temps. Si vous souhaitez rester, vous pourrez.

– Que proposes-tu d’autre ? demanda Sullivan.

– De mettre fin à cette vie. Je peux vous envoyer avec tous ceux que j’ai sauvés. Vous vous souviendrez de ce qu’il s’est passé, mais vos souvenirs vous fuiront le jour où vous reviendrez sur Terre avec les autres. Tu pourrais enfin dire adieu à cette vie de fardeau que tu essaies de chasser depuis tant d’années.

– Mon choix est déjà fait, fit Sullivan.

– Alors je te suivrai, fit Nadia s’approchant de lui. »

Adam ferma les yeux, illuminant les deux personnes devant lui d’une lumière dorée devant du ciel. Il rouvrit les yeux et observa alors les deux s’en aller dans des particules suivant le rayon. Il retrouva alors l’Horloge, encore une fois.

« Monsieur ? Alix est venue vous voir, fit Kat.

– Elle n’a pas dit où elle allait ?

– Non, monsieur.

– Je pense savoir où la trouver. »

Adam s’en alla dans la forteresse perdue dans les alpes. Tout était blanc dedans, seul ce monticule anormal se trouvait devant lui, Alix à ses côtés. Il s’approcha, observant à nouveau le corps inerte de Chester.

« Tu es revenu le voir depuis ton retour ? demanda la femme.

– Il est mort en dernier, bien après les autres.

– J’aurais pu…

– Non, Alix. Nous existons dans deux lignes temporelles distinctes. Nous quatre. Mais dans celle-ci, le virus porte quelque chose de différent, quelque chose qui m’aurait tué si Vohn n’existait pas.

– J’aurais pu essayer au moins… dit-elle la voix faible.

– Sieg lui a dit de lâcher prise lorsqu’il est venu le voir. Que son combat pour sa survie était vain. Je suis désolé… »

Le vent soufflait, recouvrant le corps de neige et l’enlevant quelques secondes plus tard.

« Alors, c’est ici que s’arrête l’histoire de Leo ? demanda la femme.

– J’en ai bien peur, répondit Adam. »

Alix avait abandonné ses cheveux blonds pour une teinte plus rose. Un rose pâle, presque violet. Une teinte qui semblait évoquer des souvenirs à Adam, mais je ne saurais déceler lesquels.

« Kat m’a dit que tu me cherchais, reprit Adam.

– Comment tu savais que tu me trouverais ici ?

– Il ne te reste aucun attachement à ton ancienne vie, à part moi. Chester était la seule solution.

– Et moi alors ? demanda-t-elle. Je représente encore quelque chose pour toi ?

– Tu comptes énormément pour moi. Si c’est encore réciproque. »

Elle tourna à nouveau son regard sur celui qui avait été la souche de la pandémie. Son corps avait été recouvert de mutations, laissant s’échapper de ses pieds, toute la masse mutagène qui s’étalait au sol.

« Qu’est-ce que je peux faire pour t’aider ? demanda-t-elle.

– Il y a plein de choses que l’on peut faire. Tout, ou presque tout ce qui écrira le futur de la Terre est réglé.

– Il ne nous reste qu’à décider du sort d’Akziel ?

– En somme, ça y ressemble.

– Que comptes-tu faire ?

– Pour le tuer ? s’étonna Adam. Je ne décide rien. C’est ton combat. C’est à toi d’en finir. Je t’offrirai ma force si cela est nécessaire bien entendu.

– Je dois décider de la manière dont je termine ses jours ?

– Tu en es libre, en effet. »

Alix se rapprocha de l’homme, le regardant droit dans les yeux.

« Je veux que tu me serves d’appât. Que tu lui poses un ultimatum.

– Tu penses qu’il va accepter ? demanda Adam.

– Venant de toi, c’est presque sûr.

– Et rien de plus ?

– Tu as dit que j’avais certainement une partie d’Ash en moi. Je pense que je devrais pouvoir le tuer.

– Et tu penses que cela va suffire ? questionna Adam. Si tu meurs, que dois-je faire ?

– Tu n’as pas la capacité de me réanimer ? En tant que dieu ?

– Je le peux, mais pas comme tu le penses, répondit Adam. Tu resteras morte, sous mes ordres. Et ce n’est pas ce que je veux.

– Alors, tu devras me faire entièrement confiance. Ou le faire à ma place, si tu ne crains pas de déranger l’ordre des choses.

– Ce n’est pas sa misérable vie qui dérangera notre plan, dit-il d’un ton sec.

– Très bien ! Alors, quand partons-nous ?

– Tout de suite, si tu le souhaites.

– Tout de suite… J’ai encore une dernière chose à régler… »

Alix disparut dans un éclat de lumière. Suivi d’une apparition de Soro, les bras dans le dos, aux côtés d’Adam.

« Quelque chose te tracasse ? demanda l’érudit.

– Avec cette légende, j’ai l’impression de revivre la même histoire encore et encore.

– N’est-ce pas toute l’essence de la vie ? Une boucle infinie qui se ressemble plus chaque jour encore.

– Si, mais nous ne sommes pas ici pour cela, tu le sais.

– Évidemment. Chaque chose en son temps. »

Adam s’en alla à son tour, suivant le même chemin qu’avait pris sa compagne. Il se retrouva en haut des marches de la terrasse du manoir Kryssen. Toujours sous les pétales de ces cerisiers qui semblaient si magiques. Il entendait au loin Alix, qui chantonnait quelque chose.

Time will heal our hearts

But were we doomed from the start

Or were we planned in the stars?

Or is there any God at all?

Adam descendit les escaliers, avança vers la femme qui se tenait proche de la rambarde. Toujours guidé par ces pas métalliques sur les pierres.

« Alors c’est ça ? Nous sommes des dieux ? questionna Alix.

– Ça y ressemble oui, répondit Adam.

– Comment tu le vis ?

– Rien n’a changé, à mes yeux.

– Ah bon ? Rien du tout ? s’étonna Alix.

– Tes cheveux ont changé de couleurs. Et j’imagine que ce n’est pas toi qui l’as choisi.

– Il y a quelques jours, alors que je passais du temps à essayer d’imaginer que ma fille devait mourir pour que l’on vive, je me suis réveillé avec les cheveux de cette couleur.

– Peut-être qu’Ash a remarqué que j’étais là. Elle essaie de te montrer qu’elle existe aussi, reprit Adam.

– Et son corps ? demanda Alix.

– Je n’ai aucune idée d’où il peut être. On m’a dit qu’il avait été aperçu un vaisseau similaire à ceux que nous avions. Mais impossible de trouver sa trace.

– J’ai demandé à l’horloge si elle pouvait calculer le temps qu’il nous faudrait pour la retrouver.

– Et ? Que t’a-t-elle dit ? questionna Adam.

– Que cela devait prendre en compte des variables qu’elle n’était pas capable de comprendre et calculer. »

Adam regardait le visage de sa compagne, dont le léger espoir semblait fuir lors de ces derniers mots.

« Tu as peur que cette quête ne prenne trop de temps ? demanda l’homme.

– Je ne sais pas. Est-ce que nous ne nous lançons pas dans une recherche sans fin, sans but ? À quel point il peut être difficile de retrouver un corps dans l’univers tout entier ?

– Et plus encore.

– Plus ? Qu’est-ce que tu veux dire ?

– Le vaisseau qui a été aperçu était enrobé d’un voile. Cela veut dire qu’il venait du vide, et qu’il y a passé du temps. Beaucoup de temps.

– Dans le vide ? Je ne te suis pas Adam.

– Dans le vide, dans les enfers. Là où seul subsiste le voile des morts. »

La femme paraissait perplexe. L’idée qu’elle se faisait des enfers consistait à imaginer le long fleuve des âmes qu’avait remonté Toshiie.

« Il y a des choses sur la compréhension de notre monde qu’il te manque Alix. Et ce n’est pas grave, je prendrais le temps de tout t’expliquer.

– Et si tu devais me raccourcir le récit ?

– Cet enfer des morts voit un parallèle, que les humains appellent paradis. Respectivement Stanahain et Svenvenahain. À ces deux univers, s’étaient ajoutés deux autres, dimensions ou phases parallèles l’une à l’autre. Arzvesahain et Varszvenhain. L’une portait les Saory et l’autre les Velhom. Les ancestraux vivants sur Terre sont des Velhom. Les plus anciens en tout cas. Mais à cela, et à cause des suites de cycles que le Pendulum a causé, ces deux phases se sont doublées. Deux phases que je ne connais pas et où peut se trouver aussi le corps d’Ash.

– Tu essaies de me dire que plus le temps passe, et plus cela va devenir compliqué de la retrouver ? demanda Alix.

– C’est un peu ça oui. Je sais où je dois commencer, mais le problème est que, même si je suis toutes les “traces” qu’elle laisse pour la retrouver. Rien ne me dit que j’aurais assez de temps pour cela.

– Mais pour autant tu continueras à la chercher, reprit Alix.

– J’y perdrais ma vie à nouveau s’il le faut. Je ne sais combien de temps il nous reste pour que l’univers s’écroule encore avant d’arriver à la stagnation.

– La stagnation ?

– Le monde devait vivre un cycle long, presque éternel. Mais les Saory ont enfermé leurs morts dans des cycles courts sans être capables de rendre leur propre création pérenne. Lorsque l’on aura retrouvé Ash, le Pendulum sera mon but principal. Ce qu’il reste des anciens Saory devra tomber. »

Alix se retourna vers le paysage de montagne que proposait le Manoir.

« Lorsque tu seras prête pour affronter Akziel, dis-le-moi. Je me chargerai d’aller le divertir.

– Et après ? Qu’est-ce que l’on fera ?

– On protègera l’univers, puis on partira à la recherche d’Ash. »

Adam s’effaça dans une nuée de particules noires, et le temps s’en alla aussi.

Partie 4 : Changes are Coming

J’ai perdu la trace de notre ami pendant un certain temps. Je l’ai retrouvé dans un endroit que je pensais perdu depuis longtemps. Une étrange lune habitée d’immenses structures faites de marbre et d’or. J’ai retrouvé Adam dans cette salle, aux hauteurs vertigineuses. Au centre, une racine, un arbre, quelque chose de similaire qui portait un blanc écarlate, sans pareil. Tout autour portaient ces dorures que l’on apercevait partout ici. Le sol portait, autour de cette racine, huit pierres lumineuses, qui dégageaient un éclat bleuté, clair, presque verdâtre. Une seule d’entre elles brillait d’un éclat plus puissant que les autres. Dans les hauteurs flottaient d’étranges structures dorées, qui ressemblaient à des orgues enroulés. Une étrange musique se dégageait de cet endroit, ainsi qu’une voix qui accompagnait ce son permanent.

Quelque chose avait changé sur l’homme depuis qu’il était entré ici. Les pièces de métal qui constituaient ses membres avaient changé de couleurs. Elles s’animaient de pulsations bleutées et les chromes étaient devenus dorés.

J’ai vu Adam s’approcher de la racine, se baisser pour ramasser une fleur. Une petite pousse à la tige verte brillante et aux pétales rosés.

« Monsieur, pensez-vous qu’il reprendra vie un jour ? demanda une voix résonante dans l’édifice.

– Je ne sais pas Orva. Je vais essayer de lui donner une nouvelle vie.

– Avec cette pousse ? s’étonna la voix.

– Ce que j’espère, c’est qu’il lui reste assez de force pour donner naissance à un descendant.

– Je l’espère aussi, répondit Orva. »

Adam fit disparaitre la fleur dans sa main, continuant à admirer la puissante racine blanc écarlate qui prônait au centre de la pièce.

« Opérateur ? Votre messager vient d’arriver, fit Orva.

– Mon messager ? questionna Adam avec le sourire. Très bien.

– Avec plaisir opérateur. »

Vous avez longuement entendu parler des messagers, ces quelques uniques Saory qui voyagent à travers bien plus de choses que le vivant ne le permet. Il en restait peu, mais Adam en connaissait un. Une personne qu’il avait retrouvée quelque temps auparavant. L’homme en noir quitta la salle de la racine blanche, s’en allant dans les couloirs aux hauteurs vertigineuses que portait cette structure. Tout était calme ici. Seul le bruit de l’orgue berçait doucement les oreilles même au loin. Quant à la voix qui s’y laissait entendre, elle avait disparu à travers les murs. Adam continua son avancée jusqu’à cette salle, où apparaissait une silhouette au loin. C’était une grande, longue salle, principalement constituée d’escaliers qui rejoignaient quatre étranges portes. Le chemin de marches se coupait en deux, laissant place en son centre à une sorte de vide qui semblait ne jamais trouver de fin. Adam descendit les escaliers de la porte d’où il venait, pour gravir ceux qui les suivaient et rejoindre la silhouette qui se tenait devant l’une des portes. Il s’approcha d’elle, toujours portant ce sourire. La femme se retourna vers lui, étonnée.

« Adam ? s’étonna Emeline.

– Je parie que cela fait bien longtemps que tu n’es pas revenue ici, répondit l’homme en noir.

– Où est-ce que nous sommes au juste ?

– Dans la cité d’évasion des Saory. Une lune cachée dans l’Astral qui gravite autour d’Aldor. Elle a rendu la vie sur cette planète quelque peu, compliquée.

– Pourquoi suis-je ici ?

– Tu as essayé de me retrouver ? demanda Adam.

– J’ai tenté oui, répondit-elle.

– Alors ton voyage t’a mené là où je me tenais.

– Quelque chose a changé Adam… Tu as changé.

– Le temps passe, et je n’ai plus la capacité de le retenir Emeline. Viens, j’ai quelque chose à te montrer. »

Adam et Emeline firent le chemin dans l’autre sens, bordé par la musique de l’orgue qui se laissait étouffer dans la pièce d’où la femme venait. Adam gardait ce sourire, Emeline était perturbée par cet endroit qu’elle semblait connaitre, mais qui lui paraissait merveilleux et surréaliste.

« C’est étrangement calme ici, dit-elle.

– C’est parce que l’endroit est inhabité, répondit Adam. Enfin, presque inhabité.

– Je suis toujours ici monsieur, fit la voix.

– Je sais Orva, je ne t’oublie pas.

– On dirait la voix de Kat, fit Emeline.

– Il est étrange d’observer l’IA Kat qu’Alix a créé pour porter l’Horloge et Orva que Soro avait mis en place pour aider les Saory. Ils sembleraient que les deux aient la même origine.

– Mais d’où sort cet endroit ? Je veux dire, pourquoi avoir créé des salles si grandes et si hautes ?

– L’architecture des Saory reflète bien leur envie et idée de la grandeur, de leur grandeur. Le marbre, l’or, les roches lumineuses. Tout essaie de ressembler à ce à quoi ils aspiraient. Ce qui les a menés à leurs pertes. Avant leur chute, ils ont essayé de scinder leur esprit, entre le vivant et l’Astral. Ils ont espéré pouvoir vivre uniquement ici, sur la lune de Maastrah. Mais il s’est avéré qu’ils n’ont pas trouvé la solution pour rester ici sans mourir. Alors, la lune est restée isolée dans l’Astral, sans personne. Elle est la seule relique de ce monde, avec le reste de l’Arbre qui retenait les mondes.

– Mais pourquoi être venu ici alors… »

Ils arrivèrent dans la salle où se tenait Adam il y a quelques minutes. Emeline aperçut la grande racine blanche qui se tenait au centre de la pièce. Puis, se laissa entendre à nouveau, la voix qui résonnait entre les tubes de l’orgue.

« J’ai l’impression d’être déjà venu dans cet endroit… fit Emeline.

– Orva saurait te dire qu’il y a quelques années, depuis la création du cycle, les messagers se rassemblaient autour de la racine pour ne pas perdre leur lien avec leur voyage entre les mondes. Mais je sais que dans les cycles, les messagers avaient une date à laquelle ils effaçaient leur mémoire, pour ne jamais laisser perdurer des informations qui devaient être cruciales, fit Adam.

– Tu essaies de me dire que j’ai des milliers d’années ?

– Des milliers, oui. Des millions, certainement aussi. Notre cycle a cinquante milliards d’années. Et ni moi ni le codex ne savons si les messagers sont aussi vieux que les Saory. »

Emeline fit le tour de la racine, étonné par les couleurs qu’elle dégageait, les pierres qui s'y reflétaient. Elle s’arrêta une première fois sur la seule qui brillait plus fort que les autres.

« Si je me fie au codex, fit Adam. Chacune des pierres reflète le lien d’un messager. Tu es la dernière, si j’en crois ces pierres.

– N’y en a-t-il pas assez des derniers de ci ou de ça ?

– Je ne compte plus le nombre de restes de cette ancienne civilisation, répondit l’homme.

– Et que veux-tu que j’en fasse ? De cet héritage dont je n’ai aucune connaissance ?

– Ce que tu souhaiteras. Si tu souhaites le conserver et le faire perdurer, si tu souhaites le réduire à néant et trouver une autre voie à ta vie, ou vivre une vie normale. Je t’aiderai, quel que soit le choix que tu feras.

– Lequel de ces choix t’aiderait ? demanda-t-elle.

– Je ne veux pas que tu choisisses une voie pour moi Emeline. Tu as passé ta vie et je ne sais combien d’années à être guidée par des écrits et des lois qui ne sont plus les nôtres. Je ne veux pas que tu suives un chemin guidé par le choix que je pourrais faire simplement parce que tu as passé tes dernières années à mes côtés.

– Si je choisis de conserver tout ça, me laisseras-tu le temps d’en faire quelque chose ? De mieux ? De plus intéressant ?

– Tu auras le temps qu’il te faudra, répondit Adam.

– Monsieur ? Quelqu’un requiert votre présence sur L’Horloge, fit la voix.

– J’y vais, merci, Orva.

– Avec plaisir Monsieur.

– Tu souhaites revenir avec moi ? demanda l’homme en noir.

– Non, je vais rester ici quelque temps, répondit-elle.

– Très bien. À plus tard alors. »

Adam retrouva l’Horloge, à travers ce couloir qui projetait d’infinies versions de lui-même. Il apercevait devant lui la femme qu’il avait laissée quelques jours plus tôt.

Jeudi 19 mars 2015.

« Salut, fit la femme.

– Tu veux aller faire un tour dans le temps ? demanda Adam.

– Non. Tu crois que tu pourrais me montrer comment c’est ? De l’autre côté.

– J’imagine oui, pourquoi ?

– Je ne sais pas, j’ai l’étrange sentiment que je dois retrouver quelque chose là-bas.

– Très bien. »

Adam s’approcha du bord du plateau, qui entourait ce puissant rayon lumineux qui irradiait toute l’Horloge. Il se retourna et se laissa tomber dans le rayon lumineux. La lumière augmenta, de plus en plus jusqu’à récupérer sa teinte originelle.

« Vous pouvez le suivre, Madame, fit Kat.

– D’accord, répondit Alix. »

Elle avança jusqu’au bord de l’anneau, puis sauta dans la lumière. Le rayon réagit de la même manière, devenant de plus en plus éclatant jusqu’à retrouver sa force lumineuse.

De l’autre côté, Adam l’attendait, ainsi qu’une figure qu’elle n’avait pas vue depuis un certain temps.

« Sieg ! s’exclama Alix. »

Elle s’en alla vers lui rapidement, puis le serra dans ses bras de joie. Sieg semblait surpris, mais elle paraissait ravie de le revoir, au sourire sur son visage.

« Toi aussi tu es devenu l’un d’eux ? demanda la femme

– Je ne suis pas vraiment l’un d’eux, mais j’en suis très proche oui.

– Et, comment tu le vis ?

– Tout est comme avant, répondit Sieg. Tout parait toujours aussi étrange.

– Où en es-tu de cette salle ? questionna Adam.

– J’en suis à un état rudimentaire, mais cela devrait fonctionner. Pourquoi telle question ? demanda Sieg.

– Alix souhaiterait voir l’autre côté.

– Oh ! s’exclama Sieg. Et bien, je pense que cela doit être possible. »

L’homme aux cheveux orange s’approcha du centre de cette pièce qui semblait circulaire. Elle s’habillait d’une grande vasque remplie de liquide en son centre. Sur l’eau flottaient d’étranges structures. Toutes identique à l’exception d’un symbole sur chacune d’elles. Elle représentait six de ces formes, qui semblaient être des tours, ou des pointes de pont. Seules deux s’illuminèrent lors de l’approche de l’Onyx. Il fit pivoter le contour du plan d’eau, alignant une tour à la porte devant lui, puis inséra une pièce de métal dans une serrure pour lancer la procédure. Tout s’éteint autour, et l’arche de la porte l’illumina doucement. Alix se rapprocha de la porte, dont les étranges signes l’éclairaient au fur et à mesure.

« Je vois que tu as trouvé toutes les destinations, fit Adam.

– Je les ai toutes vues oui. Mais je n’ai pas trouvé le chemin de l’Atlas qui nous y amène encore. J’ai besoin de l’aide de Sieg. Son grimoire nous donnera des informations que je n’ai pas.

– Alors, laissons le temps faire son œuvre, fit Adam.

– Occupe-toi donc d’elle. Avant que son espoir pour nous ne disparaisse. »

La porte s’ouvrit alors, dans un grand claquement de rouage mécanique. Elle laissa apparaitre une grande porte blanche. Alix y passa la première, Adam la suivit quelques secondes plus tard. Les deux avancèrent alors dans l’immensité blanche, Alix toujours en avance. Il n’y avait rien ici, sauf cette couleur écarlate pourtant si brillant. Ils marchèrent encore, Adam, toujours en retrait. Lorsqu’une seconde arche se laissa apercevoir, quelque chose apparut dans le blanc. Une silhouette que les deux connaissaient particulièrement. Alix se jeta dans les bras de l’homme aux cheveux blonds qui s’était retournés vers eux, alors qu’Adam lui fit révérence de tout son torse à son approche.

« Pourquoi es-tu ici ? demanda Alix

– Mon chemin à travers l’Atlas ne fut pas aussi simple que je l’imaginais, répondit Leo.

– Tu crains ce qui se trouve derrière cette porte ? Mais si nous la voyons tous les trois, c’est que nous allons au même endroit ?

– Seul le conseil décide de la destination de cette porte lorsque l’on accède à l’Atlas par la mort, reprit Adam.

– Alors il ne vient pas avec nous ? s’étonna Alix.

– Je ne sais pas… répondit Leo. »

Alix le serra encore plus fort, alors que les ressemblances entre Leo et Adam semblaient perturbantes. Hormis les traits du visage et la couleur de cheveux notablement différente. Leurs postures, leurs regards emplis de sagesse et de noirceur étaient les mêmes. Le dessin qu’avaient leurs bras le long de leurs corps, les deux mains presque fermées. Quelques-uns auraient pu les confondre avec deux jumeaux, ou deux clones.

« J’espère que tout ce que l’on a vécu ne te mènera pas à un sors pire que tout ce que tu as déjà vu.

– J’espère aussi, répondit Leo. »

Alix lâcha Leo, toujours souriante, puis s’avança doucement vers l’arche jusqu’à disparaitre. Vohn se rapprocha de l’homme, se mettant tous deux à côté de la porte.

« Tu sais ce qu’il y a derrière cette porte pour moi, n’est-ce pas ? demanda Leo.

– J’en ai bien peur oui, répondit Adam. »

Adam avait un fort pour poser des phrases, qui laissaient un puissant blanc. Une peur chez l’autre, une incertitude. Mais il ne laissait que rarement mourir l’espoir.

« Laisse-moi endosser ton passé. Assumer tous les sacrifices que tu as faits. C’est à mon tour de voir toutes les horreurs de l’univers. »

Il montra alors la porte de sa main droite, se tenant toujours face à Leo, le sourire aux lèvres.

« Une vie meilleure t’attend, la tienne a été bien remplie. »

Leo lui sourit en retour, puis passa la porte. Adam resta quelques secondes de plus dans cette immensité immaculée. Il semblait chercher ou attendre quelque chose de cet endroit, sans que je ne puisse déterminer quoi. Puis il passa la porte, retrouva Alix de l’autre côté qui observait Leo s’en aller. Tous deux se tenaient sur la pointe d’une roche, un immense rocher qui semblait flotter dans les airs. Les nuages qu’il traversait ne laissaient pas apercevoir ce qui se tenait sous le mont flottant. Il portait sur son dos, une étrange citée aux couleurs orange et violettes. Une cité que tous deux connaissaient.

« C’est Dvirel ? N’est-ce pas ? demanda la femme.

– Une cité fantôme oui. Mais cela sonne étrange, car elle n’aurait jamais dû apparaitre sur Terre. Je n’en saisis pas vraiment le sens.

– Une simple apparition pour le futur de Leo ?

– Évidemment, répondit Adam. Mais ce n’est pas un point important pour nous. Elle n’a même pas été écrite dans les prévisions de Toshiie. Son apparition ressemble à un paradoxe. »

Alix restait toujours distante envers Adam. Elle n’apercevait pas en lui ce qu’elle voyait avant, ou ce qu’elle avait vu chez Leo. Je ne saurais vous dire si elle n’était plus amoureuse de lui. Mais son comportement envers lui depuis l’arrivée de Vohn était différent.

« Il ne nous voit plus, n’est-ce pas ? demanda Alix.

– Il est dans l’autre monde cette fois-ci. Personne ne pourra venir déranger son repos ici désormais.

– Je n’ai pas réussi à l’atteindre la dernière fois, fit Alix après quelques secondes, j’étais trop préoccupée par ton sors Adam. Mais cette fois-ci, j’imagine que tu ne crains rien face à lui.

– Dans tous les cas, ce n’est plus mon combat. C’était le vôtre, dit-il montrant Leo continuant d’avancer.

– Allons-y, nous aurons tout le temps de profiter du reste du monde lorsque nous aurons tout réparé.

– Très bien. »

Il laissa la femme s’en aller, mais Adam ne repartit pas aussitôt. Il avait observé quelque chose avant de sortir de l’Atlas. Quelqu’un qu’il attendait patiemment.

« Adam !

– Bienvenue de l’autre côté Lynn. »

Elle essaya d’attraper sa main, mais la sienne passa à travers.

« Qu’est-ce que ?

– Je ne suis pas mort Lynn. Mon enveloppe est toujours sur Terre, fit Adam.

– Ça veut dire que tu as retrouvé l’Éternelle ? demanda-t-elle.

– Il s’en est passé des choses depuis, mais oui. Je l’ai retrouvée.

– Et donc ? Je ne suis pas en enfer pour les meurtres que j’ai commis ?

– J’ai essayé de t’emmener ailleurs, pour t’offrir une nouvelle vie, mais je n’ai pas réussi. Le Sanctuaire est un endroit merveilleux, malgré le fait que ceux qui y vivent sont morts.

– Ça ressemble à ça le paradis ? s’étonna-t-elle.

– C’est bien différent de ce que l’on pense. »

Elle s’approcha de l’homme en noir et le serra dans ses bras. « Merci Aiden. » dit-elle s’en allant vers le chemin qui montait rejoignait Dvirel.

Chapitre 6 : The Earth Will Shake

Adam s’en alla dans des plaines de désolation, là où seule la mort résidait désormais. Il faisait face au château qu’avait érigé Akziel et avançait vers lui, lentement. Il savait qu’en approchant de la sorte de son royaume, il le provoquerait, lui et sa colère incessante. Il avançait lentement, une cigarette entre les doigts, tirant quelques lattes de temps en temps. Celle-ci ne semblait pas bruler verte, mais paraissait ne pas trouver de fin pour autant.

Cette citée Arios, qu’Akziel avait créé de toute pièce et de magie, reprenait un art de l’architecture Aldorien. Un art que personne n’avait pratiqué depuis longtemps, car toute leur civilisation avait décidé de stagner depuis environ dix mille ans. La cité se dessinait dans une grande muraille, faite de pierres polies grisâtres. Un mur qui ne portait aucune distinction si ce n’est les deux grandes arches de chaque côté et les portails qu’elles retenaient. Cependant, cette muraille ne devait pas être étrangère au grand dôme de magie qui protégeait la ville il a encore quelque temps. Même s’il avait construit une cité plus petite que celles qui se tenaient accolées à cette dernière, Arios semblait pour autant majestueuse et menaçante. Tous ces bâtiments étaient faits de cette roche sombre, ou avait poussé une étrange mousse violette parfois. Tous les édifices ou presque avaient des tours ou des donjons, qui présentaient à chaque fois une pointe qui allait trancher les nuages. Toute la terreur de cette ville se présentait par l’aspect menaçant que créaient les roches sombres et les puissants pics sur les toits. Arios était devenu la terreur de l’humanité, l’origine de toute l’horreur qui les avait terrassés. Tout le plan d’Akziel avait terminé par fonctionner et les habitants de cette planète avaient perdu le contrôle, leurs vies, leur maison.

Adam continuait son avancée vers la cité, toujours la cigarette au bout des doigts. Son adversaire avait déjà aperçu son arrivée, mais l’homme en noir ne s’en préoccupait guère. Il n’était pas là pour proposer la confrontation, mais seulement pour déclencher la colère du roi de cette ville.

Une chanson résonnait dans la tête d’Adam, une chanson de prisonnier aldorien. Un hymne à l’espoir, un hymne à la liberté. Un hymne qu’Adam connaissait, mais qui appartenait aux souvenirs de Leo avant les siens.

We dream of ways to break these iron bars

We dream of black nights without moon or stars

We dream of tunnels and of sleeping guards

We dream of blackouts in the prison yard

Il se présenta alors devant le portail qui donnait sur le château. Attendant que son propriétaire s’approche. Il aperçut alors dans les hauteurs de la muraille, cet homme aux cheveux blancs et à l’armure de métal.

« Ton combat est déjà perdu Leo. Pourquoi revenir ici ? »

Adam ne répondit pas, il jeta sa cigarette puis releva la tête vers Akziel.

« Qu’y a-t-il ? Tu as perdu ta voix ?

– Je ne suis pas ici pour t’affronter, répondit Adam.

– Pourtant c’est ce que tu cherches depuis notre rencontre. Ou depuis que tu as tué mon père.

– Ton père avait un destin très singulier. Mais tu as décidé de son sors toi-même.

– Tu essaies de gagner du temps ? Cela ne t’apportera rien, fit Akziel.

– Je n’ai pas besoin de temps Akziel. J’ai quelque chose d’autre à te proposer. »

Adam tourna la tête quelques secondes, observant la marée d’infectés qui venait l’entourer. Son regard laissa paraitre le désespoir, l’envie peut-être que son adversaire choisisse une voix différente.

« Regarde, le temple de la désolation que tu as créé, fit Akziel. Toutes ces âmes damnées que tu as amenées à leurs pertes. Ils reviennent pour te faire payer leur sors. »

Adam se retourna, vers les infectés, qui s’approchaient plus vite encore. Il semblait toujours dépité par les choix d’Akziel. Il n’était pas nécessaire de sacrifier une nouvelle fois autant de vies.

« Affronte-les. Prouve-moi que tu n’as aucune pitié envers l’humanité. »

Le bras droit d’Adam s’anima des particules que portait Vohn. Il laissa une petite sphère se dessiner aux creux de sa main puis s’éleva dans les airs, soulevé par cette boule de lumière. Dans son élevée, il traina un faisceau de lumière qui avait laissé apparaitre Vohn à la place de son corps. Une énorme vague verte s’échappa du faisceau de son élévation, qui s’éloignait rapidement vers la marée d’humains. En quelques secondes, tous les infectés étaient au sol, surplombés par une forme de lumière fluette et fantomatique. Vohn se reposa au sol, la sphère qui tenait dans la main avait changée de taille, et vint se placer dans son dos. Il se retourna enfin vers Akziel qui prônait encore en haut de la muraille.

« Je n’ai que faire du nombre de morts. Ce n’est pas comme cela que tu gagneras une guerre. »

Dans le ciel se dessina une comète dorée, qui s’approchait de plus en plus vite. Le météore arriva violemment, se crasha sur l’homme aux cheveux blancs et la muraille sur laquelle il se tenait. C’était Alix, sous une forme que peu avait aperçu jusqu’ici. Vohn n’avait pas vu jusqu’où les deux êtres avaient été propulsés. Il laissa la sphère lumineuse devant l’armée d’âme et disparut dans un tourbillon de particules.

Adam était parti sur l’Horloge, retrouver une personne qu’Alix avait laissée en sécurité. Une jeune fille aux cheveux d’argent qui paraissait heureuse de voir l’homme habillé en noir. Il se pencha sur son lit, la prit dans ses bras.

« J’espère que tu sauras me pardonner Hortense. Tôt ou tard tu apprendras que tu dois laisser ta place à quelqu’un d’autre. Mais j’espère que tu en saisiras l’enjeu. L’univers est bien plus complexe que ce que l’on voudrait accepter. Et si tu as le temps de parler avec elle, dis-lui que je suis désolé de l’avoir abandonnée. Je reviendrai, c’est promis. »

Adam retourna sur Terre, devant cette marée d’impuissants. Il reprit la sphère dans sa main droite, retenant la fille de son bras gauche. Il serra enfin sa main, laissant disparaitre la lumière sous ses doigts, et toutes les âmes flottantes s’effacèrent, en laissant de légères trainées qui semblaient s’approcher de Vohn.

« Était-ce vraiment nécessaire ? demanda Akziel. L’Éternelle n’a-t-elle pas d’autres préoccupations que celle d’un homme qui essaie d’unifier le monde ? »

Le fracas de la lance dorée ne laissa que des ruines de la muraille qu’elle venait de traverser. Son but était de renverser le démon, tout ce qui était autour n’était que superficiel. Akziel se releva difficilement du choc, observant devant lui cette créature ailée qui était venue le frapper. Devant ses yeux, il apercevait le visage d’Alix qu’il connaissait, enrobé dans cette puissante armure d’or et de lumière. Derrière elle, ses puissantes ailes aux couleurs semblables, qui se présentaient au nombre de quatre. L’armure affinait sa silhouette, la rendait plus grande. On aurait pu penser que ces pièces de métal venaient remplacer sa chair.

« Alors, je me trompais depuis le début, fit Akziel

– De quoi parles-tu ?

– J’ai cherché à détruire depuis tant d’années, celui qui a passé sa vie à me chasser. Mais lorsque j’ai tué mon père, pensant qu’il œuvrait pour toi, je me suis attiré les foudres ce cet homme qui n’était là que pour te protéger.

– Crois-tu réellement que j’ai besoin de protection ? demanda Alix. J’ai toujours œuvré pour le protéger. Car sa vie et ses combats étaient nécessaires à quelque chose de plus grand.

– Les Saory ne cherchaient que la mort et la grandeur Alix ! Pourquoi t’entêtes-tu à leur rendre leur gloire ?

– Qui t’a dit que je cherchais leur retour ? Je n’ai que faire de leur misérable vie ! s’exclama Alix.

– Pourtant tous leurs souhaits sont que l’Éternelle sacrifie l’univers pour qu’enfin ils retournent à leur suprématie. Depuis ta création, toi et Leo n’œuvriez que par leurs mots, leurs choix. Vous n’agissez qu’au nom des Saory, de leurs Anges et de toutes leurs conneries ! J’ai essayé de vous le faire comprendre, mais vous n’avez pas voulu regarder la vérité en face.

– Alors tu as pris les devants ? Tu as choisis de créer une armée d’infectés au nom du contrôle pour aller détruire une civilisation déjà tombée ? Une civilisation dont tu crois comprendre le sens et les écrits mieux que nous ?

– Il n’a pas vraiment tort, s’exclama Adam. »

L’homme en noir traversa les débris de la muraille, s’approchant d’Akziel et l’Éternelle, portant Hortense dans ses bras.

« Toi ! s’exclama l’homme aux cheveux gris. »

Akziel s’élança vers Adam, mais fut stoppé net par la lance lumineuse d’Alix, juste devant sa gorge.

« Ose t’approcher de ma fille, et ton sors sera encore pire que celui que je te réserve, fit la femme. »

La lance dorée de l’Éternelle éclairait le visage d’Akziel, laissant paraitre un certain doute, ainsi qu’une haine qui persistait depuis longtemps.

« Les écrits que tu as pu lire des Saory, des Anges, reprit Adam. Ce sont des mots faits de Toshiie, des écrits qui cherchaient ce que tu as aperçu dans ces mêmes lettres, mais que tu as vu comme un grandiose retour de ceux qui nous laissent tourner en boucle depuis des milliers d’années. Souvent dans les mots de : J’œuvre ici pour le temps et la Terreur. J’œuvre ici pour le retour de la grande cause, au nom de la lumière. Il y avait autre chose avant eux Akziel. D’autres entités, d’autres formes de vies que les Saory ont décidé de tuer pour mener à bien leur grandeur. Les parchemins de Toshiie y mènent tous. Et toi aussi Alix. Depuis le début tu œuvres sous les mots de Toshiie. »

Akziel se laissa tomber au sol, sur ses genoux. Le visage déconfit par son espoir disparu.

« Pendant tant d’années, j’ai continué de me battre pour une cause que je savais juste, mais j’errai sans but en chassant un sens qui était aussi vide que le leur…

– Ta cause était noble Akziel. Ta voie ne l’a pas été, répondit Adam. »

L’homme en noir disparut à nouveau, laissant derrière lui un portail qui laissait paraitre une vue des hauteurs du château.

« Était-ce vraiment nécessaire ? demanda Alix. Ta reddition peut mener à quelque chose de plus grand Akziel.

– Penses-tu, O créatrice de l’Univers, que je mérite un meilleur sors que la mort ?

– Tu aurais pu aspirer à quelque chose de grand, mais si la mort est ce que tu souhaites, alors je peux te laisser le droit de choisir cette fin. »

Alix se déplaça derrière l’homme à genoux. Akziel avait la tête baissée, prêt à laisser la puissante créature dorée choisir sa manière de mourir.

« Que ma mort serve la noble cause. Que mon départ laisse une trace dans la lumière. Que cette fin, apporte le renouveau qu’ils essaient de nous cacher… »

Alix contemplait le démon, réciter ces mots qui résonnaient étrangement dans sa tête. Des mots qui avaient été écrits par une main d’acier, aux doigts noirs et tremblants.

« Que ma traversée de l’Atlas soit éternelle, pour nourrir la foi de ceux qui auront besoin de rejoindre le sanctuaire. »

Je suis désolé mon père.

J’ai essayé de rejoindre ton chemin,

J’ai voulu retrouver ta gloire passée.

J’ai taché mes doigts de noir comme les tiens,

Mais j’ai failli à tous les mots que tu m’as inculqués.

J’espère retrouver ta lumière pour me guider jusqu’au sanctuaire.

« Lorsque tu traverseras l’Atlas Akziel. Peu importe le temps que tu y passeras. N’oublie jamais ce que te disait ton père. »

Ne t’en fais pas

Avec suffisamment de temps, le clair de lune ressemblera aux rayons chauds du soleil

Alors n’abandonne pas petit papillon

Continue à chasser la lumière

Alix transperça le torse d’Akziel avec sa lance ailée. Le coup projeta un immense rayon lumineux de l’arrière de la lance vers le ciel. Alix contemplait alors, le démon transpercé par son arme, le sang s’écouler le long de son dos. Les cendres qui volaient autour du rayon prenaient la forme de plumes, aux reflets d’or. Le monde n’était pas plus calme maintenant, il avait été retiré de celui qui l’avait rendu sombre et brulant. La lance de l’Éternelle réapparut dans sa main, ne laissant qu’une pique de verre dans le corps du défunt. Son corps de lumière disparut dans un tourbillon de plumes blanches, qui disparurent presque aussitôt. Alix se retourna vers le portail qu’avait laissé Adam derrière lui, et le traversa à son tour.

J’ai vu cette fin. Adam et Alix contemplant la désolation du monde, du haut de cette tour d’Arios. Ils semblaient paisibles malgré tous les dégâts que celui qu’ils venaient de tuer avait laissé derrière lui. Adam se tenait au bord de l’étage au sommet du clocher, Alix se tenait un peu en retrait, tenant Hortense dans ses bras. La femme se rapprocha d’Adam, qui tourna la tête vers les deux personnes qui venaient de s’avancer. Hortense semblait amusée, insouciante de ce qui venait de se passer. Sa légèreté dessina un sourire sur le visage de l’homme aux cheveux noirs. Un sourire qui apparut aussi sur les lèvres d’Alix. Je les ai laissés sur ce décor de désolation et d’Espoir.

« Alors, qu’est-ce qu’on fait maintenant ? demanda Alix »